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Full text of "Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie"

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BULLETIN 


COMMISSIONS  ROYALES 


DVVRT   p]ï   D'ARCHÉOLOTtIR 


BULLETIN 


COMMISSIONS   ROYALES 


D^ART    ET    D'ARCHÉOLOGIE 


DEUXIEME      ANNÉE 


BRUXELLES, 

iM  r  iiTjrKKTi:    de   boi.s-wittouck 


i.sr;:, 


THE  GEITY  GENTER 
LIBRARY 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


RESUME  DES  PROCÈS- VERBAUX. 


SÉANCES 
(les  5,  9,   10,  ir,   lo,  17,  20,  ii'2,  2i,  27  ut  31  Janvier  1865. 


ACTES  OFFICIELS,  AFFAIRES  IMP'RIELRES,  OBJETS  DIVERS. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  transmet  pour  la  biblio- 
thèque de  la  Commission ,  un  exemplaire  photographie 
de  la  partie  de  la  carte  dite  :  de  Peutinger,  qui  concerne 
la  Belgi(|ue.  Cette  carte ,  offerte  par  le  Gouvernement 
autrichien,  semble  être  la  copie,  exécutée  au  xiii'  siècle, 
d'un  travail  remontant  probablement  à  l'époque  d'Alexandre- 
Sévère  et  constitue,  selon  l'opinion  de  divers  savants, 
le  plus  précieux  document  graphique  que  l'on  possède  sur 
la  géographie  ancienne  de  la  Belgique. 


6  — 


M.  Vincent  signale  à  rattention  du  Colléiie  un  candé- 
labre du  XIV"  siècle,  un  fragment  de  pierre  funéraire  de  la 
même  époque,  une  croix  de  style  ogival  et  les  fonts  baptis- 
maux qui  existent  dans  l'église  de  Chapelle-à-Watlines 
(  Hainaut).  La  Commission  engage  cet  honorable  membre 
correspondanl  à  lui  faire  parvenir  la  description  et  le  dessin 
de  ces  divers  objets,  afin  de  les  publier  dans  le  bulletin. 

Les  nombreux  dessins  que  M.  Jean  Van  der  Plaelsen  a 
recueillis  d'après  les  peintures  murales  du  moyen  âge , 
dans  le  cours  de  son  récent  voyage  en  Allemagne,  ainsi  que 
le  rapport  de  ce  jeune  artiste,  })rouvenl  que  celui-ci  a 
i-empli  avec  distinction  la  mission  qui  lui  a  été  confiée. 
A  l'unanimité,  la  Commission  })ro})ose  au  Gouvernement 
d'allouer  à  ce  peintre  d'histoire  un  nouveau  subside  destiné 
à  couvrir  les  frais  d'un  second  voyage  consacré  à  l'étude  de 
la  peinture  nmralc  à  l'étranger. 

La  Commission  appelle  l'attention  du  Gouvernement  sui- 
les  inconvénients  qui  pourraient  résulter,  pour  quelques 
monuments  de  la  ville  de  Liège,  de  l'exploitation  de  la 
houille  sous  une  partie  de  cette  ville. 

L'expérience  démontre  combien  il  serait  utile  d'adresser 
à  MM.  les  Gouverneurs  et  à  ^LM.  les  chefs  diocésains  une 
circulaire  conçue  dans  le  sens  indiqué  par  M.  le  Ministre  de 
l'Intérieur,  au  sujet  de  l'exécution  des  travaux  d'art.  La 
question  de  savoir  à  quel  artiste  il  faut  confier  la  restaura- 
tion de  t(.'l  ou  tel  ancien  objet  d'art  a  donné  lieu  à  bien 
des  conflits  avec  les  bureaux  de  marguilliers,  les  adjninis- 
tj-ations  communales  et  même  les  administrations  provin- 
ciales. Dans  les  cas  semblables,  les  intéressés  peuvent  être 
entendus;  mais  le  Gouvernement  doit  se  réserver  le  choix 


—  7  — 

définitif.  L'intervention  de  l'État  semble  aussi  devoir  être 
exigée,  lorsque  le  concours  financier  du  trésor  est  superflu  , 
mais  qu'il  s'agit  d'ouvrages  de  grand  mérite.  Afin  de 
ménager  autant  que  possible  toutes  les  susceptibilités,  la 
Commission  ne  verrait  pas  non  plus  d'inconvénient  à  per- 
mettre aux  administrations  locales  de  formuler  également 
leurs  vœux  quant  au  cboix  des  artistes,  lorsqn'il  s'agit 
d'œuvres  nouvelles  et  qu'elles  supportent  une  partie  impor- 
tante de  la  dépense  II  est  juste  de  stipuler  que  la  moitié  des 
frais  sera  supportée  par  l'administration  ou  l'établissement 
propriétaire  de  l'œuvre  d'art  à  restaurer,  et  cela,  soit  au 
moyen  de  ses  propres  fonds,  soit  à  l'aide  de  souscriptions. 
Mais  il  serait  fâcheux  d'admettre  une  règle  invariable, 
attendu  que  les  communes ,  les  hospices  et  les  fabriques 
d'églises  se  trouvent  parfois  dans  l'impossibilité  absolue  de 
faire  des  sacriiîces  suffisants  en  faveur  d'œuvres,  à  la  con- 
servation desquelles  le  pays  entier  est  vivement  intéressé. 
M.  le  Ministre  de  l'Intérieur,  après  y  avoir  mûrement 
réfléchi,  a  reconnu  qu'il  y  aurait  des  inconvénients  à  faire 
des  monographies  des  principaux  monuments  du  pays 
l'objet  d'une  publication  officielle.  Cette  intervention  directe 
du  Gouvernement  dans  des  affaires  qu'il  faut  laisser  à  l'ini- 
tiative des  particuliers  est  en  effet  un  mode  d'encourage- 
ment auquel  la  Législature  a  demandé,  à  diverses  reprises, 
qu'il  fût  définitivement  renoncé.  Et  il  faut  bien  le  recon- 
naître, sous  l'empire  de  nos  libres  institutions,  le  devoir  du 
Gouvernement  est  de  stimuler  les  initiatives  privées  dans 
tout  ce  qui  touche  au  domaine  des  arts,  des  sciences  et 
de  l'industrie,  mais  non  pas  d'y  substituer  son  action. 
Ces    considérations    ont    empêché    le    Gouvernement    de 


—  8  — 

(I(Mii;iii(l('r  à  l;i  Législaturo  Ir  crédit  que  la  Commission 
proiiosait  d'inscrire  au  budget  des  beaux-arts  ))our  la  publi- 
cation des  monographies.  Mais  M.  le  Ministre  promet 
volontiers  d'encourager  eiïicacement  cette  publication  par 
des  subsides  et  des  souscriptions  |)roportionncs  à  l'impor- 
tance respeclive  des  ouvrages.  En  ce  qui  concerne  spéciale- 
ment la  description  de  l'abbaye  de  Villers,  M.  le  Ministre 
attendra,  pour  prendre  une  décision,  que  ce  travail  ait  reçu 
un  commencement  d'exécution  et  se  réserve  de  demander 
alors  à  la  Commission  ce  qu'il  conviendrait  de  faire  en 
faveur  des  auteurs. 

ÉDIFICES  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,    DÉPE^DA^'CES,    AMEUBLEMEXT. 

La  Commission  rejette  : 

A.  Les  dessins  de  l'ameublement  destiné  à  l'église  de 
Lierde-Sainte-Marie  (Flandre  orientale); 

B.  Le  pi-oj(^t  de  chaire  de  vérité  soumis  par  le  conseil 
de  lal)rique  de  l'église  d'Oignie  (Namur)  ; 

C.  Le  dessin  des  nouvelles  fenêtres  de  l'église  de  Mont- 
bliart  (Ilainaut). 

Le  dessin  de  la  chaire  de  vérité  destinée  à  l'église  de 
Morialmé  (Namur)  devra  être  modifié.  Tout  le  mobilier 
;i  i)laccr  dans  cet  édifice  est  évalué  à  4,678  francs.  Il  ne 
semble  guère  possible  de  recourir,  en  cette  circonstance, 
à  une  adjudication  publique. 

Le  Collège  propose  d'autoriser  : 
1"  Le  placement   dans   l'église   de   Caggevinne- Assent 
(Urabani)  d'un  orgue   cl  d'in»   maitre-autel  provenant  de 


—  9     - 

l'ancienne  église  du  Petif  Béguinage  à  Louvain.  Les  frais 
sont  évalués  à  2,546  francs  ; 

2"  La  consolidation  de  la  nèclic  de  l'église  de  Ronquièrcs 
(Hainaut).  Devis  estimatif:  1,240  francs; 

o"  La  réparation  de  l'église  de  Familleureux  (même 
province).  Devis  estimatif  :  1,608  francs; 

4"  Divers  travaux  à  l'église  de  Werm  (Limboiirg).  Devis 
estimatif  :  3,465  francs  ; 

5"  La  reconstruction  de  la  partie  supérieure  du  clocher 
de  Coyghem  (Flandre  occidentale).  Devis  estimatif  : 
6,028  francs; 

6°  L'agrandissement  de  la  chapelle  de  Groyenne,  com- 
mune d'Andenne  (Namur).  Cette  chapelle  pourra  contenir 
550  personnes  après  l'exécution  des  travaux  projetés;  le 
devis  s'élève  à  10,238  francs. 

L'ensemble  du  plan  présenté  pour  l'agrandissement  de 
la  chapelle  d'Andenelle  (même  commune)  est  approuvé; 
mais  il  conviendra  de  mieux  établir  l'harmonie  entre  la 
partie  ancienne  et  la  partie  neuve.  Les  moditications  que 
la  Commission  propose  à  cet  effet  ne  sont  pas  de  nature  à 
augmenter  la  dépense,  dont  le  total  s'élève  à  13,020  Irancs. 
Cette  chapelle  pourra  contenir  650  personnes. 

L'état  de  délabrement  de  l'église  de  Berlingen  (Lim- 
bourg)  est  tel  que  le  conseil  communal  s'est  vu  obligé  d'en 
interdire  l'accès  dans  l'intérêt  de  la  sécurité  publique.  L(> 
collège  approuve  les  propositions  faites  pour  l'agrandisse- 
ment et  la  restauration  de  cet  édifice.  La  dépense  est 
évaluée  à  13,300  francs,  déduction  faite  de  la  valeur  des 
vieux  matériaux;  275  personnes  ])Ourront  ensuite  se  placei- 
dans  cette  église. 


—  10  — 

Le  jihiii  et  le  dinis  (17,604  francs)  de  la  synagogue 
i[ii"il  s'auil  d'crigor  à  Arlon  (Luxembourg)  ne  donnent 
lieu  à  aucune  objection.  Cet  édiiice  contiendra  environ 
•200  ])ersonnes. 

Le  projet  relatif  à  la  consiruclion  d'une  nouvelle  église 
à  Biesmes-sons-Tliuin  (Hainaut)  donne  lieu  aux  observa- 
tions suivantes  :  Les  dimensions  des  sacristies  sont  troj) 
restreintes;  l'escalier  du  jubé  est  insuflisant;  la  charpente 
n'offre  pas  les  garanties  de  solidité  nécessaires.  L'auteur  est 
invité  à  faire  une  nouvelle  étude  de  son  projet,  sous  ces 
divers  rapports,  et  à  communitpicr  le  croquis  de  l'église 
actuelle.  La  Commission  désire  également  savoir  si  l'édifice 
existant  ne  contient  pas  de  pierres  tumulaires  ou  d'autres 
objets  intéressants. 

La  reconstruction  de  l'église  de  Ramscappelle  (Flandre 
occidentale)  est  autorisée.  Le  nouvel  édiiice  pourra  recevoir 
600  lidèles.  Le  devis  estimatif,  s'élevant  à  51,lo9  francs, 
est  bien  établi. 

Un  nouveau  i)rojet  (»st  soumis  pour  la  construction  d'une 
église  à  Boussoit  (Hainaut).  L'auteur  ayant  tenu  compte 
des  obsei-valions  contenues  dans  le  rajtjiort  du  0  juillet 
dernier  (p.  ô5o),  la  Commission  émet  un  avis  favoral)le.  Elle 
j)ersiste  toutefois  à  croire  (jue  la  somme  de  41,")00  francs, 
total  du  devis  estimatif,  sulïira  diflicilement  pour  exécuter 
les  tra\aux  avec  le  soin  convenable. 

Après  avoir  jiris  connaissance  des  nouvelles  explications 
transmises  par  M.  le  Couvei'neur  de  la  province  de  Liège, 
l;i  Commission  pense  ipi'il  y  a  lieu  d'autoi'iser  la  reconstruc- 
i'um  du  bàlimenl  aliénant  à  l'église  de Lixhe  et  la  réparation 
de  la  toitun;  de;  la  ])etite  nef  et  de  la  sacristie.  Elle  n'a  pas 


—  11  — 

à  intervenir  dans  les  stipulations  qui  devront  être  arrêtées 
entre  la  commune  et  la  fabrique  de  l'église,  quant  au  place- 
ment d'une  pompe  à  incendie  dans  ce  nouveau  local.  Le 
devis  estimatif  s'élève  à  768  francs.  La  Commission  ne 
croit  plus  pouvoir,  à  l'avenir,  s'occuper  de  projets  qui  ne 
rempliront  pas  loutes  les  conditions  voulues  par  le  cha- 
pitre XI  de  son  règlement. 

En  conformité  du  rapport  du  délégué  qui  s'est  i-endii 
à  Ougrée  (Liège)  et  après  avoir  examiné  les  nouveaux 
documents  communiqués  à  l'égard  du  projet  d'agrandis- 
sement de  l'église  de  cette  commune,  la  Commission 
l'econnait  qu'une  reconstruction  totale  est  impraticable: 
elle  adopte  le  plan  au  sujet  duquel  elle  avait  cru  d'abord 
devoir  soulever  des  objections.  Le  devis  estimatif  s'élève 
à  41,650  francs.  Cette  église  pourra  contenir  îôOO  per- 
sonnes, après  l'exécution  des  travaux  proposés. 

Rien  ne  s'oppose  à  ce  qu'il  soit  donné  une  suite  immédiate 
au  projet  pour  la  construction  d'une  église  à  Olloy  (Namur), 
sauf  les  réserves  indiquées  dans  le  rapport  du  16  septembre 
1862  (v.  p.  424;.  Le  devis  estimatif  monte  actuellement  à 
62,700  francs. 

Afin  de  pouvoir  émettre  un  avis  en  pleine  connaissance 
de  cause,  quant  aux  propositions  faites  pour  la  reconstruction 
de  l'église  de  Moerkerke  (Flandre  occidentale),  la  Commission 
désire  recevoir  la  communication  du  plan  cadastral  de  la 
localité  et  d'un  croquis  de  l'ensemble  de  l'édilice  actuel. 
Elle  désire  savoir  aussi  si  cet  édilice  ne  contient  j)as  d'objets 
d'art  dignes  d'être  conservés. 

L'église  de  Lize,  sous  Seraing  (Liège),  qui  ne  date 
{jue    de  quelques    années,   s'est  récennnent   lézardée   eu 


12  — 

divers  endroits  ))ar  suite  du  mouvement  que  l'exploilalion 
de  la  houille  cause  dans  le  sol.  Il  résulte  des  explications 
et  des  dessins  communiqués  à  la  Commission  que,  pour  le 
moment,  la  sûreté  publique  n'est  pas  compromise,  mais  que 
la  commune  et  la  fabrique  agiront  sagement  en  faisant 
vérilier,  à  de  fréquentes  re])rises,  la  situation  de  l'édifice  et, 
en  particulier,  celle  de  la  tour  et  de  la  charpente,  afin  de 
pouvoir  rendre  compte,  sans  nul  retard,  de  tout  arrachement 
ultérieur. 

La  question  de  savoir  si  la  maçonnerie  qui  remplit  les 
deux  arcades  latérales,  sous  la  tour  de  l'église  d'Oostcamp 
(Flandre  occidentale)  peut  être  enlevée,  est  trop  délicate 
pour  permettre  de  donner  un  avis  avant  d'avoir  fait  visiter 
l'édifice  par  des  délégués.  Cette  inspection  aura  lieu  lorsque 
d'autres  affaires  réclameront  la  présence  de  commissaires- 
inspecteurs  dans  la  province. 

La  Commission  indique  les  modifications  qu'elle  juge 
utile  d'introduire  dans  le  projet  relatif  à  la  restauration  de 
l'église  romane  de  Theux  (Liège)  et  insiste  pour  que  le  style 
de  cet  édifice  soit  religieusement  respecté. 

Il  existe  quelques  différences  entre  le  plan  relatif 
à  l'achèvement  de  la  façade  et  de  la  tour  de  l'église  de  la 
Madeleine,  à  Bruges,  lequel  a  été  approuvé  le  1"  mai  1858, 
et  le  dessin  portant  la  date  du  50  août  ]8()2.  Mais  comme 
les  variantes  n'ont  pas  d'im])ortance  et  ne  soulèvent  aucune- 
objection,  la  Commission  propose  d'autoriser,  d'après 
ce  dernier  dessin,  l'exécution  des  travaux  (pii  restent 
à  terminer. 

Afin  de  compléter  les  documents  qui  lui  sont  soumis 
cunccrnant  la  restauration  de  l'éiilise  Saint-Hubert,  la  Com- 


—  15  — 

mission  réclame  un  dessin  indiquanl,  la  siUialion  aLiiiellc 
de  l'un  des  an"ies  de  la  tour  el  des  deux  clochetons  à  la 
hauteur  des  bas-côtés,  y  compris  la  travée  qui  touche  à  cet 
angle. 

La  Commission  s'est  acquittée  d'un  devoir  pénible  en 
signalant  (rapport  en  date  du  22  octobre  1861),  comme 
peu  satisfaisante,  la  direction  donnée  aux  travaux  de  res- 
tauration qui  s'exécutent  à  l'église  Notre-Dame  du  Lac 
à  Tirlemont.  Les  ouvrages  exécutés  depuis  lors  ont  été 
dirigés  avec  plus  de  soin,  mais  ils  ne  sont  cependant  pas 
encore  irréprochables.  Les  réparations  qui  restent  à  faire, 
principalement  en  ce  qui  concerne  la  façade,  sont  assez 
importantes  et  assez  délicates  pour  justifier  l'allocation  d'un 
subside  extraordinaire,  subside  destiné  à  imprimer  plus 
d'activité  à  l'entreprise.  Mais  il  sera  indispensable  d'exiger 
qu'un  artiste  expérimenté,  ayant  étudié  spécialement  le 
style  ogival,  soit  adjoint  à  l'architecte  actuel,  qui,  vu  l'état 
de  sa  santé,  ne  peut  plus  exercer  sur  les  travaux  une  sur- 
veillance constante  et  rigoureuse. 

M.  le  Ministre  de  la  Justice  fait  connaître  que  le  Gou- 
vernement, ayant  égard  aux  propositions  de  la  Commis- 
sion, accorde  un  subside  extraordinaire  de  20,000  francs 
pour  la  restauration  de  l'église  Sainte-Gertrude,  à  Nivelles 
(v.  p.  515). 

On  a  soulevé  des  objections  quant  au  maintien  du  portail 
établi  dans  le  transept  de  l'église  Saint -Martin  à  Liège. 
Après  avoir  revu  les  pièces  de  l'instruction,  la  Commission 
passe  à  l'ordre  du  jour  et  persiste  dans  son  premier  avis. 

Le  rapport  des  délégués  qui  ont  examiné  les  travaux 
de  restauration  exécutés  depuis  1855  à  l'église  Notre-Dame 


—  14  — 

(le  la  Chnpelle,  à  Bruxelles,  est  favorable,  sauf  des  réserves 
(Il  ce  f[ui  concerne  le  bas-relief  ornant  le  tympan  de  la 
liorle  cl  la  fenêtre  du  transept  méridional.  Le  bas-relief,  bien 
qu'étudié,  n'est  pas  conçu  toutefois  dans  le  style  de  l'époque 
cl  devrait  s'harmoniser  avec  la  façade  du  transept  plutôt 
({u'avec  les  nefs  latérales.  La  reproduction  complète  d'une 
ancienne  fenêtre  du  chœur  n'est  pas  heureuse.  Mieux 
eût  valu,  en  effet,  tout  en  s'inspirant  du  type  logiquement 
adopté,  tenii-  compte  des  différences  de  dimensions  et  du 
rôle  important  qui  est  assigné  à  la  maitresse-baie  de  l'une 
des  faces  du  monument.  Lorsqu'il  s'agira  de  restaurer  la 
face  septentrionale  du  transept,  et  dans  le  cas  où  l'on  voudrait 
établir  la  symétrie  en  reproduisant  la  fenêtre  exécutée  vers 
le  midi,  il  conviendra  d'examiner  alors  l'opportunité  de  modi- 
lier  préalablement  cette  dernière  fenêtre.  On  pourrait  aussi 
profiter  de  cette  circonstance  pour  affecter  aux  niches  une 
moulure  d'angle  romane,  qui  leur  fait  actuellement  défaut. 
L'église  Saint-Germain,  à  Tirlemont,  est  un  monument 
l'cmarquabie  et  il  est  à  désirer  que  les  réparations  exté- 
rieures et  urgentes  qui  rcsiciit  ;i  y  faire  soient  pro- 
chainement t('i")nii)(''es.  L'évalualioii  de  ces  réparations, 
(ô5,;Jôo  francs j,  faite  par  M.  rarchilecte  jirovincial,  est 
plutôt  trop  modérée  qu'excessive.  La  Commission ,  parta- 
geant l'avis  de  la  députation  permanente  du  Conseil  provin- 
(•i;il,  pi'oposc  il  M.  le  Ministre  de  la  .iuslice  (rallouiM"  à 
l'église  Sainl-Ceriiiaiii  un  subside  exiraoïdiiiaire.  Il  est 
à  remarquer  que  cet  ('tlilice  a  élé  traité  jusqu'aujourd'hui 
moins  favorablemeni  (pie  les  aiilr(\s  consli'uctions  de  la 
même  importance,  puis(pie  le  subside  annuel  de  l'Éfal  ne 
s'élève  (|u'à  4,000  francs. 


;)  — 


Des  coniinissaircs-in.spec((Hirs  ont,  conslalé,  à  différenles 
reprises,  l'urgence  de  faire  à  la  belle  éulise  ogivale  de 
Wervicq  d'im])ortants  travaux  de  restauration  et  de  conso- 
lidation. Le  comité  des  membres  correspondants  de  cette 
province  évalue  à  150,000  francs  les  réparations  nécessaires 
et  à  60  ou  70,000  francs  les  ouvrages  urgents.  Gomme  on  ne 
pourrait,  sans  un  certain  danger,  tarder  davantage  à  mettre 
la  main  à  l'œuvre,  la  Commission  signale  l'état  des  cboses 
à  la  liante  sollicitude  de  M.  le  Ministre  de  la  Justice. 

Les  travaux  exécutés  dans  le  cours  de  1861  à  la  tour  de 
Notre-Dame,  à  Anvers,  ont  coûté  51,500  francs.  Le  l" jan- 
vier 1862,  la  dépense  totale  s'élevait  à  755,819  francs.  Des 
délégués  feront  l'inspection  de  ces  travaux  lorsque  d'autres 
affaires  réclameront  leur  présence  à  Anvers. 

PIERRES    SÉPULCRALES,    TOMBEAUX. 

La  proposition  que  fait  M.  Scliuermans,  membre  corres- 
l)ondant,  de  protéger  par  des  haies  et  des  fossés  les  groupes 
de  tumuli  appelés  de  ticee  tommen  et  de  dric  tommen , 
existant  à  Montenaeken,  Gorthys  et  Fresin  (Limbourg), 
est  parfiiitement  justifiée  ;  mais  la  Gommission  pense  qu'il 
faut  préalablement  exiger  des  communes  qu'elles  se  char- 
gent d'assurer  la  conservation  et  l'entretien  des  travaux 
exécutés  aux  frais  de  l'Etat. 

M.  le  comte  van  der  Straten-Ponthoz ,  grand  maréchal 
du  jialais ,  communique  les  empreintes  des  pierres  tumu- 
laires  :  1"  d'Alard  deHierges,  xxif  abbé  de  Waulsorl,  qui 
lit  reconstruire  le  chœur  de  l'église  de  Hastièi-e  (  Namiir) 
et  mourut  en  1268;   2"  d'un  chevalier  de  la  maison  de 


—   K)  — 

TiiN  lies;  cette  j)ieiTe  date  du  xiv''  siècle;  5"  d'un  sire  d'Abée, 
desceudaiit  par  sa  inèrc  des  sires  de  Warfusée,  et  de  sa 
leniine  (xiv''  siècle)  ;  4-°  d'Engelbert  d'Aulrive  et  de  Margue- 
rite de  Fumai,  son  épouse  (1557)  ;  5"  de  Gérard  d'Anthisnes 
et  de  sa  femme  Isabelle  Profondrieu  (1511-1546).  Ces 
pierres  [trésentent  un  vif  intérêt  archéologique  et  sont  assez 
bien  conservées.  Le  Collège  prie  instamment  MM.  les  Gou- 
verneurs des  provinces  respectives  de  prendre  les  disposi- 
tions nécessaires  afin  de  garantir  ces  monuments  funéraires 
(le  toute  dégradation. 

On  semble  craindre  un  conflit  entre  l'administration  locale 
de  Sotteghem  et  le  Conseil  de  fabrique,  à  propos  du  caveau 
qui  contient  les  restes  du  comte  d'Egmont.  La  Commis- 
sion se  rend  difficilement  com])te  des  motifs  qui  pourraient 
donner  lieu  à  ce  conflit.  L'exécution  de  l'une  des  mesures 
qu'elle  a  proposées  rendrait,  en  effet,  toute  profanation 
impossible,  et  ce  qui  semble  dans  l'intérêt  même  de  l'admi- 
nistration communale,  mettrait  chacun  à  l'abri  de  tout 
soupçon.  La  Commission  se  réfère,  du  reste,  à  son  rapport 
du  29  juillet  dernier  et  prie  M.  le  Ministre  de  la  Justice  de 
vouloir  bien  remarquer  que,  d'après  la  marche  constamment 
suivie  lors  des  inspections,  les  délégués  se  sont  bornés 
le  11)  juillet  à  examiner  l'état  des  choses,  à  recueillir  les 
i-enseigncmenls  nécessaires  pour  s'éclairer  et  n'ont  ni 
exprimé  un  avis,  ni  pris  une  décision.  C'est  à  la  Commission 
entière,  convoquée  régulièr(Mn('iit  cl  en  conformité  du 
règlement,  qu'il  appartient  d'adopter  un  parti,  et  personne 
n'a  eu  l'idée  de  faire  une  exception  aux  règles  ordinaires, 
alors  qu'il  s'agissait  d'une  question  grave  qui  a  vivement 
ému  l'opinion  publique. 


17  — 


l'UESDYTi;i'.F.S. 


La  Coimiiissioii  |)ro|)OS('  (raulorisci-  : 

1"  Les  réparations  projetées  au  nuii-  de  clùlure  et  aux 
dépendances  du  presbytère  de  Werui  (Linil)ourti);  devis  : 
1,522  francs; 

2"  L'approprialioii  du  jireshvlèi'c  de  Givry  (llainauT); 
devis  :  1,G52  francs  ; 

T)"  La  réparation  du  presi)ylère  de  Tlii('usi(\'^  (llainaul  ); 
devis  :  2,811  francs; 

4"  La  restauration  du  prcsbylèi-c  de  Grandniénil  (Luxciii- 
l)Ourg),  à  la  condiiion  de  donner  à  la  façade  un  carac- 
tère conforme  à  la  destination  du  l^àtiment.  Cette  niodili- 
cation  ne  nécessitera  qu'une  légère  augmentation  de 
dépense;  le  devis  s'élève  actuellement  à  o,888  francs; 

5"  La  réparation  du  presbytère  des  Rièzes  (Hainaut); 
devis  :  6,100  francs; 

La  construction  des  presbytères  à  : 

G"  Ilerderen  (Limbourg),  à  la  condition  que  Fauteur  fei-a 
une  nouvelle  étude  de  la  charpente  afin  de  faire  disparaître 
le  |iorte  à  faux  des  arbalétriers  e(  des  jambes  de  force.  Le 
devis  estimatif  s'élève  à  9,975  francs; 

7°  Vellereille-lez-Brayeux(IIainaut):  l'attention  de  l'archi- 
tecte est  appelée  sur  la  distribution  défectueuse  des  dépen- 
dances. La  somme  de  11,800  francs  formant  le  total  du 
devis  estimatif  suffira  diliicilemeid,  pour  exécuter  convena- 
blement les  travaux  projetés  ; 

8"  Horrues  (Hainaut)  :  il  conviendra,  toutefois,  de  donner 
à  la  toiture  une  disposition  plus  avantageuse  à  l'écoulement 
des  eaux  pluviales.  Devis  estimatif  :  15,000  francs  ; 


—  18  — 

9"  Eysden  (Limboiirg).  Devis  cslimatil'  :  15,230  francs; 

10"  Bcausaint  (Luxembourg).  Le  pignon  de  la  façade 
est  trop  aigu  et  devra  être  modifié.  Le  devis  estimatif 
s'élève  à  1 4,707  francs; 

1 1"  Waeregliem  (Flandre  occidentale).  Le  tympan  de  la 
porte  devra  être  disposé  de  façon  à  donner  plus  d'impor- 
tance à  la  niche  qui  la  couronne.  Il  ne  sera  guère  possible 
de  rester  dans  les  limites  du  devis  estimatif  dont  le  total 
s'élève  à  10,002  francs. 

Le  terrain  affecté  primitivement  au  nouveau  presbytère 
de  Jemmapes  (Ilainaut)  étant  indispensable  pour  l'agrandis- 
sement de  l'église,  il  ne  peut  être  donné  suite  à  la  combi- 
naison qui  avait  été  soumise  k  la  Commission. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS   DE    BIENFAISANCE. 

La  Commission  maintient,  au  sujet  de  l'agrandissement  de 
riiôl)ital  civil  deFurnes,  ses  observations  premières,  que  l'au- 
teur du  projet  combat  en  s'appuyant  sur  des  considérations 
qui  semblent  de  peu  de  valeur.  Il  n'est  pas  indispensable 
d'élargir  le  corridor  longeant  les  nouvelles  salles  de  malades 
au  détriment  de  la  cour  et  il  n'y  aurait  ])as  d'inconvénient 
à  restreindre  légèrement  ces  salles ,  afin  d'obtenir  l'amélio- 
ralidii  })roposée.  Les  communications  de  la  cuisine,  soit 
(pi'elles  se  fassent  par  une  salle  de  malades,  soit  qu'elles 
aient  lieu  par  une  salle  de  convalescents,  offrent  de  graves 
inconvénients.  Le  nouveau  bâtiment  qu'il  s'agit  d'établir 
dans  la  cour   a  trop  d'importance  et  obstrue  celte  cour 


—  19  — 

d'une  manière  fâcheuse.  Le  Collécie  l'ail,  remarquer  que  le 
j)lan  présente  actuellemenl  une  confusion  regrellable  et  il 
désire  être  saisi  à  l'avenir  de  projets  indiquant  séparément 
la  situation  réelle  des  différents  étages,  etc.  M.  le  Minisire 
(le  la  Justice  jugera  sans  doute  utile  de  communiiiuer  le 
dernier  travail  de  l'architecte  au  Conseil  supérieur  d'hygiène, 
avant  de  faire  connaître  ses  intentions  définitives  à  cet 
artiste. 

MAISONS  COMMUNALES,  BEFFROIS,  HALLES,  DONJONS,  etc. 

L'administration  communale  de  Hal  est  d'avis  qu'on  no 
pourrait  remplacer  le  perron  actuel  de  son  hôtel  de  ville 
par  une  arcade  appuyée  sur  des  murs  pleins  et  débouchant 
directement  sur  la  Grand'PIace,  sans  s'écarter  du  style  de 
l'édifice.  La  Commission  partage  cette  manière  de  voir 
et  propose  de  rétablir  exactement  l'avant-corps  qui  existe 
aujourd'hui. 

Des  délégués  ont  visité  les  ruines  du  chàtean  de  la  Roche, 
(Luxembourg),  de  concert  avec  M.  l'architecte  provincial 
Bouvrie.  Les  travaux  de  consolidation  terminés  sont  :  I"  La 
reconstruction  de  l'angle  de  la  grande  terrasse ,  vers  la 
claire-rue,  ainsi  que  diverses  réparations  aux  fondements 
de  l'édifice;  2"  le  rétablissement  delà  voûte  de  décharge 
de  la  tour  de  la  chapelle  ;  5"  la  restauration  de  la  voûte  do 
la  porte  d'entrée  vers  la  cour  centrale;  4°  la  démolition 
de  la  voûte  de  décharge  de  l'une  des  parties  intéri(Hires 
de  la  tour  dite  :  Tour  du  diable;  5°  l'enlèvement  des  })ierres 
qui  étaient  sur  le  point  de  se  détacher  du  contrefort  entre 
les  tours  qui  dominent  la  claire-rue;  G"  le  nettoyage  des 


—  ^iO  — 

Icrrasses  du  cavalier.  Les  ouvrages   urgenls  qui  reslenl  à 
exécuter  sont  :  .1.  rélablisscmeut  d'une  chape  sur  les  murs; 
à  cet  effet  il  faudra  faire  usage  de  pierres  scliisleuses  et 
lie  pas  se  borner  à  employer  de  la  chaux  hydraulique; 
l).  fermer  les  vides  (jiii,  en  de  nombreux  endroits,  existent 
dans  les  murs  par  suite  de  l'enlèvement  des  pierres  de  taille  ; 
C.  boucher  les  ouvertures  ou  arcades  qui,  en  ce  moment, 
sont  étançonnées  ;  D.  enlever  les  nombreux  décombres  qui 
cachent  le  pied  des  constructions  ,  surchargent  certaines 
parties  et  rendent  la  circulation  difficile.   Une  somme  de 
4,000  francs  à  répartir  sur  quatre  ou  cin({  exercices  succes- 
sifs est  nécessaire  pour  exécuter  ces  différents  travaux.  Le 
système  de  la  régie,  déjà  adopté  à  Sichem  et  à  Bouvignes 
offre  seul,  dans  cette  circonstance  particulière,  des  garanties 
complètes  de  bonne  exécution.  Il  importera  de  mettre  ces 
ouvrages  sous  la  direction  de  l'architecte  provincial  et  la 
surveillance  de  l'administration  communale.   Le  premier 
point  dont  il  conviendra  de  s'occuper  est  la  consohdation 
de  la  partie  du  château  qui  domine  la  claire-rue.  Outre 
la  nécessité  d'exécuter  ces  travaux  pour  garantir  la  sûreté 
des  habitations  qui  existent  au  pied  du  l'ocher  que  le  château 
couronne,  l'intérêt  qui  s'attache  à  ces  belles  ruines  est  plus 
que  suffisant  pour  justifier  la  dépense  proposée. 

PEINTURE,  SCULPTURE,  CISELURE,  TAPISSERIE,  etc. 

OUVRAGES  MODERXES. 

iJes  délégués  ont   visité   les  jieintuj'cs  nuirales  en  voie 
d'exécution  dans  le  chœur  de  l'église    Saint- Remacle ,   à 


—  21   — 

Verviers.  Leurs  ohsorvalions  criliriiics  son!  comnimiirniéos 
à  M.  le  Ministre  do  l'Inlérieur. 

Des  commissaires-inspecteurs  se  sont  rendus  à  l'église 
Sainte-Croix,  à  Liégv,  aiin  d'examiner  les  peintures  murales 
exécutées  dans  le  chœur  de  cet  édifice.  L'ensemble  du 
travail  est  satisfaisant;  toutefois  il  sera  utile  d'avoir  égard 
aux  points  suivants ,  lorsqu'on  s'occupera  de  la  décoration 
du  vaisseau  :  T  II  importe  de  ne  pas  multiplier  les 
détails  de  décoration  et  de  ne  point  trop  varier  les  motifs, 
afin  d'éviter  un  certain  papillotage  cpii  serait  de  nature 
à  nuire  au  caractère  du  monument  ;  2"  les  grandes  lignes 
architecturales  doivent  toujours  dominer  et  par  conséquent 
rester  franchement  accusées.  Le  style  des  figures  peintes 
dans  le  chœur  a  fait  l'objet  de  consciencieuses  recherches. 
Après  avoir  reçu  à  cet  égard  des  éloges  mérités ,  l'auteur  a 
été  engagé  à  s'attacher  de  plus  en  plus  à  l'étude  des  meilleurs 
modèles  de  l'époque.  En  admettant  toutefois  qu'il  soit  utile 
de  s'inspirer  des  peintures  anciennes,  on  doit  toujours  agir 
avec  circonspection  et  ne  pas  exagérer  Varchaisme. 

La  Commission  a}»puie  la  djemandc  de  subside  que  forme 
le  conseil  de  fabrique  de  l'église  d'Offagne  (Luxembourg), 
afin  de  pouvoir  faire  exécuter  par  M.  Van  Reuth  une  copie 
du  Cln^ist  de  Rubens,  appartenant  au  Musée  d'Anvers,  desti- 
née à  remplacer  le  tableau  qui  décore  actuellement  le  maître- 
autel  de  cette  église  et  don!  l'état  est  tel  qu'une  restauration 
est  impraticable.  Si  la  proposition  est  accueillie,  la  Commis- 
sion recevra  avec  plaisir  le  tableau  ancien ,  afin  de  vérifier  si 
cet  ouvrage  est  sans  mérite  et  ne  peut  plus  être  utilisé. 

Le  Christ  qui  se  trouve  dans  le  cimetière  de  la  paroisse 
de  Notre-Dame  du  Sabloii,  à  Bruxelles,  date  seulement  du 


—  22  — 

xvii'^  siècle,  cl  n'est  luillciiienl  en  rap})orl  avec  le  style  de 
l'égiisc.  Comme,  dn  reste,  la  Commission  partage  complè- 
tement l'avis  du  conseil  de  fabrique,  (juant  à  l'opportunité 
(le  n''(;iMir  les  choses  telles  qu'elles  existaient  primilivement, 
elle  |)ropose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  d'allouer  un 
subside  pour  exécuter,  afin  de  le  placer  sous  l'arc  triom- 
phal, un  Christ  conforme  aux  traditions  du  style  ogival 
tertiaire. 

Le  dessin  mis  sous  ks  yeux  de  la  Commission  ainsi  que 
le  ra])port  des  membres  du  Collège  qui  ont  vu,  à  l'exposition 
(le  Londres,  la  chaire  de  vérité  exécutée  par  MM.  les  frères 
CoN'ers,  de  Louvain,  domient  une  idée  favorable  de  cet 
ouvrage  de  sculpture.  Mais  il  existe  des  doutes  quant  au 
|)oinl  de  savoir  si  cette  chaire  ne  serait  pas  trop  importante 
eu  égarai  aux  })roportions  de  l'église  Saint- Médard  ,  à 
Jodoigne,  pour  laquelle  on  propose  d'en  faire  l'acquisilioi). 
Alin  de  résoudre  la  question,  il  faudrait  faire  un  croquis, 
conqirenant  la  partie  de  l'église  contre  laquelle  on  placerait, 
le  cas  échéant,  l'œuvre  des  frères  Goyers  et  en  tracer  la 
silhouette  sur  ce  dessin.  , 

La  Commission  adopte,  moyennant  quelques  modifica- 
lioiis  i)eu  importantes,  le  projet  soumis  pour  la  décoration 
(lu  nouveau  pont  sur  la  Meuse,  à  Liège.  Il  sera  indispensable, 
afin  d'obtenir  de  l'unité  dans  le  travail,  que  les  modèles 
(le  tous  les  bas-reliefs  et  statues  soient  exécutés  au  tiers 
(le  l;i  gi';iii(!('ur  d'exécution,  alin  d'être  soumis  à  la  fois  à 
rc\;iiii('ii  (If  M.  ring(''nieur  cliargé  du  service  de  la  Meuse 
et  des  délégués  de  la  Commission. 

Invitée  à  se  prononcer  au  sujet  de  l'emplacement  qu'il 
conviciil   <l(!  donner  an  groupe  en  bronze  des  frères  Van 


—  23  — 

Eyck,  la  Goniinission  vu  l'opposition  (juc  rencontre  de  la 
part  des  habitants  la  suppression  du  chêne  existant  au  centre 
d(î  la  Grand'Place  do  Macseyck,  exprime  le  désir  de 
connaître  préalablement  l'avis  de  l'administration  commu- 
nale et  de  recevoir  en  communication  le  plan  cadastral 
de  la  ville. 

OUVRAGES   ANCIENS. 

Le  Conseil  de  fabrique  de  l'église  d'Opwyck  (Brabant) 
s'étant  plaint  de  ce  qu'un  tableau  récemment  restauré  : 
La  Vierge  et  l'enfant  Jésus,  par  Crayer,  était  de  nouveau 
endommagé  et  recouvert  de  moisissure,  la  Commission  a 
cru  devoir  s'assurer  immédiatement  de  l'état  réel  des  choses  : 
l'humidité  avait,  en  effet,  formé  une  buée  sur  cette  toile  ; 
mais  il  a  suffi  de  frotter  légèrement  avec  un  morceau  de 
vieille  soie  pour  rendre  tout  l'éclat  à  la  peinture  et  faire 
disparaître  toute  apparence  de  dégradation. 

Après  avoir  examiné  le  dessin  des  peintures  murales  qu'il 
s'agit  d'exécuter  dans  l'une  des  chapelles  collatérales  du 
chœur  de  la  cathédrale  de  Tournay,  la  Commission  exprime 
le  désir  de  voir  faciliter  ce  travail  au  moyen  d'un  subside  de 
l'État  et  de  le  faire  exécuter  sous  la  direction  d'archéologues 
capables.  La  dépense  est  évaluée  à  9,000  francs. 

M.  le  chanoine  Baguet,  secrétaire  de  l'archevêché  de 
Matines,  soumet  à  l'examen  de  la  Commission  le  carton 
original  d'un  vitrail  donné  par  Charles-Quint  à  l'église 
Saint-Rombaut.  Il  ne  reste  de  ce  vitrail  que  la  figure  du 
Christ  placée  dans  le  tympan.  La  Commission  exprime  le 
désir  de  voir  refaire  cette  œuvre  remarquable  de  préférence 


—  24  ~ 

;i  !a  romposilion  moderne  en  faveur  de  hKniclIc  des  sous- 
(•ri|>(ions()nt  été  recueillies  avant  la  découverte  dudit  carton. 
Quant  à  la  (|uestion  de  savoir  s'il  faut  reconstruire  dans  leur 
style  priiiiilif  les  meneaux  de  la  fenèli-e,  leColléii'e  s'en  occu- 
ltera a])rès  avoir  de  nouveau  visité  l'édilice. 

Les  délégués  qui  se  sont  rendus  dans  l'atelier  de  M.Victor 
Le  Roy,  peintre-restaurateur,  ont  constaté  que  la  restaura- 
tion du  tableau  de  l'église  de  Dieghem  (Brabant),  re])résen- 
laut  sdinl  CoriuùUe,  s'e.xécute  avec  tout  le  soin  désirable, 
mais  que  deux  mois  sont  nécessaires  encore  pour  com})lélcr 
c(M  important  travail. 

Il  existe  dans  l'église  de  Verrebroeck  (Flandre  orientale) 
uu  grand  tableau,  de  l'école  de  Jordaens,  représentant 
XAiloralion  des  Mages.  L'état  de  conservation  de  cet  ouvrage 
est  déplorable,  par  suite  de  fréquents  lavages  au  savon,  et 
parce  cpie,  pour  faciliter  le  placement  du  tabernacle,  on  a 
découpé  la  partie  inférieure  de  la  toile.  Son  mérite  est  assez 
réel  pour  Justilier  la  dépense  de  G50  francs  que  sa  conserva- 
tion exige  impérieusement.  Un  double  rentoilage  est  néces- 
saire ;  de  nombreuses  écailles  se  soulèvent  en  divers  endroits 
et  devront  être  lixéesav(X'  un  soin  s('rui)uleu\.  Kii  avançant 
\(\  tabernacle  et  en  modiliant  légèrement  sa  disposition, 
il  sera  possible  de  re}ilaeer  le  tableau  dans  de  bonnes  condi- 
tions lorsfpi'il  aura  été  restauré.  Comme  les  ressources 
locales  sont  resticintes,  le  Collège  pi-opose  à  M.  le  iMinislre 
de  rintérieiir  (rallouer  un  subside  de  500  francs  sur  les 
fonds  de  l'État,  à  la  condition  tpie  les  350  fraiics  nécessaires 
poiii'  compb'lci-  le  total  de  la  dépense  seront  donnés  par 
la  province,  la  comnHine  et  FÉgiise. 

L<'s  '2,;jOO   b'ancs    nécessaires  pour    la    l'olaiiralion   du 


—  :2:)  — 

r('(al)I(^  (1c  l'égiiso  de  Ilni'ciilJials  (Anvers),  irprésenlaiil 
le  martijre  des  SS.  Crépiii  et  Crépinieu,  soiil,  réunis.  La 
Commission  propose  de  confier  ce  Iravailà  M.  Mallail,  qui  a 
une  aplitude  particulière  pour  les  entreprises  sem!)lal)les 
et  (pii  a  réparé  d'une  l'aron  irré|)roel)aI)le  le  grand  rélahk 
dû  à  un  maître  de  l'école  d'Anvers,  dont  l'église  de  Tongres 
vient  de  faire  l'acquisition. 

Les  ouvrages  de  sculpture  (jui  aj)partiennent  k  l'église  d(! 
Boendacl,sous  L\elles(v.  p.3'2G),daleiit  desxv"  et xvf  siècles 
et  doivent  être  classés  au  nombre  des  oljjels  remarquables 
de  ce  genre  qui  existent  en  Belgique.  Il  est  vivement  à 
désirer  que  la  province  et  l'État  consentent  à  faire,  en  cette 
circonstance,  un  sacrifice  exceptionnel,  vu  (pi'on  ne  pourrai I, 
sans  de  graves  inconvénients,  ajourner  la  restauration  pro- 
jetée. La  dépense  serait,  du  reste,  échelonnée  sur  quatre 
ou  ciiK]  exercices  successifs. 

Le  Secrétaire  de  la  Commission  roijalc  des  MoiuimriitSj 

Jules  Dugniolle. 
Vu  en  conformité  de  l'ai'licle  ^20  du  l'èglemenl. 

Le  Vicc-I'ré.'^idciil. 

i^aron  de  Roisix. 


NOTE  CONCERNANT  LES  ACQUISITIONS 

DU 

MUSÉE    ROYAL 

D'ANTIQUITÉS,  D'ARMURES  ET  D'ARTILLERIE, 
EN  1862. 


Déjà  nous  avons  essaye  de  rappeler  succinclement  les 
origines  et  de  retracer  les  progrès  du  Musée  royal  d'anti- 
quités, d'arrnures  et  d'artillerie.  Depuis  que  cette  notice  a 
été  i)ubliée(i),  le  Musée  a  reçu  des  accroissements  notables. 
Un  aperçu  de  ces  acquisitions  nouvelles  étant  de  nature  à 
intéresser  le  public  ,  nous  nous  proposons  de  signaler 
brièvement  les  objets  les  plus  importants  dont  les  trois 
sections  du  Musée  se  sont  enricbies  en  1862. 


(i)  Voir  Bulletin  dos  Comniissions  royales  d'art  cl  d'archéologie,  t.  I"',  p.  29 
et  suivantes. 


—  28  — 
I. 

ARMEt^    A.NCIENNES    ET    MODERNES. 

L(;  cahiiK't  fort  coiiiiu  de  fou  W.  Vcrliclsl,  ;i  G;iii(l,  conU;- 
iinil  une  collection  Irès-intércssanle  (r.'ii'ines  en  silex  et  en 
l)ronze,  au  nombre  de  41  pièces,  découvertes  pour  la 
l)luj)art  dans  les  environs  de  Gand  et  de  Bruxelles.  Les 
pièces  les  plus  importantes  de  cette  collection,  qui  appar- 
tient maintenant  au  Musée,  ont  été  décrites  par  De  BasI 
dans  son  Recueil  (t Antiquités  et  ]^ar  Burlin  dans  l'ouvrage 
intitulé  :  Oryctographie  ou  Descripdon  des  fossiles  décou- 
verts dans  les  environs  de  Bruxelles.  (Bnw.,  1784,  in-fol.). 

L'administration  communale  d'Atli  a  fait  don  d'une  autre 
liaclie  en  jade,  trouvée  à  Mailles. 

La  belle  collection  des  armes  espagnoles  s'est  encore 
enrichie  d'une  magnifique  épée  à  poignée  ciselée.  L'arme 
|)orte  la  signature  de  Sébastien  Hernandez  ,  armuriei'  de 
l'empereur  Charles-Quint.  Cette  épée  vraiment  précieuse  a 
é'té  conservée  pendant  longtemps  au  château  de  Mirwart; 
<»u  sup|)()se  (ju'ellc  a  aiiparlenu  à  la  maison  de  Croy. 

Citons  encore,  comme  des  objets  intéressants,  un  chan- 
fi-ein  en  cuivre  avec  la  dal(?  de  1378;  un  morion  sur  lequel 
est  gravée  l'aigle  impériale ,  et  une  hache  qui  ])orte  les 
armoiries  de  l'abbaye  de  Saint-Pierre  (Gand). 

Un  don  d'une  grande  importance  est  venu  accroître 
la  ((illcclion  des  anciennes  pièces  d'artillerie.  M.  Alexandre 
Aiuaiid  ,  projiriétaire  de  Faiicien  château  de  Bouvignes. 
il    \\\n\    voulu  dispdsci-,    en    faveur  du  Musée,   d'un    assez 


'-)()  

uraiid  nuiiilirc  cruiijcls  égalciiiciil  invciciix  ihhii'  l'iiis- 
toire  el  pour  l'archéologie.  Ils  ra|ipelk'iil ,  en  elTet ,  le 
sac  de  Bouvignes  par  les  Iroupes  de  Henri  II ,  roi  de 
France  ,  en  1554  ;  ils  doimenl  ,  en  oulre  ,  une  idrc 
aussi  exacte  que  possible  de  l'artillerie  employée  en 
Belgique  à  la  fin  du  règne  de  Charles -Quint.  On 
remarque  notamment  un  petit  canon  à  croc  ;  trois  autres 
canons  du  xvr  siècle;  des  chambres  ou  boites  à  feu  de 
Formes  différentes;  des  boulels  en  pierre  el  en  ler  ;  des 
marteaux  et  des  pioches  d'artillerie;  des  tenailles,  des 
j.'inces,  etc.  Tous  ces  objets  avaient  été  jetés  pèle-mèlc, 
avec  les  cadavres  des  défenseurs  du  château,  dans  un  ])uits 
de  40  pieds  de  circonférence  et  d'une  profondeur  d'en\  iron 
133  pieds.  Cette  immense  citerne,  taillée  au  marteau  dans 
le  roc  vif,  était  comblée  depuis  trois  siècles  et  (ont  à  fait 
oubliée.  En  1858,  un  heureux  hasard  en  révéla  l'existence  ; 
M.Amandfit  déblayer  et  vider  le  puits  qui  avait  été  retrouvé, 
et  c'est  ainsi  que  furent  mis  au  jour  les  canons  dont  s'étaient 
servis  les  braves  défenseurs  de  Bouvignes. 

Grâce  à  un  crédit  spécial,  libéralement  volé  par  la  légis- 
lature, le  ]\Iusée  possède  également  une  magnitique  collection 
d'armes  orientales,  quiavaientété  recueillies,  pour  la  plupart, 
à  Constantinople.  Elle  comprend  les  objets  suivants  :  hache 
en  acier  taban;  pistolets,  monture  en  filigrane  d'argent; 
masses  orientales,  en  cuivre  doré;  petite  hache  en  taban; 
handjar  persan,  manche  en  jade  bleuâtre;  handjar  turc, 
avec  mancîie  en  ivoire  garni  de  vermeil  et  orné  de  coraux  ; 
handjar  de  janissaire,  poignée  et  fourrure  en  cuivre  doré; 
handjar  tscherkesse,  poignée  en  dent  de  morse  sculptée; 
espingole  persane;  bec-à-corbin  (masse  d'armes);  autre 


—  50  — 

masse  d'armes  on  acier  ineriislé  d'argent  ciselé.  Il  faut 
menlionner  en  outre  une  poire  à  poudre  persane  en  acier 
laban  et  une  écuelle  orientale  en  métal  doré. 


II. 


AMIQUITES. 

Va\  I8G2,  (les  fouilles  ont  été  entreprises,  avec  l'appui 
du  Gouvernement,  dans  les  lumulus  de  Frésin  (Limbourg), 
sous  l'intelligente  direction  de  M.  Scluiermans,  membre 
correspondant  de  la  Commission  royale  des  monuments, 
et  de  M.  l'abbé  Kempeneers.  Ces  exjdoralions  ont  été 
couronnées  d'un  succès  éclatant.  Elles  ont  mis  au  jour  des 
objcls  de  la  plus  grande  valeur  et  delà  })lus  grande  rareté. 
Elles  ont  enrichi  réellement  la  collection  d'antiquités 
romaines  du  Musée.  Trois  objets  surtout  sont  dignes  d'at- 
tention :  une  coupe  en  verre  rouge  sous  forme  de  grappe;  une 
lampe  en  bronze  avec  tète  de  cygne;  une  bu  ire  également 
en  bronze  avec  figures  et  ornements  sculptés.  —  Mais  nous 
devons  laisser  à  l'un  des  explorateurs  (M.  Schuermans)  le 
plaisir  de  faire  une  description  détaillée  des  objets  si  remar- 
quables trouvés  dans  le  tumulus  central  de  Frésin. 

D'autres  antiquités  d'une  nature  différente  ont  été  trou- 
vées dans  les  travaux  du  fort  Sainte-Marie  (bas  Escaut). 
Telles  sont  une  espèce  de  mortier  en  piei-re  et  une  remar- 
(|uable  figurine  en  terre  cuite  (moyen  âge). 

Tous  ces  objets  d'origine  belge  seront  classés  jtius  tard 
dans  la  Galerie  nationale  qui  doit  être  ajoutée  au  Musée. 

Les  matériaux  de  celle  g.derie  nouvelle  deviennent  plus 


—  TA   — 

nombreux  et  plus  remarquables.  On  s'est  efi'orcé  et  on  s'ef- 
force chaque  jour  de  retrouver  et  de  rassembler  les  chefs- 
d'œuvre  de  l'industrie  de  nos  pères  de  même  (pie  les  mille 
objets  qui  peuvent  rajipeler  la  vie  nationale  des  Belges. 

Bornons-nous  à  mentiomier  ici  les  acquisitions  les  pins 
importantes  faites  en  18G2. 

Citons  d'abord  une  cheminée  en  pierre  dans  le  slyle  de 
la  Renaissance.  Elle  provient,  selon  la  tradition,  de  la 
maison  qu'habitait  à  Audenarde  l'architecte  du  célèbre 
liùtel  de  ville  de  cette  commune. 

Le  Musée  possède  également  le  confessionnal  du  xvi"  siècle, 
qui  avait  fait  partie  du  cabinet  de  Verlinden-MuUer,  à  Gand. 

En  13G3,  un  concile  tenu  à  Milan  décréta  que  le  con- 
fesseur et  la  pénitente  seraient  désormais  séparés  par  une 
jalousie  de  bois.  On  tire  de  la  recommandation  du  concile 
de  Milan  la  conséquence  que  l'usage  des  confession- 
naux actuels  était  encore  inconnu  dans  la  première  moitié 
du  xvf  siècle,  ou,  du  moins,  que  les  confessionnaux  dont  il 
s'agit  étaient  très-rares.  Quelle  que  soit  la  valeur  de  cette 
observation  ,  le  confessionnal  possédé  maintenant  par  le 
Musée  paraît  antérieur  à  loGo.  Il  résulte,  en  effet,  de 
renseignements  authentiques  que  ce  confessionnal  provient 
de  l'ancienne  église  de  l'abbaye  d'Averbode  (Gampine)  et 
que  les  armoiries  déchitïrées  sur  les  panneaux  sont  celles  de 
l'abbé  Gérard  Van  der  Schaeft,  élu  le  23  août  1501  et  mort 
le  20  juillet  1532,  ou  bien  celles  de  son  cousin  et  successeur 
immédiat ,  Denis  Van  der  Schaeft,  mort  le  A  mai  1541 . 

Les  chaires  en  bois  du  xvf  siècle  sont  également  rares. 
C'a  donc  été  une  bonne  fortune  pour  le  Musée  que  de 
pouvoir  acquérir  la  petite  chaire  (dans  le  style  de  la  Renais- 


—  52  — 

sanco),  ([ui  dccdrail  iiiiuiicrc  la  1)L'1Ic  église  d'Alsi.'iiibcru' 
(Brabanl).  C'est  niic  espèce  de  eiive de  forme  Iiexagone  sou- 
leiiiie  |)ariiii]tédicule  ;  àrexlérieiir,  les  paimeatix  sont  décorés 
d'arcades  avec  rosaces,  colonnettes  el  autres  ornements  de 
style  flandjoyanl;  le  ])anneau  principal  contient  en  outre, 
dans  des  niches,  les  statuettes  des  quatre  évangélistes.  La 
hauteur  d(i  la  chaire  est  de  2"C)0.  (Voir  le  dessin  ci-joint.) 

Non  iiidiiis  |)j-écieiises  Sont  les  pierres  tombales  et  les 
(hdles  riiiiéraires  en  cuivre  également  ac(iuiscs  par  le  Musée. 

Parmi  les  monuments  (|ui  décoraient  autrefois  l'église 
de  Tabbavc  de  Villei-s  on  l'einarquait  surtout  les  riches 
mausolées  de  llem'i  II  et  de  Jean  111,  ducs  de  Brabant. 
Ces  tombeaux  disparui-ent  à  la  lin  du  xviif  siècle,  et  il 
n'en  l'eslc  d'autres  vestiges  que  les  dessins  donnés  par 
Le  Roy  dans  son  Théâtre  .sacré  du,  Brabmd  (tome  I'"', 
]).  11-14)  et  par  Butkens  dans  ses  Trophées  sacrés  et 
profanes  du  duché  de  Brabant  (tome  I'"',  p.  259  et  p.  4.45). 
Mais  une  sorte  de  tradition  historique  laissait  sujtposer  que 
les  monuments  des  jirinces  brabançons  n'étaient  pas 
eiilièremenl  anéantis,  (jn  avait  même  inq)rimé  que  ce  (pii 
lestait  du  mausolée  de  Jean  111  ornait  un  château  à  Ilévil- 
1ers.  Malheureusement  celte  assertion  n'était  point  exacte. 
On  avait  pris  pour  les  mausolées  des  princes  brabançons 
deux  pierres  tombales  (pii  soid  aujourd'hui  déposées  au 
Musée  et  (pii  proviennent  effectivement  de  l'église  de  l'ab- 
baye de  Villers.  Ces  pierres,  incrustées  de  marbre  blanc, 
jjorlent  l'une  et  l'autre  l'effigie  d'un  chevalier  brabançon 
du  XIV"  siècle,  étendu  sous  une  chapelle  gothique,  les 
pieds  a]»puyés  sur  un  lion.  L'une  de  ces  pierres  n'a  point 
d'iuMjription  ;   mais,  d'après  le  style  des  orneuients  el   le 


Bull  dfS  t}tniin' rmi'" il iirl  fi- li  /a-*rt'/.y/--      -.'.-iim-i  fl  I 


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costumo  du  personnage  représenté,  elle  est  au  moins  aussi 
aneiennc  que  la  seconde.  Celle-ci  contient  encore  des 
fragments  de  l'inscription  primitive  ;  et  on  peut  lire  qu'elle 
recouvrait  les  restes  de  Raus  de  Greis ,  porte-étendard  du 
duc  Jean  V'  à  la  bataille  deWoeringen,  mort  en  1518, 

Les  deux  plaques  en  cuivre  ciselé,  qui  sont  venues  enri- 
chir la  collection  nationale,  ont  appartenu  à  l'église  de  Heer 
(Limbourg).  L'une,  la  plus  riche  et  la  plus  remarquable, 
remonte  au  xiv"  siècle;  l'autre  est  du  xvf . 

La  première  porte,  également  sous  une  chapelle  gothique, 
les  figures  de  deux  seigneurs  «  en  plein  harnais  »  :  Jean 
seigneur  de  Heer,  chevalier,  mort  en  1552,  et  Gérard, 
seigneur  de  Heer,  mort  en  1598.  (H.  2  m.  27.  L.  1  m.  51). 
L'autre  plaque  représente  en  plein  harnais  Richard, 
seigneur  de  Heer,  mort  en  1540,  à  côté  de  sa  femme, 
Jeanne  Scheiffart  de  Mérode,  morte  en  1567. 


m. 


ETHNOLOGIE. 

Les  acquisitions  destinées  à  la  troisième  section  ont  été 
moins  importantes.  Mais  il  convient  toutefois  de  signaler 
le  don  fait  par  M.  Daluin,  consul  général  de  Belgique  à 
Tanger,  des  armes  fort  curieuses  qui  sont  en  usage  chez 
les  Kabyles  du  Riff. 

J. 


MUSÉE    ROYAL    D'ANTIQUITES, 

D'ARMURES  ET  D'ARTILLERIE. 


EXTRAITS     DES    PROGES-VERBAUX 


DES    SÉANCES    l)i;    LA    COMMISSION    niRiXTRICK. 


SÉANCE    DU    28    JUILLET    1862. 

Il  est  fait  don  au  Musée  des  objets  suivants  : 

Un  plat  flamand  en  terre  rouge  émaillée  ,  offert  par 
M.  le  comte  de  Limbourg-Stirum  (Gand). 

Deuxpetites  bannières  de  procession  provenantde  la  corpo- 
ration des  bottiers  de  Bruges,  offertes  par  ^1.  F.  Vander- 
haeghen  (Gand). 

La  Commission  vote  des  remercîments  aux  honorables 
donateurs. 

SÉANCE    DU    18"  AOUT    1862. 

Acquisitions  faites  et  approuvées  : 

Une   serrure  aux  armes  de   la  maison   d'Arenberg  et 
portant  la  date  de  1671  ; 
Un  couteau  chinois  ; 


—  56   - 

Planche  gravée  en  l)oi.s  ])rovenant  d'une  fabrique  de  cuir 
doré  existant  autrel'ois  à  Matines  ; 

Grande  cheminée  en  pierre  sculptée* provenant  d'Aude- 
narde  (xvi'  siècle)  ; 

Canon  très-ancien  retiré  de  la  mer  à  Nieuport  et  statuette 
en  terre  cuite  trouvée  dans  la  même  localité; 

Grand  lustre  en  cuivre  du  xvir  siècle. 


SÉANCE    DU    20    OCTOBRE    I8C2. 

Acquisitions  faites  et  approuvées  : 

Une  corne  à  boire  (xv!*"  siècle)  montée  en  argent  avec 
armoiries  et  inscription  flamande  ; 

Une  mandoline  (?)  (xvr  siècle)  ; 

Deux  livres  avec  chaînes  en  fer  (libri  catenaii)  sont 
envovés  en  don  par  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur. 

SÉANCE    DU    17    NOVEMBRE    18C2. 

La  Commission  est  informée  que  les  objets  trouvés 
en  1859  dans  un  puits  du  château  de  Bouvignes,  et  dont 
M.  Alex.  Amand  a  fait  don  au  Musée,  viennent  d'arriver. 

Cette  remarquable  collection  comprend  : 

Un  gros  vvglaire  en  douves  de  fer  battu,  cerclées,  se  char- 
geant })ar  la  culasse  ;  un  autre  canon  de  la  même  espèce, 
mais  dont  l'âme  n'a  (jue  1(>  ('ciilimètres  de  diamètre; 

Un  petit  fauconneau  cerclé  de  seize  anneaux,  également  en 
IV'i-  forgé,  s(;  chai'geanî,  aussi  par  la  culasse,  et  muni  de  sa 
chimibre  ; 

Un  ])etit  canon  demain  à  croc; 

Six  boîtes  à  feu  de  dinV'rciites  grandeurs; 


._.  37  — 

Vingt-deux  balles  en  granit  de  différents  diamètres; 

Huit  balles  en  fer  de  différents  diamètres  ; 

Les  diverses  pièces  d'un  affût  ; 

Quatre  tenailles  ; 

Une  erminette  et  une  fourche  d'assaut  ; 

Deux  fragments  de  pelle;  un  fragment  de  scie;  fragment 
de  poignée  en  bronze;  un  marteau;  fragment  d'une  épée  ; 
fragment  d'un  fer  de  lance  et  deux  fers  de  javelot; 

Quarante-deux  petits  carreaux  émaillés; 

Trois  fragments  de  creusets  ; 

Trois  fragments  de  serrure  ; 

Un  chenet  gothique  en  fonte. 

SÉANCE    DU    15    DÉCEMBRE    1862. 

La  Commission  examine  avec  le  plus  grand  intérêt  les 
objets  provenant  des  fouilles  opérées  dans  les  environs  de 
Frésin,  savoir . 

Une  buire  en  bronze  avec  hgures  et  ornements  sculptés  ; 

Un  vase  en  bronze  à  large  panse  ; 

Grand  bassin  en  bronze  contenant  des  cendres; 

Amphore  en  verre,  forme  de  grappe  ; 

Fiole  contenant  un  liquide  huileux; 

Lampe  sépulcrale  en  bronze  ; 

Brûle-parfums  avec  godet; 

Petit  trépied  en  cuivre  recouvert  d'une  couche  d'étain  ; 

Grains  de  coHier; 

Deux  monnaies  (Domitien  et  Adrien)  ; 

Quatre  lampes  sépulcrales  en  terre  ; 

Potiche  (vase  aux  libations)  ; 

Patère  en  terre  rouge,  etc.  ; 


—  58  — 

^I.  Chàloii  fait  connaître  que  des  antiquités  gallo- 
romaines  ont  été  découvertes  dans  les  environs  de  Binche. 
M.  Pinchart,  chef  de  section  aux  archives  de  l'État,  a  dirigé 
quelques  fouilles  qui  ont  donné  lieu  à  des  résultats  inté- 
ressants. —  Il  est  tenu  note  de  la  communication  de 
M.  Chalon 


ÎGLISE 
Flandi  i' 


BULLETIN  DES  COMM^  ROYALES 
D'ART  ET  D'ARCHÉOLOGIE 


^-    1   ■■  1  r    - 


JJkuiij 


LOO, 

SON   ÉGLISE  ET  SA  TOUR. 


La  reconstruction  de  la  tour  de  Loo  nous  reporte  tout 
naturellement  à  l'époque  de  sa  fondation,  qui  remonte  au 
xif  siècle. 

Avant  ce  temps  Loo  était  une  localité  importante  de  la 
Morinie,  située  sur  une  voie  romaine  qui  aboutissait  à 
Cassel  et  portait,  comme  elle  porte  encore  en  différents 
endroits,  le  nom  de  Looweg. 

Ce  n'est  que  vers  la  fin  du  xi''  siècle  que  Loo  figure  dans 
l'histoire  de  la  Flandre.  Thomas,  prêtre  ou  curé  de  cette 
localité,  réunit  plusieurs  autres  prêtres,  qui  embrassèrent 
la  règle  de  Saint- Augustin  et  vécurent  en  commun. 

Dans  une  charte,  publiée  par  M.  le  Chanoine  DeSmet, 
dans  sa  notice  sur  Guillaume  d'Ypres  (i),  et  que  nous  lui 
avons  communiquée,  Jean,   évèque  de  Térouane  ,  parle, 

(i)  Mémoires  de  l'Académie  de  Bruxelles,  t.  XV. 


—  40  — 

on  H 00,  de  cette  congrégation  comme  si  elle  ne  venait  que 
d'être  formée.  «  Lorsque,  dit-il,  nous  visitâmes,  d'après 
»  notre  habitude,  toutes  les  congrégations  de  notre  diocèse, 
»  nous  trouvâmes  dans  le  lieu  conmiunément  appelé  Lo, 
»  des  chanoines  réguliers  de  Saint- Augustin.  »  Ces  cha- 
noines s'étaient  constitués,  sans  consulter  l'évèque,  et  avaient 
transgressé  les  saints  canons  par  sinq^licité,  comme  le  dit 
Jean  de  Térouane.  Il  les  absout  et  leur  accorde  la  posses- 
sion de  l'église,  à  condition  qu'ils  paient  annuellement  à  la 
mense  épiscopale  la  modique  somme  de  cinq  sols. 

Le  monastère  de  Loo  s'accrut  insensiblement  et  devint 
par  la  suite  une  abbaye  renommée.  A  l'exemple  de  son  père, 
le  fameux  Guillaume  d'Ypres,  vicomte  de  Loo,  la  dota  de 
plusieurs  terres  et  privilèges,  etc.  Après  avoir  passé  une 
grande  partie  de  sa  vie  au  service  des  rois  d'Angleterre,  il 
revint  à  Loo  âgé  et  aveugle,  et  y  vécut  encore  dix  ans  dans 
la  jinilique  des  vertus  chrétiennes.  Son  château  se  trouvait 
à  l'endroit  d\i\e  Mont  terrible;  on  en  voit  encore  des  vestiges. 

En  1770,  on  découvrit  dans  un  tombeau,  à  côté  de  l'autel 
dédié  à  saint  Pierre,  les  ossements  du  vicomte  de  Loo, 
mort  le  23  janvier  1162.  Ces  restes  témoignaient  d'une 
slalui'c  (lui  ;)vait  été  plus  qu'ordniaire  (i). 

L'église,  qui  primitivement  était  paroissiale  et  adminis- 
trée par  un  curé  et  des  marguilliers,  devint  mixte,  c'est- 
à-dire  que,  depuis  leur  érection  canonique,  les  moines 
occupaient  le  chreur  et  les  fidèles  une  partie  du  vaisseau  de 
l'église.  De  l;i  de  nombreuses  contestations  entre  le  couvent 


(i)  Ne  conviendrait-il  pas  de  perpétuer  la  mémoire  de  ce  grand  guerrier, 

nommé  nar  rarchidiùcred'Hiindini;dfin  Vir  wrifiinr  probilatis belli  pcri- 

lissiniiis,  au  moyen  d'une  inscription  placée  dans  l'église  de  Loo  ? 


—  41   — 

et  la  paroisse  tant  pour  l'entretien  du  bàtinieni  que  pour 
les  places  à  occuper. 

Les  archives  de  l'abbaye  de  Loo,  conservées  en  partie  au 
séminaire  épiscopal  de  Bruges,  mentionnent  plusieurs  de 
ces  contestations  et  c'est  là  que  nous  avons  puisé  les  données 
historiques  que  nous  nous  empressons  de  publier  à  l'occasion 
de  la  reconstruction  de  la  tour  de  cette  église  abbatiale. 

La  tour,  telle  qu'elle  existe  actuellement,  est  la  seule 
partie  qui  subsiste  encore  de  l'ancienne  église,  construite 
vers  le  commencement  du  xiT'  siècle;  elle  présente  des  par- 
ties romanes  et  des  parties  ogivales;  ses  proportions  indi- 
quent qu'elle  a  appartenu  à  un  édifice  très-vaste.  L'intérieur 
accuse  des  restaurations  et  des  modifications  importantes, 
faites  à  des  époques  incertaines. 

Quelques  documents  constatent  cependant  des  faits  relatifs 
aux  restaurations.  Dans  une  charte  de  Gui  de  Dampierre, 
comte  de  Flandre,  du  14-  mai  1289,  il  est  question  de 
l'écroulement  de  la  tour  et  de  sa  réparation.  Le  comte 
dit  que  la  tour  (la  flèche  probablement)  est  tombée  par 
leur  de  faute  et  qu'ils  doivent  la  rebâtir  en  tele  forme 
kc  cle  fat  avant  ke  ele  kei  (chut),  ou  mellior  sil  le  voussisent 
faire.  La  restauration  devait  être  terminée  avant  la  fête  de 
Saint-Martin  de  l'année  suivante  (11  novembre  1290).  Je 
présume,  par  ce  qui  reste  de  la  tour,  que  la  lléche  seule  a 
croulé.  Les  pieds-droits  ,  sur  lesquels  repose  le  carré  de 
l'édifice,  sont  bâtis  en  pierres  ferrugineuses.  L'intérieur, 
coulé  en  fragments  de  pierres  et  de  mortier  réduit  en 
poussière,  petit  appareil,  indique  une  antiquité  remontant 
de  beaucoup  au  delà  de  1290. 

Les  guerres  du  xiv-  siècle  entre  les  Flamands  et  les  rois 


—  42  — 

de  France  et  d'Angleterre  avaient  été  tellement  funestes 
à  ral)l)aye  de  Loo,  que  les  prévôts  vendirent  plusieurs  terres 
et  rentes  pour  restaurer  leur  monastère  et  leur  église.  Ces 
actes  de  vente  datent  de  1580  à  1597  et  il  est  dit  dans  l'un 
que  la  vente  se  fait  pour  subvenir  au  dommage  que  le  cou- 
vent a  souffert  par  les  guerres. 

Une  autre  pièce  des  archives,  sans  date  et  sans  sceau, 
contient  un  appel  du  prévôt  de  Loo  à  tous  les  fidèles  de 
la  chrétienté,  afin  d'en  obtenir  des  aumônes  pour  la  recon- 
struction de  l'église  détruite. 

Le  1 2  mars  1 440  le  prévôt  et  les  échevins  de  Loo  signent 
une  nouvelle  convention  pour  l'entretien  des  bâtiments 
de  l'église.  Le  couvent  venait  de  bâtir  un  nouveau  cloitre, 
ou  déambulatoire,  qui  était  adossé  au  mur  nord  de  l'édifice. 

Le  7  mai  1496,  une  autre  convention  est  signée  entre  le 
prévôt,  le  curé,  le  bailli  et  les  échevins  de  Loo,  relativement 
à  la  reconstruction  d'un  mur  de  l'église  s'étendant  du 
transejit  sud  jusqu'au  pignon  de  la  façade  principale.  Ces 
divers  documents  prouvent  que  le  monument,  tel  que  nous 
le  voyons,  n'a  pas  été  exécuté  en  une  fois.  Nous  pourrions 
ajouter  que  l'église  et  l'abbaye  furent  dévastées  par  les 
iconoclastes  au  mois  d'août  de  l'année  1 566 ,  comme  le 
dit  une  lettre  de  l'évéque  d'Ypres,  Martin  Rythovius,  qui 
autorise,  le  20  septembre  de  celte  année,  le  prévôt  à  lever 
une  somme  d'argent  pour  l'entretien  des  soldats  préposés 
à  la  garde  de  l'abbaye  contre  les  gueux  des  bois. 

Il  y  a  vingt  ans  à  peine  que  la  nef  latérale  nord  a  été 
élargie  sur  l'emplacement  de  l'ancien  cloitre. 

Malgré  les  vicissitudes  qu'elle  a  subies,  l'église  de  Loo  est 
toujours  une  des  plus  belles  de  l'ancienne  Wesl-Flandre, 


—  45  — 

tant  par  sa  grandeur  et  son  style  archilectonique  que  par 
les  objets  d'art  qu'elle  renferme.  Elle  a  65  môtr(\s  de  longueur 
hors-d'œuvre ,  depuis  le  fond  de  l'abside  jusqu'à  la  porte 
d'entrée  à  l'ouest.  La  largeur  des  transepts  mesure  29  mètres 
50  centimètres. 

Le  chœur  est  vaste  et  conçu  dans  un  style  vraiment 
original.  Il  est  éclairé  de  chaque  côté  par  trois  |)etites 
fenêtres  ogivales  à  lancettes  et  d'un  oculus  trilobé.  Le  fond 
du  chœur  est  terminé  par  un  mur  plat,  percé  autrefois  d'une 
grande  fenêtre  ogivale.  Après  l'année  1659,  l'abbé  Jean 
Reynaert,  fit  murer  cette  fenêtre,  pour  ériger  le  retable 
en  bois  de  chêne,  de  style  corinthien,  peint  en  marbre 
noir  et  blanc  et  orné  d'un  excellent  tableau  de  Broekhorsi, 
dit  Langenjan,  représentant  le  Christ  crucifié  entre  les  deux 
larrons,  la  Vierge  et  saint  Jean.  Le  tabernacle  en  bois 
d'ébène,  avec  ornements  ciselés  en  cuivre  doré  et  orné  de 
statuettes  et  d'arabesques,  porte  les  armoiries  du  même  abbé. 

L'ensemble  de  l'autel ,  conçu  dans  le  style  de  la  renais- 
sance, n'est  pas  en  rapport  avec  l'architecture  du  chœur. 

Lorsqu'on  songe  à  l'effet  que  devait  produire  dans  le 
fond  de  l'abside  une  grande  verrière  peinte,  avec  un  autel 
à  retable  gothique  et  les  lumières  mystérieuses,  projetées 
par  les  fenêtres  latérales,  on  regrette  tout  ce  qui  a  disparu 
par  le  pillage,  la  dévastation  et  les  transformations.  Quoique 
beau  dans  son  genre,  l'autel  de  Loo  est  un  hors-d'œuvre. 

Après  la  destruction  de  l'abbaye,  les  moines  se  retirèrent 
pendant  quelque  temps  dans  leur  refuge  à  Ypres.  L'abbé 
Jean  Snipgat,  nommé  le  5  avril  1588,  fit  réparer  les  plus 
grands  dégàls,  causés  au  temps  de  la  guerre  civile.  Il  mou- 
rut en  1604  et  eut  pour  successeur  Rémi  Zaman,  dont  l'élec- 


44  — 

(ion  fut  confirmée  par  les  archiducs  Albert  et  Isabelle  le 
10  septiMiibre  1604.  On  peut  considérer  cet  abbé  comme 
le  restaurateur  de  la  maison.  Il  reconstruisit  les  édifices 
ruinés  par  les  hérétiques ,  et  y  i-amena  de  l'exil  ses  reli- 
gieux. Il  lit  exécuter  de  grandes  réparations  à  l'église 
en  1608. 

En  1624  il  fit  placer  les  belles  stalles  en  bois  de  chêne, 
sculptées  par  l'Yprois  Taillebert,  dans  un  style  analogue  à 
celles  de  Saint-Martin,  à  Ypres.  Elles  sont  formées  de  quarante 
et  un  sièges  disposés  sur  deux  lignes,  ou  formes  hautes  et 
basses,  couronnées  de  dais.  Les  accotoirs  et  les  Miséricordes 
sont  variés  et  couverts  de  sculptures  délicates.  Si  le  style 
n'est  pas  conforme  à  l'architecture  du  chœur,  l'art  n'en  est 
pas  à  dédaigner. 

Le  ciseau  de  Taillebert  a  été  mis  en  réquisition  pour 
d'autres  ouvrages  de  sculpture  de  cette  église  et  notamment 
])our  la  chaire  de  vérité,  dont  les  bas-reliefs  représentent 
des  scènes  de  la  vie  de  saint  Pierre  ,  savoir  :  saint  Pierre 
ès-liens,  les  Animaux  mondes  et  immondes,  Paissez  mes 
agneaux,  et  Éloignez-vous  de  moi  Seigneur,  parce  que  je 
suis  pécheur. 

Quinze  bas-reliefs,  représentant  les  mystères  du  rosaire 
et  hauts  chacun  de  trente  centimètres,  sur  quarante-cinq 
cenliniètres  de  largeur  sont  encore  du  même  sculpteur,  de 
même  que  l'e  banc  des  pauvriseurs.  Ces  pièces })ortent  la  date 
(le  l()26  Dans  le  fond  sont  peintes  les  œuvres  de  Miséricorde, 
■par  Tierendorf. 

La  partie  supérieure  du  jubé  en  bois  de  chêne  est  d'une 
bonne  facture;  la  partie  inférieure,  en  bois  de  tilleul,  a  été 
ajoutée  j)Ostérieurenienl. 


—  45  — 

L'église  de  Loo  est  riche  en  tableaux  de  l'école  flamande. 
Le  tableau  de  l'autel  dédié  à  saint  Roch,  représentant  ce 
saint  priant  pour  les  pestiférés,  fut  exécuté,  en  16G0,  par 
Victor  Boucquet,  peintre  furnois. 

A  côté  du  même  autel  on  voit  la  Résurrection  du  Christ. 
Descamps  dit,  dans  son  Voyage  pittoresque  en  Flandre, 
que  ce  tableau  est  assez  bon  et  qu'il  était  placé  dans  la  cha- 
pelle de  l'abbé.  L'autel  de  la  Vierge,  au  fond  de  la  nef 
sud,  est  orné  d'un  tableau  sur  panneau,  l'Adoration  des 
bergers,  sujet  bien  composé  et  bien  peint,  par  Jérémie 
Tierendorf,  en  1621.  Il  a  formé  le  milieu  d'un  triptyque, 
dont  les  deux  volets  sont  incrustés  dans  les  côtés  de  l'autel 
Saint -Pierre  à  l'entrée  du  chœur.  L'un  de  ces  volets 
représente  l'Annonciation  de  la  Vierge  et,  au  revers, 
Fange  Gabriel;  l'autre,  l'Immaculée  Conception  et  la  Visi- 
tation de  la  Vierge  à  sainte  Elisabeth. 

Près  de  l'autel  de  la  Vierge  se  trouvent  sept  tableaux 
peints  par  Victor  Boucquet  en  16S8-59  et  60.  Plusieurs 
létes  ont  de  l'expression ,  mais  le  dessin  n'est  pas  correct 
et  les  figures  sont  trop  courtes.  Sur  un  de  ces  tableaux 
représentant  Jésus  au  milieu  des  docteurs,  on  lit  :  Memoria 
R.  Dni.  Francisci  Wynckelman,  hujus  ecclesiœ  canonici 
sacerdotis,  dono  data  à  nobiliviro  Jacobo  Wynckelman  Dni 
de  Montigny,  etc. 

Le  tableau  du  retable  de  l'autel,  dédié  à  sainte  Anne, 
représente  cette  sainte  montrant  à  lire  à  la  sainte  Vierge. 
Il  fut  exécuté,  en  1705,  par  Yeurdigne,  sourd  et  muet,  qui 
j)eignait  bien  le  paysage.  Ce  tableau  est  dans  la  manière  de 
Corbeen,  son  maître. 

Un  tableau  de  maître  inconnu  et  représentant  saint  Jean 


—  de- 
dans la  chaudière  d'huile  bouillante  provient  de  l'hôpital 
de  Loo,  où  il  était  considéré  comme  une  œuvre  de  valeur. 

Un  tableau  non  placé  et  représentant  le  crucifiement  du 
Christ  .est  dû  au  pinceau  de  Guillaume  Van  Heede,  de 
Furnes. 

Un  petit  tableau  de  genre,  haut  de  60  centimètres  et  large 
de  79centim.,  représente  les  œuvres  de  Miséricorde.  Senave, 
jieintre,  né  à  Loo  et  mort  à  Paris,  en  fit  don  à  l'église  en 
J820;  c'est  un  des  meilleurs  tableaux  de  cet  artiste.  Le 
peintre  a  écrit  au  bas  de  son  œuvre  :  Gejond  aen  deze  kerk 
door  J.  A.  Senave,  knnstschilder  hinnen  Parijs,  geb.  in  Loo 
7  sept,  in  iiet  jaer  1758. 

Wie  die  icilt  aen  God  behaagen  , 
Moet  den  armen  onderschraagen. 

Une  copie  du  tableau  d'Egide  Bakereel,  conservé  à  la  cathé- 
drale de  Bruges,  fut  donnée  en  1845  par  le  peintre  Charles 
Recour,  à  l'église  de  son  lieu  natal.  Elle  est  placée  dans 
le  transept  sud,  et  représente  saint  Charles  Borromée  offrant 
des  secours  spirituels  à  des  pestiférés.  Dans  le  transept  nord, 
un  triptyque  représentant  le  Christ  en  croix,  avec  la  Vierge, 
saint  Jean,  la  Madeleine  et  les  larrons;  à  droite,  des  abbés 
posant  la  mitre  sur  la  tète  d'un  jeune  intronisé  ;  à  gauche, 
Tabbé  Rémi  Zaman,  agenouillé,  nu-tète,  tenant  la  crosse  ; 
derrière  lui  son  patron  avec  la  colombe.  L'abbé  porte  la 
barbe  en  pointe.  Sur  sa  pierre  tombale  il  est  représenté 
.sans  barbe. 

Les  trois  premières  fenêtres  du  bas- côté  nord  repré- 
sentent : 

a)  La  Nativité  du  Sauveur; 


—  47  — 

b)  La  Présenlalion  au  Temple  ; 

c)  La  Vierge  donnant  le  saint  Rosaire  à  saint  Dominique. 
Ces  verrières  sont  endommagées  ;  la  restauration  en  est 

confiée  à  M.  Capronnier,  de  Bruxelles.  Les  pierres  sépul- 
crales, qui  ne  datent  que  du  commencement  du  xvif  siècle, 
sont  placées  contre  les  murs  des  bas-côtés  ;  presque  toutes 
représentent  des  abbés. 

Derrière  les  stalles,  au  bas-côté  sud,  se  trouve  un  monu- 
ment funéraire ,  érigé  à  la  mémoire  de  Joseph  Liebaert  ; 
il  est  composé  d'une  pyramide  et  d'un  bas-relief,  dû  au 
ciseau  de  Van  Poucke  ;  il  représente  un  ange  qui  pleure  et 
qui  sert  de  tenant  à  deux  armoiries. 

La  sacristie  renferme  quelques  ornements  précieux,  l'un 
en  velours  rouge,  l'autre  en  damas  d'argent,  richement 
brodés.  Ces  objets  proviennent  de  l'abbaye,  de  même  qu'un 
missel  orné  de  coins  en  vermeil  et  en  pierres  antiques  non 
taillées. 

Sur  une  plaque  ovale  est  représenté  un  Christ  en  croix, 
parfaitement  ciselé  avec  l'inscription  :  In  Loo  1547.  Un 
grand  plat  en  vermeil  et  ciselé  porte  les  armoiries  de  l'abbé 
Zaman,  et  un  autre  en  argent,  avec  arabesques  repoussées, 
est  orné  des  armoiries  de  l'abbé  Jacques  David,  décédé 
en  1709. 

Un  calice  en  vermeil,  haut  de  57  cent. ,  représente  sur 
le  pied  et  sur  la  coupe  différents  sujets  de  la  passion.  Les 
ornements  fondus  sont  d'un  fini  extraordinaire.  Pareil  calice 
se  trouve  dans  l'église  de  Menin  et  un  ciboire  de  l'éghse 
Saint-Bertin,  à  Poperinghe,  est  exécuté  dans  le  même  style 
du  commencement  du  xvif  siècle  et  orné  des  mêmes 
bas-reliefs. 


—  48  — 

Il  résulti^  do  (ont  ce  qui  précède  que  l'église  de  Loo  ren- 
ferme quantité  d'objets  d'art  dont  un  seul  est  du  wf  siècle. 
Tous  les  autres  ne  datent  que  du  commencement  du  siècle 
suivant.  Le  vaisseau  de  l'église  a  été  reconstruit  en  grande 
icirtie  au  \iv''  siècle  et  le  plan  de  la  nouvelle  tour  est  conçu 
dans  le  slyle  de  cette  époque.  L'ancioinie  tour  est  dans  un 
si  mauvais  état  de  conservation,  qu'il  serait  dangereux  d'y 
toucher  pour  y  faire  des  restaurations.  Il  y  a  des  mouve- 
ments dans  les  pieds-droits  qui  forment  sa  base.  Espérons 
que  bientôt  la  ville  de  Loo  verra  son  antique  et  belle  église 
couronnée  d'une  tour  nouvelle! 


F.  Vain  de  Putte. 


L'ART  MONUMENTAL  BELGE 


PAR  LA  CRITIQUE  ARCHÉOLOGIQUE  D'OUTRE-RÏÏIN, 


ARCHITECTURE  RELIGIEUSE. 


II. 


PERIODE   ROMANE   ET  DE   TRANSITION 


Durant  la  première  moitié  du  xii^  siècle,  nous  l'avons 
reconnu  avec  MiM.  Schnaase  et  Rugler  (i),  la  Belgique, 
architectoniquement  parlant,  n'est  qu'une  province  assez  peu 
importante  de  l'Allemagne.  Maintenant  qu'elle  prospère  et 
va  développer  le  germe  de  sa  lloraison,  elle  inclinera  vers 
la  France,  mais  l'Allemagne  maintient  son  influence  dans 


(i)  Conférez  :  Geschichie  iler  Bildendenkiinsl  von  Cari  Schnaase,  t.  V.  Dus- 
seUiorf,  I806,  p.  209,  22.j;  —  Geschichie  der  Baukunst,  von  Franz  Kuglcr,t.II. 
Stuttgardt,  18j8,  p.  550-561,  t.  III.p.  406-408;  —  Mederldndische  Itriefe  , 
von  Cari  Schnaase.  Stuttgard  und  Tubingen,  1854. 


—  oO  — 

la  vallro  de  la  Meuse,  Ainsi  ht  pclile  (jalerie  sous  la  cor- 
niche, inaugurée  h  Saint-Nicolas  en  Glain,  couronne-t-elle, 
à  Saint-Servais  de  Maestricht ,  l'abside  flanquée  de  deux 
tours  carrées  et  qui  rappelle  labside  orientale  du  Munster 
de  Bonn;  tandis  que  les  arcades  aveugles  superposées, 
(■(  dont  les  archivoltes  retombent  au  premier  ordre  sur  des 
ressauts,  au  deuxième  sur  des  colonnettes,  sont  une  viiml- 
uisvoucc  des  Saints- Apôtres  de  Cologne,  mais  d'un  faire  plus 
léger.  Quant  au  transept  occidental,  bien  qu'évidemment 
de  construction  postérieure,  il  se  réclame  également  du  Rhin 
tant  par  l'ordonnance  que  par  rornementation.  Citons  aux 
mêmes  titres,  à  Maestricht,  l'abside  de  l'église  Notre-Dame^ 
probablement  contemporaine  de  celle  de  Saint-Servais  ;  à 
l'intérieuf- du  chœur,  on  reconnaît  cette  hardiesse  décorative 
de  Saint-Martin  de  Cologne. 

L'église  Sainte-Croix  de  Liège  accuse  le  style  rhénan 
avancé,  dans  les  errements  des  Saints- Apôtres ,mRis  peut-être 
de  date  plus  récente,  1250  environ.  —  Même  style  enfin, 
mais  dans  toute  la  richesse  de  son  développement,  à  Notre- 
Dame  de  Ruremonde,  consacrée  (1224)  par  Engelbert  I, 
archevêque  de  Cologne.  La  disposition  du  chœur  est  ici 
apparentée  aux  Saints- Apôtres,  par  les  trois  absides  englo- 
bant la  c(Hipole,  et  par  les  deux  tours  surgissant  des  angles 
rentrants;  mais  comme  au  Miinster  de  Bonn,  les  tours  sont 
carrées  et  les  absides  polygonales.  L'ornementation,  mieux 
é])anouie,  ])lus  luxuriante  qu'à  Cologne,  se  rapproche  de 
iionn  et  conqjrend,  au  premier  ordre  :  des  surfaces  lisses, 
encadrées  de  ressauts,  que  relie  la  petite  arcature;  au 
deuxième  :  de  larges  baies  cintrées,  dont  les  archivoltes 
à   multiples  moulures   sont   étroitement    agencées,   ce  qui 


—  51   — 

doiiiK.'  du  ])leiii  à  cos  liariiioiiicux  iiioiivenicnls  de  la  ligue 
ronde.  Sous  la  petite  (jaterie,  règne  ce  cordon  de  quadrila- 
tères, adopté  par  les  églises  r]iénancs,  voire  déjà  ]y,\r  Sainte- 
Marie  du  Capitale,  et  comme  pour  compléter  l'analogie  avec 
les  Saints- A  patines,  nne  robuste  antéglise  greffe  sur  l'édilice 
roman  le  style  ogival  mais  comparativement  en  progrès  sur 
Cologne. 

En  admettant  que  les  parties  principales  de  Notre-Dame 
de  Ruremonde  aient  été  construites  vers  l'époque  de  la 
consécration  (1224),  on  aurait  la  preuve  qu'en  ces  contrées 
l'on  s'en  tenait,  de  prédilection,  au  style  roman,  et  môme 
à  l'intégrité  des  formes  romanes,  alors  que  les  provinces  de 
l'ouest  donnaient  accès  au  gothique  primaire. 

Le  vrai  critérium  de  l'architecture  romane,  dans  l'ouest 
de  la  Belgique,  c'est,  eu  égard  à  un  caractère  de  beauté 
réellement  hors  ligne  et  à  une  influence  exercée  par 
delà  les  frontières  jusques  en  Picardie  :  la  cathédrale  de 
Tournai.  Malheureusement,  il  y  a  pénurie  de  documents 
historiques  ,  et  le  passé  de  cet  intéressant  édifice  reste 
une  énigme  que  l'archéologie  indigène  n'a  pas  encore 
résolue  à  souhait. 

Tournai,  mis  à  sac  par  les  Normands  (882),  appauvri  à  ce 
point  que  le  chapitre  métropolitain ,  réuni  à  celui  de  Noyon, 
ne  put  être  réintégré  qu'en  1145,  Tournai  n'aura  vu  réédi- 
lier  sa  cathédrale  qu'au  xr  siècle,  et,  en  effet,  la  consécration 
daterait  de  1060  ou  1070.  Mais  le  monument  actuel,  en 
ses  parties  romanes,  ne  saurait  remonter  si  haut.  Nous 
savons  d'ailleurs  qu'en  1140  il  est  fait  mention  d'une 
nouvelle  église  en  voie  de  construction  et  qu'en  1198 
l'évèque   de   céans   octroie   la   somme   nécessaire   à    l'éta- 


—  52  — 

blisscniciil  (11111  nouveau  jilafond  ou  charpente ,  ce  qui 
doit  s'entendre  du  vaisseau  actuel ,  dont  raclièvement 
intéirral  ne  s'effectua  que  par  la  mise  en  voûte  ,  opérée 
seulement  au  siècle  dernier.' En  1213,  enfin,  on  con- 
sacra le  chœur,  remplacé  au  plus  lard  un  demi-siècle  après, 
par  le  magnitlque  chœur  actuel.  Telles  sont  les  données 
historiques  qu'il  nous  incombe  de  contrôler,  en  interro- 
pceant  un  monument,  qui,  pris  dans  son  ensemble,  reste 
l'une  des  créations  les  plus  grandioses  et  les  plus  imposantes 
de  l'architecture  religieuse.  Au  centre,  en  elïel,  surgit  une 
puissante  coupole  ,  s'accompagnant  de  quatre  robustes 
tours  carrées,  qui  la  dépassent  en  hauteur.  La  façade  occi- 
dentale, actuellement  défigurée  par  de  lourdes  baies  ogivales 
et  par  un  porche  du  xiV  siècle,  permet  néanmoins  de  resti- 
tuer l'ordonnance  primitive,  à  savoir  :  une  double  rangée  de 
fenêtres,  au  droit  des  galeries  et  des  jours  supérieurs,  et 
deux  tourelles  rondes  aux  angles  de  la  nef  centrale.  A  partir 
de  ce  frontispice  ,  se  prolongent  longitudinalemcnt  trois 
ordres  de  fenêtres  en  partie  richement  décorées  d'archivoltes, 
de  colonnettes  et  déversant  la  lumière  aux  collatéraux,  aux 
galeries,  comme  à  la  grande  nef  elle-même.  Latéralement, 
enfin  et  en  saillie  sur  les  tours,  s'arrondissent  les  croisillons 
semi-circulaires;  tandis  qu'à  l'orient  du  vaste  transept  se 
dresse  le  splendide  chœur  ogival.  Pénétrons -nous  dans 
l'auguste  métropole,  des  anomalies  flagrantes  nous  ouvrent 
un  vaste  champ  d'études. 

Le  plein  cintre  règne  on  cette  hasUique  à  piliers,  élageant 
ses  collatéraux  par  des  galeries  dont  les  arcades  évidées 
(comme  dans  les  églises  normandes  du  xi''  siècle)  repro- 
duisent les  dimensions  des  arcades  du  rez-de-chaussée.  Les 


—  55  — 

piliers,  ensemble  leurs  arcs  quasi  en  fer-à-cheval  (i)  sont  en 
ces  deux  ordres  vigoureusement  moulurés;  les  chapiteaux 
des  colonneltes  engagées  (  à  base  attique  pourvue  de 
griffes)  s'ornent  de  volutes,  d'arabesques,  de  feuillages  et 
de  spécimens  du  règne  animal ,  le  tout  d'un  faire  excellent 
et  d'une  grande  variété.  Au-dessus  des  galeries  court  un 
triforium  à  plein-cintre  mais  écourté,  que  couronne  l'aligne- 
ment des  hautes  baies,  extérieurement  pourvues  de  colon- 
nettes,  et  correspondant  en  nombre  à  la  double  rangée 
d'arcades  inférieures.  Cette  ordonnance  simple,  régulière  et 
néanmoins  mâle  et  énergique,  cette  répétition  d'arcades 
symétriques  accusent  une  réminiscence  de  l'art  antique  ; 
tandis  que  le  détail,  l'éminente  sculpture  des  chapiteaux,  les 
riches  profils  des  arcs  proclament  une  époque  qui,  dès  long- 
temps, a  cessé  d'être  primitive. 

Au  transept ,  également  le  domaine  du  plein-cintre  ;  les 
pourtours  des  hémicycles,  à  l'instar  des  collatéraux  des  nefs, 
supportent  galeries  et  triforium  :  mais  ici ,  les  voûtes  des 
pourtours  et  des  galeries  opèrent  leurs  retombées,  non  sur 
des  piliers,  mais  bien  sur  de  sveltes  colonnes  (2)  ;  et  tandis 
qu'aux  nefs,  les  galeries  assimilées  à  leur  rez-de-chaussée 
respectif  s'étagent  d'un  triforium  bas  et  sans  importance, 
les  croisillons  adoptent  un  rhythme  accentué  d'élévation  qui 
procède  par  échelle  décroissante.  A  l'ordre  inférieur,  en  elTet, 


(0  M.  Kugler  voit  dans  ces  arcs  une  réminiscence  orientale,  mieux  caracté- 
risée aux  porciies  latéraux,  par  la  disposilion  des  voûtes  et  l'encadrement  trefflo 
de  la  façade,  accusant  au  surplus,  comme  les  fenêtres  ogivales  des  tours,  l'époque 
de  transition. 

(2)  L'étroitesse  des  entre-colonnenieuts  rappellent,  dit  M'.  Kugler.  les  absides 
à  colonnes  de  la  France. 


—  u  — 

hauteur  et  élancement,  à  tel  jioint  que  le  bandeau  prend 
idiiiiienient  avec  les  chapiteaux  des  galeries  collatérales;  au 
deuxième  ordre  :  galeries  comparativement  très-réduites , 
mais  de  proportion  moyenne,  eu  égard  au  triforium  plus 
développé  qu'elles  supportent.  Sonune  toute,  dans  les  nefs  : 
le  principe  antique,  la  ligne  horizontale;  aux  croisillons  :  déjà 
le  principe  ascendant.  Remarquez  encore  que  l'ordonnance 
du  transept  est  conçue  en  vue  de  voûtes  d'arêtes  nervées 
et  que  le  vaisseau  ne  possédait  originairement  qu'une  clô- 
ture plane.  Par  contre,  aux  croisillons  l'exécution  de  détail 
est  moins  élégante,  moins  achevée;  les  bases  de  colonnes 
sont  pourvues  de  griffes,  mais  les  chapiteaux  pèchent  par 
monotonie ,  sécheresse  de  formes,  et  les  arcades  sont  plus 
sobrement  moulurées. 

Ces  contrastes  devaient  avoir  pour  résultat  d'obscurcir 
la  question  de  priorité;  aussi  les  historiographes  du  monu- 
ment ont-ils  incliné  à  conférer  le  droit  d'ainesse  au  transept, 
et,  en  effet,  il  serait  dilïicile  d'assigner  aux  nefs  une  date  plus 
reculée  que  la  moitié  du  xif  siècle;  car  alors  seulement 
l'Allemagne  nous  exhibe  aux  arcs  concentriques ,  ce 
luxe  de  moulures  inconnu  en  France  durant  la  période 
romane,  même  en  de  somptueux  monuments.  Ce  qui  com- 
plique encore  le  problème,  c'est  que  la  rudesse  de  forme, 
la  tendance  ascendante,  la  superposition  rhythmique  de 
plusieurs  ordres  qui  caractérisent  le  transept,  nous  ramènent 
également  à  l'époque  dont  nous  venons  de  parler  et  que,  dès 
lors,  il  doit  paraître  au  moins  étrange  qu'cà  Tournai  l'on  ait 
quasi  simultanément  obéi  à  une  double  influence. 

D'autre  part,  ne  serait-on  i»as  fondé  à  admettre  que,  en  son 
état  achif'l,  le  vaisseau  constitua  moins  le  fait  d'une  con- 


—  55  — 

struction  complètement  neuve  que  celui  d'une  restauration, 
de  rornementation  d'une  haute  nef  préexistante  et  primiti- 
vement dotée  de  piliers  et  de  galeries  sur  collatéraux ,  à 
l'instar  des  églises  normandes  et  de  ceWede Samt-Vincenl  de 
Soignies?  L'adoption  du  [n'foriiim,  forme  étrangère  au  style 
roman ,  s'expliquerait  par  cette  circonstance  que,  vers  le 
milieu  du  xii"  siècle,  le  chapitre  ayant  résolu  l'agrandis- 
sement de  la  métropole,  consacrée  en  1066  et  par  trop 
modeste  en  ses  proportions  :  on  aurait  déhuté  par  le  tran- 
sept, et,  après  l'achèvement  de  celui-ci,  entamé  les  nefs, pro- 
cédé à  leur  ornementation  et  finalementrecouru  à  l'expédient 
d'un  triforium ,  en  vue  de  raccordement  avec  le  transept. 
Cette  hypothèse  concorderait  avec  la  tradition,  d'après  la- 
quelle, en  1198,  le  vaisseau  réclamait  une  charpente  neuve. 
Il  a  pu  également  arriver  que  l'on  ait  eiïeclué  la  restau- 
ration des  nefs  sous  une  iniluence  allemande ,  et  de  même 
entamé  ultérieurement  la  construction  du  transept  en  imitant 
les  types  de  Cologne;  mais  que,  par  la  suite,  la  continuation 
des  travaux  ait  été  confiée  à  un  maître  français,  lequel, 
voulant  donner  de  l'élancement  à  son  œuvre  et  se  montrer 
constructeur,  prit  dès  lors  médiocre  souci  du  détail, 
comme  le  comportaient  à  la  fois  de  telles  préoccupations  et 
les  divergences  entre  les  deux  écoles  allemande  et  française. 
Toujours  est-il  éminemment  curieux  de  voir,  à  Tournai, 
les  deux  éléments  français  et  germanique  en  contact  et 
même  aux  prises.  D'une  part,  au  vaisseau,  ordonnance  franco- 
normande,  exécution  allemande;  de  l'autre,  au  transept, 
ordonnance  germano- rhénane,  exécution  française.  Rap- 
pelons que  le  transept  à  croisillons  semi- circulaires  de 
la  noble  cathédrale  n'a  pas  tardé  à  engendrer  ses  congénères 


—  o6  — 

de  Cambrai  et  deNoyon,  partant  que  cette  forme,  originai- 
rement rhénane,  ne  s'est  propagée  en  France  qu'après  avoir 
subi  l'addition  française  de  la  galerie  et  du  triforium;  et  le 
lecteur  accordera  que  Tournai  devait  rli'e  une  importante 
station,  quant  au  commerce  intellectuel  des  deux  nations. 

Nos  lecteurs  nous  sauront  gré,  sans  doute,  de  leur  com- 
muniquer l'extrait  d'une  lettre  que  nous  écrivait  en  1859, 
au  courant  de  la  plume,  M.  de  Verneilh  ,  a])rès  une  visite  à 
la  cathédrale  de  Tournai. 

«  ...  Je  me  suis  rendu  à  Tournai,  grâce  à  de  pres- 
santes sollicitations  dont  je  vous  remercie.  Les  notes  tra- 
duites du  texte  de  M.  Schnaase  ,  dont  vous  vous  étiez 
dépouillé  en  ma  faveur,  m'ont  mis  irhmédiatement  au  cou- 
rant de  la  question.  Mais  cette  question  n'en  est  plus  une 
pour  moi,  et  les  transepts  de  Tournai  sont  certainement 
postérieurs  à  la  nef.  L'ornementation  est  plus  recherchée 
dans  cette  dernière  partie  du  monument,  mais  le  style  est 
plus  avancé  dans  l'autre;  d'ailleurs,  dans  les  piliers  d'angles 
de  la  croisée,  les  colonnettes  ajoutées  pour  supporter  les 
voûtes  du  transept,  et  dont  les  bases  sont  à  un  niveau  diffé- 
rent, recouvrent  le  reste;  les  joints  ne  s'accordent  pas  et  les 
bases  anciennes  tournent  derrière  les  autres;  en  enlevant 
un  peu  de  mortier  cela  deviendrait  parlaitement  clair  pour 
tout  le  monde  (i).  Ce  n'est  pas  tout.  Au-dessus  de  ce 
même  point,  la  galerie  qui  règne  à  la  naissance  des  voûtes 
du  transept,  ]u-end  deux  étages  pour  encadrer  les  petites 


(i)  En  1860,  M.  le  chanoine  Voisin,  lecture  faite  sur  les  lieux  de  la  lettre  de 
JI.  de  Venioilh,  remarquait  en  notre  présence  et  pour  la  première  fois,  au  grand 
arc  du  croisillon  méridional,  un  raccordement,  nouvelle  preuve  de  la  priorité  de 
la  nef. 


—  57 

ouvertures  qui  continuent,  sur  une  partie  des  bras  de  la  croi- 
sée, la  série  de  celles  de  la  nef  et  qui  étaient  préexistantes. 

«  M.  Schnaase  avait  tort,  en  conséquence,  de  tant  hésiter 
})uisqu'il  jiencliait  du  bon  côté.  Je  proposerais  seulement 
une  modification  dans  les  dates  de  la  cathédrale  de  Tournai. 
Sans  remonter  avec  M.  Dumortier  jusqu'aux  Mérovingiens, 
il  ne  me  parait  pas  indispensable  de  croire  que  rien  d'im- 
l»ortant  n'a  pu  être  bâti  avant  le  démembrement  de  l'évcché 
et  du  chapitre  de  Noyon.  Antérieurement  à  1  l/t^,  la  ville  de 
Tournai  était  déjà  considérable,  et  son  ancienne  cathédrale 
pouvait  très-bien  être  l'objet  d'une  reconstruction  sur  une 
jilus  grande  échelle,  dès  le  commencement  du  xif  siècle.  - 
Si  l'on  veut,  et  c'est  aussi  mon  avis,  que  les  transepts  de 
Tournai  aient  transmis  à  ceux  de  Noyon  le  type  rhénan,  il 
faut  leur  laisser  le  temps  de  se  bâtir,  ou  du  moins  de  se 
commencer;  et  comme  on  s'accorde  à  reconnaître  que  la 
cathédrale  de  Noyon  remonte  à  IloO,  il  ne  resterait  qu(; 
cinq  ans  pour  faire  toute  la  nef  de  Tournai,  changer  de  style 
et  d'architecte  et  ébaucher  le  transept.  Ainsi,  dans  l'hyjio- 
thèse  où  la  nef  de  Tournai  serait  antérieure  aux  transepts,  il 
faut  aussi  qu'elle  soit  antérieure  à  llio.  En  1146,  ou  de- 
mandait du  bols  pour  la  couvrir,  mais  (jui  nous  dit  que 
c'était  la  première  fois. 

»  L'architecte  de  ces  transepts  était-il  français,  comme 
on  le  dit?  Je  le  croirai  plutôt  tournaisien.  Il  avait  vu  les 
|iremiers  monuments  gothiques  de  la  France,  Saint-Denis 
par  exemple,  comme  il  avait  vu  Cologne.  Mais  s'il  eût 
appartenu  à  l'école  française,  il  n'aurait  pas  mélangé  le  ber- 
ceau aux  voûtes  d'arèles,  il  aurait  pratiqué  plus  exactement 
le  style  français  contemporain.   » 


—  58  — 

Revenons  à  M.  Schnaase. 

Vue  pi-oiivo  qu'à  la  (*a(ii(klrale  de  Tournai  les  croisillons 
(lu  Iransepl  sont  postérieurs  en  date  au  vaisseau,  c'est  que 
la  rudesse,  l'aspérité  de  Ibruies  (pie  nous  leur  imputons  se 
re|)roduis(Mit  dans  la  plu])art  des  monuments  vrais  précur- 
seurs du  style  ogival  en  Belgique.  C'était  la  conséquence  de 
l'adoption  de  certains  détails  du  style  gothique  français,  un 
fait,  qui,  détournantl'art  belge  de  ses  errements  germaniques 
antérieurs,  comportait  ravénement  d'un  style  de  transition 
aux  formes  larges  et  roluistes.  Ainsi  la  colonne  monocylin- 
dri(iue,  qui  restera  support  de  prédilection,  bi(^n  que  se 
produisant  maintenant  à  l'état  rudimentaire,  supplante  le 
pilier;  — l'ogive  devient  prédominante,  mais  n'exclut  nul- 
lement le  plein  cintre.  —  Les  fenêtres  inscrivent  fréquem- 
ment plusieurs  lancettes  adhérentes  dans  un  cintre,  parfois 
(surtout  aux  tours)  dans  un  arc  en  trètle  aigu,  dont  les 
coudes  i-entrants  posent  sur  des  colonnettes  (Saint-Jacques 
de  Tournai),  disposition  normande,  pour  ne  citer  que  Sainl- 
Étiennede  Caen.  L'ornementation  accuse  rudesse  et  pénurie, 
mais  l'extérieur  des  monuments  assume  des  allures  tranchées, 
nous  allions  dire  belliqueuses,  d'un  pittoresque  effet.  Comme 
en  Normandie,  la  tour  principale  se  dresse  sur  la  croisée, 
tandis  que  la  façade  flanquée  de  deux  tourelles  rondes 
groupe  les  fenêtres  au-dessus  du  portail.  Dos  spécimens  de 
ce  gem-e  apparaiss(!nl  (l(;jà  aux  églises,  d'ailleurs  essentielle- 
ment romanes,  Saint-Nicolas  et  Saint- Jacques  de  Gand , 
construites  après  l'incendie  de  1120.  A  Tournai,  les  façades 
de  Saint-Pierre  (démoli)  et  de  Snint-Piat,  ])lus  éh'gantes, 
s'ornent  de  baies  et  d'arcades  cintrées ,  à  l'exemple  de  la 
cathédrale,  tandis  qu'à  l'unique  vaisseau  de  Saint-Qticntin 


—  59  — 

l'art  en  revient  au  type  antérieur,  mais  avec  emploi  de  l'ogive, 
et  par  une  ordonnance  dont  la  vigueur  plait  à  Fceil.  La  façade 
s'accompagne  de  deux  tours  i-ondes,  dont  les  (lèches  coniques 
ont  leur  point  de  départ  au  droit  de  la  naissance  du 
comble  en  égout;  puis  elle  étage  le  portail  cintré,  |)ai- 
deux  ordres  de  lancettes  triples,  la  centrale  proéminente 
et  empiétant  même  à  l'ordre  supérieur  sur  le  pignon.  Les 
contre-forts  sont  rares  en  Belgi(iue,  les  arcs-boutants  plus 
rares  encore;  il  faut  le  dire,  une  circonstance  enrayait 
en  quelque  sorte  le  progrès  dans  la  voie  ogivale.  On  ne 
comprenait  pas,  ce  semble  ,  l'opportunité  du  voûtemenl 
intégral  des  édifices  religieux,  du  moins  les  églises  que  nous 
venons  de  citer  n'ont-elles  reçu  ce  complément  désirablo 
que  plus  tard,  et  rien  n'indique  un  plan  conçu  en  vue  d(.' 
voùtement. 

Ce  style  de  transition  austère  et  tlottant  se  maintient  dans 
les  provinces  belges  jusqu'en  plein  xiif  siècle  ,  témoin 
l'église  de  ki  Chapelle  ix  Bruxelles,  ainsi  nmiimée,  parce  que 
la  chapelle  qui  s'élevait  jadis  sur  son  emplacement  fut  érigée, 
l'an  1216,  en  paroisse.  Cet  édifice  accuse  en  effet,  d'une 
manière  très-prononcée,  le  mélange  des  formes  rhénanes  et 
françaises.  Les  arcades  cintrées  ,  les  ressauts  réunis  aux 
façades  du  transept  par  la  petite  arcature,  les  colonnes  libres 
aux  parois  du  chœur  polygonal,  rappellent  la  transition 
rhénane  (i);    tandis  que  le  tracerie  des  fenêtres  de  l'absido 


(i)  Pai'ticulièremenl  Saint-Martin  de  Cologne,  et  l'église  cistercienne  de 
Heisterbach,  dans  les  Sept  Montagnes,  près  de  Bonn.«  A  la  Chapelle,  dit  M.  Burck- 
hardt,  les  détails  d'ornementation,  traités  avec  un  soin  remarquable,  rappellent 
les  monuments  delà  Saxe  el  de  la  Franconie  et  l'emportent  de  beaucoup  sur  les 
églises  rhénanes  du  xir  siècle,  toute  majestueuse  et  splcndide  que  soit  l'ordon- 


—  60  — 

correspond  à  celui  des  fenêtres  de  Notre-Dame  de  Paris,  h 
cela  près  que  l'are  formant  archivolte,  au  lieu  d'être  brise, 
contourne  la  rosace  pol\lobée.  A.  Saint- Jacques  de  Tournai, 
la  grande  nef  construite  de  1219  à  1251,  étage  sur  colonnes 
monocylindriqiies  un  double  //■//br/«/«,  évidemment  à  l'imita- 
tion de  la  cathédrale;  mais  la  tour  adopte  le  plein  cintre  et  le 
système  précédemment  décrit.  A  la  Madeleine,  bien  que  la 
fondation  n'en  remonte  qu'à  125 1,1e  vaisseau  ouvre  des  baies 
cintrées,  et  le  chœur,  des  fenêtres  à  triples  lancettes  inscrites 
par  un  cintre.  Commencé  (d'après  inscription)  en  1221 ,  le 
chœur  de  Saint-Martin  d'Y  près,  l'un  des  beaux  spécimens 
du  genre,  affecte  la  forme  polygonale,  sans  collatéraux,  et 
s'ajoure  par  deux  rangées  de  fenêtres,  les  supérieures  en  la 
forme  jjrécitée,  les  inférieures  à  lancettes  géminées.  L'église 
de  Pamele  d'Audenarde,  entreprise  (d'après  inscription)  en 
12Ô4,  p;ir  maître  Arnulphus  de  Bincho,  relève  également 
de  la  transition,  bien  qu'elle  se  rapproche  du  gothique.  Nefs 
à  colonnes  monocylindriques,  — •  chœur  polygonal ,  à  pour- 
tour bas,  sans  rayonnement  de  chapelle,  ni  arcs-boutants,— 
triforium,  —  fenêtres  lancéolées  uniques  ou  triples  inscrites 
dans  un  cintre.  Arrêtons-nous  à  l'une  des  plus  importantes  (i) 


iiaiice  de  ces  dernières.  Nous  retrouvons  ces  colonueUes  d'angle,  formes  carac- 
ti-ristiquesdes  écoles  de  Gosslar  et  d'Hildesheim.  Les  ressauts,  rares  et  grossiers 
iiu  Rhin,  sont  ici  traités  avectinesse  et  ornés  d'un  boudin.  \\  en  est  de  racnie 
de  la  [letite  arcature,  lii  où  elle  se  rencontre  (sous  Ja  corniche  du  chœur  elle  est 
remplacée  par  un  cordon  à  tètes  griniaçantos).  Les  chapiteaux  sont  simples  mais 
élégants....  Bref,  il  y  a  si  loin  de  la  Chapelle  et  de  Sainte-Giidule  aux  moiui- 
meiits  romans  de  Liège  et  du  reste  de  la  Belgique  (l'auteur  n'a  pas  visité  Touriuti) 
que  l'on  doit  admettre  une  influence  non  pas  rhén:ine,  mais  d'au  delà  du  Rhin.  - 
-  Uie  kunstwerke  der  beUjischen  SKhIle.  J.  Bunkhardt,  Dusseldorf,  18i"2. 

())  D'îme  importance  égale,  dit  Knglcr.  qu'il  s'agisse  de  la  tin  du  lomanisme, 
on  de  l'nvéncmenf  du  gothique. 


—  (jl  — 

créations  monumentales  de  cette  époque   :   l'abbaye  cister- 
cienne de  Villers,  non  loin  de  Nivelles. 

Bien  que  fondée  dès  1 147,  Villers  nefutdotée  de  construc- 
tions plus  solides  qu'en  11 97,  date  à  laquelle  on  peut  faire 
remonter  approximativement  le  réfectoire.  Ce  dernier  nous 
offre  des  voûtes,  supportées  par  des  colonnes  et  maintenues 
par  des  contre-forts.  Les  hauts  jours  consistent  en  simples 
baies  romanes,  mais  au  rez-de-chaussée  de  larges  baies  cin- 
trées inscrivent  deux  lancettes  ogivales  surmontées  d'un 
œil.  Quant  à  l'église,  bien  que  construite  (d'après  les  der- 
nières recherches)  entre  1240  et  1260,  elle  accuse  des 
formes  de  transition  que  l'on  peut  qualifier  de  surpre- 
nantes. Le  vaisseau  appartient  déjà  au  gothique  primaire; 
mais  les  colonnes  monocylindriques,  à  l'étonnement  de  l'ar- 
cliéologue,  sont  pourvues  de  bases  rondes  et  de  chapiteaux 
octogones  et  dénudés,  lesquels  servent  de  lit  de  pose  à  des 
arcades  ogivales  à  moulures  épaisses  et  arrondies,  partant  de 
vrais  profils  de  transition.  L'arcature,  en  manière  de  triforium 
aveugle,  n'est  surmontée,  à  chaque  travée,  que  d'une  simple 
baie  lancéolée;  — les  colonnettes  engagées  (supports  de 
voûte)  ne  prennent  naissance  qu'à  une  grande  hauteur,  de 
sorte  que  le  système  fondamental  du  style  gothique,  dans 
les  provinces  belges,  est  comme  inscrit  en  programme  dans 
l'ordonnance  que  nous  venons  de  décrire.  La  haute  nef  est 
contrebuttée  par  des  arcs-boutants  développés  mais  opaques; 
—  la  corniche  repose  encore  sur  des  corbeaux;  —  enfin,  le 
(ïhœur,  à  clôture  polygonale  (i),  ouvre  au  premier  et  au  troi- 


(i)  Le   système  de  pilastres  rappelle  jusqu'à  un  certain  point  le  style  roman 
bourguignon  (Kugicr). 


—  62  — 

sièmo  ordr('  des  haies  lancéolées;  à  l'ordre  intermédiaire 
il  superpose  deux  œils  sous  un  cintre  ;  disposition  insolite, 
plus  insolite  encore  aux  murs  terminaux  du  transept,  où 
ces  disques  ajourés,  y  compris  les  cintres  qui  les  inscri- 
vent, s'échelonnent  par  nomhre  tei'naire,  sans  parler  de  deux 
œils  au  tympan.  Cette  forme  disgracieuse  inconnue  en 
France  et,  pour  autant  qu'on  le  sache,  en  Occident,  rap- 
])elle  les  jours  pratiqués  dans  les  tahlettes  de  marhres 
tenant  lieu  de  vitrages,  aux  fenêtres  de  Sainte-Sophie  de 
Constantinople,  au  Catholicon  d'Athènes  et  ailleurs.  Il  n'est 
guère  admissible  que  le  règne  de  l'empereur  Baudouin  de 
Flandre  ait  été,  cette  fois  du  moins,  la  cause  efliciente  d'une 
transmission  byzantine,  si  l'on  rélléchit  qu'eu  égard  à  l'Orient 
Tordre  de  Citeaux  n'était  rien  moins  que  le  médiateur  conve- 
nable. La  coïncidence  fortuite  s'explique  parfaitement  par  la 
prédilection  marquée  des  cistériens  pour  les  ouvertures  circu- 
laires que  Ton  rencontre  dans  tous  les  monuments  de  l'ordre. 
Somme  toute,  l'église  abbatiale  de  Villers  ténjoigne  de  cet 
esprit  inventif,  particulier  aux  disciples  de  saint  Bernard  et 
que  proclament  en  tous  lieux  les  édifices  construits  par  leurs 
mains.  Tandis  qu'à  Villers  l'emploi  des  contre-forts  et  des 
arcs-boutants  im))lique  une  influence  française  très-expli- 
cable, alors  qu'il  s'agit  d'une  maison  de  Cîleaux,  d'autres 
monuments  font  preuve  de  persistance  dans  l'emploi  de 
f(»-mes  l'omanes  :  tel  \o  chcenr  de  Sdinl-Léoncml  de  Léaii, 
dans  le  Bra])ant  méridional  ,  aux  contins  du  comté  de 
Linibourg  et  commencé  en  I2Ô7.  Chceur  polygonal,  avec 
poiii'loui'  siins  l'ayomienient  de  chapelles  ni  arcs-Jjoutants , 
—  colonnes  monocylindri(pies,  —  fenêtres  à  tracerie,  — 
certaines  formes  pleinement  gothiques;  par  contre,  sous  la 


—  Cô  — 

corniche,  la  pcldc  fjalcrie  gormano-rliéiiano,  à  celte  va- 
riante près,  que  les  colonnetles  y  supportent  des  arcs  brisés. 

Nous  avons  donc  constaté,  en  ces  contrées,  un  style  de 
transition  à  certains  égards  :  le  produit  du  mélange  des 
formes  allemandes  et  françaises,  mais  qui  n'en  fait  pas  moins 
bonnes  i)reuves  d'individualité,  tout  d'abord  au  fenestrage, 
par  l'agencement  de  lancettes  inscrites  dans  un  cintre  ;  — 
])ar  l'emploi  de  prédilection  de  la  simple  colonne  monocy- 
lindrique, j)ourvue  de  bonne  heure  d'une  base  circulaire  et 
d'un  chapiteau  octogone;  —  enlin,  par  l'adoption  du  pour- 
tour du  chceur  moins  le  rayonnement  de  chapelles,  autant 
de  traits  caractéristiques  et  qui  étonnent  d'autant  |)lus 
que  leur  raison  d'être  ne  saurait  se  motiver,  ni  par  l'adhérence 
à  un  style  indigène,  ni  par  un  principe  architectonique 
quelconque.  Peut-ètreconvient-il  d'en  faire  honneur,  en  partie 
du  moins,  à  l'action  latente  encore,  chez  les  Belges,  de 
l'instinct  du  pittoresque,  instinct  auquel  les  tendances  con- 
slructives  du  style  français  restaient  étrangères,  et  peu  sym- 
liathique,  d'autre  ])art,  à  ces  recherches  de  détail  de  la  tran- 
sition allemande;  instinct  productif  en  certaines  spécialités 
et  s'attachant  dès  lors  à  combiner  des  formes  sévères  ou 
agréables  à  l'œil.  De  là  ce  développement  particulier  des 
façades,  cette  substitution  de  la  colonne  au  pilier,  en  vue 
(le  la  projection  moins  intense  de  son  ombre.  Faisons  la  part 
d'une  inlluence  française,  en  vertu  de  laquelle  l'impression 
que  nous  laisse  l'aspect  des  monuments  de  la  Belgique 
(ceux  du  pays  de  la  Meuse  excepté)  et  abstraction  faite  de 
la  diversité  des  tendances,  nous  porte  à  les  assimiler  h 
l'école  française  plutôt  qu'à  l'école  allemande. 

Enlin,  vers  le  milieu  du  xiir  siècle,  le  style  gothique 


—  64  — 

liMiirais  LiîiLiiir  la  liaiilc  main,  cl  le  i)romior  édifice  belge 
francliement  maniiié  à  son  em})reinte  est  |)eiil-èlre  la 
cathédrale  Sainte-Giiilule  de  Bruxelles. 


(  A  roudmier.) 


Baron  F.   de  Roisin. 


LISTE 


DES 


SOCIÉTÉS  SAVANTES  DE  L'ÉTRANGER  ET  DU  PAYS 


AUXQUELLES    LE    BULLETIN    EST    ENVOYÉ. 


-VWVIAAV^ 


\.  La  Société  des  Antiquaires  (le  France,  à  Paris. 

2.  La  Société  Archéologique  de  la  Frise,  à  Leeuwarde. 

5.  La  Société  Historique  d'Utreclit. 

4.  La  Société  provinciale  du  Brabant  septentrional,  à 

Bois-le-Duc. 

5.  La  Société  Royale-Grand-Ducale,  à  Luxembourg. 
().  La  Société  Archéologicpie  de  Trêves. 

7.  La  Société   des  Antiquaires  de  la  Morinic,  à  Saint- 

Ouier. 

8.  La  Société  des  Antiquaires  de  la  Pi"ardi(',  à  Amiens. 
{).  La  Société  Française  pour  la  conservation  des  Monu- 
ments, à  Gaen 

10.   La  Société  de  la  Suisse-llomaiide,  ;i  Lausanne. 


-   66  " 

1 1 .  La  Société  dos  Antiquaires  d'Orléans. 

12.  La  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  à  Poitiers. 

15.  L'Editeur  des   Collectanea  antiqua   (sir   Gli.  Roacli 

Smilli,  à  Strood,  comté  de  Kent.) 
li.  La  Société  des  Antiquaires  de  Londres. 
K).  La  Société  des  Antiquaires  du  Nord,  à  Co|)('nhague. 
1().  La  Bibliotlièque  Impériale  de  Saint-Pétersbourg. 

17.  La  Société  Impériale  d'Archéologie  de  Saint-Péters- 

bourg. 

18.  La   Société   d'Archéologie   et   de   Numismatique   de 

Berlin. 
I'.).  La  Commission  Impériale  des  Monuments,  à  Vienne. 
20.   Le  Comité  des  Flamands  de  France. 

BELGIQUE. 

1 .  La    classe    des    lettres    de    l'Académie    royale    de 

Belgique. 

2.  Lit  Commission  royale  des  Monuments. 

5.  La  Connnission  administrative    du    Musée    royal  de 
peinture  et  de  sculjiliirc. 

4.  La  Commission  directrice  du  Musée  royal  d'armures 

et  d'aiiti(piilés. 
o.  La  Société  d'émulation  ,  à  Bruges. 
(').  La  Société  Archéologique,  à  Ypres. 
7.   La  Société  IIistori(pie  et  Archéologique  de  Tournai. 

5.  La  Société  provinciale  »lu  Ilainaut. 
••>.   Li!  Cercle  d'Ai-chéologie  de  Mons. 

Kl.  Le  Cercle  d'Archéolouie  de  Namur. 


—  67  — 

1 1 .  La  Société  Archéologique  d'Arlon. 

12.  L'Instiliit  Archéologique  de  Liège. 

13.  La  Société  Archéologique  de  Saint-Nicolas. 

14.  La  Société  Archéologique  de  Tongrcs. 

15.  La  Société  de  Numismatique  à  Bruxelles. 
IG.  L'Académie  d'Archéologie  d'Anvers. 

17.  La  Revue  d'Histoire  et  d'Archéologie. 

18.  Le  Messager  des  Sciences  historiques  de  Gand, 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS 


RÉSUMÉ  DES  PROCÈS- VERBAUX. 


SÉANCES 
des '4,  7,   10,   11,   17,  -21,  -2i,  -27  ut  -2«  lévrier   1805. 


ACTES    OFFICIELS,    AFFAIRES   INTERIEURES,   OBJETS    DIVERS. 

M.  le  Minisire  de  l'Intérieur  transmet  poîir  la  biblio- 
thèque un  exemplaire  de  la  carte  archéologique,  ecclésias- 
tique et  nobiliaire  de  la  Belgique,  publiée  par  M.  Vander 
Maelen. 

M.  Mussely,  secrétaire  et  archiviste  de  la  ville  de  Courtrai , 
guidé  par  le  désir  de  conserver  un -souvenir  de  la  tour 
de  l'église  Saint-Martin,  détruite  par  la  foudre,  le 7  août  1802, 


-    70  — 

a  rechcrclir  et  recueilli  tous  les  doeuments  pouvant,  aider 
à  relraeer  l'iiistoire  et  la  jdiysionomie  du  monument  dont 
il  ne  reste  plus  que  des  débris.  Les  résultats  de  ces  recher- 
ches sont  consignés  dans  une  notice  historique  sur  l'église 
et  la  tour,  sur  la  sonnerie,  l'Iiorloge  et  le  beau  carillon, 
dont  cette  ville  était  tière.  M.  Mirssely  offre  un  exemplaire 
de  son  travail  à  la  {Commission,  qui  remercie  l'auteur  et  lui 
.adresse  des  félicitations. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,    DÉPENDANCES,    AMEUBLEMENTS. 

La  Commission  émet  un  avis  favorable  sur  : 

1"  Le  nouveau  projet  de  confessionnal  destiné  à  l'église 
de  Maissin  ,  commune  de  Villance  (Luxembourg)  ; 

2°  Le  dessin  de  l'autel  latéral  à  placer  dans  l'église  de 
Romedennc,  comnume  de  Surice  (Namur).  Devis  estimatif  : 
/i.70  francs  ; 

5"  Le  dessin  de  la  chaire  de  vérité  soumis  par  le  conseil 
de  fabrique  de  l'église  d'Oignie  (Namur).  La  raideur  de 
l'escalier  devra  toutefois  être  diminuée.  Devis  estimatif: 
801  francs. 

L'autorisation  d'établir  un  jubé  dans  l'église  de  Sévi.s- 
courf,  commune  de  Bras  (  Lu\('nd)ourg),  n'étant  pas 
demandée  selon  les  règles  adnjinistratives,  M.  l'architecte 
provincial  de  l'arrondissement  est  cliargé  de  régulariser 
rinslniction  cl,  le  i-as  (''clH'anl ,  de  faire  i-cciitier  le  projet. 

Le  dessin  des  deux  confessionnaux  destinés  à  l'église  de 
CJcr/iionl  (Nauiiir),  ;iinsi  ipic  le  devis  cslimnlif  s'éhn'ant 


—  71   — 

à  1,929  francs,  y  compris  la  rcparatioii  du  haiic  de  coni- 
inuiiion  et  le  ])laccmciU  d(;  grilles  ililérieurcs  en  fer,  ne 
donnent  lieu  à  aucune  objection. 

Avant  de  décider  s'il  convient  de  faire  choix  du  style 
ogival  pour  l'ameublement  de  l'église  d'Ucimont  (Luxem- 
bourg), le  Collège  désire  recevoir  communication  d'un 
croquis  de  l'intérieur  de  l'édifice.  Dans  tous  les  cas,  il  serait 
préférable  de  simplifier  la  décoration  des  divers  objets  et 
de  stipuler  que  les  statues  et  statuettes  seront  exécutées 
en  bois  de  chêne  et  non  en  terre  cuite.  La  somme  de 
12,687  francs  qu'il  s'agit  de  consacrer  à  l'ameublement 
projeté  semble  considérable;  des  renseignements  supplé- 
mentaires sont  nécessaires  pour  permettre  d'apprécier  cette 
évaluation. 

La  Commission  pense  qu'il  y  a  lieu  d'approuver  : 

1"  Le  plan  relatif  à  la  construction  d'une  tribune  j)arli- 
culière  contre  le  chœur  de  l'église  d'Orbais  (Brabant),  à  la 
charge  de  prendre  toutes  les  précautions  possibles  pour 
éviter  l'infiltration  des  eaux  pluviales  dans  la  face  latérale 
de  cette  église  ; 

2"  La  reconstruction  du  belTroi  et  divers  travaux  d'aj)- 
propriation  à  l'église  de  Wiekevorst  (Anvers).  Devis: 
1,032  francs; 

5"  La  restauration  de  l'église  de  Saint-Denis  (Hainaut). 
Quant  au  devis,  qui  s'élève  à  2,100  francs,  la  Commission 
se  réfère  à  la  lettre  de  M.  le  commissaire  voyer  d'arron- 
dissement, qui  propose  d'augmenter  de  500  francs  la  somme 
destinée  aux  réparations  extérieures  ; 

4''  La  réparation  du  clocher  de  l'église  et  du  presbytère 
de  Baisicux  (Hainaut).  Devis  estimatif:  5,100  francs; 


-^   72  — 

o"  L'exécution  eu  régie  clos  travaux  urgents  de  restau- 
ration que  réclame  la  toiture  de  l'église  de  Hulsle  (Flandre 
occidentale). 

La  partie  supérieure  de  la  tour  de  l'église  de  Merckem 
(Flandre  occidentale)  exige  diverses  réparations.  M.  l'archi- 
tecte provincial  devra  visiter  l'édifice  et  faire  connaître 
ensuite  si  les  dégradations  n'ont  pas  fait  de  nouveaux 
progrès  depuis  1847  et  si  le  devis  estimatif,  dressé  à  cette 
époque ,  ne  doit  pas  être  moditié  par  suite  de  l'augmenta- 
tion du  prix  de  la  main-d'œuvre  et  des  matériaux. 

Le  projet  relatif  à  la  construction  d'une  tour  à  l'église 
d'Amonines  (Luxembourg)  est  revêtu  du  visa.  L'attention 
de  l'auteur  est  appelée,  toutefois,  sur  les  proportions  trop 
élancées  de  la  fenêtre  de  la  façade.  Il  semble  aussi  superflu 
d'établir  une  colonnette  au  centre  des  fenêtres  latérales  de 
la  tour,  attendu  (pie  cet  ornement  ne  se  reproduit  pas  dans 
d'aut,res  baies.  Devis  estimatif  :  12,075  francs. 

Les  pièces  communiquées  par  M.  le  gouverneur  du 
Luxembourg  ne  constatent  pas  l'urgence  des  travaux  pro- 
jetés pour  la  restauration  de  l'église  de  Muno.  L'architecte 
est  invité  à  justifier  ses  propositions  par  une  note  explicative 
et  à  donner  des  renseignements  sur  l'état  de  la  char- 
])ente,  à  laipielle  il  s'agit  de  faire  d'importantes  modifi- 
cations. 

La  Commission  approuve  le  projet  qui  lui  est  soumis 
pour  la  restauration  et  l'agrandissement  de  l'église  romane 
de  Sluze  (Lini!)ourg),  ainsi  que  le  devis  estimatif  qui 
s'élève  à  29,500  francs.  Cette  église  j)0urra  contenir  500 
]iers(»iines  (voir  ]).  292,  tome  i  du  Bull.). 

Après  avoir  pris  connaissance  d'une  lettre  de  M.  l'archi- 


—  75  — 

tecte  provincial  Liifiin  et  de  la  clclibéralioii  du  conseil 
communal  de  Jemelle,  en  date  du  12  décembre  dernier, 
concernant  la  reconstruction  de  l'église  de  cette  commune, 
la  Commission  croit  devoir  approuver  le  projet  qui  lui  est 
soumis.  Cette  église  pourra  contenir  575  personnes.  Le 
devis  estimatif  s'élevant  à  29,948  francs  n'est  pas  exagéré. 
Quant  aux  modifications  à  introduire  encore  dans  les 
dessins,  le  Collège  s'en  rapporte  aux  indications  données 
à  l'auteur  lors  de  la  conférence  du  29  novembre  dernier 
(page  505,  tome  i  du  Bull.). 

L'auteur  des  plans  relatifs  à  la  construction  d'une  église 
à  Barnich  (Luxembourg)  est  prié  d'examiner  si  les  cloche- 
tons de  la  flèche  ne  pourraient  pas  recevoir  une  disposition 
plus  heureuse.  Les  proportions  de  la  fenêtre  qui  surmonte 
le  portail  semblent  laisser  également  à  désirer.  La  Commis- 
sion s'est  aussi  demandé  si  les  angles  aigus  que  les  tou- 
relles de  la  façade  présentent  sur  le  plan  ne  pourraient  être 
évités?  Enfin,  elle  désire  recevoir  communication  du  plan 
cadastral  des  lieux,  ainsi  que  du  croquis  de  l'église  actuelle. 

M.  l'architecte  provincial  Gife  ayant  émis  l'avis  que  la 
construction  des  voûtes  de  la  nouvelle  église  romane 
de  Saint-Joseph,  à  Anvers,  offrirait  un  certain  danger,  si 
on  persistait  à  ne  pas  établir  d'arcs-boutants,  la  Commission 
déclare  ne  pas  partager  cette  manière  de  voir.  Elle  n'entend 
pas  toutefois  imposer  son  opinion  dans  une  question  aussi 
importante  ni  assumer  la  responsabilité  de  travaux  qu'il 
ne  lui  appartient  pas  d'exécuter;  elle  croit  donc  devoir 
consentir  à  l'emploi  éventuel  d'arcs-boutants. 

Alîn  de  pouvoir  émettre  un  avis  sur  le  point  de  savoir 
s'il  était  possible  de  tirer  parti  des  restes  de  l'église  d'Over- 


—  74  — 

meirc  (Flandre  orientale),  réceimneiit  ineendiée,la  Commis- 
sion avait  chargé  l'un  de  ses  dessinateurs  de  lever  les  dessins 
de  ces  ruines;  mais  celui-ci  n'a  pu  remplir  sa  mission 
attendu  (|ue  tout  est  déjà  démoli.  Des  peintures  murales 
existaient  dans  cet  édifice.  Il  est  vivement  à  regretter  qu'on 
n'ait  i)u  en  prendre  des  calques.  Un  rapport  est  adressé 
à  M.  le  Ministre  de  la  Justice,  afin  de  lui  rendre  compte 
de  ces  faits. 

Le  projet  d'agrandissement  d(,'  l'église  de  Braine-l'AUeud 
(Brabant)  est  approuvé.  Cet  édilice  pourra,  après  l'exécution 
des  travaux,  conlenir  2,900  personnes.  Devis  :  82,527  francs. 

L'église  d'Alseniberg  (Brabant)  est  un  monument  digne 
à  tous  égards  de  l'attention  de  l'administration  supérieure 
et  il  est  à  désirer  qu'on  entame  sans  retard  les  travaux  de 
restauration  (pi'elle  exige.'.  Le  Collège,  tout  en  approuvant 
le  projet  t[ui  lui  est  soumis,  engage  l'auteur  à  faire  une  nou- 
velle étude  de  quelques  fenêtres  dont  les  meneaux  sem- 
blent pouvoir  être  simplifiés.  Le  devis  estimatif,  (jui  s'élève 
à  ()4,4oG  francs,  n'est  nullement  exagéré. 

Consulté  par  M.  le  Ministre  de  la  Justice  au  sujet  de  la 
])roposition  cpie  fait  le  conseil  de  fabrique  de  l'église  de 
Grimberghen  (Brabant)  de  nommer  M.  Baeymaeckers , 
architecte  de  l'église,  le  Collège  émet  un  avis  favorable. 

L'architecte  de  l'église  Saint-Charles,  à  Anvers,  évalue 
à  7,<.)1)0  francs,  la  dépense  nécessaire  pour  rétablir  le  socle 
en  saillie  qui  régnait  le  long  de  la  façade  de  cet  édifice  (voir 
page  ;)09,  tome  i  du  Bull.).  La  Commission  réclame  l'avis 
du  comité  provincial  des  membres  correspondants  sur  les 
diverses  (piestions  soulevées  précédemment  à  ce  sujet,  ainsi 
que  sur  le  devis  estimatif  ipii  })arait  exagéré. 


—  7:i  — 

Le  projet  pour  la  reconslniclion  de  la  Idiir  et  de  la  llèehe 
de  l'église  de  Loo  (Flandre  (({'cidenlale)  esl  approuvé.  Le 
devis  eslinialif  s'élevaut  à  48,0 1 G  franes  semble  modiipic, 
quand  on  eonsidère  qu'il  s'agit  d'un  (ravail  (pii  exige  des  soins 
partieuliersel  pour  lequel  on  doit  absolument  faire  usage  de 
matériaux  de  premier  eboix  (voir  page  59,  tome  ii  du  Bull.). 

Les  travaux  de  i-eslauralion  à  exécuter  à  l'église  primaire 
de  Dinant  ne  jieuvent  l'aire  l'objiM  d'une  entreprise  générale. 
La  requête  par  laquelle  le  bureau  des  marguilliers  demande 
l'autorisation  de  faire  faire  en  régie  les  travaux  préliminaires, 
semble  })ar  eonséquent  devoir  être  aeeueillie. 

Le  conseil  de  fabricpie  de  l'église  de  Notre-Dame  du  Lae, 
àTirlemont,  demande  (jne  la  Conmiission  désigne  un  arelii- 
Icctc  pour  diriger,  de  concert  avec  son  arcbitecte  actuel,  les 
travaux  de  restauration  qui  s'exécutent  à  cette  église.  Connue 
l'art.  55  du  règlement  interdit  au  Collège  de  satisfaire  à  ce 
vœu,  il  se  borne  à  exprimer  le  désir  de  voir  jirendre  une 
prompte  décision  et  de  faire  clioix  d'un  artiste  capable  ayant 
déjà  dirigé  avec  succès  des  travaux  de  la  même  importance. 

Le  dessin  et  le  devis  estimatif  (4, 726  francs)  de  l'écbafau- 
dage  nécessaire  ])our  la  restauration  de  la  grande  fenêtre 
sud  du  transept  de  la  catbédrale  de  Bruges  (voir  page  149, 
tome  I  du  Bull.)  sont  a})prouvés.  Ce  travail  est  proposé  par 
suite  de  la  conférence  que  des  membres  de  la  Commission 
ont  eue  à  Bruges,  le  18  mars  1862,  avec  les  délégués  des 
diverses  administrations  intéressées. 

Dans  un  rapport  daté  du  IG  novembre  18G0,  la  Conmiis- 
sion énumérait  les  travaux  de  consolidation  et  de  restaura- 
lion  qu'il  inq)orlait  d'exécuter  encore  à  l'église  Saint- 
Jacques,  à  Liège  :  1"  l'établissement  d'un  fort  ancrage  pour 


—  76  — 

relier  les  laces  latérales  et  augmenter  ainsi  la  solidité  des 
voûtes;  2"  le  renouvellement  de  six  fenêtres  en  pierre  de 
sable  ;  3"  idem  de  la  grande  fenêtre  en  face  de  l'autel  de  la 
Vierge;  4"  le  placement  de  la  galerie  en  pierre  bleue  sur  le 
gable  ouest  du  transept  et  la  reconstruction  de  la  galerie 
inférieure  de  ce  gable;  5"  la  restauration  des  galeries  exté- 
rieures sous  les  cheneaux;  6"  le  remplacement  de  cinq 
pinacles  ;  7"  la  réparation  de  la  toiture  vers  la  rue  du  Vert- 
Bois.  Des  délégués,  lors  d'une  visite  récente,  ont  constaté  de 
nouveau  combien  il  est  urgent  d'exécuter  tous  ces  travaux. 
La  Commission  recommande  ce  splendide  monument  à  la 
bienveillance  éclairée  de  M.  le  Ministre  de  la  Justice  et  lui 
propose  d'allouer  un  subside,  tant  pour  le  paiement  des 
derniers  ouvrages  urgents  qui  ont  été  exécutés,  que  pour 
permettre  la  reprise  des  travaux  dès  le  retour  de  la  bonne 
saison. 

M.  l'architecte  provincial  Goulon  annonce  que,  les  fonds 
étant  épuisés,  on  ne  peut  s'occuper  en  ce  moment  de  la 
couverture  de  la  flèche  de  l'église  Sainte-Gertrude ,  à  Ni- 
velles. Aussitôt  qu'une  décision  à  ce  sujet  aura  été  prise, 
il  soumettra  à  la  Commission  un  projet  pour  l'exécution 
des  travaux  complémentaires  arrêtés  lors  de  la  conférence 
du  18  décembre  dernier,  dans  le  but  de  mieux  assurer 
encore  l'assemblage  des  plates-formes  et  de  mettre  le  beffroi 
à  l'abri  de  tout  danger  d'incendie. 

PIERRES   SÉPULCRALES ,    TOMBEAUX. 

M.  le  Ministre  de  la  Justice  fait  connaître  que  la  j)ierrc 
liiiiuihiirc  (hi  Mil'  siècle,  qui  était  encasirée  près  de  la  nef 


—  11  — 

latérale-sud  de  l'église  de  Forcst  (Brabant)  et  dont  la 
Commission  a  signalé  la  disparition,  sera  placée,  sans  nul 
retard ,  dans  l'intérieur  de  cet  édifice. 

PRESBYTÈRES. 

L'nrgence  des  réparations  qu'il  s'agit  de  faire  au  i)resl)y- 
tère  de  Quévy-le-Petit  (Hainaut)  est  sufiisamment  démon- 
trée. Devis  estimatif  :  1,346  francs. 

La  Commission  émet  un  avis  favorable  sur  des  dessins 
qui  lui  sont  présentés  pour  la  construction  d'un  presbytère 
à  Aulnois  (même  province).  Elle  demande  toutefois  que 
la  façade  soit  mise  en  rapport  avec  la  destination  du  bâti- 
ment. Devis  estimatif  :  16,736  francs. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS   DE   BIENFAISAINCE. 

La  Commission  se  réfère  à  l'avis  de  la  députation  perma- 
nente du  Conseil  provincial  du  Limbourg  et  approuve  les 
travaux  d'appropriation  projetés  à  la  ferme  de  la  colonie 
agricole  du  dépôt  de  mendicité  de  Reckheim.  (Devis  esti- 
matif :  1,200  francs.) 

MAISONS  COMMUNALES,  BEFFROIS,  HALLES,  DONJONS,  etc. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur,  répondant  au  rapport  du 
Collège  en  date  du  30  décembre  dernier,  relatif  au  projet 
d'édilice  destiné  aux  expositions  des  beaux-arts  et  aux  solen- 
nités publiques,  s'exprime  ainsi  ;  «  Quant  à  l'agglomération, 


»  il  est  à  remarquer  que,  toute  proportion   gardée,   on  a 

»  concentré  dans  le  palais  du  Louvre  diverses  collections 

»  d'un  caractère  essentiellement  distinct  et  que  l'on  n'a  pas 

»  cru  devoir  assigner  à  chacune  de  ces  collections   des 

»  locaux  spéciaux.  Si  la  Commission  des  Monuments  s'est 

»  préoccupée  des  dangers  d'incendie,  je  demanderai  si,  au 

»  moyen  des  précautions  que  la  science  moderne  indique 

»  et  de  l'emploi  de  matériaux  incombustibles,    le  danger 

»  dont  il    s'agit   ne  ])ourrait  point  être   conjuré.    Quant 

»  à  la  question  d'air  et  d'espace,  le  l'alais-Ducal  avec  ses 

»  dépendances  est  entouré  de  rues,  d'un  boulevard  d'une 

»  grande  largeur  et  d'une  place  ])ublique.  Il  ne  s'agit  pas 

»  d'empiéter  ni  sur  l'un,  ni  sur  l'autre.  Il  y  a,  d'ailleurs, 

»  à    (enir    compte    d'un  fait    des  plus  importants  ,  c'est 

»  que  le  Palais-Ducal  et  ses  dépendances   appartiennent  à 

»  l'Etat,  et  que  l'écononne  prescrit  d'en  utiliser,  aulant  ({ue 

»  possible ,    les   parties    de    terrain   qu'il   peut    offrir   de 

»  disponible,    atin   d'agrandir   des   locaux   incomplets   et 

»  évidemment  insuffisants.  Entrer  dans  la  voie  que  semble 

»  indiquer  la  Commission  des  Monuments,  c'est  s'engager 

»  dans  des  dépenses  énormes  d'acquisition  de  terrain,  à 

»  moins  que  l'on  ne  fasse  choix  d'un  emplacement  situé  fort 

»  en  dehors  du  périmètre  de  la  ville,  choix  qui  ne  doit  cepen- 

»  dant  pas  être  repoussé  sans  un  examen  a])|irofondi.  On 

»  peut  consulter  ce  qui  a  été  fait  à  cet  égard  dans  d'autres 

»  cités  capitales,  telles  que  Munich.  A  Vienne,  la  galerie 

»  inqiériale  contenant  les  galeries   de  tableaux  est  située 

»  au  Belvédère,  distant  de  ])lusieurs  centaines  de  mètres 

»  des  immenses  glacis,  dans  le  faubourg  de  Loiidslrasse. 

»  La    Conmiission   aurait    désiré    que    le    Gouvernement 


—  79  — 

»  arrêtât  un  programme  bien  précis  des  conditions  qui 
»   doivent  présider   à   l'élaboration    d'un   plan   du    palais 
»   des  beaux-arts,  mais  les  conditions  sont  très-facilement 
>■>  appréciables  par  la  Commission  elle-même  et  les  plans 
»  qui   ont   été   soumis   à   son   avis   constituent   des  pro- 
»  grammes...  Bien  que  le  règlement  d'ordre  de  la  Gom- 
»  mission  n'en  fasse  pas  mention,  il  serait  très  à  désirer 
»   que  pour   les   affaires   importantes  elle  désigne  un  ou 
»   deux  rapporteurs  qui  les  examinent  et  fassent  un  rap- 
»   port  circonstancié  avant  d'aborder  la  discussion.  Dans 
»   des  questions  d'une  solution  aussi  difficile  que  celle  dont 
»   il  s'agit,  le  Gouvernement  doit  désirer  que  la  Gomniis- 
»   sion  aille  au  fond  des  clioses  et  mette  l'administration 
»  à  même  de  se  prononcer  avec  une  entière  connaissance 
»   de  cause  sur  l'admission  ou  le  rejet  des  projets  soumis 
»   à  son  appréciation.  »  La  commission,  après  s'être  livrée 
à  un  nouvel  examen  des  diverses  questions  qui  lui  sont  sou- 
mises, répond  en  ces  termes  :  «  En  disant  que,  dans  notre 
))   opinion ,  il  serait  regrettable  de  voir  établir  une  immense 
»   agglomération  de    bâtiments    autour   du  Palais  -  Ducal 
»   (voir  p.  316,  tome  i  du  Bull.),  nous  avons  voulu  exprimer 
»   cette  idée  :  qu'il  serait  regrettable  de  voir  supprimer  les 
»   vues  ou  percées  qui  existent  entre  le  Parc  ou  la  place 
»   des  Palais  et  le  boulevard,  vues  qui  se  reproduisent  à 
»   l'opposite  vers  la  ville.  Il  est  à  remarquer,   d'ailleurs, 
»   que  les  établissements  et  les  collections  publiques   que 
»   certaines  personnes  voudraient  voir  concentrer  dans  un 
»   seul  et  même  palais  des  beaux-arts ,   ne  sont  nullement 
»   réunis  au  Louvre.  C'est  ainsi  que  les  objets  d'art  moder- 
»   nés   occupent   une  })artie   du  palais   du   Luxembourg; 


—  80  — 

»  qu'un  édifice  spécial  est  consacré  à  l'école  des  beaux-arts 

»  et  à  ses  collections  ;  que  les  expositions  d'objets  d'art 

»  ont  lieu  dans  le  palais  des  Gliamps-Élysées,  etc.,  etc. 

»  On  ne  doit  pas  oublier  non  plus  que  le  Louvre  est  une 

»  ancienne   résidence  royale ,  qui   aurait   sans   doute   été 

»  établie  dans  d'autres  conditions ,  si  les  auteurs  avaient 

»  eu  la  destination  actuelle   en   vue.    Dans  tous  les  cas, 

»  l'immense  terrain   que  ce  monument  occu]>e  se  trouve 

»  divisé  par  des  cours  et  des  espaces  assez  considérables 

»  pour  atténuer  les  dangers  d'incendie.  Des  catastrophes 

»  récentes  démontrent  que  la  science  moderne  n'est  pas 

»  parvenue  encore   à  faire   disparaître  complètement  les 

»  chances   d'incendie,  alors   surtout   qu'il  s'agit  de  salles 

»  d'une  étendue  exceptionnelle,  dont  la  décoration  exige 

»  l'emploi  du  bois  et  de  la  toile.  Les  édifices  affectés  aux 

»  dépôts   artistiques  ,   littéraires   et  scientifiques ,    que  la 

»  capitale  possède ,  laissent  généralement  à  désirer  sous  le 

»  rapport  de  leur  appropriation;  c'est  là  une  circonstance 

»  fâcheuse  à  laquelle  il  inq)ortcrait  de  remédier.  S'il  entrait 

»  dans  les  vues  du  Gouvernement  de  faire  étudier  des  projets 

»  d'amélioration  ,  nous  croyons  devoir  appeler  particulière- 

»  ment  l'attention  sur  le  point  de  savoir  s'il  ne  serait  pas 

»  préférable  de  diviser  les  divers  services  plutôt  que  de 

»  les  centraliser.  En  adoptant  le  ])remier  parti,  on  enibelli- 

»  rait  à  la  fois  plusieurs  (juartiers  de  la  capitale  et  on  par- 

»  viendrait   plus   facilement  à    se   procurer   des   terrains 

»  favorables.  D'après  nous,  il  faudrait  ériger  des  bâtiments 

»  spéciaux  pour  : 

»    i"  La  bibliothèque  royale  et  les  archives  ; 

»  2"  Lescullcclioiis  de  tableaux  etd'ouvragesdesculj)ture; 


-    81   — 

»   5"  L'école  des  boaux-arls  et  ses  galeries  do  modèles  ; 
»   4°  Le  conservatoire  royal  de  musique  ; 
»   5"  Les  fêtes  publiques,  les  expositions,  etc. ,  etc.  Des 
locaux  destinés  aux  académies  pourraient  faire  j^irtie  de 
l'un  de  ces  édifices.  Les  questions  que  l'érection  de  ces 
monuments  soulève  sont  compliquées  et  leur  solution 
exige  le  concours  d'artistes  expérimentés  et  des  adminis- 
trations intéressées.  Sans  vouloir  enlever  aux  architectes 
la  faculté  de  résumer  leurs  vues  et  leurs  programmes  per- 
sonnels dans  des  dessins,  nous  pensons  cependant  que 
le  Gouvernement  ne  peut  complètement   abandonner  à 
leur  initiative  le  soin  de  résoudre  des  problèmes  aussi 
graves;  nous  croyons,  au  contraire,  qu'il   convient  de 
guider  ces  artistes,  en  leur  communiquant  un  programme 
général,  résumant  les  conditions  essentielles  à  remplir. 
Cette  marche  a  été  suivie  pour  les  plans  du  palais  de 
justice  projeté  à  Bruxelles,  et  dans  d'autres  circonstances 
encore;   elle  est  indispensable   d'ailleurs,   si   l'on  veut 
empêcher  les  artistes  de  s'engager  dans  l'étude  de  projets 
inadmissibles.  A  ce  sujet,  nous  devons  déclarer  que  nous 
verrions,  avec  infiniment  de  regrets,   établir  des  salles 
consacrées   éventuellement  à  des  fêtes  publiques  de  nuit 
dans  un   édifice   contenant  des   collections    précieuses. 
A  moins  donc  que  le  Gouvernement  ne  déclare  formel- 
lement être  d'un  avis  contraire,  toujours  nous  combat- 
trons les  projets  de  palais  contenant  des  salles  sembla- 
bles. Nous  persistons,  du  reste,  à  penser  que  le  rapport 
du   30  décembre  dernier  exprimait  notre  opinion  avec 
une  clarté  suffisante  et  que  nous  n'avions  pas  à  nous 
occuper  des  détails  du  projet,  avant  de  connaître  votre 


—  82  — 

»  décision  sur  les  deux  quostious  de  principe:  l'aggloméra- 
»  tion  considérable  de  l)àlinienls  sur  un  emplacement  qui 
»  ne  nous  semble  pas  approprié  à  cet  usage  et  la  rédac- 
»    lion  préalable  d'un  programme.  » 

La  commission,  a))rès  avoir  examiné  le  projetde  M.  Gisler, 
relatif  à  l'érection  d'un  palais  des  beaux-arts  sur  le  plateau  qui 
domine  l'étang  de  Saint-Josse-ten-Noodc  et  après  avoir  par- 
couru ce  terrain  ,  pense  que,  sous  le  rapport  de  la  situation 
pittoresque  et  de  la  possibilité  de  réaliser  des  effets  gran- 
dioses, cet  emplacement  se  trouve  dans  de;  (rès-bonnes  con- 
ditions. Elle  pense  donc  qu'un  vaste  édifice,  destiné  à  des 
collections  d'objets  d'art,  à  un  Pantbéon  national  ou  à  tout 
autre  service  public,  serait  là  convenablement  placé.  II  faut 
tenir  compte  du  rapide  accroissement  de  la  population,  de 
la  difficulté  d'obtenir  des  terrains  favorables  dans  le  sein 
même  de  la  cité,  et  l'administration,  en  s'attacbant  à  embellir 
la  capitale,  doit  naturellement  se  préoccuper  des  exigences 
de  l'avenir.  Toujours  la  Commission  éprouvera  de  vives 
sympatliies  pour  les  idées 'qui  lui  paraîtront  de  nature  à 
exercer  une  lieureuse  influence  sur  la  splendeur  de  la  ville 
de  Bruxelles. 

Les  déblais  exécutés  dans  l'intérieur  des  ruines  du  cbà- 
teau  de  Grevecœur,  à  Bouvignes  (Namur),  ont  mis  au  jour 
la  partie  supérieure  de  la  poterne.  Le  crédit  de  2,400  francs, 
alloué  pour  la  consolidation  de  ces  ruines,  sera  procliaine- 
mciit  ('•|(iiis(''.  M.  rareliileclo  provincial,  cliargé  de  la  direc- 
li(tii  (l(ï  {'(Mili'eprise,  demande  s'il  doit  faire  continuer  les 
travaux  ou  les  suspendre  provisoirement,  en  attendant  de 
nouveaux  fonds.  La  Commission  invile  cet  architecte  à  ne 
pas  dépasser  la  somme  disponibli;  et  demande  à  M.  le  Mi- 


—  85  — 

nislro  de  rintcriour  si  los  ressources  du  budget  ne  ])ermet- 
traienl  pas  d'élever  le  cliilTre  fixé  par  décision  du  2^  août 
18G2.  Quant  aux  ohjels  découverts  jusqu'à  ce  jour,  la  Com- 
mission pense  ([u'ils  n'olïrent  pas  assez  d'intérêt  j)our  être 
déposés  au  Musée  de  l'I-'tat  et  (pi'il  serait  ])eut-étre  jirélc- 
raltlf^  d'approprier,  pour  les  y])lacer,  Tunt*  des  salles  du 
cliàteau.  Elle  se  réserve,  du  reste,  de  formuler  un  avis  défi- 
nitif sur  cette  question,  à  la  suite  de  la  ju'ochaine  visite  des 
commissaires-inspecteurs. 

PEINTURE,  SCULPTURE,  CISELURE,  TAPISSERIES,  ktc. 

OUVRAGES    MODEUNES. 

Les  disp(^sitions  ])roposées  pour  le  placement  d'un  chemin 
de  la  croix  dans  la  nef  du  Saint-Sacrement  à  l'éuiise  de 
Notre-Dame,  à  Anvers,  sont  bien  conçues.  Les  conditions 
particulières  dans  lesquelles  ladite  nef  se  trouve  font  désirer 
qu'on  fasse  choix  de  la  sculpture  de  préférence  à  la  peinture 
pour  l'exécution  de  ces  stations. 

Conformément  aux  instructions  de  M.  le  Ministre  de  l'In- 
t(''rieur,  un  délégué  du  Collège  s'est  rendu  à  Liège,  afin 
d'examiner,  de  concert  avec  l'un  des  membres  correspon- 
dants, les  ouvrages  de  sculpture  destinés  à  la  décoration 
extérieure  de  l'église  de  Dison.  Le  modèle  de  la  statue  de 
Saint-Fiacre,  qui  doit  occujier  une  niche  au-dessus  du  por- 
tail, a  été  approuvé  à  la  condition  (pie  l'auteur  y  fasse  quel- 
ques changements. 

Après  avoir  pris  connaissance  de  l'instruction  supplé- 
mentaire relative  aux  protestations  qui  se  sont  élevées  contre 


—  u  — 

reiulroil  assigné,  àJVIaeseyck,  au  groupe  des  frères  Van 
Eyck,  la  Commission  pense  qu'on  ne  pourrait,  sans  de  gra- 
ves inconvénients,  placer  ce  groupe  ailleurs  qu'au  centre  de 
la  Grand' Place.  Les  dimensions  du  monument  sont  considé- 
rables et  ont  été  arrèlées,  de  même  que  toutes  les  combi- 
naisons du  statuaire,  en  vue  de  l'emplacement  fixé  en 
premier  lieu  et  des  axes  des  rues  voisines.  Le  choix  de 
tout  autre  endroit  eût  nécessairement  exercé ,  sur  la  ])Ose 
des  personnages,  une  notable  influence.  Le  chêne  qu'il 
s'agit  d'enlever  a  été  planté  en  1797  et  MM.  les  Bourgmestre 
et  Échevins  attestent  (pie  cet  arbre  est  dépourvu  de  tout 
caractère  historique. 

OUVRAGES   ANCIENS. 

La  Commission  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  de  payer  au  con- 
seil de  fabrique  de  l'église  Saint-Jacques,  à  Liège,  une 
partie  du  subside  ])romis  par  l'Etat,  pour  la  restauration  des 
peintures  murales  qui  décorent  les  voûtes  de  cet  édifice. 
Des  commissaires-inspecteurs  ont  récemment  constaté  que 
ces  travaux  marchent  d'une  façon  satisfaisante.  Ainsi  qu'il 
l'a  déjà  dit,  le  Collège  ne  pense  pas  qu'il  soit  équitable 
d'imposer  aux  artistes  la  dépense  des  échafaudages  (voir 
page  172,  tome  i  du  Bull.). 

La  Commission  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
(le  conlier  à  M.  le  sculpteur  Van  Arendonck  la  restauration 
du  retable  en  bois  de  chêne  qui  appartient  à  la  chapelle 
de  Saint-Quii'in ,  commune  de  Loenhoul  (Anvers).  Elle 
prie  M.  le  Ministre  de  prendre  à  la  charge  du  Gouvernement 
une  ))artie  de  la  dép(;nse  de  800  francs  et  de  stipuler  que  le 


—  8:;  — 

travail  so  fera  conl'oi'inéinciil  ini\  inslriicUions  du  coinitô 
provincial  des  ineinbros  coiTCspondanLs.  Co  nîl;d)Io  divise; 
en  trois  compartiments,  parait  dater  d(5  la  première  moitié 
du  xv!!*"  sièele  ;  à  cùlé  de  réseaux  de  style  llamhoyaiit,  on 
y  voit  des  aralxîsqnes  et  des  rinceaux  de  la  renaissance. 

Ia>  Si'fn'iiiirc  ilc  In  doiiiiitission  roijnlc  des  ]Ioiiinin'iits, 

Jules  Ducmolli;. 
Vu  en  conformité  de  l'article  T.î  du  règlement. 

Le  Vice-Président, 

Baron  de  Roisin. 


SEANCES 


(les  .",,  7,    II),    1-2,   11,   ]•:),  21,  2},  28  et  ."I   m;ii.s   18(iô. 


ACTKS  01  I  ICIKIS,  AM  AIRES  INTÉRIEURES,  OlUETS  DIVERS. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  adresse,  en  faveur  de  la 
l)il)li()tlièque  ,  l'ouvrage  intitulé  :  Histoire  descriptive ,  artis- 
tiijue  et  pittoresque  du  monastère  royal  de  Saint-Laureut, 
vulfjairement  dit  :  de  l'Escicrial,  par  Don  Antonio  Rotondo. 

La  Commission  rappelle  à  M.  le  Ministre  la  demande 
formulée  lors  de  la  dernière  séance  générale,  par  le  comité 
provincial  du  Limbourg,  dans  le  but  d'obtenir  la  franchise 
de  port"  pour  les  lettres  adressées  par  les  membres  corres- 
pondants :  1",  à  MM.  les  gouverneurs  de  toutes  les  pro- 
vinces ;  2",  à  leui's  collègues  sans  excejjtion  ;  5",  à  M.  le 
dircciciii'  (lu  musée  d'aiiti(iuilés  à  lîruxcllcs;  4",  aux  bourg- 
mestres de  toutes  les  communes  de  la  })rovince.  Si  toutefois, 
il  était  impossible  d'accorder  une  iVancbise  de  port  aussi 
large,  la  Commission  croirait  devoir  particulièrement  insistei- 


87  — 

jioiir  qu'au  moins  colto  laveur  soil  nccoi'dt'c  aux  (l('p(''clics 
erliangc'os  onlro  MM.  los  tiouvci-ncui-s  cl  les  iiicniltns  cdi'- 
l'ospondanls. 

Aux  termes  de  l'arl.  50  du  l'ègiemenl,  les  arcliileclcs 
c'Iiargés  de  travaux  de  restauration  plaeés  sous  la  haute  sur- 
veillance du  Collège  sont  lemis  d'adresser  des  rap})orls  tri- 
mestriels détaillés.  Ces  rapporis  doivent:  1"  indiquer  le 
nombre  et  la  spécialité  des  ouvriers  attachés  aux  ateliers; 
•2"  rendre  compte  de  la  situation  des  approvisionnements  et 
mentionner  toute  innovation  appoi-lée  ou  projetée  dans  le 
choix  des  matériaux;  ô"  indiquer,  au  l)esoin,  pai-  des  ci'o- 
quis,  les  parties  de  l'entreprise  terminées  dans  le  cours  du 
trimestre  précédent;  4-°  citer  les  difiicultés  qui  ont  pu  surgii- 
et  les  accidents  imprévus  ;  5"  rappeler  la  date  de  chacun(» 
des  visites  faites  par  l'architecte;  6"  relater  les  travaux 
arrétéspour  le  trimestre  suivant  et  contenir,  en  un  mut,  tous 
les  faits  propres  à  faire  appré(;ier  la  situation  exacte  ûvs 
choses.  La  Commission  propose  à  MM.  les  Ministres  de 
l'Intérieur  et  de  la  Justice  d'invilei-  tous"  les  architectes 
chargés  de  semblables  travaux  ;i  se  conformer  !nun('diale- 
ment  à  ladite  disposition  réglementaire. 

Lors  de  la  .séance  générale  du  T){)  septeml)re  I8()'2,  jiiu- 
sieurs  membres  de  l'assemblée  ont,  en  confornu'ti'  de  la 
proposition  faite  par  un  membre  correspondant  de  la  Flan- 
dre orientale,  demandé  que  des  sondages  soient  elTectu(''s, 
alin  de  retrouver  les  carrières  qui ,  après  avoir  fourm'  d'ex- 
cellentes pierres  pendant  (\o  longues  années,  sont  poui- ainsi 
dire  inconnues  aujourd'hui.  La  Commission  |»i'ie  M.  le  Mi- 
nistre de  l'Intérieur  de  reconnnander  ce  vœu  à  ralteiiti(»n  du 
département  des  Travaux  Publics,  (pii  naguère  a  l'ail  laire 


—  88  — 

lie  ii(iiiil)r(Hisos  r(>cli('rcli('s  au  sujet  des  iiiairriaiix  de  con- 
slniclimi  <|ui  oxisloiil  o\\  l)elti'i(iue. 

Après  avoir  pris  connaissanco  dos  oxplicalions  (ransniises 
|)ar  M.  le  Minisiro  de  l'Intérieur,  la  Commission  est  d'avis 
(piil  y  a  lieu  de  soumettre  à  la  sanction  royale  le  règlement 
adopté  |)ar  le  conseil  jirovincial  de  Xaniur  pour  la  sûreté, 
la  garde  et  la  consei'valion  des  monumeiils  liislori({ues  et  des 
objets  d'art  ([ui  existent  dans  cette  province. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  a  communiqué  à  M.  le  Minis- 
ti'O  des  Travaux  Publics  1(3  rapport  de  la  Commission  qui 
avait  ]i(»ni'  ((bjel  de  signaler  à  la  sollicitude  du  Gouverne- 
nient  les  dangers  auxquels  l'exploitation  des  liouillères 
pourrait  exposer  certains  monuments  de  la  ville  de  Liège. 
L'avis  de  l'administration  supérieure  est  que  les  faits  con- 
statés depuis  un  grand  n()nd)re  d'années  ne  sont  pas  de 
nature  à  réclamer  des  modifications  aux  règles  admises  et 
coiislainment  suivies.  Du  reste,  les  ingénieurs  des  mines 
sui'veillent  avec  sollicitude  les  travaux  (jui  iiourraicnt  excep- 
lionnellcmeiil  exiger  des  précautions  itai'liculières. 

KDIFICKS  LT  MONUMENTS  UELIGILUX. 

ÉGLISKS,    DKPENDAXCKS,    AMEIJBLEMKNÏ. 

La  Commission  approuve  les  projets  concernant  : 
1"  Le  ])lacement  d'un  confessionnal  dans  la  cbapelle  de 
Belgrade,  coiinnune  de  Fla\vinne(  Naniui").  Devis  estimatif: 

2"  L'ameublement  d(^  l'église  de  Sart-Saint-Laurent,  com- 
mune de  Floi-effe,  nicnic  province.    Devis  :  '2, (iOO  francs. 


—  8î)  — 

7)"  L;i  roronslriiction  pai-liellc  de  1a  tour  do  l'ôaiisc  de 
Berco,  coiiiiuuiio  de  Lu  Kcid  (Liège).  Devis  :  5.007  francs. 

/*."  La  restauration  de  la  lourde  l'église  de  Mortsel  (Anvers). 
Devis  :  5,29()  francs. 

5"  La  réparation  de  la  toui'  de  Meir,  même  j^rovince. 
Devis  :  5,501  francs. 

G"  La  construction  d'une  tour  et  quelques  autres  travaux 
qu'on  ]»ropose  d'exécuter  à  l'église  de  Straincliamps,  com- 
mune de  Hollange  (Luxembourg).  Devis  :  5,755  francs. 

7"  Divers  travaux  de  restauration  et  d'appropriation  à 
l'église  et  au  presbytère  de  Benoncliamjis,  commune  de 
Wardin ,  mèmi*  province.  Les  autels  latéraux  devront  être 
simplilîés.  Devis  :  7,820  francs. 

8"  La  construction  d'une  nouvelle  façade  à  l'église 
d'Athus ,  commune  d'Aubange,  même  province.  Devis  : 
14,995  francs. 

9"  Lareconstruclion  particUede  l'église Saint-Job-in  t'Goor 
(Anvers),  à  la  condition  de  relier  plus  solidement  la  llèche 
à  la  tour.  Le  devis  monte  à  20,527  francs.  Cette  église 
pourra  contenir  600  personnes  environ. 

10"  La  construction  d'une  tour  et  l'agrandissement  de 
règlise  de  Moresnet  (Liège).  La  supei-ficie  est  calculée  de 
façon  à  permettre  la  réunion  de  COO  personnes.  Dc^•is  : 
21,574  francs. 

1 1°  La  construction  d'une  clia])clle  à  Recbrival,  commune 
de  Tillet  (Luxembourg).  Il  conviendra  toutefois  d'augmen- 
ter d'un  mètre  l'élévation  intérieure  de  cet  édifice  qui 
pourra  contenir  250  personnes.  Devis  :  22,715  francs. 

De  nouveaux  renseignements  ayant  démontré  l'urgence 
de  faire  a  l'égHsc  de  Muno  (Luxembourg)  des  réparations 


(•(Hi.si(U'r;il)l('s,  le  devis  esliiiialif  s'clevanl  à  l/i',ô(){)IVaiics  est. 
;ip|)i'oiivé.  La  Commission  conserve  toutefois  des  doutes  suj- 
le  jioiiit  de  savoir  si  la  suppression  des  entraits  de  la  cliar- 
peiile  ne  présenterait  j)as  d'inconvénient.  Il  serait  prudent, 
pensc-l-ell(},  de  conserver  ces  entraits  ou  de  les  remplacer 
par  des  tirants  en  fer. 

Deux  ))rqje(s  sont  présentés  i)our  la  construclion  d'une 
éiiiise  à  Forzée,  conmiune  de  Buissonville  (Namur).  Le 
travail  de  M.  l'architecte  provincial  semble  supérieur  sous 
le  rapi)ort  du  caractère  et  des  garanties  de  solidité;  mais  il 
faudra  augmenter  les  proportions  du  chœur  et  des  sacristies 
et  élargir  les  trois  nefs  d'un  mètre  cinquante  centimètres. 
Ce  résultat  sera  obtenu  sans  la  moindre  augmentation  de 
frais  (  le  devis  s'élève  à  20,501  francs),  si  on  renonce  à  réta- 
blissement d'un  transept  simulé  et  si  on  sup])rimc  certains 
(irnemenis  qui  ne  sont  pas  indispensables. 

Le  plan  pi'ésenlé  pour  la  reconstruction  ])artielle  de 
l'église  de  (lentinnes  (Brabant)  est  approuvé.  Il  conviendra 
<rinelinei'  davantage  les  toitures  et  de  donner  plus  d'anqileur 
aux  archivoltes  du  premier  ordre  à  l'intérieur  de  l'édifice. 
Les  dépenses  sont  évaluées  à  38,900  francs;  750  personnes 
pourront  se  réunir  dans  ce  temple. 

La  Commission  indique  sur  papi(>r  cabpie  les  modifica- 
tions qui  doivent  encore  être  introduites  dans  le  projet  de 
reconstruction  de  l'église  de  Barnich,  commune  d'Autelbas 
(Luxembourg).  Cet  édifice  coûtera  environ  58,920  francs  et 
pou)Ta  contenir  ooO  personnes. 

Après  avoir  comparé  les  dessins  soumis  })our  l'achève- 
ment de  l'église  Saint -Georges,  à  Anvers,  avec  le  plan 
original  dont  il  a  demandé  la  communication,  le  Collège 


conslatc  que  les  nouveaux  dessins  ne  reproduisent  pas 
exactement  le  projet  primitif.  C/est  ainsi  (jue  la  largeur  d(! 
la  base  des  deux  llèclies  est  réduite,  sans  que  celte  moditi- 
cation  soit  justifiée.  Les  croix  supérieures  auxquelles  il  eût 
été  i)référable  de  donner  plus  d'ampleur  semblent  plus 
grêles  encore  dans  les  épures. 

Le  projet  présenté  pour  la  restauration  de  l'église  d'Op- 
Itter,  ainsi  que  le  devis  estimatif  s'élevant  à  21,595  francs, 
sont  approuvés.  Cette  église,  l'une  des  plus  intéressantes 
de  la  Campine  lind)ourgeoise ,  a  subi  des  dégradations 
regrettables  par  suite  de  la  négligence  qu'on  a  mise  à 
veiller  h  son  entretien.  La  tour  n'est  guère  en  liarmonie 
avec  le  reste  de  l'édifice,  mais  comme  les  ressources  finan- 
cières sont  restreintes,  on  ne  peut  songer,  du  moins  aujour- 
d'hui, à  y  apporter  des  changements. 

A  la  suite  d'un  nouvel  et  mûr  examen  de  la  question ,  la  Com- 
mission pense  qu'il  serait  préférable  de  renoncer  à  l'érection 
de  tout  bcàliment  nouveau  dans  l'angle  occupé  jadis  par  la 
maison  du  chapitre,  à  l'église  des  SS.  Michel  et  Gudule, 
à  Bruxelles  (voir  p.  489,  tome  i  du  Bull.),  et,  par  consé- 
quent, de  se  borner  à  restaurer  et  à  approprier  la  partie 
du  monument  que  cette  maison  masquait. 

M.  le  Ministre  de  la  Justice  fait  connaître  qu'une  somme 
de  6,000  francs  est  allouée,  sur  les  fonds  de  l'État,  poui- 
reprendre  la  restauration  de  l'église  Saint-Pierre ,  à  Louvain. 
La  Commission,  se  référant  à  son  rapport  du  27  mai  1862, 
propose  à  ce  haut  fonctionnaire  de  stipuler  que  les  fonds 
disponibles  seront  employés,  non  à  continuer  la  restaura- 
tion de  la  tour,  mais  à  faire  en  recherche,  dans  toutes  les 
parties  de  la  construction  et  notanmient  à  la  toiture,  les 


—  î)2  — 

i'('|);ii-;(li()iis  nécessaires,  alin  d'eiiipèclier  les  ravagx's  si  désas- 
li'eux  des  injillratioiis  pluviales. 

l'I'.ESBVTÈKES. 

Deux  ai'chilectes  ont  été  appelés  à  s'occuper  de  la  con- 
slruclioii  d'un  presbytère  à  Buissonville  (Naniur).  La  Com- 
mission ,  t(Mil  en  coiislalanl  que  la  disiribulion  du  plan 
dressé  par  M.  l'architecte  provincial  est  préférable  et  (|ue 
l'ensemble  du  travail  est  supérieur,  désire  voir  donner  aux 
façades  un  caractère  sévère  en  harmonie  avec  la  destination 
du  bâtiment.  Le  devis  de  M.  l'architecte  provincial  s'élève 
à  14,520  francs.  L'évaluation  des  dépenses  présentée  par 
l'auteur  du  second  projet  (H, 5S4  francs)  est  illusoire,  i)uis- 
qu'elle  contient  diverses  lacunes. 

La  Conmiission  a])prouve,  sauf  quelques  légers  change- 
ments, le  plan  du  nouveau  presbytère  de  Sohier  (Luxem- 
bourg). Le  devis  estimatif  s'élève  à  14,115  francs. 

Les  dessins  du  presbytère  de  Hoboken  (Anvers)  ayant 
été  rectiliés  d'après  le  désir  du  Collège,  sont  approuvés. 
Le  devis  estimatif  (18,105  francs)  ne  soulève  aucune 
objection. 

PIERRES   SÉPULCRALES,    TOMBEAUX. 

La  construction  d'une  chapelle  funéraire  destinée  à  la 
fann'lle  de  M.  le  comte  de  Glymes,  contre  le  chœur  de 
l'église  de  Spienncs  (Hainaut),  ne  domic  lieu  à  aucune 
objeclioii  sous  le  ra|)j)()rt  de  l'art. 

MM.  les  Minisires  de  la  Justice  el  de  rinh'rieur,  adoptant 
la  pi'(ip()siti(tn  de  M.  le  gouvei'iieur  de  la  pr(nince,  comptmt 


—  95  — 

laisser  siins  suite,  iioiir  lo  iiiomcnl, ,  los  divers  rapiiorls 
eonceniant  les  niesui'es  à  prendre  pour  einpèclier  foule 
profanation  des  restes  du  eoinle  d'Egnionf  et  de  sa  lainille, 
déj)Osés  à  Sottcglieni  (Flandre  oi-ienlale).  Le  Gouvernement 
se  rései've  toutefois  d'cxaniinei-  plus  tard  s'il  y  a  lieu  de 
reprendre  les  négociations  avec  radminislration  connnu- 
nal<^  et  le  conseil  de  fabrique  et  de  provotpn^r  rexécution  de 
l'une  des  mesures  pro])Osées  par  le  rapport  de  la  Commis- 
sion en  date  du  29  juillet  1802. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

ÉTABLISSEME^TS    DE    BIENFAISANCE. 

Après  avoir  entendu  le  rajjport  des  délégués  qui  ont 
visité,  à  Hal,  la  maison  destinée  à  l'hospice  des  orphelins, 
la  Commission  approuve  les  tra\aux  d'agrandissement  et 
d'appropriation  projetés.  Quant  au  devis  estimatif,  dont  le 
total  s'élève  à  8,150  francs,  elle  pense  qu'il  faut  le  porter 
à  15,000  francs.  Il  sera  en  effet  préférable  de  faire  de 
suite  et  en  une  seule  fois  tous  les  travaux  dont  la  nécessité 
est  évidente.  Les  frais  imprévus  seront  d'une  certaine  im- 
jiortance,  attendu  que  des  mécomptes  sont  inévitables  lors- 
qu'on touche  à  d'aussi  vieux  bâtiments. 

Consulté  sur  le  projet  d'établir  une  nouvelle  salle  de  bains 
à  rhô[)ital  Saint-Pierre,  à  Bruxelles,  le  Collège  répond  à 
M.  le  Ministre  de  la  Justice  que  les  questions  soulevées  par 
ce  projet  semblent  plus  particulièrement  du  ressort  du  con- 
seil supérieur  d'hygiène  et  qu'elle  se  réfère  à  l'avis  (pie  ce 
conseil  émcllrn. 


—  94    - 

MAISOiNS  COMMUiNâLï:S,  beffrois,  halles,  donjons,  etc. 

La  Commission  adresse  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérienr, 
en  conformité  de  ses  instructions,  le  dessin  de  la  balustrade 
à  placer  au  sommet  de  rancienne  tour  à  feu  de  Nieuport, 
ainsi  que  le  profil  de  la  plate-forme  sur  laquelle  cette  balus- 
trade doit  être  établie. 

Gomme  il  est  Indispensable  qu'aucun  travail  de  nature 
à  causer  des  dégâts  ne  soit  entrepris  lorsque  l'appro- 
priation et  la  décoration  de  la  grande  salle  de  l'Hôtel  de 
Ville  d'Anvers  seront  commencées,  l'administration  com- 
munale désire  que  les  ouvrages  qui  doivent  être  exécutés 
sous  cette  salle,  dans  le  but  d'obtenir,  au  rez-de-cliaussée , 
un  vestibule  plus  vaste  et  plus  convenable,  soient  effectués 
sans  retard.  Après  avoir  entendu  le  rapport  des  com- 
missaires-inspecteurs qui  ont  visité  récemment  le  monu- 
ment, et  les  explications  verbales  de  MM.  les  bourgmestre 
et  écbevins  ainsi  que  de  l'arcbitecte,  la  Connnission  approuve 
la  marcbe  du  projet  qui  lui  est  soumis.  Des  observations 
quant  à  quelques  points  accessoires,  ayant  été  faites,  l'auleui- 
s'est  engagé  à  communiquer  le  résultat  de  ses  nouvelles 
études  avant  de  mettre  la  main  à  l'œuvre. 

La  Commission  transmet  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur, 
en  la  recommandant  à  son  attention,  une  lettre  par  laquelle 
l'Institut  archéologique  liégeois  se  ])laint  notannnent  des 
obstacles  que  l'organisation  de  son  musée  rencontre,  pai- 
suit»'  du  relard  qu'éprouve  l'appropriation  de  l'aihî  de  l'an- 
cien palais  des  princes-évèques  qui  est  mise  à  sa  disposition. 

Il  existe  eiiBelgiipie  peu  (\o  traces  de  rancienne  arcbitec- 


—  95  -— 

funMuililaire.  Les  dcvaslalions  des  Fraiirais  sous  Louis  XIV 
et  les  édits  de  Joseph  II  lii'onl,  disparaître  la  plupart  des 
tbrtilications  que  le  temps  et  la  guerre  avaient  respectées. 
Parmi  les  rares  monuments  de  ce  genre  qui  ont  échappe  à 
ces  diverses  causes  de  destruction,  la  porte  de  Visé  (ancienne 
porte  des  Marais)  à  Tongres,  est  sans  contredit  l'un  de  ceux 
qui  offrent  le  plus  d'intérêt.  Ce  donjon,  de  forme  carrée, 
est  bâti  en  blocage  revêtu  de  pierres  de  sable;  il  est  percé 
d'une  porte  ogivale  et  présente,  à  l'étage,  une  ouverture 
cintrée,  surmontée  de  deux  fenêtres  rectangulaires.  La  par- 
tie supérieure  forme  actuellement  terrasse.  Les  quatre  angles 
sont  garnis  de  tourelles  prismatiques  construites  en  encor- 
bellement. Le  sommet  des  revêlements  se  terminait  autre- 
fois par  des  créneaux ,  comme  l'indique  le  rang  d'arcatures 
((ui  existe  encore  autour  des  couronnements.  Un  reste  d'in- 
scription, taillée  au-dessus  de  la  baie  intérieure,  donnant  accès 
à  l'escalier,  porte  la  date  de  1379.  Quelques  personnes  ayant 
proposé  de  faire  démolir  la  porte  de  Visé,  afin  de  faciliter 
la  circulation,  MM.  Driescn  et  Perreau,  membres  du  comité 
provincial  du  Limbourg,  ont  protesté  contre  ce  projet,  La 
Commission,  après  avoir  pris  connaissance  de  leur  rapport, 
prie  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  d'allouer  -un  subside  de 
2,750  francs  pour  restaurer  ce  monument,  à  la  condition  que 
la  commune  et  la  province  supporteront  le  reste  de  la 
dépense  évaluée  à  5,500  francs.  Elle  formulera  son  avis 
motivé  au  sujet  du  plan  à  suivre  pour  les  travaux  de  i-estau- 
ralion,  aussitôt  qu'elle  connaîtra  le  taux  de  la  somme  dont 
il  sera  possible  de  disposer. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur,  désirant  combler  des  lacunes, 
a  fait  remettre  au  Musée  royal  d'antiquités,  d'armures  et 


—  90  — 

d'arlilloric  trois  des  objets  découvorls  dans  les  ruines  du 
cliàteau  de  Crévecœur,  à  Bouvignes  :  la  chambre  à  anse  et 
cerclée  (c'est-à-dire  la  chambre  à  feu  (Vun  ancien  canon),  la 
serrure  et  enlin  la  ])ierre  cylindrique  de  0'",'28c.  de  diamètre 
et  de  0"\20c.  de  hauteur.  Les  autres  objets  ont  été  déposés 
dans  les  collections  de  la  Société  archéologiiiue  de  Namur 
où  leur  |)lacc  est  mar(|uée  à  raison  do  l'intérêt  qu'ils  i)résen- 
tenl  au  point  de  vue  de  l'histoire  de  la  province.  M.  le  Mi- 
nistre examinera  ultérieurement  s'il  est  possible  d'augmenter 
le  subside  de  1,200  francs  qui  a  été  alloué  jiour  subvenir 
aux  travaux  à  exécuter  pendant  l'année  1865,  pour  la  conso- 
lidation du  château  de  Créveco'ur.  Il  désire  toutefois  que 
l'on  s'apj)lique  autant  que  ])ossible  à  ne  pas  dépasser  cette 
somme  qui  doil  être  prélevée  sur  les  ressources  ordinaires 
du  budget. 

PEIMUUE,  SCULPTUHE,  CISELURE,  TâPLSSERIE,  ktc 

OUVRAGES    ANCIENS. 

L'église  d(î  Bossut  ,  commune  de  Bossut-Gottecliain 
(Brabantj,  ])ossède  un  tableau  représentant  la  Nativité,  dont 
l'état  déplorable  est  dû  })lutùt  à  d'ineptes  travaux  de  restau- 
ration qu'aux  ravages  du  temps.  Ce  tableau,  qui  a  4  m.  /i-o  c. 
de  hauteur  sur  une  largeur  de  2  m.  40  c,  doit  être  rangé 
])ai'ini  les  bons  ouvrages  de  G.  De  Graver.  Gomme  les  res- 
sources locales  sont  très-restreiutes,  la  Gommission  propose 
à  M.  le  Ministre  de  l'inléricui-  (rallouor  un  subside  au  (-onseil 
<l('  ral)i'i(|U(',  ;i(iii  (le  CDUvi'ir  une  parlie  de  la  déj)ense  que  la 
(•onsei'valioii  (le  celle  inli'l'essanle  (eu\  i'<'  d'arl  exilée. 


—  97    - 

Il  l'L'Siilto  (lu  rapport  dos  cominissairos-inspoclcur.s  quo  la 
rostaumlion  cl  l'appropriation  dvs  fonts  baptisinau.v  romans 
de  l'église  Notro-Danie,  à  Termondo,  ont  été  exécutées 
conforniément  au  plan  adopté  par  la  conunission. 

L'ornement  sacerdotal  que  possède  l'église  Sainte-Brice, 
à  Tournay,  date  du  xvii'  siècle  et  offre  un  intérêt  réel 
sous  le  rapport  de  l'art.  Il  se  compose  d'une  chasuble, 
de  deux  dalmaticpies  et  d'une  chape,  ornées  de  broderies 
d'or  et  de  soie  et  ])or(ant  des  médaillons  qui  représentent 
des  sujets  se  rapjiortant,  pour  la  plnpart  à  la  vie  de 
saint  Pierre.  La  Commission,  après  avoir  examiné  ces 
objets,  appuie  Ja  demande  de  subside  formulée  par  le 
conseil  de  fabrif[ue.  Comme  ce  travail  offre  de  grandes 
difficultés,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  groupes  et  les 
ligures,  et  exige  des  soins  aussi  intelligents  quo  conscien- 
cieux ,  elle  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  de 
stipuler,  dans  le  cas  où  un  subside  serait  accordé,  que 
la  restauration  se  fera  sous  sa  surveillance  spéciale. 

La  Commission,  à  l'occasion  d'un  fait  récent,  rappelle 
dans  une  lettre  adressée  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur, 
les  principes  qui  la  guident  chaque  fois  qu'il  s'agit  de 
restaurer  les  chefs-d'œuvre  des  anciens  maîtres  de  l'École 
llamande.  Un  artiste  peut  avoir  un  talent  très-réel  et 
n'être  pas  apte  à  exécuter  des  réparations.  L'expérience  l'a 
démontré  et  il  serait  facile  de  citer,  à  cet  égard,  plus  d'un 
fait  regrettable.  La  restauration  des  productions  des  anciens 
maîtres  est  tellement  difficile  et  a  donné  lieu  ;i  de  tels  abus 
(ju'on  ne  peut  apporter,  dans  le  choix  des  artistes-restaura- 
teurs, une  circonspection  trop  scrupuleuse.  Dans  des 
questions  aussi  graves,  la  Commission  ne  pense  pas  que 


—  98  — 

la  juslicc  (li.slril)iilive  puisse  constamment  servir  de  règle 
et  (lu'il  (-onvieniie  de  ré|)arlir  les  commandes  entre  des 
liommes  qui  n'offrent  pas  absolument  les  mêmes  garanties 
de  savoir  et  d'expérience.  De  tout  temps  la  question  du 
choix  (les  artistes-restaurateurs  a  domié  lieu  à  des  cor- 
res))()ndances  animées  et  à  des  récriminations;  mais  celte 
polénnque  n'a  guère  ému  le  Collège,  attendu  que  l'intérêt 
des  (Ouvres  dont  il  est  appelé  à  garantir  la  bonne  conser- 
vation, doit  êti'e  avant  tout  sa  principale  préoccui)ation. 

Le  Sccrélfiirc  de  la  dommissioit  roijule  des  Mo)innieuls, 
.llM'.S    DUGMOLLE. 

Vu  en  conl'onnil(''  de  Fai-licie  ^2")  du  règlement. 

Le  vice-I*rési(lt'}tt , 

Baron  de  Roisin. 


//  fiiirf  i':-  ,1  ArctiÀ^.t.ju- .  7itiii/-    //. 


EXPLORATION 


DE   QUELQUKS 


TUMULUS  DE  LA  HESBAYE 


~  -lAArtAAVJW'^^-   - 


PREMIER    ARTICLE. 

OBSERVATIONS  PRÉLIMINAIRES. 

D'où  vieni ,  malgré  le  respect  dû  aux  morts  et  la  prolcc- 
lioii  dont  le  législateur  entoure  les  sépultures,  la  curiosité 
du  siècle  à  fouiller  les  tombeaux  anciens  pour  en  exhumer, 
au  nom  de  la  science,  les  ustensiles  et  les  objets  mobiliers 
enfouis  par  un  soin  pieux?  Partout  on  force  les  asiles  funé- 
raires, pour  en  livrer  les  secrets  aux  échos  du  monde, 
comme  si  le  temps  était  venu  où  doivent  se  réaliser  les 
paroles  de  l'Écriture  :  Ecce  ego  aperiam  tumulos  vcstros, 
et  educam  vos  de  sepulcris  vestris...  Ossa  (eorum)  visitatu 
sunt  et  post  mortem  prophetaverunt  (i)! 

{\)  EzECii.,  c.  57,  V.  \-l\  Fxf.i.ES.,  c.  49,  v.  18. 


—    100   — 

Mais  ces  rechcrclies,  s'y  livrc-l-on  bien  par  pure  cmiosilé, 
et  le  seul  résultat  acquis  a|)rès  ces  invesligalions  (jui  ont 
pour  ])remier  elTet  de  troubler  le  repos  de  la  mort,  est-il 
de  satisfaire  l'indiscrète  manie  de  rpichpio  eullcflionneur 
ou  même  d'enricliir  (pielrpie  Musée? 

Certes,  si  tout  se  bornait  là,  alors  peut-être  serait-il  vrai 
dédire  qu'entre  l'intérêt s'attacbant  aux  cboses  de  l'art  dans 
le  passé,  et  le  culte  dû  aux  morts,  il  n'y  a  pas  à  elioisii-,  et 
que  co  dernier  doit  l'emporter  (i).  Mais  dans  ces  explora- 
tions réprouvées  par  aucuns  comme  des  profanations  ,  le 
savant  ou  l'antiquaire  digne  de  sa  mission,  n'est  pas  seule- 
ment guidé  par  l'intérêt  de  l'art,  mobile  déjà  assez  élevé 
et  assez  pur  en  lui-même  pour  lever  plus  d'mi  scnqiule; 
une  pensée  |)lus  haute  préside  aux  fouilles  que  la  science 
dirige.  Et  en  effet,  ces  recherches,  que  sont-elles  au  fond  , 
sinon  un  ajipel  aux  leçons  du  |)assé?  Ce  qui  en  ressort, 
(Ml  dernière  analyse,  n'est-ce  pas  un  austère  enseignement  ? 
«  Lorsqu'un  bel  objet  sort  de  terre,  dit  le  savant  abbé 
Cochet  ('■2) ,  lorsqu'une  pièce  importante  se  révèle  sous  la 
bêche,  je  n'y  suis  certes  jamais  indifférent  ;  mais  une 
fois  lire  de  la  terre,  il  j)erd  pour  moi  la  moitié  de  sa 
valeur  ,  et  (piand  il  a  été  étudié  ,  il  n'en  a  plus  du 
(diil.  ,)('  le  dépose  avec  bonheur  dans  une  collection 
piil)li(iuc,    cl    je    nie    résignerais    presque   à    ne    plus    le 


(ij  (Compte  reiulii  delà  séance  générale  dit  7^0  septembre  IStiii  (k;  ht  Comwis- 
sio)i  roijale  des  iiioniinienls,  \).  7o;  voii'  iiii.ssi  Messager  des  sciences  historiques, 
ISGI,  ]).  4i)7,  en  note. 

(i)  Auteur  de  l;i  Normandie  souterraine,  des  Sépultures  gaiiloises,  romaines, 
franqnes  et  normandes,  l'i  d'uulres  <iu\ mues  précieux  sur  l":ii(liiMil(ii;ic  des 
sépidluics. 


—  101   — 

revoir;  ce  que  je  cherche  au  sein  de  la  terre,  c'est  une 
pensée  :  ce  que  je  poursuis  à  chaque  coup  do  pioche 
de  l'ouvrier,  c'est  une  idée;  ce  que  je  désire  recueillir  avec 
ardeur,  c'est  moins  un  vase  ou  une  médaille  qu'une  ligne  du 
passé,  écrite  dans  la  poussière  du  temps,  une  phrase  sur 
les  mœurs  antiques,  les  coutumes  funèbres,  rindustrie  ro- 
maine ou  barbare;  c'est  la  vérité  que  je  veux  surprendre 
dans  le  lit  où  elle  a  été  ensevelie  par  des  témoins  qui  ont 
à  présent  douze,  quinze  ou  dix-huit  cents  ans.  Je  donnerais 
volontiers  tous  les  objets  possibles  pour  une  révélation  de 
ce  genre  :  les  vases,  les  médailles ,  les  bijoux  n'ont  de  prix 
et  de  valeur  qu'autant  qu'ils  révèlent  eux-mêmes  le  nom  et 
le  talent  d'un  artiste,  le  caractère  et  le  génie  d'un  peuple, 
en  un  mot  la  page  perdue  d'une  civilisation.  Voilà  ce  que 
je  poursuis  au  sein  de  la  terre  (i).  » 

Des  fouilles  dirigées  dans  cet  esprit  sont  dans  l'ordre 
moral  ce  qu'est,  dans  l'ordre  matériel,  la  dissection  anato- 
mique  qui  met  à  nu  les  viscères  du  corps  humain,  pour 
en  arracher  le  secret  de  sa  constitution  interne.  Si  le  culte 
de  la  mort  doit  l'emporter  sur  les  hautes  nécessités  de  la 
science,  flétrissez  donc  la  mémoire  de  Vésale  au  lieu  de 
lui  élever  des  statues! 

Ce  qui,  dans  l'intérêt  général,  est  permis  sur  la  dépouille 


(i)  Un  de  nos  écrivains  a  exprimé ,  en  ces  termes ,  la  même  pensée  :  «  Oui , 
ce  sont  des  trésors  que  l'on  va  chercher  au  sein  de  la  terre.  Car  ces  exca- 
vations   fécondes  valent   mieux  que  des    mines  d'oi'    :  elles  renferment  les 

titres  qui  manquaient  à  l'humanité  pour  établir  sa  généalogie L'homme 

de  science  travaille  pour  la  vérité  qu'il  adore,  et  dont  la  lumière  est  le  flambeau 
du  genre  humain.  >.  (H.-G.  Moke,  Revue  frimeslrielle,  XXXVHI.  avril  1865, 
p.  18.) 


—  102  — 

mortelle  de  riiomme  avant  son  inhumation,  sur  ce  cadavre 
que  le  scalpel  fouille  et  déchiqueté;  —  ce  qui  n'est  pas 
considéré  comme  une  profanation,  tandis  que  les  parents, 
que  les  amis  du  défunt  lui  survivent  ;  —  pourquoi  cela 
serait-il  défendu  après  des  siècles,  lorsqu'on  ne  s'alta- 
((ue  pas  directement  à  une  poussière  qu'aucun  de  nos 
contemporains  ne  pourrait  Soutenir  être  celle  de  l'un 
des  siens ,  et  qu'on  se  borne  à  rechercher  des  secrets 
utiles  à  l'archéologie  et  à  l'histoire,  en  respectant  la  mort 
elle-même? 

Il  y  a  lieu  cependant  de  faire  une  concession  importante 
à  l'opinion  respectable  des  personnes  qui  mettent  au-dessus 
de  tout  le  culte  de  la  tombe  :  pourquoi  ne  pas  replacer  soi- 
gneusement les  dépouilles  mortelles  à  l'endroit  même  où  la 
piété  des  contemporains  les  déposa?  Pourquoi  les  étaler 
aux  regards  indifférents  de  la  foule  sur  les  tablettes  d'un 
Musée  public  ou  particulier  (i)?  Que  la  sépulture  ne  cesse 
pas  d'être  une  sépulture.  Que  le  peuple  le  sache  bien,  après 
l'opération  des  fouilles  comme  avant,  ces  tombes  remuées 
doivent  être  pour  lui  un  lieu  sacré  :  elles  commandent  le 
respect  et  méritent  la  vénération  au  même  titre  que  les  fosses 
modernes  de  nos  cimetières.  S'il  en  arrivait  jamais  à  mépri- 
ser les  unes,  c'en  serait  bientôt  fait  aussi  de  son  respect 
pour  les  autres. 


(i)  Parfois,  à  cet  égard,  le  cœur  de  l'antiquaire  se  bronze  trop  facilement  : 
«  J'ai,  disait  sans  grande  émotion  M.  Schayes,  j'ai  fait  transporter  au  Musée 
quelques  têtes,  tibias  et  fémurs  des  squelettes  les  mieux  conservés.  »  {Bulletin 
de  l'Académie  royale  de  Belgique,  X\l ,  1",  M9).  Mieux  avisé,  le  conservateur 
actuel  du  Musée  de  la  porte  de  Hal,  M.  Juste,  a  fait  déposer  ces  ossements 
dans  un  endroit  plus  convenable. 


—   105  — 

Une  autre  concession  non  moins  importante  consisterait 
à  attribuer  exclusivement  à  l'autorité  supérieure  la  surveil- 
lance et  le  contrôle  des  fouilles  à  opérer  clans  les  anciennes 
sépultures.  Jamais  le  Gouvernement  ne  devrait  octroyer  la 
permission  de  procéder  à  des  fouilles,  sans  avoir  vérifié, 
au  préalable,  le  but  qu'on  se  propose  et  les  moyens  qu'on 
a  d'y  atteindre  ;  en  un  mot  le  pouvoir  exceptionnel ,  déléga- 
tion delà  puissance  publique,  de  procéder  à  une  exliumation, 
ne  devrait  être  accordé  que  dans  le  seul  cas  où  la  science 
y  serait  intéressée,  et  exclusivement  en  faveur  de  ceux  qui 
offriraient  les  garanties  morales  nécessaires.  Encore  cette 
autorisation  devrait  elle  être  toujours  subordonnée  à  l'obli- 
gation de  restituer  à  la  terre  les  cendres  qui  auraient  été 
momentanément  déplacées. 

Les  explorateurs  des  tumulus  de  Fresin  ont  été  animés 
de  cet  esprit  :  munis  de  l'autorisation  du  Gouvernement, 
ils  ont  procédé  aux  fouilles  avec  la  ferme  intention  d'éloi- 
gner de  leurs  travaux,  légitimes  seulement  à  raison  de 
leur  utilité  scientifique  (i),  toute  idée  de  violation  de 
sépulture. 

Pénétrés  de  l'importance  de  leur  mission ,  ils  se  sont 
efforcés  de  justifier  la  confiance  placée  en  eux,  en  se  consa- 
crant à  leurs  travaux  avec  une  pleine  sollicitude.  Ils  se  sont 
dit  :  si ,  en  fait  d'archéologie,  et  surtout  d'archéologie  des 
sépultures  (2),  d'après  l'expression  de  l'abbé  Cochet,  nous 


(i)  «  Le  souvenir  de  la  loi  Salique,  si  sage,  qui  protège  la  tombe,  nous  est 
revenu  plus  d'une  fois,  lorsque,  d'une  main  avide,  nous  déplacions  les  ossements 
pour  découvrir  quelques  objets  précieux  ;  mais  l'amour  de  la  science,  le  désir 
de  la  doter  d'une  découverte  nouvelle  doivent  servir  d'excuse  à  l'archéologue.  » 
(M.  Hagemans,  Bulletin  de  l'Institut  archéologique  liégeoix.  H,  p   467.) 

(«)  Nunv.  sont.,  p.  188. 


—  104-  — 

en  sommes  encore  à  l'origine  des  choses,  c'est  peut-être 
parce  que  pendant  trop  longtemps  les  antiquités  ont  été 
le  domaine  exclusif  d'érudits  plutôt  que  de  véritables 
savants,  et  ont  été  fouillées  plutôt  avec  la  plume  qu'avec 
la  pioche  (i).  Aussi,  laissant  là  tout  système,  nous  som- 
mes-nous mis  résolument  à  l'œuvre,  ne  faisant  atten- 
tion qu'aux  faits  et  nous  gardant  surtout,  autant  que 
possible,  de  ne  pas  les  entrevoir  à  travers  le  faux  jour 
d'idées  préconçues;  ces  faits  (2),  l'auteur  les  a  consignés 

(1)  «  Sans  doute,  il  est  bon  de  citer  et  réciter  César,  Pline,  Ptolémée, 
Vopiscus,  AusoNE  et  Peutinger;  mais  il  est  bon  aussi  de  sortir  quelquefois  de 
ses  livres,  de  se  dérouiller  au  grand  air,  d'aller  interroger  en  personne  les  témoins 
vivants  de  l'antiquité  et  d'enregistrer  avec  soin  leurs  vivants  témoignages.  » 
(M.  le  président  Grandgagnage,  Bull.de  l'inst.  archéol.  Hég.,  I,  p.  163.) 

«  Jusqu'à  ce  jour  on  s'est  beaucoup  occupé  du  texte  et  des  rares  noms  de 
lieux  donnés  par  les  auteurs  ,  mais  pas  assez,  selon  nous,  des  nombreuses  traces 
laissées  dans  le  sol.  Les  auteurs  ont  trop  travaillé  dans  le  cabinet.  En  effet,  sans 
l'étude  du  sol,  tout  reste  vague  et  incertain.  «(M.  Hauzeur,  Annales  de  la  Société 
archéologique  de  Namur,  VII ,  p.  253.) 

(2)  «  Les  monuments  de  l'antiquité  les  plus  insignifiants  en  apparence,  les 
plus  informes  débris,  peuvent  acquérir  par  la  comparaison  avec  d'autres  monu- 
ments, ou  par  le  rapprochement  avec  d'autres  faits,  une  importance  inattendue; 
en  érudition,  il  ne  faut  rien  négliger  de  ce  qui  peut  sembler  d'abord  inutile 
ou  indifférent.  »  (M.  Raoul-Rochette,  cité  iMd.^  II,  p.  223.) 

«  L'archéologue,  au  sujet  du  placement  des  objets,  sait  tirer  parti  du  moindre 
renseignement  pour  déterminer  leur  emploi.  »  (M.  Piot,  Revue  d'histoire  et 
d'archéologie,  II,  p.  296.) 

«  Je  veux  lire  dans  la  terre  comme  dans  un  livre  :  aussi  j'interroge  le  moindre 
grain  de  sable,  la  plus  petite  pierre,  le  plus  chétif  débris;  je  leur  demande  le 
secret  des  âges  et  des  hommes,  la  vie  des  nations  et  les  mystères  de  la  religion 
des  peuples.  Le  sol  m'a  toujours  paru  le  plus  complet,  le  plus  vrai  des  livres, 
un  volume  de  six  mille  ans,  dont  chaque  siècle  écrit  une  page  avec  de  la  cendre 
et  de  la  poussière,  et  elle  se  ranime  au  contact  de  la  vie,  comme  les  morts  à  la 
voix  d'Elisée.  Sous  la  cendre  refroidie  des  années,  vous  verrez  se  lever  palpitante 
la  figure  du  passé,  avec  sa  couleur  véritable  et  son  inaltérable  physionomie,  car 
le  passé  est  caché  là  comme  un  de  ces  dieux  antiques  enfouis  par  les  barbares 
ou  par  la  main  de  leurs  adorateurs,  et  que  nous  lirons  aujourd'hui  de  leur  couche 
de  sable  pour  les  faire  trôner  dans  nos  Musées,  les  sanctuaires  des  arts.  Et  puis, 
quel  a  donc  été  le  rédacteur  de  ce  livre  antique  écrit  avec  des  ossements  et  des 


—   IOj  — 

minutieusement  en  les  rapprochant  d'autres  faits  récem- 
ment révélés  dans  les  localités  les  plus  voisines,  surtout 
dans  celles  de  notre  pays;  il  a  tâché,  comme  on  exprime 
jusqu'à  la  dernière  goutte  les  sucs  d'un  fruit,  de  tirer  de  ces 
faits  tout  ce  qu'il  était  permis  d'en  extraire,  en  essayant  d'ap- 
puyer, de  contrôler  ou  de  combattre  des  observations  anté- 
rieures (i);  en  recourant  même  parfois  à  l'hypothèse  et  à 
la  conjecture  (2) ,  quand  une  affirmation  positive  pouvait 


ruines?  L'écrivain,  c'est  la  mort  qui  ne  ment  jamais ,  et  qui,  de  sa  main  de  fer, 
a  dépouillé  impitoyablement  tout  ce  qu'il  y  avait  de  faux  chez  l'homme  pour  ne 
plus  laisser  subsister  que  le  vrai.  Marchez  donc  franchement  sur  les  pas  de  celte 
cruelle  ennemie  du  mensonge;  elle  a  déchiré  le  masque  dont  se  couvrait  l'huma- 
nité vivante,  et,  à  présent,  vous  ne  trouvez  plus  que  l'humanité  nue  avec  la 
poussière  de  son  voile.  Tous  les  siècles,  tous  les  peuples  sont  cachés  dans 
la  terre.  Le  Gaulois  y  est  couché  à  côté  du  Romain ,  et  le  Romain  y  dort  à  côté 
du  barbare.  Ces-  hommes,  il  ne  s'agit  plus  que  de  les  faire  parlei'  et  de  comprendre 
leur  réponse;  mais,  pour  cela,  il  ne  faut  pas  confondre  les  langues  :  il  faut  savoir 
discerner  les  tons,  les  nuances,  les  couleurs,  les  physionomies  de  chaque  peuple 
et  de  chaque  civilisation.  »  (Cochet,  fsorm.  sont.,  p.  3.) 

(i)  «  Il  est  assez  rare  qu'une  fouille  présente  des  objets  inconnus;  mais  ce 
qui  caractérise  une  fouille  bien  dirigée,  c'est  de  révéler  un  détail  qui  n'existait 
pas  ailleurs,  un  caractère  que  le  temps  avait  oblitéré,  ou  une  observation  qui 
avait  échappé  à  de  précédentes  explorations.  »  (Cochet,  ibid.,  p.  A.) 

(2)  «  Plus  d'un  esprit  réfléchi  pourra  me  reprocher  d'avoir  fait  un  usage  trop 
fréquent  de  la  probabilité  et  de  l'analogie,  et  d'avoir  souvent  émis  de  simples 
opinions  où  il  aurait  fallu  apporter  des  preuves.  Mais  mon  objet  n'a  pas  été 
de  convaincre  les  opposants  ou  de  réfuter  les  objections.  J'ai  cherché  à  exposer 
aussi  simplement  que  possible  ce  que  la  nature  de  mon  intelligence  me  dispose 
a  accepter  comme  vrai.  D'autres  intelligences  sont  peut-être  organisées  de  ma- 
nière il  voir  les  choses  à  un  point  de  vue  tout  différent.  Mes  paroles  n'ont  point 
la  prétention  de  leur  imposer  ma  manière  de  voir.  Dans  un  sujet  si  vaste,  si  loin- 
tain, la  tolérance  scientifique  doit  largement  s'exercer.  »  Ces  paroles  de  M.  le 
major  Liagre  {Bull,  de  l'Acad.  roy.  de  Belg.,  2«  série,  t.  xii),  on  peut  sans 
contredit  les  appliquer  à  l'archéologie  et  aux  études  spéculatives  auxquelles  elle 
donne  lieu  parfois. 

«  On  objectera,  disent  de  leur  côté  MM.  Gérard  et  Warnkoenig,  dans  leur 
Histoire  des  Carolingiens ,  que  telle  explication  n'est  fondée  que  sur  des  conjec- 
tures; mais  s'il  fallait  exclure  de  l'histoire  tout  ce  qui  est  conjectural,  on  la 
réduirait  à  de  bien  minces  proportions.  » 


—  106  — 

parailre  téméraire;  enfin  parfois  aussi,  en  posant  seulement 
la  question,  quand  la  solution  semblait  par  trop  para- 
doxale. Malgré  le  développement  donné  à  ces  observations, 
l'auteur  ne  cherche  pas  à  le  dissimuler,  le  sujet  n'a  i)as 
été  étudié  d'une  manière  comjilète;  plus  d'une  science 
étrangère  à  l'archéologie,  l'archéologie  elle-même,  auraient 
encore  bien  de  renseignements  complémentaires  à  four- 
nir :  chaque  jour  d'étude  permet  d'ajouter  une  remar- 
([uo  nouvelle,  d'affirmer  un  point  jusqu'alors  douteux  ou 
de  modifier  une  assertion  trop  absolue;  mais  il  faut  s'arrêter 
à  un  moment  quelconque  ,  quitte  à  confesser  franche- 
ment l'imperfection  de  l'œuvre  (i),  et  sauf  h  se  promettre, 
à  part  soi,  de  la  compléter  un  jour.  D'ailleurs,  telle 
quelle,  cette  œuvre,  contint-elle  peu  d'observations  nou- 
velles, n'en  présente  pas  moins  une  utilité  relative,  à  raison 
des  faits  qu'elle  constatées);  cnlin  le  Gouvernement,  à  la 


(i)  «  Je  n'ai  pas  la  prétention  d'avoir  épuisé  mon  sujet.  Plusieurs  questions 
ne  recevront  leur  solution  qu'à  la  suite  de  travaux  spéciaux.  L'ethnologie,  la 
zoologie,  la  géologie,  la  minéralogie,  la  botaniciiie,  la  chimie  et  d'autres  sciences 
ont  encore  de  précieux  renseignements  a  fournir.  ><  (Fr.  Tuoyon,  Habitations 
lacustres  des  temps  anciens  et  modernes,  p.  ix.) 

(2)  «  Nous  ne  consignons  les  faits  et  les  suppositions  que  comme  des  rensei- 
gnements destinés  ii  appeler  l'attention  sur  les  tuniulus  de  notre  pays,  encore 
si  imparfaitement  étudiés  jusqu'ici.  De  nouvelles  observations  venant  se  joindre 
dans  l'avenir  k  celles  qui  ont  été  déjà  recueillies,  Uniront  sans  doute  par  faire 
mieux  coimaitre  et  respecter  ces  antiques  monuments,  jadis  si  nombreux  dans 
nos  contrées,  mais  qu'aujourd'hui  la  main  des  hommes  semble  se  complaire 
à  détruire  impitoyablement.  »  (M.  del  Marmol,  Ann.  de  la  Soc.  archéol. 
de  Aamiir,  IV,  p.  26.) 

«  Vouloir  reconnaître  exclusivement  l'état  du  pays  avant  et  pendant  la  domina- 
tion des  Romains ,  au  moyen  des  monuments  éci'its,  c'est  nier  leur  insullisiince  : 
La  carte  de  Peutincer  et  l'itinéraire  d'ANTONiN  ont-ils  dit  le  dernier  mot 
sur  les  routes  dont  les  Homains  dotèrent  le  pays  depuis  leur  invasion  jusqu'à 
leur  retraite,  les  forteresses  qu'ils  élevèrent  et  les  camps  qu'ils  y  construi- 
sirent?. . . .  Ces  questions,  qui  sont  pour  nous  de  la  plus  grande  importance,  ne 


—   107  — 

générosité  éclairée  duquel  est  due  la  subvention  accordée 
pour  les  fouilles,  a  droit  à  un  compte  rendu,  non  pas  uni- 
quement de  l'emploi  des  fonds ,  mais  surtout  de  la  valeur 
scientifique  des  résultats  obtenus. 

L'auteur  doit  un  témoignage  tout  particulier  de  recon- 
naissance aux  personnes  qui  l'ont  aidé  :  —  M.  Gérard, 
architecte,  son  collègue  comme  membre  correspondant  delà 
Commission  des  monuments ,  qui  a  bien  voulu  se  charger 
de  la  partie  technique  et  des  dessins;  —  M.  l'abbé  Kempe- 
neers,  de  Montenaken,  docteur  en  droit  canon,  ancien 
professeur  au  grand  séminaire  de  Liège,  auteur  d'ouvrages 
importants  sur  l'histoire  de  sa  commune  et  des  localités 
environnantes,  homme  aussi  modeste  qu'éclairé,  et  d'autant 
mieux  disposé  à  nous  prêter  sa  collaboration  précieuse  de 
tous  les  instants,  que  nos  fouilles  réalisaient  un  désir  conçu 
et  exprimé  par  lui  depuis  longtemps  (i);  —  enfin,  le  digne 
et  respectable  M.  Van  Hamont,  bourgmestre  de  Fresin 
depuis  trente-huit  ans,  homme  à  l'éducation  distinguée  et 


sauraient  être  résolues  si  ce  n'est  au  moyen  des  études  arctiéologiques.  C'est 
en  recherchant  les  débris  d'antiquités  dispersés  sur  le  sol,  c'est  en  les  étudiant 
et  en  les  interrogeant,  que  nous  pourrons  un  jour  en  apprendre  quelque  chose. 
Sans  les  restes  d'antiquités  trouvés  aux  environs  des  voies  romaines,  il  eût 
été  impossible  de  déterminer  la  position  précise  de  plusieurs  localités  indiquées 
sur  la  carte  de  Peutinger.  C'est  donc  aux  études  archéologiques  à  suppléer 
aux  lacunes  de  l'histoire  écrite;  c'est  aux  recherches  des  archéologues  qu'est 
réservée  la  solution  d'une  foule  de  questions.  Ces  recherches,  commencées  à 
peine  il  y  a  soixante  ans,  sont  poussées  seulement  de  nos  jours  avec  activité, 
grâce  à  la  sollicitude  des  diverses  sociétés  scientifiques  créées  dans  tous  les 
centres  tant  soit  peu  importants.  Les  résultats  déjà  obtenus  sont  immenses  et 
nous  permettent  de  juger  combien  de  richesses  archéologiques  les  travaux 
de  l'agriculturp  ont  fait  disparaître.  »  (  M.  Piot,  S*'  édit.  de  Schayes,  la  Belgique 
avant  et  pendant  la  domination  romaine,  III,  p.  397.) 

(i)  De  oude  Vnjheid  Montenaken ,  of  historisch  en  nerkeiyk  afbeelsel  eener 
vrye  gemeente  in  HaspenQouw  (Louvain,  Fonleyn,  1861),  t.  i,  p.  20,  note  1. 


—  108  — 

à  l'esprit  élevé,  dont  la  sympathie  bienveillante  pour  nos 
efforts  a  été  récompensée  par  le  résultat  inespéré  obtenu 
dans  ces  antiques  tumulus,  gloire  de  sa  commune.  — 
Et  puis,  à  côté  du  père,  pouvons-nous  oublier  le  lils, 
M.  Alpli.  Van  Hamont,  qui,  par  un  travail  patient  et  délicat, 
est  parvenu  à  restituer  bien  des  débris  dans  leur  forme 
primitive  et  même  à  retrouver  plusieurs  vases  de  l'existence 
desquels  nous  ne  nous  doutions  pas ,  véritables  phénix  que 
les  mains  habiles  de  notre  restaurateur  ont  fait  renaître 
de  leurs  cendres, 

FOUILLES   DANS  LES   DRY  TOMMEN   A  FRESIN. 

S  I". 

Placé  sur  un  point  élevé  de  l'une  des  vastes  plaines 
de  la  Hesbaye ,  le  groupe  des  dry  tommen  (i) ,  sans  être 
précisément  remarquable  par  les  dimensions  aujourd'hui 
bien  réduites  des  tumulus  dont  il  se  compose  (v.  pi.  i 
en  regard; ,  se  découvre  de  loin  et  se  découpe  nettement 
à  l'horizon  dans  notre  ciel  gris  auquel  ce  genre  de  monu- 
ments éloquents  par  leur  masse  convient  parfaitement  (2). 


(t)  Bulletin  des  Commissions  royales  d'Art  et  d'ArcIn'ologie,  I,  p.  1 16.  (Notice 
sur  les  monuments  du  lAmbourg  antérieurs  au  moyen  âge);  une  erreur  s'est 
glissée  dans  la  carte  jointe  a  cette  notice  où  les  trois  tombes  ont  été  placées 
sur  le  territoii'e  de  Corthys  :  les  içroupes  des  dry  tommen  et  des  twee  tommen 
doivent  être  un  peu  reculés  vers  la  droite,  de  façon  ii  ce  que  la  ligne  séparative 
de  Cortliys  et  de  Fresin  ne  laisse  qu'une  des  trois  tombes  à  la  première  de  ces 
lomniuncs. 

(2)  Galesloot,  Bull,  de  l'Acad.  roy.  de  BeUj. ,  XIV,  1",  p.  490. 


J.  Gérard   del 


BULLETIN  DES   COMM^  ROYALES  D'ART    ET   D'ARCHEOLOGIE 


—  109  — 

Le  groupe  des  dry  tommcn ,  situé  sur  la  limite  des 
communes  de  Fresin  et  de  Corthys  (i) ,  est  fort  rapproché 
de  la  chaussée  de  Nivelles,  voie  secondaire  {diverticulum , 
divortium  )  qui ,  sortant ,  près  d'Oreye ,  de  la  grande 
chaussée  de  Tongres  sur  Bavay,  se  dirige  vers  Nivelles 
et  qui,  dans  tous  les  anciens  documents  compulsés  par 
M.  l'abbé  Kempeneers  (2),  porte  toujours  le  nom  de 
Katsei,  chaussée  ,  via  calciata  ou  de  heerbaen  (via  mili- 
tons) (3),  indiquant  très -vraisemblablement  une  origine 
romaine.  D'après  M.  Vander  Rit  (4),  le  chemin  de  Saint- 
Trond  par  Niel  qui  passe  à  travers  le  groupe,  en  sépa- 
rant les  deux  tombes  de  Fresin  de  la  tombe  de  Corthys  en 
même  temps  que  le  territoire  des  deux  communes  (5),  pour 
continuer  sur  Hollogne,  Omal,  vcrsVinalmontetHuy,  serait 


{i)  Province  de  Limbourg  et  non  de  Liège,  conirae  le  porte  par  erreur  le 
3e  vol.,  p.  460,  Ae  la  Belgique,  etc.,  par  Schayes.  Une  autre  erreur  de  cet 
ouvrage  provenant  d'énonciations  extraites  du  mémoire  de  M.  Vander  Hit,  cité 
ci-après,  consiste  à  attribuer  les  trois  tumulus  k  la  seule  commune  de  Fresin. 

(2)  De  oude  vryheid  Montenaken,  1,  p.  228  et  590,  et  II,  p.  47. 

(3)  Dig.,  XLIII,  titre  vu;  IsiD.  de  Séville,  Orig.,W,  i6;  voir  aussi 
Adr.  Heylen,  Historische  Verhandelingen  over  de  Kempen,  ch.  x,  2«  édit.  p.  225; 
Schayes,  la  Belgique,  etc.,  II,  p.  462. 

(4)  Étude  théorique  et  pratique  sur  les  anciennes  chaussées  romaines  traver- 
sant le  royaume  de  Belgique  (Journal  de  l'Architecture  de  Marchand  et  autres), 
1851,  p.  95etsii^'. 

(o)  Circonstance  qui  ,  si  Corthys  n'était  point  une  dèlibation  de  la  com- 
mune de  Montenaken  dont  les  limites  en  cet  endroit  ont  été  litigieuses,  pourrait 
d"èmontrer  au  moins  la  très -grande  ancienneté  du  chemin,  comme  le  fait 
observer  M.  Galesloot  (Revue  dliist.  et  d'urchéoL,  I,  p.  359)  :  en  effet,  les 
communes ,  en  s'établissant,  ont  dû  accepter  pour  limites  les  chemins  précé- 
dents, démarcations  toutes  naturelles;  tandis  que  les  chemins  secondaires 
nouveaux  {vicinaux,  c'est-ii-dire  de  voisinage,  a.  moins  qu'on  ne  préfère 
l'étymologie  a  vico  ad  vicum),  affectent  la  direction  plutôt  du  rayon  que  de  la 
tangente,  puisqu'ils  ont  pour  but  de  réunir  les  communes  par  leurs  centres. 


—   110  — 

Ini-niùine  un  divertirulum  romain  (i);  mais  MM.  Roulez  (2) 
ot  Sc'hayes  (r>)oiil.vivcmontcomI)altu  plusi(nirs  des  assertions 
(le  M.  Vander  Rit,  auquel  ils  reprochent  d'attribuer  indis- 
tinctement aux  Romains  tous  chemins  ])lus  ou  moins  anciens  ; 
d'ailleurs,  les  vieux  documents  et  registres,  si  expressifs 
poui'la  chaussée  de  Nivelles,  ne  mentionnent  jamais  le  che- 
min d'entre  les  tombes ,  sinon  comme  une  voie  ordinaire. 

Quelques  sondages  opérés  à  l'aide  d'une  tarière  de  deux 
mètres  de  longueur,  en  certains  endroits  de  l'un  et  de 
l'auli'c  de  ces  chemins,  à  l'effet  d'y  découvrir  les  couches 
de  pierres  ou  de  gravier  des  Romains,  n'ont  abouti  à  aucun 
résultat;  il  est  vrai  que  ce  peuple,  semble-t-il ,  empierrait 
les  chemins  secondaires  à  l'aide  d'une  simple  couche  de 
cailloux  (4),  laquelle  a  pu  disparaître  en  beaucoup  d'endroits 
par  défaut  d'entretien  (.^;). 

Nous  nous  mîmes  à  l'œuvre  au  commencement  de  septem- 
bre 18r)2,  en  prenant  à  tâche  de  ne  pas  perdre  un  seul 
instant  les  ouvriers  de  vue ,  pour  éviter ,  surtout  dans  le 
principe,  qu'ils  ne  détruisissent  ou  ne  dispersassent  des 
objets  insignifiants  pour  eux,  et  qui  ])ouvaient  être  pré- 
cieux pour  nous.  Il  était  à  craindre  aussi  que,   intrigués 


(1)  Voir,  sur  les  voies  roniaines,  quelques  observations  de  M.  Mauzf.ur,  Ann.  de 
la  Soc.  archéol.  de  Namiir,  V.  p.  '22.  »> 

(2)  Bull,  de  VAcad.  roy.  de  Belg.,  XVI,  2",  p.  io3,  et  XXI,  l«,  p.  122. 

(3)  La  Be.lqique,  etc.,  II,  p.  162,  note  I,  et  Bull,  de  VAcad.  roi/,  de  Bclg., 
XVI,  2",  p.  -ioT. 

(i)  Vander  Rit,  niéin.  eité,  et  Bull,  de  VAcad.  roy.  de  Behj.,  XVI,  2**, 
p.  435  et  suiv. 

f.-i)  Polyplifjue  de  Vabbé  Irminon,  ou  dénombrement  des  mansen,  etc.,  de 
Vabbayc  de  .^ainl-Gcrmaiu-des-I'rés  soiix  Charlcmagnc ,  avec  des  pi'ok^iromèiies 
par  H.  GuKRAHi),  tome  II,  i^  i2'f,  où  il  es!  parlé  du  mauvais  état  des  routes  dès 
le  XII"  siècle. 


—  m  — 

de  nos  recherches,  ils  ne  fussent  tentés  de  s'approin-iiM-  Tuik^ 
ou  l'autre  chose  leur  paraissant  avoir  quoique  valeur  (i). 

Il  avait  d'abord  paru  préférable  d'entamer  les  tombes 
par  des  tranchées  à  ciel  ouvert;  mais  bientôt  l'on  a  pu 
se  convaincre  de  rexcelloncc  et  de  la  simplicité  du  travail 
par  galeries  horizontales  ou  légèrement  inclinées  depuis 
la  base  du  tumulus  jusqu'à  un  plan  un  peu  au-dessous 
du  niveau  (2)  ;  il  y  eut  à  peine  lieu  d  etrésillonner  les 
voûtes  en  quelques  endroits  où  se  faisaient  remarquer  des 
excavations  dues  soit  à  des  terriers  de  renards,  soit  au 
travail  de  l'homme. 

La  première  tombe,  celle  qui  est  du  côté  de  Borloo  (  au 
N.-E.  par  rapport  aux  deux  autres  ),  fut  fouillée  dans  tous 
les  sens,  par  une  galerie  qui  la  traversa  d'outre  en  outre, 
et  par  des  entrées  de  galerie  latérales,  creusées  pour  donner 
plus  de  latitude  aux  explorations  faites  à  l'aide  de  la  tarière. 
Aucun  objet,  sinon  des  fragments  peu  intéressants,  n'y  fut 
découvert.  Mais  l'on  ne  tarda  pas  à  suivre ,  par  tout  le 
tumulus,  une  trace  noire  de  combustion,  au-dessus  d'une 
mince  couche  de  terre  blanchâtre  sans  doute  étalée  à  des- 
sein; on  y  trouva  des  fragments  de  terre  cuite,  noircie 
par  en  haut,  rougie  par-dessous,  et  une  grande  quantité  de 


(1)  Aujoiirtriuii,  notre  personnel,  épuré  et  initié  au  but  purement  scientifique  de 
iKis  rodierclies,  est  bien  persuadé  que  nous  ne  chercbons  pas  des  trésors,  mais 
des  objets  ayant  une  valeur  intrinsèque  minime,  et  nous  pouvons  nous  reposer 
plus  librement  sur  nos  ouvriers. 

(2)  M.  ScHAYEs  avait  imaginé  un  système  de  galeries  en  diagonale  qui  devait, 
d'après  lui,  offrir  plus  de  résistance  [Bull,  de  VAcad.  roy.  de  Helg.,  XVtl,  1", 
p  541);  mais  il  ne  paraît  pas  s'en  être  trop  bien  trouvé,  h  en  croire  M.  d'OîHEPPE 
deBouvette;  car  ce  dernier  rapporte  que  les  fouilles  d'Omal  furent  interrom- 
pues par  un  éboulenient.  {Essai  de  tablettes  liégeoises,  TtQ"  livr  ,  la  Hesbaye, 
p.  46).  Au  surplus,  le  sol  est  fort  sablonneux  à  Ornai. 


—  112  — 

charbons  de  bois  provenant  d'un  foyer  très -étendu;  ce 
foyer  avait  été  alimenté  à  l'aide  d'un  courant  d'air  vers  le 
milieu  de  la  tombe,  où  l'on  découvrit  une  cavité  dont  le 
fond  était  également  calciné  (i).  La  chaleur  de  ce  foyer 
devait  avoir  été  fort  intense  et  entretenue  sans  doute  pen- 
dant plusieurs  jours,  à  en  juger  par  une  ligne  bleuâtre 
semblant  indiquer  une  couche  de  fer  fondu  (-2) ,  et  dont  cer- 
taines parties,  soumises  à  l'action  d'un  instrument  en  acier, 
offraient  une  résistance  toute  métallique. 

A  n'en  pas  douter ,  la  première  tombe  occupait  l'empla- 
cement (lu  hustum  ou  ustrinum ,  où  le  bûcher  (rogus) 
avait  été  élevé  (5).  Si  les  autres  tombes  contenaient  des 
sépultures,  nous  avions  la  confirmation  d'une  remarque 
faite  avant  nous  :  à  proximité  d'une  réunion  de  tumulus 
funéraires,  dit  M.  Toilliez  (4),  il  y  en  a  toujours  un  qui 
semble  indiquer,  par  l'existence  d'une  masse  extraordinaire 
de  charbon  de  bois,  qu'il  a  anciennement  servi  de  bûcher. 


(i)  Circonstance  semblable  a  été  rcniarquée  par  M.  Hauzeur,  Ann.  de  la 
Soc.  Archéol.  de  Namur,  V,  p.  187. 

(2)  Circonstance  très-possible,  car  l'on  sait  que  les  fourneaux  primitifs,  d'où 
proviennent  ce  qu'on  nomme  crahiats  de  Sarrazins,  fonctionnaient  en  plein  aii- 
{Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur, \ll,  274).  Laconviction  unanime  des  explorateurs  et 
des  ouvriers,  au  sujet  de  la  nature  ferrugineuse  de  la  lignebleuàtre,  aété  quelque 
peu  ébranlée  par  rallirmalion  contraire  de  M.  Kupflerschlaeger,  professeur  à  Liège, 
qui  y  a  trouvé  des  traces  non  de  fer  (sinon  de  l'dxyde  auquel  la  terre  doit  sa  colo- 
ration) ,  mais  de  tourbe  ou  de  lignite.  N'est-il  pas  possible  cependant  que  la 
matière  même  ait  disparu  par  l'oxydation,  et  qu'il  n'en  soit  plus  resté  qucles 
apparences;  ou  bien  les  échantillons,  envoyés  à  Liège,  ont-ils  été  soit  mal  choisis, 
soit  en  quantité  insuffisante?  L'expérience  sera  répétée,  et  il  y  aura  lieu  d'exa- 
miner si  l'apparence  de  tourbe  ou  de  lignite  n'est  pas  due  à  la  carbonisation  de  la 
terre  blanchâtre. 

(3)  Anthony  RiCH,  Dictionnaire  des  Antiquiti's  romaines  cf  grecques,  traû.  par 
Chékl'El,V'*  liustum  et  Ustrinum;  dom  Bkrn.  uk  Montfaucon,  r.inliquité  expli- 
quée, V.  p.  29;  loi  des  XII  Tables ,  de  jure  sacrorum,  p.  10. 

(i)  .Mess,  desscienc.  hist.,  1851,  p.  85. 


—  113  — 

Une  autre  observation  se  trouvait  aussi  confirmée  :  comme 
dans  le  tumulus  de  Ilanret  (Namur),  Vustrinuiii  était  ])lacé 
du  côté  de  l'Est  relativement  au  caveau  sépulcral  (i). 

Si,  comme  on  peut  être  porté  à  le  supposer,  l'endroit 
où  les  restes  mortels  devaient  être  inhumés  était  préparé 
à  l'avance  ,  de  manière  à  les  recevoir  immédiatement 
après  la  combustion  (2),  il  n'y  avait  pas  lieu  d'espérer  de 
trouvailles  dans  le  premier  tumulus  dont  l'emplacement 
tout  entier  avait  servi  (Wistrinum  :  du  reste,  l'on  vérifia 
aisément  que  ce  tumulus  avait  été  formé  d'une  couche  du  sol 
différant  de  la  terre  rapportée  sur  les  deux  autres;  celle-ci 
était  une  argile  d'une  couleur  uniforme,  celle-là,  prove- 
nant des  couches  inférieures  du  sol  adjacent,  à  trois  mètres 
de  profondeur  et  davantage,  était  striée  de  veines  blanchâ- 
tres; d'où  la  conclusion  que  le  travail  de  remblai  n'avait  pas 
été  simultané,  et  aussi  que  si  les  deux  autres  tombes,  con- 
tenant par  hypothèse  des  fosses  sépulcrales,  avaient  été 
élevées  les  premières  ,  on  ne  trouverait  rien  dans  la 
troisième  tombe. 

Le  tumulus,  élevé  sur  le  bûcher,  indépendamment  de 
toute  destination  purement  honorifique,  avait  une  raison 
d'être,  apparemment  le  respect  des  parcelles  de  cendres 
humaines  restées  dans  le  foyer  éteint;  seulement,  au  lieu 
de  comprendre  dans  le  même  tertre,  comme  ailleurs  (3), 
et  la  sépulture  et  le  bûcher,  les  travaux  de  terrassement 
avaient  été  divisés. 

La  question,  au  moins  pour  le  tumulus  du  milieu,  ne 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  III,  p.  593. 

(j)  Ibid. 

(s)  Ibid. ,  III,  p.  ÔOri,  et  IV,  p.  15. 


—  1U  — 

pouvait  donc  être  douteuse  :  là  était  la  sépulture  ou  l'une 
des  sépultures. 

Mais  à  quel  usage  était  réservé  le  troisième  tumulus?  Ici, 
absolument  aucune  trace  de  bûcher  ni  de  fosse  sépulcrale; 
toujours  une  terre  uniformément  compacte;  pas  de  sol  meu- 
ble ,  malgré  les  recherches  les  plus  minutieuses ,  malgré  des 
sondages  dans  toutes  les  directions,  rien  qu'un  puits  en  en- 
tonnoir venant  d'en  haut,  plein,  à  la  vérité,  d'une  terre  très- 
meuble  mais  sans  mélange  de  débris  quelconques,  et  ne 
pénétrant  pas,  du  reste,  assez  bas  i)our  avoir  pu  amener  des 
découvertes  (i).  L'hypothèse  que,  si  la  tombe  du  centre 
contenait  vraisemblablement  les  restes  d'un  chef  tué  dans 
un  combat ,  la  tombe  de  Corlhys  recèlerait  peut-être  ceux  de 
ses  compagnons  d'armes  morts  avec  lui ,  cette  hypothèse 
ne  s'est  pas  réalisée.  Il  ne  reste  donc  à  considérer  la  troi- 
sième tombe  que  comme  purement  honorifique  (2),  comme 
formant  le  pendant  du  tumulus-bùcher,  et  comme  destinée, 
ainsi  que  celui-ci,  à  remplir  quasi  l'office  de  sentinelles  au- 
près de  la  tombe  médiate.  Ce  n'est  pas,  du  reste,  la  première 
fois  (3)  que  dans  le  voisinage  d'un  tumulus  ayant  servi  de 
sépulture,  l'on  constate  la  présence  de  tertres  complètement 
vides;  peut-être  les  anciens,  lorsque  le  temps  et  les  moyens 
leur  manquaient  d'élever  des  remblais  considérables  comme 

(i)  Quant  au  caveau  dessiné  dans  le  troisiènie  tumulus,  (pi.  i,  coupe  horizon- 
talc),  il  a  été  creusé,  par  nos  ouvriers,  dans  le  sol  primitif,  pour  permettre 
à  la  tarière  de  sonder  dans  le  tréfonds. 

(2)  GuTiiEnius,  De  jure  manium,  chap.  spécial  de  imaymaria  sepuHura , 
inani  et  honorario  tumulo,  «p.  Gr.cv.  ,  T/tesaur.  autiq.  roman.,  XII,  I^Ori; 
l'on  y  cite  entre  autres  ces  vei's  de  l'Enéide  oii  iiigem  agfjerilur  tumulo  tellus  en 
l'honneur  des  niànes  de  Polydorc,  et  le  passage  de  Suet.  in  Claud.,  cap.  I,  k 
propos  du  tumulus  honorilique  élevé  à  Drusus. 

(s}  Auu.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  p.  75,  et  iV,  p.  ■15  et  suiv. 


—  Ha- 
lls le  laisaienl  parfois,  se  bornaient-ils  d'autres  fois  (i),  à  en 
donner  la  menue  monnaie;  peut-être  aussi,  dans  l'impossi- 
bilité de  retrouver  les  corps  des  combattants  ayant  péri 
dans  une  même  circonstance,  voulaient-ils  élever  au  moins 
un  tertre  à  la  mémoire  des  ])lus  notables  d'entre  eux. 

Ces  désenchantements  qui,  sans  nous  décourager,  nous 
tenaient  en  baleine,  furent  amplement  compensés  p;u-  un 
résultat  presque  immédiat  obtenu  au  lumulus  du  centre, 
celui  sur  lequel  les  échevins  de  Montenaken  étaient  venus 
plus  d'une  fois  prononcer  des  jugements,  et  où  la  commune 
de  Fresin  avait  fait  exécuter  en  1765  une  condamnation  capi- 
tale (2)  dont  le  souvenir  vit  encore  dans  les  traditions  du 
pays.  Une  fosse  se  signala  d'emblée  aux  travailleurs  qui,  en 
creusant  la  galerie,  remarquèrent  que,  du  côté  gauche,  un 
peu  avant  le  centre  actuel  (5)  du  tunuilus,  le  sol  était  plus 
meuble  sous  leurs  bêches.  La  galerie  fut  coupée  par  une  voûte 
ouverte  au-dessus  de  la  sépulture  présumée  ;  la  tarière 
essayée  avec  précaution  ramenait  toujours  du  tréfonds 
un  sol  friable  bien  distinct  du  résultat  des  sondages  opérés 
soit  dans  le  sol  vierge,  soit  dans  les  parois  des  galeries,  où, 
toute  légère  que  la  terre  extraite  fût  rendue  par  le  travail 


(i)  y.  Bull,  des  Comm.  roy.  d'Art  et  d'ArchéoL,  I,  p.  -100  et  siiiv. 

(2)  Ilnd.,  p.  M".  Lestumulus,  outre  les  feux  du  carnaval,  de  la  Saint-Jean,  etc., 
qu'on  y  allume,  ont  souvent  été  choisis  pour  lieux  de  supplices,  témoin  les 
tumulus  de  Seron ,  Arm.  Soc.  archéol.  de  Namur,  IV,  p.  20. 

(5)  Actuel,  dit-on  ici,  parce  que,  à  raison  soit  des  empiétements  des  rive- 
rains, soit  des  larges  marches  pratiquées  en  1763,  soit  de  l'établissement  du 
chemin  qui  longe  ce  tumulus  du  côté  de  Corthys,  le  centre  primitif  peut  ne  plus 
être  le  milieu  du  monument  tel  qu'il  est  arrivé  jusqu'à  nous;  et  sauf  aux 
tumulus  qui,  comme  à  Frizet  et  Seron  {Ami.  Soc.  archéol.  de  Nawiir,  III,  p.  595, 
et  IV,  p.  21),  ont  conservé  des  restes  consommés  de  pieux,  ti'aces  palpables  du 
centre  primitif,  il  est  parfois  difficile  de  déterminer  celui-ci  avec  précision. 


—  116  — 

circulaire  de  la  tarière,  se  trouvaient  des  tranclies  coagulées 
de  l'argile  primitive  ou  lassée.  En  outre ,  la  tarière  s'était 
heurtée  parfois  à  des  cor})s  durs ,  et  les  pelletées  de  terre 
enlevées  ne  tardèrent  pas  à  révéler  la  présence  d'un  nombre 
considérable  de  pierres  assez  singulières  de  forme  pour 
intriguer  des  ouvriers  habitués  pourtant  à  fouiller  le  sol  de 
la  Hesbaye,  et  pour  ne  pas  être  reconnues  par  eux  comme 
des  produits  naturels  du  sol. 

On  continua  avec  l'espoir  mêlé  de  crainte  dont  les  ar- 
chéologues qui  ont  opéré  des  fouilles ,  peuvent  seuls  se  faire 
une  idée,  et  enfin,  après  avoir  traversé  à  0'"60  l'une  de 
l'autre  deux  couclies  horizontales  de  cendres  (i),  l'on  trouva 
à  2'"80  de  profondeur,  au  milieu  d'une  dernière  couche  de 
cendres,  occupant,  comme  les  précédentes,  toute  la  largeur 
du  caveau,  ce  terrain  d'une  nuance  et  d'une  nature  particu- 
lière, qui ,  soit  noirci  par  le  bois,  soit  rougi  par  la  rouille, 
soit  verdi  par  l'oxyde  de  cuivre,  est  si  connu  des  fouilleurs 
et  où  gisent  les  richesses  de  l'art,  les  trésors  de  la  science, 
les  cendres  humaines.  «  Là,  s'écrie  l'abbé  Cochet  (2),  là 
est  enveloppée  la  pensée  antique;  elle  va  s'envoler  avec  la 
poussière  qui  la  recouvre  :  à  vous  de  la  saisir  au  passage  !  » 

Le  15  septembre  1862,  à  l'endroit  même  où  la  descente 
était  opérée ,  dans  la  partie  principale  de  cette  couche  urni- 
fère,  se  montra  le  bord  d'un  grand  bassin  en  bronze  ren- 
versé ,  qui ,  déterré  avec  précaution ,  apparut  aux  regards 


(i)  L'abbé  Cochet,  Norm.  sont.,  p.  "5,  a,  de  son  cùté,  trouvé  au  fond  des 
fosses  fouillées  par  lui ,  des  eouches  horizontales  de  Lçravois  provenant  du  foyer 
éteint  et  composées  de  cliaibon  de  bois  et  de  poteries  pulvérisées. 

(i)  yorm.  soiiL,  p.  50. 


—  117  — 

contenant  encore  une  forte  partie  de  cendres  Imniaines ,  et 
les  jours  suivants,  la  découverte  fut  complétée  par  celle 
de  deux  monnaies  de  Domiiien  et  d'Hadrien,  ainsi  que 
d'une  quantité  d'objets  destinés  à  servir  d'escorte  à  l'urne 
principale  qui  s'était  révélée  la  première. 

Ces  objets  divers  se  trouvaient  en  un  désordre  extrême  ; 
quelques-uns  même  étaient  complètement  brisés.  Adifférents 
endroits,  surtout  vers  le  Nord-Est  et  vers  le  côté  méridional, 
un  mouvement  s'était  opéré  dans  la  fosse  :  ici ,  il  y  avait  des 
vides;  là,  la  terre  était  extrêmement  friable  et  légère; 
ailleurs  les  couches  de  cendres,  dessinées  horizontalement 
dans  les  parois,  s'étaient  affaissées,  disloquées,  déformées 
et  confondues;  ailleurs  encore,  il  y  avait  eu  éboulemenl 
et  infiltration  d'eau ,  ce  qui  rendait  une  partie  de  la  terre, 
surtout  vers  le  fond,  tout  à  fait  massive  et  compacte,  à  tel 
point  que  les  objets  semblaient  collés  au  sol. 

A  quoi  attribuer  ce  grand  bouleversement?  à  un  mou- 
vement dans  le  tumulus  tout  entier  dont  le  contre-coup 
se  serait  fait  sentir  dans  la  fosse?  A  la  vérité,  d'une 
part ,  l'on  n'a  pas  perdu  la  mémoire  du  tremblement  de 
terre  du  23  février  1828  (i)  qui  a  tari  à  Fresin  même  plu- 
sieurs sources  (2)  et  asséché  le  territoire  de  cette  commune 
autrefois  extrêmement  humide  (3).  D'autre  part,  à  la  partie 

(i)  Il  est  fait  mention  de  ce  tremblement  de  Icirc  dans  del  Vaux,  de  Fouron, 
Dictionnaire  géographique  de  la  province  de  Liège,  "1^  édit..  H,  pp.  40  et  357, 
à  propos   des  conniumes  de  Berloz  et  de  Racour  également  en  Hesbaye. 

(2)  L'aïUeui'  doit  ce  renseignement  à  l'honorable  M.  Van  Hamont,  qui  était 
déjà  bourgmestre  de  Fresin  k  cette  époque. 

(3)  Le  nom  de  Fresin,  en  flam.  Vorssen,  dont  plus  loin  on  hasardera  une 
autre  étymologie,  ponrrait  bien  venir  de  l'état  frais  el  humide  de  la  localité 
avant  t8:28.  V.  cependant  Kejipeneeks,  De  oitde  Vrijiieid  Montenaken ,  II, 
p.  296. 


—  118  — 

extérieure  du  tuuiulus,  presque  au-dessus  de  rexeavaliun  , 
l'on  remarque  une  dépression  très-sensible  qu'on  pourrait 
croire  être  le  résultat  d'un  enfoncement  du  dehors  au  de- 
dans. Mais  un  tremblement  de  terre  n'aurait  pas  produit  un 
bouleversement  partiel,  il  aurait  déchiré  les  parois  de  la 
fosse  qui  sont  restées  intactes,  et,  quant  à  l'enfoncement 
présumé,  s'il  correspond  à  quelque  chose  à  l'intérieur,  c'est 
plutôt  à  un  puits  en  entonnoir  par  où,  fort  vraisemblable- 
ment (i),  on  a  essayé  un  jour  de  descendre  dans  le  cœur  du 
tumulus;  mais  cet  entonnoir,  plein  de  strates  alluviales  et 
d'infiltrations  pluviales  qui  s'arrêtent  au-dessus  du  niveau 
de  la  campagne,  n'a  pas  la  moindre  communication  avec 
la  fosse  sépulcrale. 

Avait-on,  comme  en  d'autres  sépultures,  placé  des  plan- 
ches verticales  le  long  des  parois  du  caveau,  ou  horizon- 
tales entre  les  trois  couches  de  cendres?  Ces  planches, 
rongées  par  le  temps ,  avaient-elles  ensuite  cédé  à  la  pression 
des  terres?  Il  peut  y  avoir  lieu  d'en  douter,  car,  tandis  qu'on 
découvrit  au  fond  de  la  fosse  des  parcelles  de  bois  très- 
reconnaissables  provenant  de  caisses  ou  coffrets,  nulle  part 
ailleurs  ne  se  révéla  la  présence  de  restes  ou  même  de  simples 
traces  de  planches  ;  mais  ,  d'un  autre  côté ,  si  un  couvercle 
a  existé,  placé  en  contact  direct  avec  la  terre  et  avec  l'humi- 
dité, n'a-t-il  pas  dû  disparaître  nécessairement  avant  les 
coffrets  qu'il  garantissait? 

Il  vient  d'être  parlé  de  coffrets;  en  effet,  en  cinq  endroits 
différents,  l'on  trouva  des  garnitures,  clous,  charnières, 


(i)  Ce  qui  parait  résulter  d'une  partie  de  terre  remuée  qui,  dans  la  dépression 
«xténeure,  ligure*  assez  bien  l'orilice  irini  l'enfuniidir. 


—  149  — 

anses  ou  poignées  en  cuivre ,  plus  une  anse  en  verre,  prove- 
nant incontestablement  de  caisses  plus  ou  moins  grandes  où 
certains  des  objets  funéraires  avaient  été  renfermés.  Là,  nous 
louchons  du  doigt  une  cause  probable  de  détérioration  des 
objets  ;  car  ces  caisses ,  à  la  suite  de  la  destruction  de  leurs 
parties  ligneuses,  se  sont  effondrées  :  alors  s'est  produit 
nécessairement  un  vide  qui  a  entraîné  une  partie  des  terres 
supérieures  ;  un  tassement,  dont  le  contre-coup  inévitable 
a  exercé  son  action  dans  toute  la  fosse,  s'est  fait  avec  plus 
ou  moins  de  violence,  et  a  bouleversé  et  culbuté  les  objets 
placés  au  fond. 

Une  autre  cause  de  désordre  est  le  vide  qui  s'est  produit 
par  l'effondrement  des  caisses  ou  par  la  destruction  du 
couvercle  prolecteur,  s'il  en  a  existé  un,  et  à  cause  de 
ce  vide ,  la  chute  parmi  les  objets  funéraires  de  ces 
pierres  singulières  signalées  plus  haut,  et  que  le  savant 
et  obligeant  professeur  de  géologie,  M.  Dewalque ,  a 
reconnues  être  tout  simplement  des  concrétions  calcaires 
dont  la  présence  avait  été  constatée  par  Dumont  dans  le 
limon  de  la  Hesbaye  (i).   Ces  pierres  amassées  en  quan- 


(i)  Avant  ceUe  constatafion,  les  hypothèses  les  plus  diverses  avaient  surgi  à 
propos  de  ces  objets  auxquels  nos  ouvriers  avaient  donné  le  nom  de  mannekens, 
mérité  par  leurs  formes  bizarres.  Au  cœur  de  ces  objets,  se  trouve  le  plus 
souvent  une  petite  cavité  indiquant  une  sorte  de  contraction  produite  par  l'action 
de  la  chaleur.  Fallait-il  y  voir  ou  des  amulettes  en  terre  cuite,  ou  ces  armes 
rudimentaires  de  ces  soldats  accensi  qui  lapidibus  et  pugnis  depugnabant?  ou 
bien  ces  boules  incendiaires  dont  César  et  Tacite  nous  entretiennent  (v.  notam- 
ment Tacite,  Hist.,  11,21,  et  Y,  17,  et  aussi  Sohayes,  la  Belgique,  etc., 
I,  80  et  102).  Ce  qui  donnait  de  l'intérêt  à  ces  djflërentes  hypothèses  était 
surtout  la  trouvaille  faite  récemment  à  Baarle-Nassau,  par  M.  Cuypers  [Berigt 
omirent  eenige  grafheuvels  orider  Baaiie-Nassau ,  pi.  ii),  d'un  dépôt  de  pier- 
railles assez  semblables  pour  la  forme;  mais  M.  Cuvpers,  en  cuisant  de  l'argile 


-    120  — 

tités  considérables  avaient  été  ou  })laquées  dans  les  parois 
de  la  fosse,  ou  étalées  en  couches  horizontales,  ou  bien 
mises  autour  des  coffrets  (i),  et  remplissaient  sans  doute  le 
même  rôle  que  ces  cailloux  ou  tessons  ,  moniteurs  fidèles  des 
sépultures,  dont  la  présence  a  été  si  souvent  remarquée  dans 
les  tombes  anciennes(2).  A  Fresin,  la  dimension  de  ces  pierres 
augmentait  à  mesure  que  l'on  descendait  plus  profondément 
dans  la  fosse,  soit  que  l'on  eût  avec  intention  placé  les  plus 
petites  à  la  partie  supérieure,  soit  que  les  plus  pesantes 
eussent  été  plus  facilement  entraînées  au  fond.  Ces  pier- 
railles ,  si  elles  avaient  un  but  de  consolidation ,  saxn 
cinerum  custodes  comme  le  disait  Juvénal ,  remplissaient 
bien  mal  leur  rôle,  en  ce  qu'en  s'abattant  au  milieu  des 
vases,  elles  augmentaient  encore  le  bouleversement,  de 
manière  que,  comme  le  dit  l'abbé  Cochet,  ce  qui  devait 
protéger  le  dépôt  funéraire  devenait  avec  le  temps  le  plus 
cruel  ennemi  des  vases  et  de  la  sépulture  elle-même  (5). 

D'autres  causes  de  destruction  ont  en  outre  pu  agir  sur 
les  objets  funéraires  :  h  moins  d'admettre  l'hypothèse  de 
l'existence  d'un  couvercle,  il  est  presque  impossible  que  le 


trouvée  surplace,  avait  produit  des  exemplaires  identiques.  [Mess,  des  sclenc. 
hist.,  18?!,  p.  84),  et  la  iiiénie  expérience  répétée  à  Fresin  n'abonlit  pas  à  un 
résultat  analogue.  Au  surplus,  lors  des  fouilles  de  la  troisième  tombe  sous 
Corlhys ,  opérées  à  plus  de  ô™00  de  profondeur  dans  le  sol  vierge,  l'on  décou- 
vrit, quand  on  arriva  ii  une  couche  de  terre  blanchâtre  comme  celle  qui  forme 
les  stries  du  tunnilus-bûcher,  un  certain  nombre  de  ces  concrétions  calcaires  : 
ainsi  est  confirmée  la  donnée  de  la  science  que  les  pierres  sont  dues  à  la  nature 
et  non  ii  la  main  de  l'homme. 

(i)  Cochet,  ^onn.  sout.,  p.  107. 

(2)  Id.,  ibid.,  pp.  67,  76,  77,  91,  98  et  169;  Ann.  Soc.  archéol.  de  ^omur, 
III,  p.  39ÎJ. 

(5)  Norm.  sont.,  p.  169. 


—   121   — 

jet  df  terres,  fût-il  fait  avec  des  précautions  infinies,  sur 
la  pente  d'un  talus  ou  du  haut  de  marches  descendant 
jusqu'au  fond  de  la  fosse,  n'ait  pas  exercé  une  influence 
funeste  sur  le  mobilier  funéraire  ;  il  est  difficile  aussi  de 
croire  que  les  piétinements,  les  manœuvres  de  ceux  qui 
érigèrent  le  tumulus  au-dessus  de  la  sépulture,  que  l'appe- 
santissemont  même  de  la  terre  en  se  tassant,  n'aient  pas 
occasionné,  dès  le  principe,  une  pression  désastreuse  sur 
le  contenu  de  la  fosse. 

Enfin,  il  est  reconnu,  d'après  des  découvertes  faites  dans 
plusieurs  tombes  anciennes ,  que  la  destruction  de  certains 
objets  était  parfois  intentionnelle,  soit  pour  exprimer  par  là 
que  la  mort  avait  tout  rompu  et  renversé  pour  le  défunt  (i) , 
soit  pour  indiquer  que  nul  après  lui  ne  devait  plus  se  servir 
d'objets  qui  lui  avaient  été  chers  (2);  ce  dernier  mobile  semble 
le  plus  probable,  car,  cela  a  été  évident  dès  le  premier  mo- 
ment, nous  avions  devant  nous,  non  pas  une  tombe  chré- 
tienne pour  laquelle  le  secours  d'explications  symboliques 
eût  été  naturel,  mais  une  tombe  païenne,  et  les  païens. 
Grecs ,  Romains  et  barbares,  se  représentaient  leurs  morts 
comme  doués  d'une  seconde  vie,  où  ils  faisaient  encore 
usage  de  certains  objets  d'ici-bas,  tels  que  les  aliments 
apportés  sur  la  tombe  des  défunts ,  ou  tels  que  les  souliers 
destinés  à  passer  les  sentiers  scabreux  du  Walhalla  (3).  Le 
paganisme ,  loin  d'attacher  à  la  mort  une  idée  toute  spiritua- 
liste,  devait  donc  restreindre  la  destruction  volontaire  aux 


{{)  Opinion  de  M.  de  la  Saussaye,  ap.  Cochet,  \orm.  sont.,  p.  85. 

(2)  Cochet,  ibid. 

(3)  ScHAYEs,  la  Belgique,  etc.,  I,  169. 


—  122  — 

objets  chers  au  dcfiint,  mais  tout  à  fait  inutiles  ta  son  nou- 
veau mode  d'existence ,  par  exemple,  d'après  tes  religions , 
à  ses  armes,  à  ses  bijoux,  à  ses  objets  de  toilette,  aux  usten- 
siles dont  il  s'était  servi  plus  particulièrement,  etc.,  mais 
dont  il  n'avait  plus  que  faire  au  delà  de  la  tombe.  C'est  là  le 
secret  de  ces  épées  calcinées,  brisées,  ou  faussées,  de  ces 
objets  (ustensiles  ou  monnaies)  jetés  dans  le  bûcher  et  brûlés 
avec  le  mort,  de  ces  vases  signalés  comme  cassés  à  dessein 
ou  enfouis  tout  brisés,  qu'on  a  trouvés  dans  plusieurs  sépul- 
tures païennes  (i);  c'est  aussi  peut-être  le  secret,àFresin,de 
plusieurs  tas  distincts  de  verre  de  couleurs  différentes,  pilé 
au  point  d'être  réduit  à  peu  près  en  poudre,  tas  dont  chacun 
était  placé  dans  un  coffret  à  part ,  et  qui  provenaient  sans 
doute  d'autant  de  coupes  ou  de  flacons  dont  le  défunt  avait 
fait  plus  spécialement  usage. 

Au  contraire,  tous  les  objets  parfois  entièrement  neufs, 
parfois  aussi  déjà  altérés  par  un  long  usage,  et  même  quel- 
quefois rapiécés  et  raccommodés,  dont  il  y  avait  lieu  de  faire 
emploi  dans  les  cérémonies  des  funérailles  (2),  ou  dans  le 
mobilier  de  la  sépulture  (0),  comme  les  lampes,  les  brûle- 


(i)  Batissier,  Hist.  de  l'art  mon.,  pp.  308  et  309;  id  ,  Élém  d'archéol.  nat., 
p.  270;  DE  Cauhont,  Cours  d'ant.  montim.,  II,  p.  274;  Scnxy es,  la lielgiqite,  etc., 
I,  p.  82;  Cochet,  Norm.  sont.,  p.  83,  et  Sépiilf.  ganl.,  pp.  19  et  47  ;  Fr.  Troyon, 
Habitat,  laciiatrea,  etc  ,  pp.  347  et  348;  Ann.  Soc.  arrliéol.  de  Natnur,  IV, 
pp.  14  et  16;  VII,  pp.  lo,  36,  262  et  413;  Annale/;  du  Cercle  archéologique  de 
Mous,  I,  pp.  90  et  91. 

(2)  De  (>aumont.  Abécédaire  ou  r)idiments  d'archéologie,  p.  60;  Cochet, 
Sépult.  gaul  ,  etc.,  p.  43;  Ann.  Soc.  archéol.  de  IS'amur,  IV,  p.  16;  VI, 
p.  351,  et  VII,  p.  414  (observations  de  MM.  dei.  Maumoi,  et  Alf.  Béqiîet). 

(3)  Batissier,  Hisl.  de  l'art  monum.,  p.  309,  cite  même  des  exemples  de 
vases  sans  fond  et  n'en  ayant  jamais  eu,  qui,  par  conséquent,  pouvaient  avoir  eu 
pour  unique  but  l'ornement  des  tombeaux  où  on  les  a  trouvés. 


BULLETIN  DES  COMM^  ROYALES  DART  ET  D^ARCHÉOLOGIE. 


Tète  (ni  partie  supéneure  dvi  caveau. 


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j  Biusùi  en  li/vnxe. 

2  Deujù  nio/t/iai&s 

3  Petit  trçiud. 

4/  Za/iù/s  /actite'^/w/e. 

J  J^io/e  canJauvit  /aie  matiàe  onctuett-ve^. 

6  l'rui  id. 

/  (buc/ie  di  oerre  di<i/ic pM ou fioudre  trèr/me', 
co//î'el,c/uvniàes,ffarinture  c/t  cuiore. Jetons. 

â  à  li.  flaco/ui  brisés. 
i.S  Hise^  c/i  tene  cnM«jaunàefe,  irisé'. 
i6'  /.a/npe-  en  âronxe-  À  cow  de  (^^/u^. 
ly  Coudte  de  oe/vejcut/tcttrepUi:,  co/J'het;  c/iar- 

nié/es  en  ciUort;  ivue  ou r/ufiotte  c/c  oerre . 
ta  cl  lo.  Crains  de  col/iej;jeto/is,  dés. 
2J  Hise  ai  terre  cuite  rôii^e,  hrisé- 

23  et  23.  Deujù  tu/n^es  m  terre-  cuite-. 

24  yiise-  e/v  èrofvie  cuiec  anse^  scu//otée . 
sS  Peti/,  calice  dotU>fe- aoec-^odet. 


2i>  et  2/  JJeuj: /iiMtes  ituiipis  en  terre  cuite . 

20  l-^se  e7i  cciiore-  d  grosse  /janse^. 

^  à' Jj.  Arrtphore- ou  layf/u ,  deuay  autres 

crucAes  e/i  terre  cuite,  irisées  et  d^//erents 

déà/is  de  poteries. 
03  Coiirde  en  oerre  enyàr/ne-  de- grappe-. 
33  ci  33,7fvis  prises  à  o/fra/uies  et  à  àiatioris, 

dont  u/i-yrnnd  et  deux  petits. 
3/>  G}ucAc  de  oerre  /auneitre  pdé-,  co/^et'. 
J^  cJ  .Sa.  J)eu.T  pijtuus  en  te/re-  cuitC' 
3ff  Tek  en  terre  ctute,  irisée' 
4o  et-  4"-  d)euj>poucÂes  eti-  terre-  noirâtre/ 

42  et  43.  ûeuoc- pcuères  trv  terre-  si^iUée'. 
44  /'crraii/es . 

43  Ossements,  ceruù-es,  co//re/. 

46'  0.!.\c/nentr  d'une  cAèore^  ou  d'un  mouton 
4/  iouc/te  de  oerre  Uanc  pde ,  co^et. 


—  125  — 

parfums ,  les  flacons  à  essences ,  les  vases  aux  offrandes 
cl  aux  libations,  ou  les  récipients  quelconques  dans  lesquels, 
selon  les  rites,  on  déposait  les  cendres  du  défunt,  l'eau  lus- 
trale, le  vin,  le  miel,  le  lait,  les  victuailles,  etc.;  ces  objets-là, 
eussent-ils  servi  au  défunt,  étaient  placés  entiers  dans  la 
tombe,  et  les  dégradations  dont  ils  ont  pu  être  atteints 
doivent  être  attribuées  à  des  circonstances  tout  à  fait  indé- 
pendantes de  la  volonté  des  survivants  ;  tel  a  été  notamment 
le  vase  de  bronze  trouvé  à  l'endroit  n°  24  (pi.  ii,  ci  en  re- 
gard), lequel  semble  avoir  été  manié  et  usé  par  un  long 
service.  La  précieuse  fiole  trouvée  au  n°  32  (ihid.),  n'aura 
même  dû  sa  conservation  qu'à  la  circonstance  d'avoir  été 
employée  dans  les  funérailles ,  circonstance  heureuse  qui  a 
préservé  cette  fiole  du  sort  de  celles  dont  les  quatre  coffrets 
(n"  7,  17,  36  et  47,  ihid.)  contenaient  les  débris. 

Les  fouilles  de  Fresin,  en  révélant  à  la  fois  ces  deux  genres 
de  destruction,  l'un  intentionnel,  l'autre  fortuit,  concilient 
deux  opinions  contradictoires,  trop  absolues  l'une  et  l'autre, 
qui  s'étaient  produites  à  ce  sujet,  et  la  distinction  qui  vient 
d'être  proposée  permet  de  faire  une  juste  part  à  chacune 
d'elles. 

Quant  aux  travaux  des  fouilles  en  eux-mêmes,  ils  n'ont 
pas  produit  de  dégradation  des  objets  trouvés,  sauf  toutefois 
pour  une  petite  fiole,  toute  mignonne,  trouvée  au  n"  4 
(pi.  Il),  dont  le  goulot  a  été  brisé  par  la  maladresse  d'un 
ouvrier. 

Lorsque  fut  accompli  le  travail  de  recherche  des  objets 
déposés  au  fond  de  la  fosse,  celle-ci,  entièrement  déblayée, 
se  fit  voir  telle  qu'il  y  a  bien  des  siècles  elle  avait  été 
creusée.  Sauf  du  côté  gauche  où  il  y  avait  eu  un  éboule- 


—  124  — 

ment  causé  peut-être  par  l'afTaissement  des  terres  d'un 
talus  ou  de  degrés  qui  auraient  existé  en  cet  endroit,  les 
parois  de  la  fosse,  restées  immobiles  comme  des  murs, 
avaient  à  elles  seules  supporté  le  poids  du  vaste  amoncelle- 
mont  des  terres  du  tumulus.  Et  tandis  que  même  la  terre 
superposée  s'était  tassée  et  durcie,  le  contenu  de  la  fosse 
était  resté  meuble  en  grande  partie  et  se  détachait , 
au  moindre  effort,  des  parois  dénudées  où  se  voyaient 
encore  les  traces  des  couches  horizontales  de  cendres.  Au 
fond  de  ce  véritable  caveau ,  même  dureté  que  dans  les 
parois  .  la  bêche  rencontrait  une  couche  de  terre  blanche. 
Là  était  la  limite  du  travail  des  enlbuisseurs  anciens  :  là 
devaient  aussi  s'arrêter  les  dé  fouisseurs  modernes.  Les  ébou- 
lements  et  la  masse  compacte  formée  par  la  terre  amoncelée 
au  fond,  sous  des  piétinements  impossibles  à  éviter,  empê- 
chèrent de  reconnaître  si ,  comme  en  d'autres  sépultures  (i), 
ce  fond  avait  été  préalablement  battu  et  damé,  point  du 
reste  peu  intéressant. 


Sn. 


Avant  d'aborder  la  description  des  objets  trouvés  dans  la 
fosse  sépulcrale  de  Fresin,  il  est  utile  de  former  un  ensemble 
de  quelques  points  de  comparaison ,  à  l'aide  de  sépultures 


(i)  Dans  les  sépultures  des  environs  de  Benaix,  M.  Joly  rapporte  que  ce 
fond  était  si  dur  que  k's  ouvriers  disaient  :  l.à  a  existé  une  rue  (daer  is  eene 
straet  fjeioeesf) ,  comme  si  le  sol  s'était  tassé  sous  un  passaire  continuel  (iV<?ss. 
des  scienc.  hixt.,  18i9,  p.  208).  V.  aussi  Ah».  Soc.  archéol.  de  ^amur,  l[, 
p.  62. 


—  125  — 

au  fond  desquelles  on  a  trouvé  des  monnaies  de  la  même 
époque  ou  des  objets  semblables  (i). 

La  tombe  Hémava  (2),  aujourd'hui  nivelée,  était  située  à* 
quelques  minutes  des  dry  tommen  ;  ce  n'est  pas,  à  la  vérité, 
une  monnaie  d'Hadrien  qui  détermine  ré})oque  la  plus 
ancienne  à  laquelle  elle  puisse  remonter,  mais  ce  (jui  en 
indique  le  maximum  d'antiquité ,  c'est  une  monnaie  de 
Trajan ,  prédécesseur  de  ce  prince;  d'ailleurs  une  grande 
similitude  existe  entre  les  objets  découverts  dans  cette  tombe 
et  dans  les  suivantes,  points  de  repère  qu'elle  a  de  commun 
avec  celle  de  Fresin  ;  enfin  une  seconde  monnaie,  de  Galba, 
provenant  de  la  tombe  Hémava,  est  antérieure  à  la  monnaie 
de  Trajan  d'une  période  analogue,  précisément  à  celle  qui 
sépare  les  dates  des  deux  bronzes  de  Fresin. 

A  Omal,  en  1862  (s),  à  une  centaine  de  mètres  des  quatre 
tumulus  acquis  par  l'Etat,  et  dans  le  sous-sol  d'un  tertre 
actuellement  nivelé,  on  a  exhumé  des  objets  rappelant  à  la 
fois  la  tombe  de  Fresin  et  la  tombe  Hémava  ;  la  date  approxi- 


(i)  «  Qu'on  nous  permette  de  rappeler  quelques  trouvailles  plus  anciennes,  il 
est  vrai ,  mais  dont  le  souvenir,  évoqué  de  nouveau,  fera  mieux  apprécier  l'im- 
portance et  la  nécessité  d'opérer  ces  fouilles  avec  ordre.  Le  rapprochement  avec 
les  découvertes  récentes  conduira  peut-être  à  des  inductions  curieuses  pour  l'his- 
toire et  la  géographie  de  notre  pays.  »  (M.  Pinchart,  Notice  sur  des  antiquités 
giillo-roinaines  trouvées  dans  le  Hainaut,  p.  10;  Méin.  Acad.roij.  de  Belg.,  XXII, 
Savants  étrangers.) 

(2)  Bull,  des  Comm.  roij.  d'Art  et  d'Archéol,  t.  I,  p.  121. 

(3)  M.  d'OiREPPE  DE  BouvETTE,  /.  cit.,  pp.  104  et  lOo.  Ces  objets  sont  déposés 
au  Musée  de  l'Institut  archéologique,  à  Liège.  M.  Thirion,  propriétaire,  a  bien 
voulu  donner  à  l'auieur  de  la  présente  notice,  sur  tes  lieux  oii  il  avait  fait  la 
découverte,  des  renseignements  d'oii  résulte  que  la  direction  de  la  série  des 
quatre  tombes  de  l'État  et  du  caveau  de  huit  pieds  de  profondeur  oii  se  trouvaient 
les  objets  est  exactement  la  même  que  celle  de  l'axe  du  groupe  des  tumulus 
ef  de  la  fosse  sépulcrale  de  Fresin. 


—  126  — 

iiiativo  do  celte  sépulture  est  fixée  par  la  trouvaille,  due 
aux  fouilles  faites  par  M.  Schayes  en  1851  dans  les  tuniulus 
voisins,  d'une  monnaie  d'Hadrien  (i),  en  même  temps  que 
d'objets  en  métal  blanc  pris  par  l'inventeur  pour  un  alliage 
de  cuivre  et  d'argent,  et  n'étant  sans  doute,  comme  plusieurs 
des  objets  indiqués  ci-ai)rès,  qu'un  mélange  du  premier  métal 
avec  l'étain  (2).  Les  rapprochements  à  tirer  des  fouilles 
d'Omal  en  1851  et  en  1802  ont  d'autant  plus  d'importance 
que  Omal,  peu  éloigné  de  Fresin,  offre  aussi  un  groupe 
de  plusieurs  tombelles. 

A  Thisnes,  en  1826,  des  fouilles  ont  mis  au  jour,  outre 
plusieurs  objets  importants  comme  éléments  de  rapport,  une 
monnaie  de  Domitien  comme  à  Fresin,  et  une  autre  de  Tra- 
jan  comme  dans. la  tombe  Hémava  (3). 

Une  sablonnière  creusée  lors  des  travaux  de  la  section  du 
chemin  de  fer  de  Tirlemont  à  Landen ,  près  du  tumulus 
d'Overwinden  ,  sans  doute  sur  l'enqtlacement  d'un  tumulus 
nivelé,  a  fourni  plusieurs  objets  se  rapprochant  des  décou- 
vertes de  Fresin,  mais  dont,  en  l'absence  de  monnaies,  la 
date  probable  n'a  pu  être  précisée  (4). 

Enfin,  il  n'est  pas  inutile  d'attirer  l'attention  sur  les 
fouilles  effectuées  en  la  province  de  Namur  dans  les  tumulus 


(1)  Bull.  Acad.  roij.  de  Belg.,  XVII.  2%  p.  5il,  et  cI'Otreppe,  /.  cit.  p.  46. 

(2)  Ces  objets  ne  sont  pas  inscrits  au  Calalogue  du  musée  royal  d'antiquités, 
par  Schayes,  bien  que  ce  catalogue  ait  été  publié  en  1834  ;  M.  (I'Otreppe,  /.  cit., 
p.  46,  affirme  néanmoins  qu'ils  sont  au  Musée,  où  l'auteur  de  la  présente  notice 
les  a  cherchés  sans  les  trouver. 

(3)  Del  V.\ux,  /.  cit..  M,  p.  356. 

(i)  Ces  fouilles  n'ont  été  décrites  nulle  part  au  su  de  l'auteur  de  la  présente 
notice;  mais  il  a  appris  que  jikisieurs  des  ol).jcts  découverts  sont  entre  les  mains 
de  deux  amateurs  d'antiquitésà  Bruxellesct  à  Buvingen. 


i 


FiJ,  2' 2' 19  :0  gaiidcur  natuiflle    FiJ  11  i:"  18  48  49  niomé   dVifcuUon    I, 


—  127  — 

d'Hanrel  et  do  Seron  (i)  ot  dans  \o  cimetière  de  Flavion  (-2) , 
en  Brabant  à  Schaerl)eek(3),  en  Angleterre  dans  les  lumulus 
des  Bartlow-Hills  U),  en  Normandie  dans  jilusieurs  dos 
sépultures  explorées  par  l'abbéCochet  (5),  fouilles  qui  toutes 
ont  révélé  des  monnaies  d'Hadrien. 

Voici  maintenant  la  description  détaillée  des  objets  décou- 
verts à  Fresin. 

A.  —  Objets  de  métal. 

I.  Grand  bassin  ovale  en  bronze  (pi.  m  en  regard,  n"  Ij, 
fortifié  en  dessous  par  une  armature  en  deux  parties  ayant 
chacune  la  forme  d'un  fer  à  cheval,  et  muni  d'un  rebord 
ainsi  que  d'une  partie  interne  simulant  un  fond  concave. 

Ce  vase  constituait  l'urne  principale  et  contenait  une  forte 
partie  de  cendres  humaines  dans  le  fond  concave,  au  des- 
sous duquel  l'on  n'a  plus  rien  trouvé ,  circonstance  qui 
avait  fait  croire  d'abord  au  placement  d'un  double  bord 
et  d'un  double  fond  ,  pour  orner ,  })our  renforcer  ou 
même  pour  réparer  le  vase  (car  il  a  été  trouvé  considérable- 
ment détérioré)  ;  mais  peu  à  peu  l'observation  a  dégagé 
l'inconnue  du  problème  ;  les  dégradations  ont  pu  être  attri- 
buées, sinon  uniquement,  au  moins  en  grande  partie ,  au 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  ?iamur,  III ,  p.  393,  et,  IV,  p.  -2(.i,  touilles  dirigées 
par  M.  DEL  Marmoi.. 

(2)  Ibid.,  VII,  p.  4  et  siiiv.,  décrites  parle  même. 

(3)  Revue  d'hist.  et  d'archéol. ,  III,  p.  57,  et  Bull.  Acad.  rmj.  de  Belg., 
XXX^  année.  2<'  série,  XI,  p.  501,  fouilles  opérées  par  MM.  Cuai.on  et  I.ehon. 

(4)  Archoroloqia,  revue  anglaise  d'antiquités,  XXIV,  p.  1,  et  XXIX,  p.  1  et  suiv. 

(5)  iVw/w.  sont.,  p.  78;  Sépull.  gauL.   pp.  59  a  67. 


—  128  — 

renvorsemeiit  violent  du  vaso  qui  était  couché  sur  le  côté 
vers  l'Ouest.  Quant  au  rebord  et  au  prétendu  fond,  on  est 
parvenu  à  les  rapprocher  et  à  trouver  l'endroit  précis  où 
ils  se  rejoignaient  :  nous  avions  donc  une  sorte  de  couvercle 
concave  ou  convexe  selon  la  manière  dont  on  le  posait  sur 
le  vase;  ou  mieux  encore  deux  bassins  distincts  pouvant  se 
placer  l'un  dans  l'autre. 

Le  grand  bassin  n'était-il  pas  im  malluvnim  ou  pclluvium, 
et  avant  d'être  placé  dans  la  terre,  n'avait-il  pas  servi  à  l'un 
des  usages  auxquels  sont  employés  nos  récipients  destinés  à 
recevoir  les  eaux  de  toilette,  ou  les  vases  dits  bains  de  pied  ? 

L'abbé  Cochet  (i)  a  trouvé  un  bassin  semblable  dans  un 
cimetière  frank  en  Normandie;  les  fouilles  d'Omal  en  1862 
en  ont  fourni  un  autre  ayant  exactement  par -dessous  la 
même  armature  en  fer  à  cheval  que  celui  de  Fresin. 

IL  Deux  médailles  en  bronze  (p\.  m,  n"  2). 

L'une,  avec  un  beau  profil,  très-reconnaissable,  de  Domi- 
tien,  et  l'inscription  suivante  :  imp.  caes.  (Domit.  Aug. 
Germ.  (2)),  ces.  xvi.  cens.  per.  p.  p.  —  Revers  fruste. 

L'autre  à  inscription  illisible  du  côté  de  la  face,  où  le 
savant  numismate  M.  Piot  a  recormu  le  type  d'Hadrien.  Au 
revers,  un  génie  avec  les  lettres  S.  C. 

Ces  deux  bronzes  n'ont  pas  été  trouvés  sur  place ,  mais  il 


(i)  Sépiilt.  gnul.,  p.  176.  V.  aussi  Ann.  Soc.  archt'ol.  de  bannir,  VII, 
p.  3S5. 

(2)  Mots  effacés,  mais  restitués  par  comparaison,  et  qui  avec  le  restant  don- 
nent la  légende:  Imperator Cœsar Domitianus  Augustus  Gennanicus,  consul. \VI, 
censor  perpeluus,  pater  palriœ.  Au  revers  se  trouvait  sans  doute  la  Pallas 
debout ,  tenant  la  foudre,  le  liasf  et  le  bouclier,  qu'on  retrouve  souvent  sur  les 
bronzes  de  Domitien  de  la  même  époque.  (Annales  delà  Société  d'émulation  pour 
l'éfiidr  de  l'histoire  des  antiquités  de  la  Flandre,  VI,  T  série,  p.  418.) 


PI.  I\' 

LETffl  DE5  COMMISSIONS  ROYALES 
D'ART  ET  D-ARCHÉOLOGIE 


•SSiA 


—  {'29  — 

y  a  presque  ceiiilude  que  la  terre  et  les  débris  où  ils  ont  été 
découverts  provenaient  de  très-près  de  l'endroit  n"  1  (pi.  ii); 
l'analogie  confirme  cette  conclusion  :  au  cimetière  de  Fla- 
vion,  les  monnaies,  dont  plusieurs  d'Hadrien,  ont  toutes, 
sauf  dans  un  cas,  été  trouvées  dans  des  urnesdegrandedimen- 
sion,  et  dans  la  tombe  Hémava,  les  deux  monnaies  de  Galba 
et  de  Trajan  avaient  été  placées,  avec  une  intention  non 
douteuse,  à  la  partie  supérieure  de  l'anse  de  l'urne  princi- 
pale ;  cette  dernière  cii'constance  permet  même  à  peu  près 
d'afïirmer  que  les  deux  bronzes  de  Fresin  furent ,  lors  du 
dépôt  des  cendres  dans  la  fosse,  superposées  au  large  bord 
de  l'urne  funéraire,  d'où  le  renversement  de  celle-ci  les  aura 
fait  glisser  sur  le  sol. 

Le  xvi^  consulat  de  Domitien,  comme  on  le  sait,  corres- 
pond à  l'année  92  de  l'ère  chrétienne,  en  laquelle  ce  prince 
eut  pour  collègue  au  consulat  A.  Volusius  Saturninus,  consul 
pour  la  seconde  fois.  Quant  au  règne  d'Hadrien,  il  a  pour 
limites  les  années  117  et  158. 

ni.  Deux  buires  en  bronze,  la  première  à  goulot  rond, 
et  à  anse  ciselée  et  sculptée,  mais  dont  le  travail  est  un  peu 
effacé  à  la  partie  la  plus  maniable,  preuve  de  frottement  et 
par  conséquent  d'usage  avant  le  dépôt  dans  la  fosse  (pi.  m, 
jjos  24=»  et  24^  et  pi.  iv  en  regard,  sous  plusieurs  aspects); 
l'autre  à  goulot  terminé  en  bec,  à  anse  de  fer  pour  la 
plus  grande  partie  détruite  par  la  rouille,  et  à  panse  basse 
et  large  (pi.  m,  n°  28). 

A  Omal,  en  1862,  on  a  trouvé  deux  vases  ressemblant 
fort  à  ces  deux  buires  ;  celle  qui  correspond  au  n»  28 
de  Fresin  a  conservé  presque  intacte  son  anse;  mais  en 
revanche  celle  qui  est  annalogue  au  n"  24  a  perdu  la  sienne. 


—  130  — 

En  une  sépulliire  touillée  à  Poulseur  et  décrite  par  le 
docteur  Bovy  (i) ,  l'on  a  également  découvert  deux  vases 
de  bronze,  dont  l'un  parait  avoir  eu  delà  ressemblance 
avec  la  buire  à  panse  large  (son  anse  bien  conservée  a 
permis  de  reconstituer  hypothétiquement  l'anse  de  celle  de 
Fresin)  ;  et  dont  l'autre  est  identique  de  forme  avec  la  buire 
n"  24 ,  et  n'en  diffère  que  par  les  dessins  de  l'anse  :  M.  le 
professeur  Fuss  considérait  celle-ci  comme  un  monument 
très-intéressant  (:2). 

Dans  la  buire  n"  24,  qui  a  été  trouvée  couchée  sur  le  flanc, 
s'est  tait  remarquer  un  dépôt  cristallisé,  non  encore  analysé, 
semblant  provenir  d'un  licjuide  autre  que  l'eau,  desséché  et 
dénaturé  par  l'oxyde  de  cuivre,  peut-être  d'un  parfum  (s); 
il  est  donc  à  supposer  que  si  l'un  des  deux  objets  a  servi  de 
prœfericidum  ou  vase  lustral  (4),  c'est  plutôt  le  n"  28. 

La  buire  n"  24,  à  laquelle  on  remarque  des  traces  de 
dorure,  est  jiarticulièrement  intéressante  à  raison  de  l'anse. 


(1)  Promenades  historiques  lUins  le  pays  de  Liège,  par  le  docteur  B..Y, 
II,  p.  Iu3. 

(•2)  Ibid  ,  p.  159;  M.  Davrelx,  de  Liège,  a  ajoute  au  rapport  de  M.  Fcss, 
sur  cet  objet,  une  analyse  du  métal  même  des  deux  buires  de  Poulseur;  d'après 
lui,  les  vases  sont  aniboutis(c'est-k-dire  battus  au  marteau  pour  les  rendre  con- 
vexes), et  les  anses  ont  été  coulées,  sans  préjudice  à  une  ciselure  ultérieure. 

1,3)  M.  Fl'ss,  ap.  Bovy,  Prom.  hist.,  II,  p.  139,  pense  que  le  vase  de  Poulseur 
k  anse  ciselée,  pourrait  bien  avoir  contenu  un  parfum  ou  un  liquide  odorilérant; 
cependant  il  croit  plus  vraisemblable  le  dépôt  en  ce  vase  de  cendres  liumaiiies, 
hypothèse  contredite  par  la  trouvaille  de  Fresin. 

(i)  V.  un  prœfericulum  au  Musée  royal  d'antiquités  (Catalogue  de  Schaves, 
2"=  part,  n»  :28l);  un  autre  a  été  décrii  dans  la  i'e\ue  Arcliœologiu,  XXIX, 
p.  i  et  suiv.  V.  aussi  un  vase  assez  semblaMe  au  n"  28  par  sa  |)anse  épanouie, 
dans  le  Bulletiuo  archeulogico  napolitano,  anno  VI,  tav.  V,  n"  I.  D'après 
DE  Mo.NTFAUcoN,  Suppl.,  t.  Il,  p.  o9  fct  suiv.,  pi.  xiu,  XV  et  x\i,  l'ou  appelait 
aussi  prœfericulum  le  vase  contenanl  le  vin  destiné  a  être  versé  dans  les 
patères. 


—  131  — 

(•ette  partie  du  vase  si  soignée  \ydv  les  artistes  anciens  (i); 
un  trident,  autuur  duquel  s'enroule  la  queue  d'un  dauphin, 
y  surmonte  un  groupe  d'un  beau  relief  représentant  un 
vieillard  chauve,  dont  le  vêtement  foi'me  une  sorte  de 
coHet  {'i)  et  i(ui  de  la  main  gauche  tient  un  masque;  scénique 
ayant  une  sorte  de  bandeau  ou  de  toque,  masque  qui,  dans 
les  bas-reliefs  et  sculptures  antiques,  est  ceku"  des  vieillards, 
des  parasites  et  des  esclaves  de  Plante  et  de  ïérence  (s). 
Les  yeux  du  masque  et  du  vieillard  sont  incrustés  d'ar- 
gent. Il  ne  faut  pas  songer,  semble-t-il,  à  chercher,  comme 
le  professeur  Fuss  l'a  fait  pour  l'anse  de  Poulseur,  le  por- 
trait du  défunt  parmi  les  ligures  représentées  en  relief;  l'on 
n'aurait  guère  eu  le  temps  ni  les  moyens,  entre  la  mort  et  les 
funérailles,  de  ciselerun  vase  à  cette  intention;  puis,  sembla- 
ble ciselure  faite  exprès,  n'eût  pas  porté  comme  à  Fresin  de 
traces  d'usure  :  il  faut  donc  ne  voir  que  des  sujets  de  fan- 
taisie dans  les  détails  relatifs  à  l'art  théâtral  ou  musical 
trouvés  à  Poulseur  et  à  Fresin. 

La  partie  supérieure  de  l'anse  de  la  buire  n"  24  est  tri- 
digitée;  mais  les  trois  doigts  qui  affectent  une  disposition 
semblable  en  bon  nombre  de  vases  recueillis  dans  les  Musées 
de  Rome  et  de  Naples  (4),  sont  remplacés  par  un  rebord 


(i)  A.  RiCH,  v°  Ansa.  V.  aussi  Plin.,  Hist.  nat.,  XXXIII,  53  et  35,  sur 

l'estime  oii  les  anciens  tenaient  la  ciselure  et  la  main-d'œuvre  artistique  des  vases. 

(2)  V.  dans  l'édition  de  Tertullien,  De  pallio,  par  Saumaise,  p.  114,  diffé- 
rentes observations  qui  pourront  aider  à  fixer  la  nature  de  ce  vêtement  ;  v.  aussi 
les  ouvrages  divers  traitant  De  re  vestiaria,  par  Rubenius.  Stephanl's,  Fer- 
RARius,  etc.  D'après  DE  Montfaucon,  III,  p.  17,  la  toge  n'avait  pas  de  collet; 
le  même,  ibid.^  pi.  iv,  n'  5,  donne  le  dessin  d'un  vêtement  qui  en  possède  un. 

(5)  De  Berger,  Comnientatio  de  personis,  vulyolarvis,  seu  mascheris,  passini. 
V.  aussi  DE  Montfaucon,  III,  pi.  cxlvi. 

(t)  De  CAYi.rs,  Rccneil  d'antiquités  t'ijyplifniies ,  élrnsques,  ijrecqiies,  roiiiai- 


—  132  — 

enroulé  sur  lui-même  el  deux  ailerons  se  rattachant  au  vase, 
forme  qui,  du  reste,  se  rencontre  aussi  dans  les  antiques, 
et  qui  est  celle  du  vase  de  Poulseur. 

Le  trident  à  dents  carrées  se  retrouve,  mais  entre  deux 
dauphins,  dans  un  dessin  fourni  par  de  Montfaucon  (i). 

Quant  au  groupe,  on  en  voit  souvent  d'analogues  dans  les 
camées  et  sculptures  anciennes  :  c'est  tantôt  une  jeune  tille 
regardant  en  riant  le  masque  tragique  sous  lequel  elle  s'est 
fait  apj)lau(1ir;  tantôt  un  vieillard  revêtu  du.  pal liuni  philo- 
sophique et  contemplant  le  masque  d'une  jeune  tille  ;  tantôt 
enfin,  un  sujet  en  tout  semblable  à  celui  du  vase  de  Fresin  (2).' 
Mais  pourquoi  le  trident  et  le  dauphin  ? 

IV.  Petit  trépied  (pi.  m,  n"  5)  en  métal  d'apparence 
argentine,  mais  étant  seulement  du  cuivre  étamé,  combinai- 
son connue  des  anciens,  aussi  bien  des  Romains  que  des 
barbares  (3). 

On  jiourrait  être  tenté  de  placer  ce  trépied  comme  socle 
sous  la  lampe  sépulcrale  ci-après  (pi.  m  ,  n°  16),  groupe 
dont  les  fouilles  de  Pompéi  (4)  ont  fourni  des  échantillons; 
mais  plusieurs  raisons  contrarient  cette  supposition  :  la 
différence  des  matières,  des  proportions,  de  la  situation  dans 


ries,  1,  pi  €,  11°  1  ;  IV,  pi.  xciii,  ii"  vin;  dk  Montfaucon,  III,  p.  Ui  et  152, 
pi.  Lxxiv  et  Lxxxiv;  Pistoi.kzi,  Museo  borbonico,  III,  pi.  lxxiv,  xciii;  IV,  pi.  vu, 
XLii,  II"*  I  et  4,  xMv ,  i.xxvui;  V,  pi.  xix,  xxxvii;  VIII .  |)1.  vu  et  xxi. 

(1)  II,  pi.  XLIX. 

(2)  Jx  mascliere  sceniclie  e  le  figure  comiclie  d'unlichi  romani,  parFitANC. 
de'  FicoKONi,  j)!.  Lxxvi;  V.  aussi  pi.  Lxxxii,  i.xxxv,  etc. 

(ô)  Cochet,  }\orm.  août.,  p.  80;  Schayes ,  la  Belgique,  etc.  ,  I,  p.  151. 
V.  aussi  Plin.  ,  Hlst.  nat.,  XXXIV,  pp.  20  et48,  qui  rapporte  (iiie  les  anciens 
recoiivraienl  parfois  irélaiii  leurs  vases  de  cuivre  pour  en  empêcher  l'oxydation. 

(4)  A.  Ricii,  p.  102;  V.  aussi  Ann.  Soc.  ttrclical.  ilc  yaitiiir,  III.  ]).  Ô1I5,  mais 
le  trépied  y  est  plus  élevé. 


la  fosse  sépulcrale  (voy.  pi  n),  enfin  la  présence  au  milieu  du 
liodet  d'une  broche  très-reconnaissable,  broche  qui  a  même 
dû  èlre  assez  longue,  si  certain  objet  enduit  de  malière 
grasse  et  pris  d'abord  pour  un  clou,  était  le  bout  brisé  de 
cette  broche,  retombé,  après  la  brisure,  dans  le  godet  où  on 
l'a  trouvé,  et  dont  la  présence  en  cet  endroit  serait  inexpli- 
cable s'il  s'agissait  d'un  simple  clou. 

Cette  broche  est  caractéristique;  la  lampe  sépulcrale,  à  sa 
partie  inférieure ,  ne  présente  aucun  trou  ou  écrou  où  elle 
puisse  s'insérer  ;  elle  ne  peut  donc  être  autre  chose  que  le 
support  d'une  de  ces  chandelles  de  poix,  de  cire  ou  de  suif, 
à  moelle  de  jonc  en  guise  de  mèche,  dont  se  servaient  les 
anciens  (i).  Or,  à  Ornai,  en  1862,  où  aucun  autre  objet  de 
luminaire  n'a  été  trouvé  dans  le  caveau,  il  y  avait  un  trépied 
identique,  et  M.  Thirion,  l'inventeur,  a  déclaré  à  l'auteur  de 
la  présente  notice  avoir  parfaitement  reconnu  autour  de  la 
broche  de  ce  trépied  une  matière  semblable  à  du  bois  brûlé. 
A  Hanret,  M.  del  Marmol  a  également  découvert  un  trépied 
du  même  genre,  avec  une  broche  en  son  godet,  et  il  n'hésite 
pas  à  en  faire  un  chandelier  (^). 

Nous  aurions  donc  le  candelabram  liumile  dont  parle 
Quintihen  (3). 

Quant  à  la  forme,  le  trépied  de  Fresin  l'emporte  sur  le 
trépied  assez  grossier  de  Hanret  ;  mais  quoique  plus  délicat 


(i)  Plin.,  Hist.  nat  ,  XVI,  p.  70;  Rich,  v  Candeln. 

(2)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Nai)itii\  II,  p.  597.  V.  aussi  au  Musée  de  l'Etat 
un  petit  trépied-ciiaudelior  provenant  de  la  collection  de  M.  Hacemans,  et  portant 
le  n"  provisoire  584. 

(5)  Inst.  orat  ,  VI,  p.  36.  «  Candelabrum  a  candelariim  himine,  «  dit  Pi.in., 
XXXIV,  6. 

9 


que  le  Irépied  d'Onuil,  il  le  cède  ;i  celui-ci,  orne  de  tèle.s 
de  lion,  en  importance  artistique. 

V.  Lampe  sépulcrale  en  bronze,  dont  l'anse  est  formée  par 
un  cou  de  cygne  retourné  du  côtéde  la  mèche  (pi.  m,  n°  16). 

De  Montfaucon  (i)  et  de  Caylus  (2)  donnent  l'un  et  l'autre 
des. dessins  de  semblables  lampes  en  bronze;  d'après  le 
second  de  ces  auteurs,  le  modèle  en  est  celui  des  lampes 
employées  dans  les  temples  d'Apollon,  dieu  auquel  le  cygne 
était  consacré. 

La  lampe  n°  16  portait  à  son  bec  des  traces  évidentes  de 
la  combustion  d'une  matière  huileuse,  et  il  y  était  resté  de 
nombreux  iils  de  la  mèche  ou  ellijchnium  (0),  dont  quelques- 
uns,  soumis  à  l'action  du  feu,  ont  laissé  après  eux  une  odeur 
de  toile  brûlée  (le  «  brùlin  »  de  nos  anciens  briquets). 

Moins  crédules  que  les  antiquaires  des  siècles  derniers, 
nous  n'avons  pas  cherché  à  vérifier  si ,  à  l'ouverture  de  la 
tombe,  la  lampe  encore  allumée  jetait  un  dernier  éclat  (4); 


(i)  V.  p.  204,  pi.  cxLi. 

(2)  IV,  pi.  cm,  11°  IV. 

(3)  La  même  chose  a  été  observée  à  Frizet  [Bull.  Acad.  roy.  de  Belg.,  X,  1», 
p.  193,  notice  de  M.  Borgnet),  et  cette  remarque  tranche  la  discussion,  du  reste 
bien  surannée,  entre  I.icetus  et  Vives  sur  l'existence  de  cet  eUijctimum  (v.  Fekra- 
Rii's,  De  velerii»!  luceniis  sepiilcralibiis,  ap.  Graev.,  XII,  p.  uno) 

(i)  Gi  iDO  Pancikoli,  Raccoha  brève  d'alcune  cose  plu  seijnalate  cliebbero  gli 
antichi  e  d'alcune  altre  trovate  du  moderni;  Lioetus,  De  luceniis  aniiq.  recon- 
duis; GuTHEKius,  De  jure  manium;  Moresteemis,  Pompa  feralis  seu  jusia  fune- 
bria  velerum,  ces  deux  derniers,  ap.  Graev.,  XII,  1248  et  1451 .  V.  à  ce  propos 
Fekkarius  (a/J  eumd.  XII,  998  et  1015),  et  M  Galesi.oot  (Bull.  Acad.  roy.  de 
Belg.,  XIV,  1",  p.  490).  Galliot,  qui  publia  une  histoire  de  A'ainur  à  la  tin  du 
siècle  passé  (1788-1791),  raconte  encore  une  fable  semblable  prétendument 
arrivée  en  1641;  mais  la  date  du  lait  eût  permis  à  Galliot  de  se  retrancher 
derrière  l'excuse  facile  de  Licetus,  qui  disait  :  «  Ardentes  lucernas  nunquam 
vidi,  »  et  qui  ajoutait  :  «  sed  legi  scriptores  qui  id  affirmant  multos.  »  C'est  ainsi 
qu'un  excès  d'érudition  a  propagé  bien  des  erreurs  qui  se  seraient  perpétuées  par 


—  loi)  — 

il  nous  a  suffi  de  constater  la  vérité  de  cette  inscription 
antique  (i)  :  ardentem  lucernam  huic  tumulo  N.  posait;  si  la 
lampe  ne  brûlait  plus,  elle  avait  brûlé.  Il  resterait  seulement 
à  savoir  pourquoi ,  même  dans  une  fosse  comme  celle  de 
Fresin,  l'on  déposait  des  lampes  sur  l'extinction  immédiate 
desquelles,  lors  du  comblement,  l'on  ne  pouvait  se  faire 
aucune  illusion;  car  il  ne  faut  pas  songer  à  soutenir  avec 
Licetus  qu'on  éclairait  les  tombes  pour  ne  pas  laisser  les 
défunts  dans  l'ombi'e,  ou,  avec  un  archéologue  du  xvr' 
siècle  (2),  que  «  on  baillait  aux  morts  de  la  lumière,  ]jour  à 
leur  retour  et  selon  leur  loy ,  estre  estoffés  de  tout  ;  »  il  est 
même  impossible  d'accepter,  avec  d'aucuns,  une  lueur  aussi 
passagère  comme  un  indice  de  noblesse  ou  comme  un  sym- 
bole d'immortalité.  La  seule  raison  plausible  à  donner  est 
que  l'emploi  de  lampes  allumées  dans  les  sépultures  antiques 
était  sans  doute  conforme  au  rite  funèbre,  tout  comme 
l'usage  de  cierges  dans  nos  chapelles  ardentes  et  dans  nos 
services  mortuaires. 

VI.  Petit  calice  du  même  alliage  que  le  trépied  ci-dessus, 
ayant  deux  parties  semblables  opposées  symétriquement 
l'une  à  l'autre  (pi.  III,  n^âo). 

De  Montfaucon  (3)  donne  le  dessin  d'une   petite  coupe 


contagion,  de  savant,  à  savant,  si  l'on  ne  s'était  enfin  décidé  a  prendre  i'antiqnité 
sur  le  l'ait,  en  se  laissant  guider  désormais  par  l'observation  et  non  plus  unique- 
ment par  la  tradition.  Saumery,  Délices  du  pays  de  Liège,  II,  p.  139,  n'est  pas 
moins  crédule  que  Galliot;  mais  de  Montfaucon,  V,  p.  215,  fit  justice  de  ces 
niaiseries.  V.  aussi  Sch^pflinn,  Alsatia  illiistrata,  p.  514. 

(i)  PiTiscus,  Lex  antiq.  loiti.,  v"  Liicenia;  Gctherius,  cq).  Gkaev.,  X!I 
p.  1248. 

(2)  Revue  d'hlst.  et  d'arehéoL,  IV,  p.  62. 

(3)  III,  pi.  LXXXIII. 


—   156  — 

en  verre,  pareille  ù  certains  de  nos  verres  à  vin  du  Rhin , 
et  ayant  comme  eux  et  comme  notre  n°2o,  deux  récipients 
pouvant  indifféremment  servir  de  pied  ou  de  tète;  mais 
ce  qui  empêche  de  trouver  aucun  ra})port  entre  la  coupe 
de  de  Montfaucon  et  le  calice  de  Fresin,  c'est  la  présence 
d'un  accessoire  caractéristique. 

Un  petit  objet  ressemblant  à  un  bout  de  canne  ou  de 
flèche  avait  été  trouvé  dans  la  terre  extraite  du  caveau 
sépulcral  :  cet  objet,  fort  bien  conservé,  nous  intriguait  tous 
vivement,   lorsqu'une   visite  au  Musée   royal  d'antiquités 
iburnit  la  clef  du  problème.  Ce  Musée  possède  trois  dou- 
bles calices  semblables  à  celui  de  Fresin,  sinon  par  leurs 
dimensions   un  peu  moindres,    au   moins  par  la  l'orme; 
étudiés  superficiellement  par  M.  Schayes,  ils  avaient  de  sa 
part  donné  lieu  à  l'annotation  manuscrite  suivante  :  «  Petits 
coquetiers  pouvant  se  retourner  des  deux  côtés.  »    L'au- 
teur, cherchant  la  justification  de  cette  rubrique,  remar- 
qua, dans  l'un  de  ces  prétendus  coquetiers,  un  petit  godet 
fixe  fort  gênant  pour  qui  eût  voulu  y  placer  un  œuf;  à  ce 
godet ,   deux   onglets  de  métal  de  la  même  forme  étaient 
enlevés,  juste  en  face  l'un  de  l'autre;   ce  n'était  pas  un 
jeu  du  hasard ,  car  ils  se  retrouvèrent  identiques  au  bout 
de  canne  de  Fresin  sous  la  terre  dont  on  le  débarrassa, 
et  le  godet  restitué  s'adapta  dans  l'un  des  calices,  au  milieu 
duquel  on  distinguait  parfaitement  l'endroit  d'où  il  s'était 
détaché.  Plus  de  doute,  nous  étions  en  présence  d'un  brùle- 
parfums  antique,  et  les  ouvertures  pratiquées  au  bas  du 
godet  avaient  pour  but  d'activer  la  combustion  des  grains 
de  myrrhe,   d'encens  ou  d'autres  aromates  placés  dans  la 
cassolette.  Aussi  l'amiotation  de  M.  Schayes,  que  lui  inspii*a 


—   157  — 

sans  doute  la  vue  do  certains  coquetiers  d'argent  du  dernier 
siècle  (i),  disparaitra-t-elle  du  nouveau  catalogue,  actuelle- 
ment en  préparation. 

VII.  Deux  petits  objets  ti-ouvés  dans  la  terre  extraite  du 
caveau. 

L'un  de  ces  objets ,  en  plondj ,  métal  très-])ropre  à  cet 
usage  à  raison  de  sa  dillficulté  à  s'oxyder,  était  probablemeni 
une  spatule  ou  ligula  pour  onguents  (pi.  m,  n"  49)  ;  l'autre, 
en  bronze,  est  sans  doute  une  cuiller  du  genre  de  celles 
qu'on  nomme  cuillers  à  parfums  (^i)  (pi.  ni,  n"  48). 

VIII.  Débris  en  grande  quantité  de  coffrets  en  bois  avec 
garnitures  en  bronze  et  poignées  du  même  métal,  sauf 
le  n°  17  qui  est  en  verre  (pi.  v  ci-après,  n"'  7,  17,  36  et  47). 

Ces  débris,  dont  ceux  de  la  plus  grande  dimension  appar- 
tiennent au  coffret  trouvé  à  l'endroit  n°  47  de  la  pi.  ii,  se 
composent  de  charnières,  moraillons,  pentures,  agrafes 
(pi.  V,  k,  grandeur  naturelle,  indiquant  l'épaisseur  des 
parois  du  coffret),  et  d'une  cinquantaine  de  clous  en  cuivre 
de  toutes  les  formes  (a,  6,  c,  d,  e,  /",  plus  g  en  tète  ornée, 
ayant  constitué  sans  doute  le  bouton  du  milieu  de  la 
pièce  56).  A  toutes  ces  pièces  adhéraient  encore  des 
parcelles  de  bois  devant  sans  doute  à  l'oxyde  de  cuivre 
dont  elles  sont  imprégnées  leur  conservation  après  tant 
d'années. 


(i)  L'aiiteur  eu  a  vu  un  à  double  calice  h  Monteuakeu ,  chez  M.  le  uotaire 
GOYENS,  bourgmestre,  qui  a  bieu  voulu,  dès  le  principe,  prêter  son  concours 
obligeant  à  l'organisation  de  nos  travaux. 

(2)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namiir,  IV,  p.  381  ;  Mémoires  de  la  Société  histori- 
que et  littéraire  de  Tournai,  V,  p.  93;  A7m.  Cercle  archéol.  de  Mous,  I,  pp.  78 
et  93.  Un  objet  assez  semblable  de  l'orme  a  (Hr  trouvé  ;i  I.ansaumont  (livll.  Inst. 
archéol.  liégeois,  V,  p.  '237). 


—  158  — 

A  chaque  coffret  ou  œrarium  correspondait  un  tas  de 
verre  pilé  et  naèlé  à  une  quantité  de  cendres  plus  grande 
que  partout  ailleurs;  mais  l'on  ne  peut  afiirnier  absolu- 
ment que  le  mélange  ait  été  intentionnel,  car  il  existait 
au  fond  du  caveau,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  une 
couche  de  cendres  dans  laquelle  les  coffrets  effondrés 
pnr  la  vétusté  ont  nécessairement  versé  leur  contenu; 
or,  comment  aujourd'hui  distinguer  ces  deux  sortes  de  cen- 
dres, si  deux  sortes  ont  existé  réellement  dans  et  hors  les 
coffrets. 

Les  sépultures  antiques  ont  lourni  parfois  des  spécimens 
(le  l'industrie  du  temps,  analogues  aux  coffrets  de  Fresin  : 
M.  del  Marmol  a  trouvé  à  Champion  une  poignée  ressem- 
hhint  au  n"  56  ci  -  dessus  (i)  ;  MM.  de  Caumonl  (2)  et 
Cochet  (ô)  donnent  le  dessin  de  poignées  en  verre ,  de 
moraillons  en  bronze  et  de  garnitures  du  même  métal, 
au\(iuelles  comme  à  Fresin  des  parcelles  de  bois,  très- 
reconnaissables  par  leurs  libres  ligneuses  (4),  étaient  encore 
attachées. 

IX.  Quantité  considérable  de  ferrailles  dont  le  poids  total 
s'élève  à  environ  dix  kilogrammes  (pi.  v,  n"'  44%  i'i''  et  45). 

I)i(Mi  (|ue,  pnr  le  déplacement,  il  s(^  soit  opéré  une  certaine 
confusion  entre  deux  am;is  distiiicts  de  ferrailles  trouvés 
dîins  la  tombe,  il  y  a  lieu  de  croire  (jue  les  fragments  44^  et 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  pi.  1,  n»  15;  v.  aussi  ibid.,  III,  p.  594-, 
clV,  p.  180. 

(2)  Abécédaire,  etc.,  p.  60. 

(3)  Korm.  sont.,  p.  lOîJ. 

(4)  CnciiKT,  Le  tombeau  de  Chilperic,  roi  des  Francs,  restitué  à  l'aide  de 
l'archéologie,  p.  59;  Sépult.  gaul.,  pp.  45  et  176.  V.  aussi  i4nK.  Soc.  archéol. 
de  Namur,  VU,  p.  .ÏO.")  of  suiv. 


—   159  — 

/i'4''  proviennent  d'un  gril  (i).  Ce  gril,  qu'on  est  plus  ou 
moins  parvenu  ;i  reconstituer  hypothétiquement,  nurait-il 
servi  à  rôtir  la  chair  des  victimes  inmiolées  aux  mânes  du 
défunt,  ou  bien  à  empêcher  l'obstruction  de  la  cavité  latérale 
paroù  la  llamme  du  bûcher  prenait  son  courant  d'air? 

A  côté  de  ce  gril,  se  trouvaient  les  débris  d'une  caisse  plus 
grande  que  les  coffrets  n"'  7,  17  et  56,  à  laquelle  on  serait 
tenté  d'attribuer  la  sorte  de  «  clichette  »  (n"  /j-o),  si  celle-ci  ne 
portait  pas  de  traces  de  passage  par  le  feu ,  mais  à  laquelle 
appartiennent  certainement  les  grandes  pièces  i  et  /  ;  la  forme 
de  ces  pièces  se  rapproche  de  celle  de  la  sica  ou  supina,  dague 
recourbée  comme  la  défense  d'un  sanglier  dont  se  servaient 
certains  gladiateurs  (2)  ;  pourlant  un  examen  attentif  a  fait 
abandonner  l'idée  qu'il  s'agirait  là  de  pièces  d'armes  ;  des 
fibres  ligneuses  très-reconnaissables ,  bien  que  durcies  par 
la  rouille,  recouvrent  ces  objets  jusqu'à  la  pointe  et  sem- 
blent plutôt  indiquer  l'armature  en  fer,  sous  forme  de  clous 
recourbés  de  0'",20  environ  de  longueur,  d'une  caisse  à 
parois  arrondies.  A  la  même  caisse  appartiendraient  aussi 
les  autres  clous  représentés  par  les  lettres  m,  n,  0  et  p ,  la 
plupart  encroûtés  de  vestiges  de  bois,  comme  on  en  a  éga- 
lement trouvé  à  Thisnes. 

S'il  existait  des  débris  d'armes  dans  la  tombe,  il  faut  les 
rechercher  plutôt  dans  les  ferrailles  passées  au  feu,  car  c'était 


(i)  Batissier,  Hist.  de  l'art  monuni.,  p.  508,  parle  de  grils  trouvés  dans  les 
sépultures  antiques;  V.  aussi  Aim.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  pp.  6ri  et  69, 
pi.  11,  n"  9,  où  un  petit  gril  a  été  trouvé  superposé  à  un  vase  de  la  forme 
dite  tèle. 

(2)  A.  RiCH,  v'»  Sica  et  Supina;  he  MoNTFArcoN,  V,  pi.  cxcvi,  d'api'ès  un 
bas-relief  de  la  colonne  Antonine. 


_  140  _ 

l'usage  chez  les  anciens  de  jeter  dans  le  bûcher  non-seulement 
les  armes  du  défunt,  mais  encore  celles  de  ses  soldats,  et  même 
des  prisonniers  de  guerre  (i);  or,  dans  la  sépulture  de  Fresin, 
la  fusion  assez  forte  pour  produire  la  couche  ferrugineuse 
qu'on  a  cru  rencontrer  dans  le  bûcher,  et  en  tout  cas  assez 
puissante  pour  souder  au  fer,  soit  le  fer  lui-même  (voir 
litt.  771),  soit  des  vitrifications  produites  par  la  combustion  du 
verre,  a  nécessairement  rendu  méconnaissables  les  armes, 
s'il  y  en  a  eu.  Un  seul  objet  assez  distinct  semble  avoir 
appartenu  à  une  arme,  c'est  l'anneau  h,  qui  pourrait  avoir* 
servi  à  contenir  soit  la  douille  d'une  lance  à  l'endroit  où 
le  bois  s'y  emboîtait  (2),  soit  le  bois  lui-même  s'il  s'agissait 
d'un  fer  y  pénétrant  à  l'aide  d'une  pointe. 

Les  ferrailles  trouvées  dans  presque  toutes  les  sépultures 
antiques  ont  donné  lieu  à  toutes  sortes  d'hypothèses  ;  les  uns 
y  attachent  un  sens  allégorique  (5)  ;  d'autres  y  voient  ou  des 
attaches  tenant  lieu  de  fibules  (4),  ou  des  clous  de  bou- 
clier (.'))  ou  des  fragments  de  mors  de  chevaux  (g)  ;  d'autres 
supposent  que  ces  clous  proviennent  des  caisses  en  bois  dans 
lesquelles  on  plaçait  les  vases  sépulcraux  (7);  et  enfin,  il  en 


(1)  V.  les  auteurs  cités  par  Mohkstellus,  ap.  Graev,  XII,  p.  1157. 

(2)  Comme  on  le  voit  pour  certains  angons  des  Franks,  Archœologia,  XXXVl, 
p.  78,  pi.  VIII ;  Magasin  piltoresqiie,  1861,  p.  75,  et  .l««.  Soc.  arcJu'ol.  deNamur, 
VI,  p.  356,  pi.  Il,  n»2i. 

(3)  Raoi'l-Rochette  ,  Nouveaux  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions  et 
belles-lettres,  xni,p.  785. 

(t)  Mess,  des  scienc.  hisl.,  1851,  p.  55. 

(k)  Opinion  réfutée  par  la  Revue  d'Iiist.  et  d'archéol.,  III,  p.  56. 

(g)  Mess,  des  scienc.  Iiist.,  1848,  p.  257. 

(7)  Renne  d'Iiist.  et  d'arcfiéol.,  III,  \).  56;  Cochet,  Norm.  sont.,  p.  167; 
De  ikUwhswe,  Mémoires,  p.  450;  DeCaumont.  (juirs  d'antiq.  moniint.,  \1.  '256 
et  -275. 


—  lil  — 

est  qui,  îrouvant  des  clous  jusque  dans  des  vases  herméti- 
quement fermés,  ou  dans  des  sépultures  où  évidemment 
les  objets  fuiKTaires  avaient  été  déposés  sur  le  sol  nu  sans 
caisses  pour  les  protéger,  se  refusent  à  voir  dans  les  ferrailles 
découvertes  en  de  semblables  circonstances  autre  chose 
que  les  clous  de  l'espèce  de  cercueil  ou  de  banc  funéraire, 
placé  sous  le  cadavre  pendant  l'ustion  (i). 

A  Fresin,  il  y  a  lieu  de  croire  que  les  deux  dernières 
destinations  ont  été  remplies  à  la  fois  ;  car  l'on  a,  comme  on 
l'a  vu,  trouvé  des  pièces  de  fer  les  unes  encore  entourées  de 
bois  et  par  conséquent  non  soumises  au  feu ,  et  les  autres 
avant  subi  l'action  de  la  chaleur  la  plus  forte. 

B.  —  Objets  en  verre  (2). 

1.  Six  fioles  de  dimensions  diverses,  mais  toutes  à  col 
très-allongé  relativement  au  fond  (pi.  m,  n°'  4,  0,6,8, 
9  et  10). 

Ce  modèle  est  assez  rare  et  assez  extraordinaire  ;  l'abbé 
Cochet  (ô)  en  signale  néanmoins  qu'il  a  trouvées  à  Fécamp, 
et  que,  à  cause  de  leur  forme,  les  ouvriers  comparaient  à 
des  chandeliers;  les  fouilles  faites  à  Thisnes,  en  1826,  ont 
de  leur  côté  fourni  «  une  fiole  à  cou  très-allongé ,  ressem- 
blant parfaitement  à  une  fiole  de  médecine  ;  *    enfin  les 


(i)  Me$s.  des  scienc.  hist.,  1848,  p.  237;  Ann.  Soc.  arcbéol.  de  yamur,  VII, 
p.  ôo  (fouilles  (le  Flavion  et  du  cimetière  de  la  Motte-le-Comte,  à  >'amur,  par 
MM.  Del  Mabmol  et  Alf.  Béûcet). 

Cs)  V.  plus  haut,  parmi  les  garnitures  de  coffrets,  une  poignée  en  verre. 

is)  yorm.  soiit..  p.  104,  V.  aussi  Sch.cpfu»,  Mmtia,  p.  51.3. 


—   142  ~ 

sépultures  de  Flavion  ont  également  donné  un  exemplaire 
se  rapprochant  du  dessin  des  fioles  de  Fresin  (i). 

Le  n°  4-  est  une  toute  petite  ampoule  en  verre  verdàtre, 
couleur  fréquemment  observée  dans  le  verre  antique  (2),  et 
due  à  un  excès  de  jiotasse  ou  de  protoxyde  de  fer,  dont  l'argile 
ou  lalumine  employée  à  la  confection  du  verre  n'avait  pas 
été  épurée  par  l'arsenic  ou  le  peroxyde  de  manganèse  (5). 
Cette  ampoule,  plus  exposée  à  la  détérioration  à  cause  de  sa 
pelitesse  (4),  a  vu  son  goulot  brisé  dans  le  travail  des 
fouilles,  et  les  fragments  de  ce  goulot  ont  été  malheureuse- 
ment égarés.  Elle  contenait  une  poudre  d'un  gris  noirâtre, 
soumise  à  l'analyse  par  M.  Kupfferschlaeger  de  Liège,  et 
décrite  par  lui  en  ces  termes  :  «  Cette  poudre  est  composée 
d'étain ,  de  plomb  et  de  fer  sulfurés  ;  le  sulfure  d'étain 
domine;  le  fer  n'y  existe  qu'en  petite  quantité.  »  Semblable 
mélange  pourrai!,  d'après  l'auteur  de  l'analyse,  être  la  pous- 
sière laissée  par  des  médailles  en  plomb  et  étain,  avec  alliage 
d'un  peu  de  fer,  soumises  aux  émanations  sulfureuses  qui 
sont  fréquentes  sous  terre;  mais  ce  n'est  pas  le  cas  ici, 
car  la  poudre  a  été  introduite  avec  intention  et  même  avec 
effort  dans  la  fiole.  On  en  est  réduit  aux  conjectures  sur  la 
nature  de  l'objet  dont  le  résidu  a  été  placé  dans  cette  fiole  : 
peut-être  faut-il  y  voir  quelque  chose  d'analogue   à  cette 


(i)  V.  aussi  Archœologia,  XXXII,  pi.  ii,  fig.  2. 

(2)  Cotigrès  scientilique  de  France ,  10^  session,  tenu  à  Arras  ,  II,  p.  575 
(Observations  de  M.  Dancoisne  sur  le  verre  antique)  ;  Archœoloçjia,  XXV,  p.  H, 
Batissier,  p.  509.  Schayes,  la  Belgique,  etc.,  II,  p.  'iOô. 

(3)  Dictionnaire  denarlsel  manufactures.  II"  vol.,  2"  part.,  v»  \'erre. 

(i)  Souiblablc  accident  est  arrivi'i  ii  M.  .loi.Y,  pour  une  tiolc  identique.  Mcxi^. 
firx srieuc.  Jiiitl.,  IS.'il,  pi.  xi,  ii"  11,  p.  i.ïS. 


—  145  — 

poudre  de  verre  qu'on  a  trouvée  dans  les  coffrets,  et  dont 
la  signification  est  si  problématique. 

Le  n°  5  contenait  une  matière  huileuse,  non  soumise 
à  analyse,  mais  réduite  à  l'état  de  cambouis  ou  d'adipocire, 
et  ressemblant  assez  au  contenu  de  la  liole  suivante.  Il 
s'agira  d'examiner  ultérieurement  si  cette  matière  n'est  pas 
un  parfum,  comme  on  en  a  trouvé  ailleurs  (i). 

Le  n''  6,  dont  le  goulot  était  brisé  au  rebord  et  obstrue  par  la 
terre,  a  paru,  à  raison  de  cette  obstruction,  })lus  favorable  à 
une  analyse  scientifique.  Voici  comment  M.  Kupfferschlaeger 
rend  compte  de  cette  opération  :  «  Les  plaques  soumises  à 
l'examen  ont  une  couleur  jaune  avec  quelques  taches  d'un 
brun  violacé;  c'est  une  matière  grasse  d'origine  animale 
composée  principalement  de  graisse  colorée  par  un  peu  de 
sang  altéré.  L'examen  microscopique  n'y  a  fait  découvrir 
aucune  trace  d'organisation,  mais  bien  des  grains  de  sable 
et  des  cellules  végétales  allongées,  telles  que  celles  que  l'on 
remarque  dans  des  plantes  textiles  comme  le  lin  et  le  chan- 
vre. La  présence  de  ces  fibres' textiles  ferait  supposer  qu'on 
avait  enfermé  la  matière  grasse  dans  un  linge;  peut-être 
l'y  a-t-on  fondue  ou  brûlée  partiellement.  » 

La  conclusion  à  tirer  de  cette  analyse  échappe  encore,  à 
moins  de  voir  dans  cette  graisse  mêlée  de  sang  un  produit 
de  la  combustion  recueilli  sous  le  bûcher  dans  un  linge  ;  mais 


{^)  V.  notamment  l'analyse  d'un  parfum  trouvé  dans  une  sépulture  de  Flavion, 
Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  VII,  p.  25,  et  les  assertions  du  narrateur  des 
fouilles  de  Saventhem,  édité  par  la  Revue  d'hisl.  et  d'archcoL,  IV,  p.  59.  Le 
contenu  d'une  des  fioles  trouvées  à  Omal  en  1862  a  été  remis  ii  un  chimiste  de 
Liège  pour  être  analysé  (M.  d'Otreppe  ,  /.  cit.,  p.  105);  malheureusement, 
ce  chimiste  vient  de  mourir  (avril  lH6ô)  sans  avoir  achevé  son  travail.  V.  aussi 
Garius,  Columbarium,  pp.  11  èt4^9,  et  M.  Fuss,ap.  Bow^Prom.  hisl..  H,  p.  159. 


_  Ui  — 

roininent  se  représenter  la  possibilité  matérielle  d'une  sembla- 
ble o])éra(ion?  Ou  bien,  aurait-on  peut-être  mis  en  pratique 
l'usage  défini  par  ce  passage  d'une  description  peu  scienti- 
fique, faite  au  wi"  siècle,  des  fouilles  de  Saventhem  (i)  : 
«  Selon  les  histoires  et  croniques  fait  ascavoir  que  les  Romains 
et  gentilz,  en  enterrant  les  corps  morts  des  princes  et  aultres 
illustres  personnes,  ils  ostoient  les  yeux,  oreilles,  nez,  lèvres, 
le  cœur,  la  foye  et  aultres  principaux  membres,  mesmement 
les  boyaux,  nettoyez  et  mis  ap})oinct  ;  chacun  desdits  mem- 
bres se  mettoit  appart  ;...  le  demeurant  se  brusioit.  »  Mais  si 
cet  usage  existait  en  effet  (2),  ce  qu'il  n'a  pas  été  donné  à  l'au- 
teur de  vérifier  «  dans  les  histoires  et  cronicques,  »  quelle 
partie  du  corps  se  résumerait  ainsi  en  graisse  et  en  sang,  sans 
trace  de  cartilage,  de  fibre  ou  d'organisation  quelconque? 
Le  n"  8  et  le  n°  9,  en  partie  brisés,  paraissent  avoir  été 
déposés  vides  dans  la  tombe  :  si  leurs  dimensions  ne  s'opposent 
l)as  à  ce  qu'on  les  considère  comme  fioles  lacrymaloires  (3), 
le  \ide  apparent  d'aujourd'hui  pourrait  être  dû  à  l'évapo- 
ration  du  liquide  aqueux  qu'elles  auraient  contenu,  et  ainsi 


(1)  Revue  d'Iiist.  et  d'archéoL,  IV,  p.  0:2. 

(2)  Jl  y  a  lieu  d'en  clouter,  car  Pline  (W/s/.  iiat.,  XI,  71)  atlirmequc  le  cœur 
ne  brùlc  pas  sur  le  bùdier,  quand  la  personne  est  morte  du  poison  ou  de  maladie 
cardiaque,  preuve  évidente  que  !e  cœur  ne  se  mettait  pas  à  part  avant  la 
crémation.  Le  même  cite  aussi  VII,  p.  55,  des  exemples  d'individus  sortis  de 
léthargie  sur  le  bûcher. 

(3)  Il  semble  que  cette  expression  devrait  être  réservée  aux  tout  petits  vases 
de  verre,  comme  notre  n»  4.  Cependant  on  voit  le  nom  d'urnes  lacrymales  donné 
à  des  flacons  de  toutes  les  tailles  et  de  toutes  les  formes  :  hexagones,  carrés,  etc. 
{Bull.  Acad.  roij.  de  lielg.,  XIV,  2^  26C),  et  jusqu'à  des  vases  de  poterie  (Mess. 
des  scierie.  Itist.,  1855,  p.  503  ;  Ann.  Soc.  archéol.  de  JSamur,  IV,  p.  89  et  suiv., 
.\nn.  Cercle  archéol.  de Mons,  I,p.  9"2.  V.  sur  les  Uoles  lacrymales,  de  Caylus, 
ni-  MoNTKALcoN,  CocHET,  pass'iiii ,  l't  unc  disserlation  spéciale  Dr  rasis.... 
pli/alh  larrnwfilorjif..,  etc.,  ii;ii'  de  la  Chaissi;,  np.  Gkaev.,  \II,  p.  !);)5. 


—  14o  — 

se  trouverait  résolue,  contre  M.  Roulez,  la  question  de  l'exis- 
tence dans  les  tombes  antiques  de  vases  recelant  de  véritables 
larmes,  question  dont  il  fait  dépendre  la  solution  de  la  cir- 
constance suivanle  :  «  Il  pourrait  être  utile  de  constater  si 
partout  où  l'on  découvre  des  vases  ayant  inconlestablenient 
contenu  des  parfums,  on  ne  remarque  pas  également  l'ab- 
sence de  lacrymatoire,  c'est-à-dire  de  vases  qui,  dans  mon 
opinion,  servaient  au  même  usage  (i).  »  Au  surplus,  la 
découverte  dans  le  Luxembourg  d'une  liole  hermétiquement 
fermée  et  contenant  un  liquide  de  même  nature  que  les 
larmes  (2),  ôte  une  partie  de  son  intérêt  à  la  preuve  nouvelle 
que  l'on  pourrait  tirer  des  fouilles  de  Fresin. 

Le  n"  10,  de  même  forme  mais  de  dimensions  beaucoup 
})lus  fortes  que  les  précédentes  fioles,  contenait  au  fond 
un  sédiment  rougeâtre,  brillant  et  irisé,  où  l'on  a  cru 
reconnaître  un  dépôt  de  lie  de  vin  déjà  signalé  dans  leurs 
fouilles  par  MM.  Joly  et  Del  Marmol  (3).  Ce  sédiment,  sou- 
mis à  l'analyse  par  M.  Kupfferschlaeger,  a  été  reconnu  par 
lui  comme  composé  de  petites  paillettes  blanches  très-fines 
en  silice,  provenant  de  l'écaillement  intérieur  de  la  fiole 
corrodée  à  la  longue  par  un  liquide  comme  le  vin,  le  lait, 
le  miel  ou  les  essences,  toutes  matières  qui,  en  s'acidifiant, 
ont  pu  acquérir  une  grande  force  dissolvante  ;  car  le  verre 
ancien  sedévilrifie,  se  désagrège,  s'altère,  se  gerce  et  s'exfolie 
beaucoup  plus  facilement  que  le  verre  moderne  (4).  A  s'en 


(i)  Bull  Acad.  roij.  deBelg.,  V,  p.  315. 
(î)  IMd.,\\,  2",  pp.  422  et  428. 

(5)  Mess,  des  scienc.  hist.,  1815,  p.  425,  et  1848,  p.  250;  Ann.  Soc.  archéol. 
de  Namur,  VI,  p.  552.  V.  aussi  B.\tissieu,  Hist.  de  l'art  monum.,  p.  509. 
(4)  Bull,  de  rinst.  archéol.  liéfj..  Il,  p   485;  Revue  d'hist.  el  d'archi'ol,  Kl, 


—   14()  — 

rapporter  à  la  nuance  rougeàtre  de  l'irisation ,  il  y  aurait 
lieu  de  supposer  que  le  liquide  contenu  par  ce  flacon  a  été 
du  vin. 

II.  Plusieurs  flacons  de  différentes  formes  (voy.  pi.  m, 
n"'  11,  12%  12'',  13  et  U) ,  trouvés  en  pièces,  mais  dont 
la  brisure,  comme  celle  de  (pielques-uns  des  précédentes  , 
est  tout  à  fait  accidentelle,  à  la  différence  du  verre  concassé 
et  pilé  trouvé  dans  les  colfrets. 

Jusqu'à  présent  les  flacons  n"'  12'  et  lô  sont  seuls  ai'j-i- 
vés  à  un  degré  suffisant  de  restauration  |)our  permettre  d'en 
reconnaitre  la  forme  :  l'un  est  une  délicieuse  ampoule  glo- 
bulaire en  verre  blanc  ligné  (vase  à  eau  lustrale);  l'autre  est 
un  flacon  en  verre  blanc  un  peu  mat,  à  quatre  faces  bosse- 
lées ou  à  fossettes  comme  on  en  a  fréquemment  trouvé  clans 
les  sépultures  antiques  (i),  notamment  à  Ornai,  en  1862  (2). 

Les  ampoules  M  et  14  ont  été  reconstituées  par  hypo- 
thèse, d'après  les  indications  un  peu  vagues  encore  des 
débris  rajustés  jusqu'à  présent;  mais  il  y  a  espoir  qu'une 
reconstitution  plus  positive  sortira  du  travail  patient  et  minu- 
tieux auquel  se  livre  M.  Van  Hamont  lils,  digne  émule  d(,' 
M.  Lim(!lelte,  de  Namur,  à  qui  le  Musée  de  cette  ville 
doit  de  si  parfaites  restaurations  des  objets  les  plus  déhcats. 


p.  S8  (articles  de  MM.  Hacemans  et  Lehon).  V.  aussi  les  observations  de  M.  Dan- 
coism:,  au  coiigi-ès  d'Arras,  citées  ci-dessus  ;  l'iiblicalions  de  la  Société  pour 
la  recherche  et  la  conservation  des  momunenis  historiques  du  Grand-Duché  de 
Luxembourg ,  18W,  pp.  59  et  Gi.  [Considérations  sur  la  fabrication  du  verre 
chez  les  anciens.) 

(i)  Cochet,  ISornt.  sont.,  pi.  vi,  et  Séiiult.  ijaul.,  p.  (JO;  Ann.  Soc. 
archéol.  de  ^'aniar,  IV,  pi.  i,  ii"  10;  VI,  p.  5j"2  ;  Arcliœoloijia .,  XXXV,  pi.  m, 
ri"  6  et  10. 

(î)  Ce  vase,  qui  est  au  Musée  de  Liège,  se  distingue  en  outre  par  quelques 
moulures.  V.  d'OiREPPE,  /.  cit.,  p.  iOi. 


—  147  — 

Le  seul  objel  1*2^  sorte  de  racine  d'anse,  ne  se  rapporte 
à  aucun  fragment  qui  puisse  le  compléter;  mais  il  y  a  lieu 
de  supposer  qu'il  appartient  au  vase  n"  11 . 

III.  Petite  amphore  en  verre  violet,  représentant  une 
grappe  de  raisin  mûr  (pi.  m,  n"  52). 

Qu'on  permette  de  donner  ici  la  description  charmante 
et  exacte  de  cet  objet  par  M.  Nestor  Considérant  (\)  :  «  Le 
joyau  par  excellence  de  cette  admirable  collection  est  une 
coupe  d'un  verre  rouge  violet,  transparente  et  aussi  intacte 
que  si  elle  venait  de  sortir  des  mains  de  l'ouvrier.  Le  col, 
très-mignon,  est  rattaché  à  la  coupe  par  deux  anses  si 
déliées  qu'on  craint  de  les  briser  en  y  touchant,  et  qui  figu- 
rent deux  ceps  de  vigne.  Le  corps  de  la  coupe  représente 
une  grappe  de  i-aisin  dont  tous  les  grains,  régulièrement 
formés  par  les  mille  convexités  du  verre,  sont  groupés  avec 
une  appétissante  vérité;  à  boire  là-dedans,  l'illusion  était 
complète;  on  devait  croire  à  la  réalité  de  la  fable  des  bac- 
chantes, pressant  de  la  main  dans  la  bouche  les  dons  savou- 
reux de  leur  dieu.  Mythologie  à  part,  l'objet  est  des  plus 
précieux  et  des  plus  rares;  un  de  nos  compagnons  qui  a 
récemment  visité  le  musée  Gampana ,  nous  a  assuré  n'y  avoir 
rien  vu  d'aussi  beau  et  d'une  conservation  aussi  parfaite.  » 

M.  Hagemans  a  bien  voulu  permettre  d'extrai]"e  d'un 
sien  ouvrage  en  publication  (2),  le  passage  suivant  du  cha- 


(i)  Feuilleton  de  l'Indépendance  belge  du  30  octobre  1862,  consacré  aux 
fouilles  de  Fresin.  La  valeur  de  celle  tiole,  unique  dans  son  genre,  croit-on,  a  été 
lixéc  par  des  coiinaisseurs  à  cinq  ou  six  mille  francs  au  moins,  et  l'on  estime  même 
(lu'elle  atteindrait  un  prix  de  beaucoup  supérieur,  si  elle  était  livrée  à  Paris  a  la 
chaleur  des  enchères  publiques. 

(-2)  Un  cabinet  d'amateur,  p.  461.  V.  l'introduclion  de  cet  ouvrage  dans 
lu  II"-'  vol.  du  Bull,  de  l'înst.  archéoL  Hécjeois. 


—   1/^8  — 

pilrc  rokUif  à  In  verrerie  des  anciens  :  «  Vous  trouverez 
dans  les  Musées,  dit-il,  des  coupes  admirablement  gravées, 
ornées  d'animaux,  de  fleurs,  de  fruits;  vous  en  verrez  imitant 
ces  fleurs,  ces  fruits  dans  leurs  formes  et  leurs  couleurs 
naturelles,  rappelant  le  cratère  de  cristal  de  roche  décrit  par 
Achilles  Tatius  (i),  avec  des  raisins  qui  semblent  mûrir  à 
mesure  (|u'on  y  verse  le  vin.  » 


(i)  Romancier  grec  d'Alexandrie  qui,  vers  la  fin  du  III*  siècle,  écrivit  les 
0  AuKiurs  de  Clitoplion  et  de  Leucippe.  »  Voici  la  version  par  Du  Perron  di: 
Castera  {Bibl.  des  romans  grecs,  trad.  en  français),  du  passage  signalé  par 
M.  Hagemans  :  (I  Mon  père  me  lit  boire  dans  un  vase  destiné  aux  libations 
de  Baccluis  et  travaillé  par  le  célèbre  Glaucus  de  Scio;  il  était  de  cristal  ciselé; 
une  treille  qui  semblait  avoir  pris  naissance  dans  le  fond,  serpentait  jusqu'au 
bord  qu'elle  couronnait  de  ses  feuillages.  Le  pam|>re  était  entremêlé  de  grappes 
qui  paraissaient  vertes  lorsque  la  coupe  était  vide,  et  mûres  lorsqu'on  la  rem- 
plissait de  vin  :  au  milieu  de  cet  agréable  relief,  l'art  avait  représenté  Bacchus 
qui  cultivait  le  vigne.  »  M.  Hagemans,  dans  une  lettre  spéciale,  signale  les 
différences  entre  la  coupe  de  Tatius  et  celle  du  tunuilus  de  Fresin  :  «  Celle-là, 
dit-il,  représente  une  treille  tout  entière,  et  était  probablement  incolore  ou  de 
cette  nuance  verdàtre  des  verres  anciens  qui  n'étaient  jamais  très-blancs;  celle- 
ci  est,  au  contraire,  pour  mieux  imiter  le  fruit  de  cette  belle  teinte  pourprée  qui 
avait  fait  la  réputation  des  coupes  lesbiennes,  n  D'après  Straron,  liv.  XVI,  en 
Egypte  seulement  se  trouvait  la  matière  sans  laquelle  ne  pouvait  s'obtenir  la 
coloi'ation  du  verre,  estimée  comme  du  plus  grand  prix  par  les  anciens.  V.  lîu- 
i-ENGERi,  De  conviviis,  p.  266.  C'est  là  sans  doute  (en  supposant  qu'il  s'agit  de 
vases  de  vei're  et  non  de  cristal),  ce  qui  fit  considérer  le  don  de  calices  crislallini 
alexanUrini  (Jul.  Capitol.,  iu  Ail.  Ver.,\)  connue  un  cadeau  d'un  luxe  exorbi- 
tant. 

V.  au  surplus  sur  la  fabrication  du  verre  antique,  Pi.in.,  Hisl.  nat.,  XXXVI,  67, 
et  XXXVII,  10,  et  un  mémoire  de  M.  Deville  ,  Edumen  de  detijc  passages 
de  Pline,  relalif's  ù  l'art  de  la  verrerie,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  des 
Antiquaires  de  Normandie,  IV,  2'^  série. 

Virgile,  dans  sa  troisième  églogue,  donne  la  description  d'un  vase  |>roposé 
connue  prix  du  ciiant,  et,  quoifiuc  (riiric  autre  matière,  se  rappriicliaiit  de 
celui  de  Tatius  : 

...   l'oriila   |ioiiaiii 
Fagiiia  ciL'Ialiim  diviiii  opis  .\li'iniP(lniilis, 
Lcnta  qiiiliiis  tonio  f.itili  supeiaddila  \iti« 
Diiriisos  licitpia  veslit  [laUc'iite  cciivinbos. 


—   149  — 

La  parfiiilc  conservation  de  ce  délicat  objet  eu  verre  qui  a 
l)ravé  les  outrages  du  temps,  tandis  que  tant  de  vases  en 
métal  et  en  terre  cuite  sont  tombés  en  débris,  rappelle  l'ex- 
clamation de  rai)bé  Cocbet,  à  propos  d'une  ampoule  de  verre 
représentant  également  un  fruit,  un  petit  vase  pyi'iforme, 
trouvé  par  lui  en  Normandie  (i)  :  «  La  l'raicheur  et  la  con- 
servation de  cette  pièce  antique,  dit-il,  ont  quelque  chose  de 
si  prodigieux  que,  à  l'inspection,  on  ne  s'imaginerait  pas 
{{u'elle  a  seize  à  dix-sept  cents  ans.  On  la  croirait  plutôt 
achetée  récemment  dans  un  bazar  de  Rouen  ou  de  Paris. 
J'avoue  que,  pour  mon  compte,  je  ne  l'aurais  jamais  crue 
ancienne,  si  je  ne  l'avais  déterrée  de  mes  propres  mains.  » 

Quel  n'eût  pas  été  l'enthousiasme  de  cet  archéologue  à  la 
vue  de  la  délicieuse  grappe  de  Fresin  :  à  côté  de  celle-ci,  le 
délicat  pot  au  lait  trouvé  a  Schaerbeek  (^)  et  déposé  au  Musée 
d'antiquités  de  Bruxelles,  perd  lui-même  de  l'importance  (|iii 
y  avait  été  si  justement  attachée  jusqu'ici. 

La  poire  de  l'abbé  Cochet  fut  trouvée  par  lui  reniplie 
d'une  liqueur  grasse  et  onctueuse  ;  la  grappe  de  Fresin  , 
renversée  ,  contenait  seulement  quelques  llocons  d'une 
matière  noirâtre  qui  fut  soumise  à  l'analyse  par  M.  Kupffer- 
schlaeger.  Voici  conmient  celui-ci  déci'it  le  dépôt  : 
«  L'examen  microscopique  de  ces  petits  morceaux,  d'une 
couleur  brune  noirâtre,  à  cassure  brillante  ou  résinoïde,  ac- 
compagnés de  quelques  filaments  bruns,  y  a  fait  reconnaitre 
la  présence  de  débris  d'insectes,  tels  que  vers  et  moucherons 
empâtés  dans  ce  dépôt.  L'analyse  chimique  est  parvenue  à 


(i)  Norm.  sont.,  pi.  I,  n"  -41,  pp.  70  et  195. 

(•2)  Bull.  Acail.  roij.  de  Belq.,  W\^  année,  a*"  si^rie,  XI,  p.  50i . 

10 


—   KiO  — 

grand'  peine  à  cunslater  que  ce  dépôt  était  du  sang  desséché 
presque  au  point  d'être  carbonisé,  par  conséquent  du  sang 
à  peu  près  complètement  décomposé  et  désorganisé  par  un 
temps  extrêmement  long,  et  par  une  chaleur  lente,  peu  vive, 
puisque  les  squelettes  des  insectes  étaient  encore  visibles 
et  pas  entièrement  détruits.  » 

La  présence  de  lioles  contenant  du  sang  humain  est 
presque  généralement  considérée  comme  un  indice  de  sé- 
pulture chrétienne  (i)  ;  cependant  l'on  en  cite  des  exem- 
ples (2)  dans  les  sépultures  païennes,  et  l'analyse  qui  vient 
d'être  reproduite  tend  à  en  augmenter  la  série  :  les  chrétiens 
auraient-ils  emprunté  cet  usage  aux  païens  ?  Quoi  (ju'il  en 
soit,  tout  en  laissant  du  doute  planer  sur  la  destinalion  de 
cette  liole,  il  est  impossible  de  ne  pas  faire  remarquer  un 
rapprochement  entre  elle  et  cette  autre  fiole  où  l'on  a  trouvé 
de  la  graisse  colorée  par  un  peu  de  sang. 

La  grappe  de  raisin  des  dry  tommen  a-t-elle  servi  anté- 
rieurement de  vase  à  boire  ou  de  gourde?  Sa  forme,  qui  sem- 
ble disposée  pour  le  passage  d'une  courroie  ou  autre  ligature 
à  travers  les  deux  anses,  pourrait  faire  croire  à  la  seconde 
hypothèse  ;  en  outre,  il  est  impossible  de  la  maintenir  debout 
comme  un  verre  de  table.  Cependant  est-il  bien  probable 
ipi'on  ait  fait  usage  comme  gourde  d'un  vase  (jui ,  s'il  a  été 
conservé  intact  par  un  hasard  merveilhnix,  n'en  est  pas  moins 

(1)  Fabretti, /«SC/7J3/.,  cà\).  VIII,  p.  5oo,  et  autres  écrivains  cités  par 
l'auteur  d'une  notice  publiée  clans  les  Anu.  de  la  Soc.  d'émiilalion  pour  l'élude  de 
l'hisl.  et  des  antiq.  des  Flandres,  VII,  -2''  série,  1849,  p.  57.  D'après  Arrighi, 
lioma  sublerranea,  l'on  avait  de  nos  jours  découvert  dans  les  catacombes  des 
lioles  contenant  du  sang  encore  li(iuide,  Bull.  Acad.  roy.  de  liehj.,  X,  i°, 
p.  195. 

(•2)  KiKCHMANN,  De /uiicribus,  pp.  187  et  492;  Scii.ti'FLi.NN ,  Alsnfia,  p.  îilO. 


—    loi    — 

d'une  délicatesse  et  d'une  fragilité  extrême?  En  outre,  l'on 
sait  que  pour  les  nombreux  vases  à  boire,  dénués  de  pieds, 
dont  se  servaient  les  anciens,  on  avait  introduit  la  mode 
d'un  petit  nioid)le  dit  apotheca  sur  lequel  on  les  établis- 
sait (i).  Resterait  toujours  à  savoir  pourquoi  les  deux  anses? 
-~  Autour  de  ces  anses  se  voient  des  filaments  de  verre, 
très-ténus,  dus  sans  doute  (à  la  fusion  opérée  à  l'aide  du 
clialunK'au ,  et  l'on  comprendrait  diflicilement  comment  la 
soudure  des  anses  au  vase  aurait  pu  être  opérée,  sinon  à 
l'aide  de  cet  instrument.  Il  semble  même  que  les  grains  de 
raisin  ,  qui  tous  ont  une  concavité  interne  répondant 
à  leur  convexité  extérieure  ,  ont  exigé  l'emploi  du  cha- 
lumeau, soit  pour  être  i-ejointoyés,  soit  peut-être  même  pour 
recevoir  leur  forme;  le  simple  moulage,  en  effet,  n'eùt-il 
pas,  en  laissant  les  ])ar(>is  de  la  liole  tout  à  fait  unies  à  l'inté- 
rieur, nui  à  la  transparence  à  raison  de  l'inégalité  d'épais- 
seur des  grains?  Il  a  donc  fallu,  poui- ainsi  dire,  (pie  cha(|uc 
grain  fût  soufflé  à  part. 

Si  ces  observations  énoncées  par  des  persomies  })lus  com- 
pétentes sur  la  matière  que  l'auteur  de  la  présente  notice 
sont  fondées,  il  en  résultera  une  preuve  de  plus  (2)  que 
l'usage  du    chalumeau  est  antérieur  au  xviu'  siècle,  où, 

(1)  L'auteur  doit  ce  renseignement  à  l'obligeance  de  M.  Hagemans.  Voici,  à 
cet  égai'd,  ce  que  contiendi'a  son  Cabinet  (rAiitiquitt's,  p.  460  :  «  L'apotheca 
était,  à  vrai  dire,  une  chambre  placée  dans  la  partie  supérieure  de  la  maison,  au- 
dessus  du  fumarium,  et  où  l'on  gardait  des  amphores  en  terre  cuite  remplies 
d'un  vin  que  le  passage  de  la  fumée  à  ti'avers  la  place  devait,  selon  les  anciens, 
bonifier.  Le  petit  meuble  dont  nous  parlons  prit  son  nom  des  espèces  de 
chantiers  à  ouvertures  qui  servaient  à  contenir  les  amphores  dans  ce  grenier 
a  vin.  » 

(2)  En  voir  un  autre  cité  par  M.  Hoclez,  Bull.  Acud.  roij.  de  BeUj.,  XX,  2°, 
p.  422. 


—  152  — 

selon  quelques-uns  (i),  Antoine  Swal)  en  ;i  l'ait  l'invention, 
et  qu'il  remonte  à  la  plus  haute  aiiliquilé  (2).  On  sait  en 
effet,  i)ar  la  chronique  d'Eusèbc  de  Gésarée,  que  Glaucus 
de  Scio,  à  (jui  Achilles  Tatius  attribue  la  confection  du 
vase  de  verre  décrit  ] ta r  lui,  est  considéré  comme  ayant 
inventé  l'art  de  souder  le  1er;  cet  artiste  aura,  selon  toute 
vraisemblance,  été  conduit  d'une  idée  à  l'autre  par  les  mêmes 
moyens  :  habitué  à  travailler  le  verre  non-seulement  au  rouet, 
mais  encore  au  chalumeau ,  il  aura  employé  celui-ci  pour 
ouvrer  le  fer.  Ce  ne  sera  pas  la  première  fois,  comme  le  dit 
M.  Roulez,  que  les  faits  archéologiques  suppléeront  au 
silence  des  textes,  et,  ajoutera-t-on  ici,  redresseront  des 
erreurs  trop  répandues. 

C.  —  Poteries. 

1.  Quatre  lampes  sépulcrales  en  terre  cuite  (pi.  v  en  regard, 
n'"  22,  25,  26,  27),  très-ressemblantes  à  celle  qu'on  a  trouvée 
dans  la  tombe  Hémava  et  dans  la  sépulture  d'Overwinden  (3). 

Elles  diffèrent  entre  elles  de  grandeur,  mais  non  de  forme, 
et  à  la  différence  de  la  lampe  de  bronze  (pi.  m,  n"  IG), 
aucune  ne  semble  avoir  été  allumée  :  l'une  d'elles,  à  l'inté- 
rieur, laisse  encore  apercevoir  une  plaque  blanchâtre,  défaut 
de  fabrication  qui  eût  été  dissimulé  par  l'usage. 

La  trouvaille  de  plusieurs  lampes  dans  le  même  sépulcre 
n'est  pas  un  fait  extraordinaire  (4),  mais  n'en  est  pas  plus 


(i)  Diclionnaire  de  la  Conversation,    v°  Chuliimcan. 

(2)  Magasin  pilloresque,  18G1,  p.  5:22. 

(7.)  Voir  aussi  Ann.  Soc.  ardiéol.  de  Affww/-,  IF,  |ii.  m,  n"  l(i,  et  Archœologia, 

XXXll,  pi.  Il,  fig.  i». 

(4)  Del  Vaux,  /.  cil.  (Inuilics  de  'liiisiii'sj,  11,  p.  550. 


PL.V 


T  G-er^ri  del 


BULLETIN  DES    COMM^  ROYALES  D'ART  ET   D'ARCHÉOLOGIE 


Fijabc  dcf  Jk  Jnndfur  naturtDf  rij.17.31  36*5  46  «  h.  moiuc  d 


Le  rcsif  au  1i  d'etrculum,  laiil'  31'  qui  csl  rédm»  lu  'i 


explicable  :  poiii'(iuui  ces  lampes  non  allumées  ni  même 
préparées ,  et  placées  quelquefois  l'une  sur  l'autre  ou  l'une 
dans  l'autre  (i)?  Mettait-on  à  la  disposition  du  défunt  des 
lampes  de  rechange  destinées  à  être  alimentées  par  lui  à 
l'aide  de  la  cruclic  à  huile  trouvée  également  dans  plusieurs 
sépultures  (2)? 

il.  Cruche  en  terre  à  bec  trétlé  par  un  pincement  opéré 
avant  ou  pendant  la  cuite,  de  manière  à  former  deux  ouvei-- 
tures,  l'une  grande  pour  l'introduction  du  liquide  dans  la 
cruche,  l'autre  toute  petite  et  circulaire  pour  le  passage  du 
liquide  versé  dehors  goutte  à  goutte  (pi.  v,  n"  21). 

Nombreuses  sont  les  cruches  de  cette  forme,  mais  de 
matières  et  de  dimensions  bien  diverses ,  trouvées  dans  les 
sépultures  antiques  (5).  On  n'est  pas  d'accord  sur  leur 
destination  :  tel  échantillon,  à  la  vérité  très-petit,  a  été  ap- 
pelé urne  lacrymale  (4)  ;  tel  autre  en  bronze  a  été  considéré 
comme  un  prœfericulum  ou  vase  lustral;  bien  que  le  yullus 
ou  lecythus  dont  on  se  servait  pour  verser  dans  les  patères  le 
vin  des  libations,  fût  généralement  en  corne  ou  en  verre  (3), 
il  semble  difficile  de  ne  pas  trouver  un  rapport  sensible  entre 
le  nom  de  guttus  et  la  disposition  toute  spéciale  du  goulot. 


(1)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  IV,  p.  :2I. 

(2)  Ibid.,  p.  23;  voir  aussi  II,  p.  68. 

(:>)  V.  iiotaniment  Cochet,  Nonn.  sont.,  p.  59,  pi.  11,  n"  5i,  pi.  m,  11"  9,  et 
Sépiilt.  gaiil  ,  p.  il;  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  pp.  64,  68,  69,  et. 
pi.  1 ,  11"  4  ;  pi.  II,  11"  5  et  10  ;  IV,  p.  16,  n"  6 et  17  ;  VI,  p.  531  ;  Mess,  des  scienc. 
Itisf.,  1848,  p.  595,  et  pi.  XIII,  n^  5.  V.  aussi  ScnK\z$,Catalogne,  etc.,  2«  part. 
Il"  76,  et  Pnblicat.  Soc.  de  Luxembourg,  1845,  pi.  iv,  n""  vu,  xii  et  xvii  ;  1849, 
pi.  II,  n"  4;  pi.  III,  n"'  16  et  suiv. 

(•i)  Mess,  des  scienc.  hist.,  1848,  p.  595,  pi.  xiii,  n"  5. 

(r>)  A.  RicH,  V"  Guttus  et  Epichysis  V.  aussi  Pitiscls,  Leile.  antiq.  nmi., 
V"  Guttus. 


—  154  — 

III.  Plusieurs  autres  cruches  ou  débris  de  cruches 
distinctes  (pi.  v,  ir  20,  50,  51%  51'',  51%  51'^). 

Le  11°  51"  est  une  cruche  en  terre  grise,  ayant  la  forme 
signalée  comme  rare (i),  et  assignée  par  Rich  (2) à  la  lagena, 
qui,  d'après  lui,  diffère  de  l'amphore,  de  la  diota  et  de  Vojra, 
par  un  j)ied  sur  lequel  elle  peut  se  tenii'  droit  (3),  tandis  que 
les  autres,  également  à  deux  anses  (4),  mais  terminées  en 
pointe,  devaient  ou  être  appuyées  soit  contre  un  mur,  soit 
sur  un  support,  ou  être  enfoncées  dans  le  sol  ;  elle  diffère  de 
l'urne  à  voter  dans  les  comices  (5),  en  ce  que  celle-ci  était 
ovoïde  et  avait  les  anses  plus  proéminentes;  enfin  elle  diffère 
de  ce  que  rabl)é  Cochet  appelle  lagène  (e) ,  en  ce  que  celle-ci 
a  un  goulot  à  deux  phalanges,  comme  les  deux  cruches 
n"'  29  et  50,  et  n'a  pas  deux  anses  ;  M.  Joly,  de  son  côté,  de 
même  que  M.  Schayes,  ne  donne  qu'une  anse  à  la 
lagène  (7). 

La  lagène  de  Fresin,  si  lagène  y  a,  est  plus  élégante 
qu'aucune  de  celles  qu'on!  tj'ouvées  dans  notre  pays 
le  chanoine  de  Bast  en  plusieurs  endroits  (s)  et  M.    del 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  VII,  p.  415.  On  en  a  trouvé  une  seule  de 
ceUe  forme  dans  le  vaslc  cimetière  de  Fiavion,  ibid.,  VII,  p.  15. 

(2)  V's  Lagena  et  Diola. 

(3)  Les  Ann.  Soc.  archéol.  de  ^amiir,  II,  ji.  25,  |)l.  11.  n"  :2,  et  IV,  p.  92, 
pi.  I,  litt.  F,  appellent  cependant  anipliore  nn  vase  seiiililablo  ii  noire  laiîène. 
V.  aussi  VII,  p.  15,  pi.  n,  n"  7. 

(i)  Malgré  lY'tymologie,  Pniscus,  v»  Ampliora,  Schavks,  Revue  d'Iiist.  cl 
d'archéol.,  I,  p.  550,  Bull,  de  VAcad.  roij.  de  lielg.,  XIV,  2",  p.  2G6,  et 
Cochet,  Sépull.  gauL,  p.  5it,  parlent  d'anipiioirs  à  une  anse. 

(s)  A.  RiCH,  v"  Urna. 

(e)  Norm.  sont.,  pi.  vi,  lig.  10. 

(7)  Mess,  des  scienc.  hisl.,  18 58,  p.  587,  Sciiayks,  Catalogue,  etc.,  2'-  part., 
Il"'  Mi  à  125,  et  257-258. 

(s)  liecuril  d'aulUiuités  romaines  cl  gauloises  trouvées  dans  les  Flandres, 


—   loo  — 

Marmol  h  Champion.  Celui-ci  croit  pouvoir  assigner  aux 
siennes  la  destination  cle  cruche  à  Iniile,  à  raison  d'une 
expérience  intéressante  faite  par  lui  au  moment  de  la  décou- 
verte :  un  bâton  frotté  au  fond  du  vase  laissa  sur  du  papier 
une  trace  huileuse  (i).  Bien  que  la  présence  d'huile  n'ait 
pas  été  reconnue  dans  la  lagène  de  Fresin,  dont  les  débris 
étaient  épars,  il  n'est  pas  impossible  qu'elle  ait  eu  la  même 
destination;  car  autant  qu'il  a  été  donné  de  le  constater, 
cette  cruche  était  placée ,  comme  celle  de  Champion ,  à 
l'Est  de  la  partie  inférieure  du  caveau ,  et  non  loin  des 
lampes  sépulcrales. 

Les  deux  cruches  n"'  29  et  50  ont  un  goulot  se  divisant 
en  deux  phalanges  dont  l'inférieure  se  rattache  à  l'anse;  la 
seconde  cruche  est,  sauf  une  légère  différence  à  l'orifice  du 
goulot,  la  réduction  exacte  de  la  première. 

Des  cruches  semblables,  mais  de  dimensions  différentes, 
existent,  au  Musée  d'antiquités  de  Bruxelles  (2),  et  l'on 
en  a  découvert  en  grand  nombre  dans  les  sépultures 
antiques   (0),    ayant   même   jusqu'à    trois  phalanges    au 


pl.  XIV,  n"  15,  et  pi.  XV,  11"'  1  et  5.  V.  aussi  Leemans,  Romeiusche  otidheden 
te  MaestricM,  pl.  v,  n"  58 ,  et  Public.  Soc-  de  Luxembourg,  18i5 ,  pl.  iv,  n"  vm; 
cette  Revue  donne  même  une  semblable  lagène  à  quatre  anses  dont  les  plans 
se  coupent  à  angle  droit,  deux  par  deux,  ibid.,  n"  vu. 

(i)  Ann.  Soc.  archéoL  de  Namur,  II,  p.25,  pl.ii,  n°2,  IV,  p.25et  VII,p.2o8. 

(2)  Entre  autres  un  vase  indiqué  sous  le  nom  de  potiche  aux  n"'  261  à  2G5  du 
Catalogue  de  Schayes. 

(r>)  Cochet,  Sêpult.  gaul.,  p.  60;  Ami.  Soc.  archéol.  de  Aamur,  II,  pl.  11, 
n"'  5  et  22  ;  VII,  p.  50,  pl.  11,  n"  5;  Revue  d'hist.  et  d'archéoL,  t.  III,  p.  54, 
n"  4,  Lettres  sur  des  antiquités  trouvées  à  Fetuy  et  aux  environs  (extr.  des 
Ann.  Cercle  archéol.  de  Mous),  par  le  docteur  Norbert  Ci.oquet,  pl.  i ,  n"  10. 
V.  aussi  Bull.de  Vlnstif.  archéol.  liég.,  V,  p.  217;  Archœologia  ,  XXXV,  p.  96, 

pl.    III,  n"  1  ;  DE  MONTFAICON,  III,  ]»1.  I.XXVII. 


—   156  — 

goulot  (i),  exagération  d'élégance  qui  se  rapporte  évidem- 
ment à  une  époque   de  décadence  artistique. 

Le  n°  31''  est  une  grande  cruche  en  poterie  commune 
dont  l'anse  se  rattache  directement  à  un  goulot  assez  large; 
ce  vase  est  une  sorte  de  capis  (2) ,  pot  à  vin  à  une  seule  anse, 
forme  très-simple  qui  resta  employée  longtemps  dans  les 
cérémonies  religieuses ,  parce  que  les  vases  de  terre  étaient 
à  la  fois  considérés  comme  plus  durables  et  plus  purs  (inno- 
centiora)  que  les  vases  en  métaux   précieux  (s). 

Les  n"^  31  "^  et  31''  sont  des  fragments  encore  incomplets 
de  deux  autres  vases  :  un  débris  de  goulot  et  un  autre 
de  fond. 

IV.  Cinq  vases  (4)  en  terre  noirâtre  ou  bistrée,  dont  un 
plus  grand  et  quatre  plus  petits,  affectant  la  forme  d'urnes 
ou  de  gobelets  plus  renflés  à  la  panse  et  plus  étroits  au  col 
(pi.  V,  n"'  53,  34,  35,  40  et  41). 

Des  cendres  gisaient  au  fond  du  grand  vase  n"  33  et  d'un 
des  petits  vases  34-35;  mais  il  n'est  pas  imj)Ossible  qu'elles 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  iSaiiiur,  VII,  p.  ôo,  pi.  ii,  n"  J. 

(2)  A.  RiCH,  v"  ce  mot.  V.  un  vase  ayant  assez  de  ressemiilancc  avec  le 
n"  Sib,  Public.  Soc.  de  Luxembourg,  1859,  pi.  v,  n°  2. 

(3)  Plin.,  Hist.  nat..,  XXXV,  46.  V.  des  vases  d'une  disposilhin  à  peu  i)rès 
identique  :  Revue  d'hist.  et  d'archéol'.,  III,  p.  54,  n"  5  ;  Ann.  Soc.  archéol.  de 
Namur,  VII,  pi.,  11,  n°  9;  Cochet,  Sépult.  gauL,  p.  59  et  60;  Leemans, 
/.  cit.,  pi.  V,  n"  59. 

(i)  On  évite  de  se  servir  ici  du  nidl  policlu:  |)arci'  (iiie,  loin  de  correspondre  a 
un  terme  de  la  céramique  ancienne,  il  n'est  pas  même  admis  par  le  Dict.  de 
IWcadémie  ni  par  le  Supplément;  en  outre ,  si  tenté  que  l'on  puisse  être 
d'emprunter  aux  arcliéoloi-Mics  distingués  de  Namur  une  expression  appliquée 
par  eux  à  des  vases  semblables  {Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  pi.  i,  n"'  1 J 
et  i-l,  et  p.  63;  V.  aussi  Mess,  des  scienc.  hist.,  1844,  p.  525,  et  18i5,  pp.  98, 
100,  MO  et  1 18),  l'usage  n'est  pas  assez  général  à  cet  égard  pour  s'imposer,  car 
le  Catalogue  du  Musée  royal  d'antiquités,  par  Schayes,  donne  le  nom  de  potiche 
a  une  crucjic  du  genre  de  uns  n"'  20  et  50,  V.  p.  154,  note  2. 


—  \:n  — 

y  soient  descendues  par  suite  de  l'aflaissement  des  couches 
supérieures. 

L'une  des  petites  urnes  54-5o  laisse  voir  à  sa  partie  interne 
un  défaut  de  fabrication  semblable  à  celui  qui  a  été  remar- 
qué à  l'une  des  lampes,  comme  si  une  feuille  adhérant  à  la 
paroi  n'avait  été  enlevée  qu'après  la  cuite  ou  l'application  de 
l'enduit  :  ce  vase  était  donc  neuf  au  moment  où  il  a  été  placé 
dans  le  caveau. 

L'abbé  Cochet  croit  que  la  forme  du  grand  vase  n°  35 
est  celle  des  vases  aux  offrandes,  et  la  forme  des  plus  petits 
celle  des  vases  aux  libations  (i).  M.  Janssens,  conservateur 
du  Musée  de  Leyde  (2),  donne  à  des  vases  semblables  à  ces 
derniers  le  nom  de  zalf-potjes  (pots  à  onguent)  ;  mais  c'est  là 
plutôt  une  comparaison  qu'une  attribution;  cependant  les 
d(;ux  petites  urnes  n"'  40  et  41 ,  de  même,  au  sur])lus,  qu(^ 
le  grand  vase  n"  33 ,  sont  parsemés  à  l'extérieur  de  grains 
de  sable,  comme  pour  les  empêcher  de  glisser  dans  la  main, 
caractère  que  les  archéologues  croient  pouvoir  assigner  aux 
récipients  destinés  aux  matières  grasses  ,  comme  huiles 
ou  onguents  (3). 

Des  vases  semblables  ont  été  trouvés  dans  plusieurs  sépul- 
tures anciennes  fouillées  en  Belgique  (4). 


(i)  Norm.  sont.,  pi.  vi  ;  Sépidt.  gauL,  p.  iô. 

(•2)  Gedenkleekenen  der  Germanen  en  Romeyiieii  arti  den  liiiker  oerer  van  den 
^eder-Ryn,  pass'im. 

(3)  MM.  JoLY,  Antiquités  celto-germaniques  et  gallo-romaines,  tromées  sur  le 
territoire  de  Benaix,  p.  49.;  del  Mahmol,  Ann.  Soc.  archéol.  de  Naniur,  IV, 
p.  22,  et  ScHAYKs,  Bull.  Acad.  roy.  de  Belg.,  XIH,  2»,  p.  196.  V.  aussi  De 
Bast,  Becueil  d'antiquités,  pi.  ix,  tig.  10;  Janssen,  Gedenkleekenen,  pi.  m,  fig.  10; 
pi.  XVII,  fig.  6. 

(i)  Ann.  Soc.  archéol.  de  ISainur,  II,  p.  68,  pi.  i,  n""  i  et  12,  Bull.  .\cad. 
roy.  de Belg.,  xxx*"  année,  2'=  série,  XI,  p.  ôOl. 


—  158  — 

V.  Deux  patines  en  terre  rouge  découvertes  près  de  l'ori- 
fice de  la  grande  urne  n"  35  qui  était  renversée,  et  à  laquelle 
elles  pourraient  bien  avoir  été  superposées  (pi.  v,  n"'  57 
et  58). 

Ces  patines,  en  l'absence  de  toutes  poteries  sigillées  plus 
particulièrement  destinées  à  cet  usage,  ont  sans  doute  servi 
à  contenir  des  aliments  solides  avec  sauce  (i). 

Un  objet  semblable,  mais  en  terre  grise,  a  été  découvert 
à  Champion  (->). 

VI.  Deux  jarres  à  bec  (hypothétique  pour  la  plus  petite) 
destiné  à  faciliter  l'écoulement  des  liquides  qui  y  étaient  con- 
tenus (pi.  V,  n"'  1o  et  59). 

Ces  objets  dont  le  plus  grand  i)araît  avoir  contenu  des 
cendres,  rappelIcMit  certain  ustensile  de  ménage  nommé  tèle, 
qui  sert  notamment  à  recueillir  la  crème  dans  les  laiteries, 
et  l'on  en  a  trouvé  quelques-uns,  assez  semblables,  dans  les 
fouilles  faites  dans  notre  pays  (5). 

Le  n"  l'iest  muni  d'un  manche  en  forme  de  bouton  qui 
])ourrait  bien  en  faire  un  scaphium ,  sorte  de  vase  destiné 
à  recevoir  les  aliments  liquides  (4)  et  peut-être  les  boissons 
ou  le  sang  des  victimes  (3).  Cependant  le  manche  du 
scaphium  est  en  général' plus  allongé  (e). 


(i)  A.  RicH,  v"  Patina. 

(2)  Ann.  Soc.  archéol.  de  ^amin\  II,  ji!.  ii,n"  lo,  p.  68. 

(.-))  Mess,  des  scienc.  Iiist.,  l8.io,  p.  98  et  450,  pi.  m,  ii"  0,  pi.  ix,  n"  15; 
Ann.  Soc.  archéol.  de  Nanitir,  II,  pp.  62,  65,  68  et  69,  iil.  i,  n"  7,  ]\\.  ii,  ir9; 
VII,  p.  413;  V.  aussi  dk  Cayms,  I,  pi.  cm,  n"  4. 

(i)  A.  Ricii,  V"  Paiera. 

(s)  Mess,  des  scienc.  Iiisl.,  18i8,  p.  596,  pi.  .\iii,  n"  4. 

(6)  V.  Bull,  archéol.  napol.,  ann.  V,  lav.  lU.,  et  Archœolof/ia,  XXlV,  p.  6, 
pi.   II. 


—  lo9  — 

Dans  certaines  sépultures,  les  terrines  de  la  forme  du  n"  59 
étaient  surmontées  d'un  gril  (i)  et  le  scaphium  du  modèle 
n°  15  contenait  une  cruche  à  bec  pincé  (2). 

VII.  Deux  soucoupes  en  terre  blanchâtre  recouverte  d'un 
enduit  rouge  pour  la  faire  ressembler  à  la  terre  sigillée, 
mais  ayant  perdu  une  partie  de  l'éclat  de  cire  à  cacheter 
qui  distingue  ordinairement  ce  dernier  genre  de  poterie 
(pi.  V,  n''^42et  45). 

Ce  sont  là,  sans  doute,  des  récipients  ayant  servi  à  con- 
tenir des  liquides,  et  dans  lesquelles  on  versait  le  vin  des 
sacrifices  à  l'aide  du  guttus  (.ï),  ou  bien  des  soucoupe 
comme  les  hypocratêridia  dont  parle  Philostrate  (4). 

Des  objets  semblables  ont  souvent  été  trouvés  dans  les 
sépultures  anciennes  de  la  Belgique  (■;) ,  et  la  tombe  Hé- 
mava  (e)  dont  il  sera  peut-être  donné  à  l'auteur  de  la  pré- 
sente notice  de  parler  ici  même,  a  fourni  un  service  complet 
de  véritable  poterie  sigillée,  poterie  très-estimée  des  anciens. 

D.  —  Autres  objets  {jeux,  ornements). 

I.  Plusieurs  grains  de  collier  en  pâte  mate,  trouvés  suc- 
cessivement dans  les  pelletées  de  terre  extraites  de  la  fosse 
(pi.  III,  n"  18). 


(i)  Ann.  Soc.  archéol.  deNamur,  II,  /.  cit. 

(2)  Archœologia,  l.  cit. 

(3)  A.  RicH,  v"  Paiera. 

(1)  Vie  d'.Apolloniiis  de  Thyane,  Uh.W.ap.  de  Montfaucon,  IIF,  p.  149. 

(s)  Revue  d'hist.  et  d' archéol.,  III,  p.  54,  n"  9;  Lettres  sur  des  antiquités 
trouvées  à  Feluy  (extr.  des  Ann.  du  Cercle  archéol.  de  Mons),  par  le  docteur 
Norbert  Cloqiet,  n"  9;  Bovy,  Prom.hist.,  II,  p.  133.  V.  aussi  .Xrchœologia, 
XXXII,  pi.  II,  fig.  5. 

16)  Bull,  des  Cnmm.  roy.  d'Art  et  d'. Archéol.,  I.  p.  121. 


—    160  — 

Les  anciens,  Romains  et  barbares,  lionimes  et  lemnies, 
se  plaisaient  à  porter  ce  genre  d'ornements;  aussi  l'on  a 
trouvé  un  grand  nombre  de  grains  de  collier  dans  les  sépul- 
tures (i).  On  comprend,  du  reste,  la  variété  infinie  de  formes 
et  de  matières  qui  distingue  ces  objets,  tantôt  en  or ,  tantôt 
en  argent,  en  perles,  en  verre,  etc.  Ceux  qui  se  rapprochent 
le  plus  des  grains  trouvés  à  Fresin  ont  été  décrits  par 
MM.  Joly  (2)  et  Alf.  Béquet  (3). 

II.  Dé  cubique  à  jouer,  en  os  ou  en  ivoire,  ayant  les 
points  marqués  au  milieu  de  deux  cercles  concentriques 
(pi.  III,  n"  19). 

De  Montfaucon  (i),  de  La  Chausse  (5)  et  Rich  (e)  don- 
nenl  des  dessins  de  tesserœ  lusoriœ  en  tout  semblables  au  dé 
(le  Fi'çsin  ;  Oberlin  (7)  en  a  dessiné  une  paire  que  Schiiep- 
ninn  avait  trouvée  en  Alsace,  dans  une  urne,  à  côté  de  pions 
et  d'une  monnaie  de  Vespasien,  et  V Encyclopédie  métho- 
dique (.s)  affirme  qu'on  en  a  découvert  également  en  Suisse. 

Enfin,    l'abbé    Cochet    a  rencontré,    dans    ses  fouilles, 


(0  ScHEFKEiius,  De  nntiq.  lonpiibus,  iip.  Gu.ev.,  xn,ii.  900,  et  spécialement 
cyp.  XII,  p.  0i5  :  Quad  in  urtivcrsum  gcntibus  torques  fueril  in  um;  dk  Mont- 
FACcox ,  I ,  p.  Il  ;  II,  p.  248  ;  111,  |pp.  55  et  ÔOl  ;  Sciiayes,  la  Belgique,  etc., 
I,  pp.  75  et  169;  Tkoyon,  Habitations  lacustres,  etc.,  pp.  540  et  ôil  ;  Ki.emm, 
Hamlbuch  der  deutschen  AUerthumskunde,  pi.  xu  etxiii;  Ann.  Soc.  archéol. 
deNamur,  VI,  pp.  547  et  578  (à  Flavion,  ibid.,  VII,  p.  16  et  pp.  42-45,  on 
a  trouvé  deux  fois  plus  de  soixante  grains  de  collier  dans  une  seule  sépulture)  ; 
Leemans,  Romeinsche  oudheden  te  Maestricht,  pi.  m,  n"  18. 

(-2)  Mess,  desscienc.  hist-,  \SAi,  pi.  n,  u"  1. 

(ô)  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  VII,  p.  ilo. 

(i)  IM,  pi.  ci.xxvi. 

(.-;)  Ap.CjW.Y.w  XII.  p.  962,  dissertation  De  vasis ,  bullis,  tesseris,  etc., 
tab.   VIII. 

(o)  V"  Tessera. 

(i)  Muséum  Srlur/Iiui  [  1,  lupides^  mannorn,   vasa),  pi.  xv,  11?.  9,  et  p.  155. 

(8)  V"  hr 


—  1()1  — 

deux  paires  de  dés  (lui,  d'après  lui,  sitiil  les  ))reiiiiers  que 
des  sépultures  antiques  aient  fournis  en  France  (\). 

La  Jielgi(pie  aura  désoi-niais  aussi  son  contingent  à  a|)por- 
ter,  et  Fresiii  ne  sera  pas  même  la  première  localité  que  sem- 
blable trouvaille  signale,  car  le  tumulus  de  Champion  a 
révélé  un  dé  en  ivoire  à  M.  del  Marniol  (^). 

Le  jeu  de  dés,  comme  on  le  sait,  était  aussi  bien  en  usage 
chez  les  Romains  que  chez  les  barbares  (ô). 

in.  Certain  nombre  d'objets  d'une  malière  vitreuse  sem- 
blable d'aspect  à  l'agate  et  à  l'albâtre,  et  ayant  la  forme  de 
boutons  d'habit,  mais  sans  attache.  Ces  objets  étaient  au 
nombre  de  treize  blancs  et  de  neuf  noirs ,  dont  quatre  plus 
grands  ;  quelques  autres  ont  été  retrouvés  adhérents  à  des 
parties  de  fer  fondu,  et  l'on  sait  que  trois  ou  quatre,  (ant 
blancs  que  noirs,  ont  été  soustraits,  ce  qui  en  porte  le  nom- 
bre total  à  trente  environ  (pi.  m,  n"  20). 

On  pourrait  croire  que  ces  objets  trouvés  successivement 
dans  les  pelletées  de  terre  provenant  à  peu  près  de  l'empla- 
cement des  colïrets  étaient  simplement  des  ornements  variés 
de  nuances  et  encastrés  dans  le  couvercle  de  ceux-ci  ;  mais 
l'opposition  du  blanc  et  du  noir,  qui  sont  les  couleurs  habi- 
tuelles des  pions  de  deux  camps  en  présence,  la  trouvaille  du 
dé  n"  19,  la  découverte  faite  par  l'abbé  Cochet  de  dés  et  de 
jetons  dans  une  même  sépidture(4),  enlin,  robscrvalion  sou- 


(i)  Norin.  sont.,  pi.  vi,  ii"^  7  et  8;  Batis.sikr,  Hisf.  de  l'art  iiioniun. ,  p  309, 
cite  cependant  la  découverte  de  dés  dans  les  tombeaux  anciens  comme  n'étant 
nullement  extraordinaire. 

(2)  A»n.  Soc.  archéol.  de  Nainiir,  IF,  p.  72. 

[T,)  JiL.  Capitol.,  2«  .■Ëlio  Vero,  v;  Cw..,  lib.  I,  De  diviml.  ;  Tacit.,  .1/w. 
Germ.,  xxiv;  Schayes,  la  Belgique,  etc.,  1,  p.  20-4. 

(4)  ynnii.  wiil.,  p.  Lj-'i. 


—   162  — 

veul  l'aile  (|iie  les  anciens  i)la(;aient  à  la  fois  dans  les  tombeaux 
des  dés  et  des  jetons  (i),  tout  cela  ne  permet-il  pas  de  supposer 
qu'il  s'agissait  d'un  jeu  d'agrément  analogue  à  nos  dames, 
à  nos  écliecs  ou  à  notre  trictrac?  Cependant  un  doute  sérieux 
peut  naître  de  ce  que,  d'une  part,  les  jeux  d'asduodecim  scrip- 
torum  {scruponiml)  n'exigeaient  en  tout  que  vingt-quatre 
jetons,  douze  de  chaque  couleur,  et  d'autre  part,  (pie  les  jeux 
où  les  dés  sont  nécessaires ,  comme  dans  le  trictrac ,  exi- 
gent une  superposition  de  ces  jetons,  impossible  avec  la 
surface  convexe  de  ceux  de  Fresin  (2). 

S  III. 

Une  première  question ,  qui  s'offre  tout  naturellement  à 
l'examen ,  concerne  la  date  à  assigner  à  la  sépulture  dont  le 
mobilier  vient  d'être  décrit. 

A  qui  faut-il  donner  raison,  ou  à  Sclueptliim  et  à 
Mi\I.  d'Otreppe  et  Renard  (jui  voient  dans  les  lombelles  de 
notre  pays  des  sépultures  celtiques,  ou  à  MM.  Schayes  et 
Perreau  qui  croient  y  reconnaître  une  origine  germaine, 
ou  à  M.  Galesloot  qui  attribue  ces  monuments  aux  popu- 
lations belgo-romaines ,  ou  à  M.  Driesen  (jui  les  rappoi-le 
aux  Franks ,  ou  enlîn  à  la  tradition  populaire  qui  les  appelle 
encore  aujourd'hui  to?nbes  romaines,  et  (jui  n'hésite  pas  à 
les  considérer  comme  des  traces  directes  de  ces  conquérants? 


(i)  'A  'fesseras  talosque,  disait  Oberlin  l.  cit.,  siiiti  )ioununqi(unt  ud  infcrus 
comités  dedere  veteres.   »  V.  aussi  Batissieu,  /.  cit.,  p.  5U'J. 

(s)  V.  pour  d'autres  découvertes  de  jetons  :  Bull.  Soc.  liist.  et  litt.  de 
Tournai,  I,  p.  105;  Atui.  Cercle  archéol.  de  Mous,  I,  p.  79;  Ja.nsse.n,  Gedenk- 
teeUenen,  etc.,  (ig.  xii,  u"  1:2. 


—   165  — 

Les  cendres  liumaiiics  nous  indiquent  à  l'instanl  cette 
période  qui  prit  fin  soit  dans  la  seconde  moitié  du  m"  siècle 
soit  vers  le  commencement  du  iv''  (i),  et  où  le  feu  régnait 
sans  partage  dans  l'empire  des  morts. 

De  leur  côté,  les  vases,  par  leur  l'orme,  appartiennent 
incontestablement  à  la  civilisation  romaine,  et  non  à  la  bar- 
barie celtique  ou  germanique  (2),  et  l'on  sait  que  chez  les 
anciens,  si  éloignés  de  la  versatilité  de  nos  mœurs  actuelles, 
la  nature  de  la  pâte ,  le  mode  de  laçonnage,  le  style  des  orne- 
ments et  des  contours,  étaient  généralement  constants  (5),  à 
tel  point  qu'un  archéologue  a  pu  s'écrier  :  Montrez-moi  les 
vases  d'un  peuple,  je  vous  dirai  quel  il  était  (4). 

Or,  la  plupart  des  vases  trouvés  à  Fresin  rencontrent  leurs 
analogues  dans  des  sépultures  du  if  siècle  (5);  ce  sont  no- 
tamment les  deux  buires  en  bronze,  le  trépied,  les  coffrets, 
les  fioles  de  verre,  les  cruches  à  goulot  Iréllé  ou  divisé  en 
phalanges ,  les  urnes  à  libations  et  à  offrandes ,  les  patines 
en  terre  cuite,  et  les  patères  en  terre  sigillée ,  etc. 

Un  seul  objet,  le  bassin  de  bronze  n"  1,  peut  induire  en 
doute,  à  raison  d'un  bassin  ovale  semblable  découvert  dans 
un  cimetière  l'rank  à  Londinières,  par  l'abbé  Cochet  (g); 

(i)  «  Licet  nrencli  corpora  defuniJorum  iisiis  nostro  sœciilo  (iv«  siècle) 
nullus  sit,  »  dit  Macrobe,  Satitru.,  VII,  7.  V.  au^si  liciKc  de  l'art  clircficn  par 
Taljbé  CoRBLET,  I,  p.  Hîo. 

(2)  V.  sur  les  caractères  particuliers  de  la  cérauiitpie  barbare  :  bRoNGM.VRT, 
Traité  des  arts  céramiques,  et  Cochet,  Arc/téologie  céramique  ei  sépulcrale,  etc. 
passim;  V.  aussi  Adr.  Heylen,  Hlstorisclie  verhandelingen  over  de  Kempen , 
2e  édil.;  p.  281  ;  Schayes,  la  Belgique^  etc.,  et  surtout  la  pi.  du  II'-'  vol. 

(3)  Brongniart,  /.  cit.,  I,p.  6.  V.  observations  dans  le  même  sens  de  M.  Alb, 
ToiLLiEZ,  Ann.  Cercle archéol.  de  Mous,  I,  p.  ii-2,  note  2. 

(+)  Boucher  de  Perthes,  Antiquités  celtiques  et  antédiluviennes,  p.  7 't. 
(3)  V.  ci  dessus,  p.  124. 
(6)  Sépult.  gatiL,  p.  76. 


—  1()/..  — 

mais  ce  savant  ne  dissijnulc  pas  sa  surprise  ;  il  signale  ce 
Ijassin  comme  étant  d'une  forme  tout  à  fait  originale  et  sin- 
gulière; il  semble,  en  un  mot,  (jn'il  lui  répugne  d'attribuer 
r()i)j('l  trouvé  par  lui  ;i  une  séj)ullui'e  l'ranke.  N'est-il  pas 
possible  dès  lors,  se  demande-t-on ,  que  le  sol  du  cimetière 
de  Londinièrcs  eût  servi  à  des  enterrements  plus  anciens  (i)? 
question  d'autant  plus  naturelle  à  poser  que,  on  ne  l'ignore 
pas,  les  Franks  ont  clioisi  des  élablissemenls  romains  |)()ur 
leurs  premières  résidences  (2).  La  présence  de  débris  tle 
coffrets  avec  garnitures  en  bronze  à  côté  du  bassin  de  Lon- 
dinières  comme  à  côté  de  celui  de  Fresin  ,  donne  de  la  vrai- 
semblance à  cette  supposition ,  d'autant  plus  qu'à  Onial , 
dans  une  sépulture  de  la  période  belgo-romaine ,  un  bassin 
semblable  avait  été  placé  (5).  En  tout  cas,  s'il  n'y  avail 
pas  lieu  d'aller  aussi  loin  que  M.  le  général  Renard,  et  de 
faire  remonter  les  vases  en  cuivre  trouvés  dans  les  sépul- 
tures jusqu'aux  Celtes  (4),  s'il  était  même  interdit  d'anti- 
ciper d'un  siècle  ou  deux  sur  la  date  assignée  par  l'abbé 
Cocbet  à  sa  découverte,  il  est  au  moins  incontestable  que 
le  bassin  de  Fresin,  contenant  des  cendres,  est  anlc'ricui- 
aux  Franks  qui  ne  brûlaient  |)lus  leurs  morts  (5;,  ce  (|iii 
sulïit  pour  réfuter  l'opinion  de  M.  Driesen  {a). 

Tous  les  vases  du  caveau  sépulcral  de  Fresin  révèlent 


(i)  Eli  voir  des  exemples  dans  A.  Mlhcikk,  Lu  séiiv.llnrc  thrclicinic  en  France 
d'après  les  monuments,  Paris,  1855,  p.  125. 

(2)  Observalioii  faite  par  iM.  I'iot,  Rcime  d'hist.  et  d'anliéol.,  11,  p.  50!l. 

(5)  V.  cet  objet  au  Musée  areiiéol.  de  Liège,  et  M.  d'Otuei-i'e,  /.  cil. 

(1)  Bull.  Soc.  hist.  et  litt.  de  Tournai,  I,  p.  55. 

(5j  Cochet,  I\'orm.  sout.,  p.  29;  Bidl.  des  Comiu.  roi/.  d'.Art  et  dWrcliéol.,  I, 
pp.  12-2  et  125. 

^g)  Compte  rendu  de  VAssemblée  yénérale  de  lu  Comm.  roy.  des  Monuments, 
eu  l-Siil,  p.  70.  V.  une  opinion  aiiaioj;ue  de  ueFem.kh,  citée  par  liovy,  ii,  p.  195. 


—   Kio  — 

1)1011  celte  grande  époque  de  la  puissance  de  Rome  pendant 
le  Haut-Empire.  Quoique  la  céramique  antique  lut  peu  sujette 
àscmodilier,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'elle  n'a  pu  com- 
plètement se  soustraire  à  l'intluence  du  goût  du  temps  :  à 
une  époque  où  les  arts  sont  llorissants,  correspondent  des 
modèles  simples,  élégants,  harmonieux,  proportionnés (i); 
à  une  époque  de  décadence,  des  formes  forcées,  outrées, 
exagérées,  surchargées,  ahàtardies.  Or,  non-seulement  les 
vases  de  Fresin,  même  en  simple  terre  cuite,  se  distinguent 
par  un  cachet  essentiellement  artistique ,  mais  ils  sont  accom- 
pagnés d'objets  en  verre  qui  défieraient  presque  l'imitation 
moderne,  et  de  vases  en  bronze  à  détails  et  ornements  dus 
à  ces  mains  exercées  et  conduites  par  le  sentiment  du  beau 
qui  ont  sculpté  les  vases  en  tout  semblables  recueillis  dans 
les  Musées  de  la  haute  Italie  (^2). 

Enlin,  comme  pour  limiter  le  champ  des  suppositions,  les 
deux  monnaies  de  bronze  de  la  sépulture  de  Fresin  précisent 
une  époquecertaine,  depuis  l'an  92  de  l'ère  chrétienne  jusqu'au 
règne  d'Adrien,  mort  en  l'an  138.  Chose  remarquable! 
connue  on  l'a  dit  plus  haut,  deux  monnaies  ont  été  éga- 
lement découvertes  dans  la  tombe  Hémava  (3)  ;  ces   deux 


(1)  «  Lorsqu'aujourd'hui  nous  découvrons  un  simple  objet  d'art  des  temps 
anciens,  nous  jugeons  par  sa  perfection  plus  ou  moins  grande,  à  quelle  période  de 
l'histoire  d  se  rapporte;  s'il  mérite  notre  approbation,  soyez  sûrs  qu'il  date  d'une 
époque  où  la  société,  bien  assise,  était  grande  par  la  parole,  par  les  sciences 
comme  par  les  arts.  »  (Discours  de  Kapoléon  III,  prononcé  au  Louvre  le  2o  jan- 
vier 1863,  lors  de  la  remise  des  récompenses  aux  exposants  français,  Indépen- 
dance du  -21  janvier). 

(2)  V.  pius  haut,  p.  129. 

(ô)  Bull,  des  Comni.roij.  d'Ail  et  d'ArcliéoL,  I,  p.  121.  La  lecture  de  ces 
médailles  que  Mad.  Jamar  de  llasselhrouck  a  bien  voulu  permettri'  de  (•(inlicr 
a  l'auteur,  a  été  l'aile  par  le  savant  numismate  M.  Piot. 

11 


—  nw;  — 

niéd;iili(\^,  })kiC(Je.s  ;ivoc  iiilentioii  sur  l'anse  de  l'unie  ciné- 
raire où  elles  oui  élé  trouvées,  indiquent  une  période 
ayant  à  peu  près  la  même  durée,  depuis  Galba  qui  régna 
moins  d'un  an  (GS-OD)  jus([u'à  Trajan,  (pii  mourut  en 
l'année  117.  A  la  vérité,  le  numéraire  des  princes  restait  sou- 
vent en  circulation  bien  des  années  après  leur  décès,  et  il 
en  fut  ainsi  tout  spécialement  des  monnaies  des  empereurs  (i)  : 
il  n'est  pas  impossible,-  par  conséquent,  d'assigner  aux  sépul- 
tures une  date  plus  récente  (pic  celle  des  ])ièces  trouvées; 
mais  si  l'on  réllécliit  ;i  la  perte  vraisemblable  de  l'usage  du 
naidiis  ou  obole  à  Garon,  que,  depuis  l'incinération  ,  il  était 
devenu  impossible  de  placer  dans  la  bouche  des  défunts;  si 
l'on  rélléchit  en  outre  à  la  circonstance  qu'une  seule  monnaie 
suffisait  à  titre  de  naulus  (i) ,  on  est  tenté  de  considérer  la 
découverte  des  deux  monnaies  du  tumulus  de  Fresin  et  de  la 
tombe  Hémava,  non  comme  lixant  uniquement  le  maximum 
d'antiquité  de  ces  sépultures  (5j,  mais  comme  en  déterminant 
la  date  réelle  (4).  Ainsi  le  placement  de  ces  deux  pièces  serait 


(1)  Mess,  des  scieiic.  Iiist.,  1851,  p.  57,  Schayes,  lu  Belgique  etc.,  i>.  iHi, 
note  1. 

(2)  Sur  le  iKiinbrc  de  pièces  servant  à  cet  usage,  V.  GrTHKiiUs,  De  jure 
Manium,  et  Mokksïellls,  Pompa  feralis  {ap.  Graev.,  XII,  pp.  1087  et  liôl), 
dont  l'un  s'appuie  sur  .Vpllée  pour  soutenir  qu'une  pièce  suliisait,  l'autre  sur 
Aristophane  pour  prouver  qu'on  employait  parfois  deux  et  même  jusqu'à  trois 
pièces.  Le  fait  est,  du  reste,  qu'on  a  parfois  trouvé  plusieurs  pièces  dans  la  même 
fosse  sépulcrale:  Bull.Acad.  roy.  de  Belg.,  XIV,  1",  p.  -iOO;  Ann.  Soc.  archéol. 
de  Naïuur,  VII,  pp.  (>,  15,  "25  et  i!6;  Schayes,  lu  Belgique,  etc.,  II,  p.  5(5i; 
Deiaaix,  l.ril.,  11,  p.  ôod;  Revue  d'Iiist.  et  d'archéol.,  IV,  p.  05,  n»  M; 
l'i.NciiART  (.Uc/«.  Acad.  roij.  de  Belg.,  XXIII),  A'o/ice  citée,  pp.  5  et  G.  Quant 
aux  dépôts  dans  des  urnes  de  centaines  de  pièces  de  monnaies  (V.  la  première 
notice  du  même,  ibid.,  XXII,  p.  9);  ces  trésors,  dont  on  trouve  des  exemples 
à  toutes  les  époques,  n'avaient  sans  doute  rien  de  funéraire. 

(5)  Schayes,  In  Belgique,  etc.,  II,  476,   note   I. 

(i)  V.  dans  le  même  sens  M.  ue  la  Sal'ssave,  ap.  (Jocuet,  Acr/w.  sout.,  \\.  bO. 


—  167  — 

un  fait  aussi  inloiUionnel  que  le  scelleineiU  de  luédailles  dans 
la  première  pierre  de  nos  édifices,  cl  l'on  obliendrait  counne 
indication,  pour  la  sépulture  de  Fresin,  une  période  pou- 
vant aller  de  25  à  46  ans,  à  raison  du  commencement  du 
règne  d'Hadrien  en  117  et  de  la  mort  de  ce  prince  en  158. 
Si  cette  période  est  celle  de  la  vie  du  personnage  dont  les 
restes  ont  été  déposés  dans  la  tombe ,  évidemment  la 
marge  est  encore  assez  grande  :  pour  des  Italiens  plus 
précoces  que  les  habitants  du  Nord,  pour  des  Romains, 
chez  qui  les  fils  de  famille  occupaient  dès  leur  jeunesse 
des  emplois  militaires,  témoin  Pompée  et  Octave  en- 
treprenant la  guerre  civile  avant  d'avoir  atteint  l'âge  de 
vingt  ans,  témoin  encore  Néron  proclamé  empereur  à  dix- 
sept  ans  (i) ,  il  n'est  nullement  nécessaire  de  recourir  à 
l'hypothèse  que  la  première  des  deux  médailles  indiquerait 
une  autre  date  que  la  naissance,  par  exemple  celle  de  l'en- 
trée en  fonctions. 

Nous  voilà  certes  bien  loin  des  Celtes  quoiqu'on  ait  essayé 
d'atlribuer  à  ceux-ci  les  tumulus  de  la  Hesbaye  {^)  :  depuis 
longtemps  dt'jà,  même  avant  César,  les  populations  ger- 
mano-belges avaient  expulsé  les  Gaulois  de  cette  partie  de 
notre  pays  (ô). 


(i)  Tacit.,  Ann.,  XIII,  6;  Sueton.,  in  Néron.,  ix. 

(2)  M.  d'Oïhepi'e  de  Bouvette,  la  Hesbaye,  p.  12,  cl  Bull,  liisl.  ardu'ol. 
liég.,  m,  p.  269.  V.  aussi  Sch/epflinn,  Alsatia,  pp.  525  cl  409;  M.  Renaku, 
Bull.  Soc  hist.  et  litt.  de  Tournai,  I,  pp.  55  et  95,  et  id.  ap.  Schayes,  la  BeUji- 
({ue,  elc,  II,  p.  153.  Le  système  de  M.  Renard  repose  sur  cette  idée  erronée 
que  les  armes  des  Gaulois  étaient  en  fer,  etcelles  des  Romains  en  bronze  trempe. 

(3)  On  connaît  à  cet  égard  les  textes  de  César  si  souvent  cités  :  Belgas  ortos 
a  Germaiiis,  Rhenumque  antiquitus  transcluctos,  Gallosque  e.ipulisse  {Bell.  galL, 
II,  4,  et  de  Tacite  :  Qui  primi  Rltenum  Iransgressi  Gallos  expuleruut  Tuiigri 
{Mor.  Germ.  II).  V.  aussi  Schayes,  la  Uelgique,  etc.,  t.  I,  pp.  17  et  18. 


—   168  — 

Mais  avant  de  raisonner  déjà,  comme  si  elle  était  démon- 
livo,  dans  l'hypothèse  que  le  tumiihis  de  Fresin  est  une 
lonibe  purement  romaine,  n'y  aurait-il  pas  lieu  d'examiné!- 
s'il  ne  faut  pas  attribuer  la  sépulture  aux  vainqueurs  des 
Gaulois ,  aux  Belges ,  soit  encore  nomades ,  soit  déjà  subju- 
gués eux-mêmes  et  établis  dans  l'une  ou  l'autre  station 
romaine  à  titre  de  sujets  ou  d'alliés  (i)  comme  l'étaient 
les  Bélasiens,  les  Tongres,  les  Xerviens  ou  les  Bataves? 
Les  uns  et  les  autres  pouvaient  en  elïel  cire  en  possession 
de  monnaies  et  d'aulres  objets  romains,  car  on  en  a  trouvé 
même  jusque  dans  des  contrées  où  les  conquérants  ne 
pénétrèrent  jamais  {'■>)''! 

Quant  aux  hordes  beUjo-yerm'nnes  (5)  encore  vagabondes 
cl  indomptées,  elles  pratiquèrent,  il  est  vrai,  l'usage  de 
brûler  les  morts  et  de  déposeï'  les  cendres  de  ceux-ci 
dans  des  urnes  funéraires  sous  des  combles  sépulcraux; 
elles  coimaissaient  l'emploi  des  colliers,  des  dés,  de  l'al- 
liage du  cuivre  avec  l'élain  :  il  n'est  même  ])as  impos- 
sible que  certains  objets  d'origine  purement  romaine  et  des 
monnaies  impériales  soient  arrivées  dans  leurs  mains  (4).  Mais 


(i)  Schayes,  Mém.  sur  les  documenta  du  moijen  ûgr,  relatifs  à  la  Belgique 
avant  et  pendant  la  domination  romaine,  p.  57.  (Méiii.  roiiroiiii.  de  l'Acad.  de 
Belg.,  1857,  XII.) 

(4)  ScHAVEs,  la  Belgique,  etc.,  II,  p.  fi;  Cleffei-,  Germ.  aniiq.,  10,  §  9. 

(3)  Libi'e  à  chacun  de  leur  donner  nn  nom  plus  recherché,  cotnine  l'avait  fait 
ce  magisirat  français  qui ,  dans  une  notice  envoyée  à  l'Académie  royale  de 
ttelgique,  appeliiit  Scandinavo-snévique  un  cimetière  delà  Flandre  Irançaisc  dont 
tous  les  caractères  étaient  ceux  de  l'époque  i;a!lo-romaine  (/{////.  Acad.  roy.  de 
lielg.,  XIV,  5",  p.  \x'd.) 

(4)  <■  Ext  videreapud  illoa  ur(jeulea  vasn,  legalis  el  prinriijibus  eorum  muneri 
data;....  proximi,  ob  usiim  commerciorum,  formas  quasdaut  iwstrœ  peciniiir 
afjtiosciiut  iilifiie  eliqiiul.  »  Tacit.  ,  Mor.  demi.,  v. 


([iiollc  apparence  y  a-l-il  (pic  ces  p(Mii)la(les  (pii  esliiiiaicMit 
les  vases  de  métaux  ju'éeieux  à  la  iiièiiie  valeur  (pie  les  vases 
de  terre  cuite  (i),  qui  n'eniployaient  ni  les  vases  de  verre  ou 
de  bronze  (2),  ni  les  parfums  (3),  qui  n'élevaient  sur  la 
tombe  de  leurs  morts  que  de  légers  (4)  tertres  de  gazon, 
dont,  au  surplus,  on  connaît  la  céramique  grossière  (5j,  se 
fussent  complu  à  enq)i'unter  aux  Romains  leurs  vases  et 
jnsqu'à  leurs  moimaies;  à  renoncer  à  leurs  mœurs  que 
Tacite,  conteini)0]'ain,  puisqu'il  mourut  vraisemblablement 
en  l'an  154((i),  décrivait  si  simples,  précisément  par  oppo- 
sition aux  fastueuses  cérémonies  funèbres  des  Romains;  à 
accumuler  dans  un  caveau  profond  (7)  les  vases  à  onguents 
et  à  essences,  les  brûle-parfums,  etc.,  à  élever  sur  les  cen- 
dres d'un  des  leurs  un  amoncellement  considérable  de  terre, 
et,  qui  j)lus  est,  à  établir,  tout  à  côté,  deux  autres  tertres 
non  moins  grands,  tertres  vides  complètement  inutiles 
et  contraires  à  leurs  babitudes,  à  eux  qui  méprisaient  l'iion- 
neur pénible,  coûteux  et  lourd  des  monuments  funéraires  (s)? 


Il)  H  Argciitefi  vasa  nou  in  ulia  rilifate  qiiam  quœ  litimo  fiiHiiinlur.  " 
Iri.,  ibid. 

(2)  SciiAYES,  la  Belgique,  etc.,  1,  p.  51  o. 

(3)  «  Striiem  rof/i...  nec  odoribus  cumulant .  »  Tacit.  ,  Mor.  (ierm. ,  xxvij. 

(4)  Id.,  ibid. 

(5)  ScHAYEs,  la  Iteh/ique,  fie,  I,  pp.  515  et  51(i;  Klemm,  Handbuch  uer 
deuisclies  Altherlhumskunde ,  pi.  xii  etxin;Ai).  Heylen  ,  Historische  ver- 
handelingen  over  de  Kempen,  ]).  218,  et  la  planche.  V.  aussi  les  divers  écrits  de 
CrYPERS,  Hermaxs,Jassses  sur  les  fouilles  opérées  dans  des  sépultures  germani- 
ques. V.  au  surplus  Brongmart,  Cochet  et  de  CAi]MONT,surla  poterie  primitive 
des  Celtes,  qui,  d'après  Schayes,  /.  cit.,  avait  lu  plus  grande  analogie  avec  celle 
des  Germains. 

(e)  Notice  de  Daunol'  sur  Tacite,  éd.  Nisard,  p.  vu. 
(7)  V.  ci-après,  p.   17^). 

(s)  Il  Monnmentovum  arduuni  et  operosiim  linnorein,  ut  fjravem  defuuctis, 
adspernantur.  »  Tacit.  /.  cit.  Une  oliservalion  inuioitanle  icsulte  de  la  conipa- 


—   170  — 

liiioud'e,  circonstance  délerminantc  el  qui,  si  elle  eût  élé 
connue  de  iMM,  Schayes(i)  et  Perreau (2),  les  eût  empêchés 
d'afïirmer  que  les  tombes  de  la  Hesbaye  sont  toutes  d'origine 
uermaine,  la  belle  buire  de  bronze  n"  24  donne  le  dessin 
d'un  masque  scéni<]ue  (  pi.  iv),  et  nous  savons  par  Tacite  (5) 
que  l'uniijue  spectacle  usité  chez  les  Germains  consistait 
en  jeux  d'adresse  et  de  force,  et  non  en  représentations 
théâtrales  connues  seulement  des  Grecs  et  des  Romains. 
Or,  cette  buire,  ])as  plus  que  ranq)oule  en  forme  de  grapp(3 
de  raisin  n"  52  (autre  produit  d'une  civilisation  très-avancée 
dans  les  arts),  n'a  pu  arriver  dans  les  mains  des  descendants 
ou  des  congénères  de  ces  Nerviens  signalés  par  César  (4) 
comme  repoussant  systématiquement  les  échanges  commer- 
ciaux :  l'élut  de  guerre  avec  Rome,  conséquence  inévitable 


raison  ilcs  tombes  de  la  Hesbaye  avee  celles  de  la  Campiiic.  Les  premières  sont 
des  monticnles  considérables  représentant  parfaitement  Vardtiiis,  operosus  et 
gravis  honor,  méprisé  par  les  Germains,  tandis  (pi'a  Haarle-Nassau,  Alpben, 
nergeyck,  Meerbout,  Heythuyzen,  Casterlé,  Hoogstraeten  (V.  les  notices  de 
iM.  Clypkks,  le  UuU.  Acad.  roij.  de  lielf/.,  XIII,  19;>,  et  nne  note  de  M.  l'avocat 
général  I'.ki.tjkns,  au  Uidl.  Iitst.  archéol.  lu';/.,  V,  iSO,  etc.),  et  comme  l'auteur  a  jm 
le  véritier  également  ii  Caulille,  en  compagnie  de  M.  Jl'stk,  conservateur  du  Musée 
royal  d'antitiuités,  les  sépultures  de  la  Canipine,  qu'il  est  naturel  d'attribuer  aux 
Germains,  ont  à  peine  un  mètre  de  baut,  et  répondent  parlaiten.ent  a  la  descriji- 
tion  de  Tacite  :  septdcrum  cespes  ernjil,  passage  que  M.  Schayes, /.  «7.,  semble 
appliquer  a  tort  aux  tunuihis  de  la  Hesbaye,  qui  sont  des  amoncellements  consi- 
dérables de  teri'c. 

(i)  La  lielf/iqtœ,  etc.,  M,  p.  lô.'i,  et  Hixl.  de  l'arcliil.  en  IkUj.  ,  I,  pp.  1 1  et  18. 

(-2)  Recherches  sur  les  titmuli  {Hiill.  delà  Soc.  scient,  el  litt.  du  l.imb., 
I,  p.  188),  et  Ann.  de  l'.Acad.  d'archéid.  de  Uelg  ,  l\,  pp.  9i  et  !»7 

(3)  «  Cenus  spectaciilflnim  nniini  alqne  in  omni  cœtu  idem,  yiidi  jiirenes, 
qitibns  id  Utdicrium  est,  inler  (fladios  se  alque  infestas  franieas  siiltii  jacinnl .  n 
Mor.  Germ.,  xxiv. 

({)  «  .4  cul  tu  atque  humanitate  Provinciœ  (Hclgœ)  lonfiissime  absunt  minhnc- 
que  apud  eos  mercatores  sœpc  commeant ,  atque  ea  quw  ad  e/l'eniinandos  aninios 
pertinent,  important.  >  Bell.  (Util.,  i,    '. 


—  171  — 

de  la  piTsenco  dos  hordes  sunposéos  harharcs  sur  iiii  sol  où 
les  Romains  avaient  ôhMidu  leur  domiiuiliou  cl  avaient  lutté 
quelques  années  auparavant  contre  Civiiis,  dev.'iil  du  reste 
suffire  à  lui  seul  pour  détourner  de  ces  peuplades  les  colpor- 
teurs romains  qui  répandaient  au  loin  les  échantillons  de 
l'art  et  de  la  céramique  de  la  métropole  (i). 

Quant  aux  populations  ùelgo-romaines  (2)  déjà  assez  sor- 
ties de  l'état  barbare  proprement  dit  pour  être  j^arvenues 
à  s'assimiler  en  partie  la  civilisation  d(;s  conquérants,  cette 
assimilation  supjiose  la  cessation  de  l'état  nomade  et  par 
conséquent  un  étîiblissement  à  demeure  fixe  (r>),  A  la  vérité, 
l'on  a  soutenu  que  le  Pernacum  ou  Perviciacum  des  anciens 
itinéraires,  à  supputer  les  distances  indiquées,  correspon- 
drait plutôt  à  Montenaken,  près  Fresiii,  qu'à  Perwez;  à  la 
vérité,  l'on  aurait  jusqu'à  un  certain  point  le  droit  de  faire 
dérivei'  le  nom  de  Wardeow  Custodia  de  Steps  (4),  ancienne 


(1)  Hevue  dlmt.  et  d'archéol.,  I,  p.  189.  V.  cep.  Tkoyon,  Habilatioiis  lacus- 
tres, p.  ôio,  qui  cite  des  expoi'tations  de  vases  sculptés  chez  les  Helvétiens; 
mais  ces  peuples  avaieut,  contrairement  aux  Belges,  des  relations  commerciales 
très-étendues,  car  on  a  trouvé  au  tond  de  leurs  lacs  le  jade  de  l'Orient ,  le  corail 
delà  Méditerranée  et  l'amlire  de  la  Baltique. 

(2)  Expression  juste  employée  pour  la  première  fois  par  M.  Roulkz,  Bull. 
Acad.  roy.  de  Behj.,  XIX,  ô",  p.  -489.  V.  M.  Galesloot,  et  Ann.  de  VAcad. 
d'archéol.  de  Belçj.,  VI,  p.  67.  La  période  belgo-romaine  est  contemporaine 
de  l'époque  gallo-romaine  des  écrivains  français  :  Cochet  ,  Archéol.  céra- 
mique, etc.,  p.  8. 

(3)  Cette  observation  importante  qu'il  ne  peut  exister  de  tumulns  gallo- ou 
belgo-romains  qu'à  proximité  d'un  établissement  fixe,  ou  tout  au  moins  d'une 
villa  ou  autre  habitation  de  la  même  époque,  n'a  pas  échappé  à  M.  dei,  Marmoi,  ; 
aussi,  avant  d'attribuer  les  tombes  de  Fri/.et,  de  Champion,  de  Seron  ou  d'Hanrei 
aux  populations  gallo-romaines,  a-til  soin  de  rechercher  les  snbstriictions  des 
environs  ou  les  autres  traces  de  voisinage  d'une  population  établie  [Aun.  Soc. 
nrchéol  de  j\amur,  IV,  \k  27). 

(1)  Kempeneeiîs,  De  oude  iri/heid  Moiitenrihcii,  II,  pp.  47,  91,  92  et  292: 
V.  aussi  l'étymologie   peut-être  trop  ingénieuse  du  mot  uarde  nn  iuslodirn\ur 


—    172  — 

dt'peiitlaïue  de  Muiileiiakeii,  do  roxislciice  d'un  (''l;d)lissc- 
ment  romain  en  cet  cndroil;  à  la  vcTité  encore,  bien  qu'on 
place  généralement  les  BetdsW  dans  le  Hageland  sur  la  i-ive 
uauclie  de  la  Ghète,  à  Gcels-Belz.  et  à  Brfecoin ,  il  n'est  pas 
défendu  de  su])poser  que  des  vétérans  bétasiens,  licenciés 
par  les  rescrits  de  Trajan  et  d'iïadrien  récemment  décou- 
verts en  Angleterre  (i),  et  dotés  de  concessions  de  terres 
dans  leur  ])ays  natal,  ont  l'onde,  sur  un  des  afiluents  de  la 
Gliète,  WalsiW~  près  Montenaken  (-2);  mais  toutes  ces 
bypotlièses  de  la  tbéorie  (5)  resteront  liasardées  tant  que  la 
découverte  d'un  cimetière  de  rantifpiilé  (i),  signe  certain 

donne  Cn.  Gkandgagnage,  Vocabulaire  des  (oiciens  noms  de  lieux  de  la  Bel- 
ijique  orieu/ale,  p.  185. 

(i)  RoACH  Smith,  Collectanea  anliqtta;  Revue  d'hisl.  el  d'arcliéoL,  I,  p.  1H5, 
(article  iiiti^rossant  de  M.  Galesloot).  V.  aussi  Bull,  de  l'Insl.  anliéol.  liéy.^ 
et  ScHAYEs,  Mém.hoiironné  sur  les  docuiiwuls  du  iiioi/eu  âge  relatifs  à  la  Del- 
(jique,  p.  n  {Mém.  Acad.  roy.  XMI,  1858);  ii>.,  lluU.  Acad.  roi/,  de  Beh/., 
XVIII,  1",  p.  658,  et  la  Belgique,  etc.,  I,  p.  408. 

(2)  Kempeneers,  /.  cit.,  I,  p.  29  et  II, p.  12;  Ch.  Gkandgagnage,  /.  t7/.,p.  80, 
aux  mots  Betasi  el  Betsica. 

(5)  On  peut,  l'étymologie  aidant,  et  l'on  sait  combien  l'étymologie  est  complai- 
sante, aller  même  jusqu'à  retrouver  la  bourgade  de  FeKesxe,  dans  FueslN,  en 
flamand  Vorscn,  noms  qui  dans  les  trois  langues,  et  d'après  le  même  ordre, 
reproduisent  les  quatre  consonnes  d"un  radical  commun.  Mais  plac-'r  k  Fresin 
le  Fereane  de  la  carte  de  Pei'tinger,  c'est  faire  l'aiiv  un  coude  un  jieu  tort  ;i  la 
l'oute  de  Timgres  à  NMmègne. 

Le  nom  de  Cortlujs,  lui,  sei'approclie  beaucoup  pins  natuiollemeiit  du  mol  latin 
curtis;  mais  ce  n'est  là  qu'une  dt^signation  vague  et  générale  d'un  cortil  ou  grande 
ferme  remontant  sans  doute  au  moyen  âge.  V.  Kempeneers,  onvr.  cité.  Il,  p.  292. 

(4)  Des  fouilles  qui  auront  lieu  procbainement  à  la  plat-tombe,  sous  Fresin 
irôme,  aideront  à  la  solution  du  problème:  il  n'est  pas  impossible  en  efl'etque  cette 
tombe,  comme  les  tombes  plates  de  Wamoiil  etde  Waremme,  etc.,  ait  élénncime- 
tière  commun  à  toute  une  population  ;  quant  au  tertre  de  ^Vale^ès,  acquis  il  y  a 
quelques  années  parle  Gouveinement  il  semble  que  M.  Schayes,  la  Belgi- 
que, ♦'te,  I,  p.  ôOO,  lui  donne  à  tort  le  même  caractère  :  malgré  sa  forme, 
elle  porte  le  nom  signilicalif  de  }fottel\.  sur  ce  nom,  Anu.  Soc.  arclu'ol.  de  \amur, 
III,  p.'!:28y,  et  VII,  p.  ai)  et  sa  posilion  dans  un  bas-fond,  non  litin  d'un  ancien 
cliâleau.en  conlirme  l'ori^'ine  féodale  on  rclali\(iii(  ni  moderne. 


—    I7Ô  — 

du  voisiiiau:(^  d'un  (''InljUsscniciit.  i'wo  (t),  ou  liint  (|U('  l'exis- 
tonce  do  subsirurt  ions  antiques  ne  viendra  pas  confirmer  les 
spéculations  de  l'ai'chéologie  par  le  témoignage  des  ruines. 
Or,  pas  plus  que  dans  le  voisinage  des  tumulus  d'Omal,  de 
Thisnes,  d'Overwinden  ou  de  la  lonihe  Hémava,  le  sol  n'a 
révélé  jusqu'ici  h  Frcsin  ou  dans  ses  environs  le  moindre  ves- 
tige d'une  statio,  mansio,  nmtatio  ou  villa;  et  il  est  probable 
que  le  sol  continuera  à  rester  muet,  à  en  croire  les  indices 
suivants  :  absence  complète,  dans  la  fosse  tumulaire  de  Fresin. 
de  ces  fragments  de  tuiles  convexes  et  à  rebords  (  f/?2/^7'/re.s' 
et  feyidœ),  attribut  ordinaire  des  sépultures  antiques  (2) 
et  moniteur  probable  de  constructions  voisines  ;  défaut  com- 
plet d'inscription ,  sans  doute  par  manque  de  moyens  de 
la  faire  graver  dans  un  établissement  à  proximité  (5)  ;  eidin , 
impossibilité,  vu  le  grand  nombre  des  tombelles  de  la  Hes- 
baye,de  faire  correspondre  à  cbacune d'elles,  soit  une  de  ces 
stations  qui,  d'après  les  anciens  itinéraires,  étaient  toujours 


(i)  RouLKz,  Bidl.  Acttd.  roi/,  de  BeUj.,  XIX,  5",  p.  491;  V.  aussi,  «Jaiis  les 
Ann.  Soc.  archtol.  de  Namur,  VII,  p.  409  et  suiv.,  les  inductions  ingénieuses 
pour  l'histoire  de  la  ville  de  Namur,  tirées  par  M.  Alf.  Béouet,  de  l'existence 
d'anciens  cimetières  à  la  Plante,  a  Salzinnes,  a  la  Motte-le-Conite. 

(-2)  Cochet,  Sépult.  gaul.,  \).  6~\  Hauzeur,  Ann.  Soc.  archéol.def<amur, 
V,  p.  189. 

(3)  V.  sur  les  plaques  gravées  ti'ouvées  dans  les  sépultures  anticiues  :  de  Mont- 
faucon,  V,  pi.  XI,  Batissier,  Hist.  de  l'art,  moniim  ,  p.  508,  et  A.  Bien,  v  Olla 
ossiiaria.  La  seule  inscription  sit;nalée  juscju'a  présent  sous  un  tumulus  de  notre 
[•ays  :  Carine  fili  mi  carissime  (De  Bast.  /.  cit ,  II,  p.  8:2,  Heyi-en,  Ane.  Mém. 
de  VAcad.  de  Bruxelles,  IV,  p.  445),  a  été  trouvée  en  1747  à  Coninxlieini, 
tout  près  de  l'établissement  de  Tongres ,  oii  l'on  a  pu  la  faire  graver.  Quant 
à  l'inscription  en  rhuniieur  de  Probus  (Vopisc.  xxi),  qui  fut  gravée  en  une  table 
de  marbre  sur  le  tumulus  où  se  trouvait  le  sépulcr'C  de  cet  empereur  (sepulcrum 
elatis  aggeribus),  il  y  a  lieu  de  remarquer  que  ce  tumulus,  élevé  du  reste  dans 
la  suite  (postea)  et  non  immédiatement,  se  trouvait  dans  la  voisinage  de  Sirminm, 
oii  Probus  fut  assassiné. 


—   174  — 

distantes  entre  elles  de  plusieurs  lieues,  soit  même  des  éta- 
hlissements  secondaires  dont  le  nombre  eût  été  à  peu  ))rès 
égal  à  celui  des  villages  modernes.  Aussi  M.  Galesloot, 
qui  attribue  ces  tombelles  auxi)opulationsbelgo-romaincs(i), 
fournit-il  lui-même  (2)  des' arguments  contre  sa  thèse 
dans  les  observations  suivantes  qui  sont  très-judicieuses  et 
(pii  renversent  l'hypothèse  d'établissements  voisins, seul  l'oii- 
demenl  possible,  semble-t-il,  d(;  ladite  thèse  :  «  Ces  tertres, 
dit-il,  étaient  élevés  par  mesure  de  précaution  pour  empêcher 
que  les  tombeaux  ne  fussent  spoliés,  ce  qu'il  était  bien  facile 
d'exécuter  au  milieu  des  solitudes  où  souvent  ils  étaient 
dis])ei'sés.  Cet  aspect  sévère  dans  les  monuments  pour 
les(piels  les  anciens  peuples  étaient  passionnés,  |)eut  aussi 
être  attribué  non  au  défaut  de  moyens  pécuniaires,  mais 
;i  la  pénurie  d'artistes  capables  de  manier  le  ciseau  du 
sculi)teur.  » 

Enfin,  unedernière  raison  pour  ne  pasallribiier  aux  jiopu- 
lations  belgo-romaines  le  fnmuliis  de  Fi'esin  ,  c'esl  non 
])as  la  ])résence  de  tel  ou  tel  exenqilai.'-e  isolé  dont  ces  j)o- 
})ulations  auraient  pu  être  accidentellement  en  ])ossession, 
mais  la  série  nombreuse  d'objets  d'untî  haute  valeur  artis- 
tique qu'on  a  trouvés;  or,  pour  expliquer  la  présence  d'un 
seni  objet  de  ce  genre  dans  les  mains  des  ])euplades 
conquises  ou  alliées  ,  il  ne  sullirait  pas  (h;  supposer 
l'existence  d'un  établissement  voisin,  il  faudrait  la  démon- 
trer :  tant  (pie  cette  preuve  n'est  pas  faite,  l'attribution  ne 
peut  être  enlevée  à  ceux  à  qui  elle  revient  naturellement, 


'Il  Itrviic  (l'Ii/st.  et  d'arc/u'ol.,  I,  p.  188. 

(21  Kiill   \c(iil.  nii/.  de  llrlt/..  XVI,  I",  p.  4i)(). 


—   175  — 

c'est-à-dire  aux  Romains  don!  nous  i-eeonnaissons,  à  dcis 
signes  incontestables,  le  cachet  artistique  et  le  mobilier 
sépulcral,  et  dont  aussi  nous  retrouvons  tous  les  usages 
funéraires  dans  la  tombe. 

C'est  d'une  part,  l'emploi  de  vases  aux  libations,  aux 
offrandes,  à  l'eau  lustrale,  de  lampes  sépulcrales,  de  brùle- 
parfums  (i),  l'observation  scrupuleuse  du  précepte  des 
XII  Tables  qui  interdisait  le  dépôt  de  métaux  précieux 
dans  les  tombeaux  (!2);  c'est  d'autre  part  la  présence  de  la 


(i)  Les  trois  bi'ûle-parfuuis  du  Musée  royal  d'antiquités,  auxquels  ou  a  enlevé 
la  dénomination  erronée  de  coquetiers  (v.  plus  haut,  p.  156),  étaient  rangés 
parmi  les  antiquités  romaines.  Cependant  l'on  pourrait  objecter  certain  vers 
d'OviDE  qui,  lu  seul,  semble  en  effet,  indiquer  que  l'usage  des  parfums  n'élait 
pas  accepté  comme  convenable  dans  les  cérémonies  funèbres;  c'est  le  troisième 
des  vers  suivants  {Ttisf.,  111,  15)  : 

Fimeris  ara  milii  feraU  cincta  cupiesso 

Conveuit,  et  stiiiclis  namma  parala  rogis. 
Nec  dare  lliura  libet  nil  exorantia  (Jivos  : 

In  lanlis  suljr'iint  nec  bona  vorbn  malis. 

(les  (|uatrc  vers  indiquent  une  sitii;iti(ni  toute  personnelle  au  poète  :  Non,  dit-il, 
non,  pas  d'encens  sur  ma  tombe;  a  un  malheureux,  il  faut  des  funérailles  en  rap- 
port avec  ses  malheurs!  —  Il  s'agit  donc  d'une  exception  coiilirniant  la  règle 
générale,  et  non  de  la  constatation  d'une  règle  contraire.  Voici,  du  reste,  ce  qui 
tranche  la  question  :  Tacite  qui  a  éci'it  ses  Mœurs  des  Germains,  en  prenant 
chez  ceux-ci  tout  ce  qui  était  de  nature  à  être  proposé  fl  contrario  comme  critii|nc 
des  usages  de  Rome,  dit  d'une  paii  des  barbares  {Mor.  Germ.,  xvu)  :  «  Slnieni  rofii 
nec  veslibus  nec  odoribiis  cumulant;  »  et  d'autre  part  des  civilisés  (.4?»?,.,  111,2): 
«  Vesiem,  odores,  aliaque  funerum  solemnia  cremabant.  »  Mêmes  expressions 
dans  les  deux  passages,  emploi  ici  du  moi  aliaque,  là  du  mot  satirique  cumulant, 
tout  démontre  que  les  parfums  brûlés,  et  même  en  quantités  considérables, 
étaient  une  partie  importante  dos  solennités  funèbres,  auxquelles  on  voulait  don- 
ner de  l'éclat,  tandis  qu'on  la  supprimait  pour  atta<'her  a  ces  mêmes  cérémonies 
quelque  chose  d'exceptionnellement  lugubre.  V.  d'ailleurs  Archœologia,  XXIV, 
p.  20;  KiRCHMANN,  De  funeribus,  p.  501,  et  cette  inscription  rapportée  par 
GuTHERius  :  Fusca  maler  eum  lachrimis  et  opobahamo  udum  hoc  sepulcro  con- 
didit  {ap.  Graev.,  XII,  p.  i2-i8).V.  aussi  Plin.,VII,  54,  et  xiii,  1. 

(2)  «  Neve  aurum  addito;  ast  quo  auro  dentés  vincti  erunt,  imo  cum  illo  sepc- 
lire  urereve  sine  fraude  esta.  »  (L    lo,  XII   lL?i\\\\\.  de  jure  sacr.).  A  la  vérité. 


—  176  — 

l;iiii|)('  il  cou  do  cvu'iic,  de  la  belle  buire  de  bronze  à  anse 
sciilj)tée  (i),  et  de  la  délicieuse  i^rappe  de  raisin  en  verre, 
(jui  attestenl  le  passa.tïe  des  niailres  du  monde  dans  les  envi- 
rons de  Fresin. 

Aussi,  niali^ré  la  répugnance  qu'éprouvenl  les  archéolo- 
gues à  considérer  les  lumulus  comme  d'orig'ine  romaine , 
parce  que  les  Romains,  dit-on,  n'en  ont  jamais  élevé  en 
Italie  et  n'en  établirent  à  l'étranger  que  dans  des  circon- 
stances exceptionnelles  (V),  l'on  est  réduit  à  donner  gain  de 
cause  à  la  tradition  populaire  :  celle-ci  n'a  cessé  d'appeler 
«  lombes  romaines  »  la  plupart  des  tumulus  de  la  Hes- 
baye  (3),  et  si  les  fouilles  et  les  découvertes  de  Tbisnes, 


ailleurs 011  s'est  i-clàclié  de  la  rigueur  de  cette  loi,  sans  (|u'oii  puisse  en  conclure 
qu'il  ne  s'agissait  pas  d'une  sépulture  romaine:  V.  Roulez,  Bull.  Acad.  roij.  de 
Itelfj.,  XV,  :2",  p.  196;  dll  Vaux,  Dict.  gcoyr.  de  lapvov.  de  Liège,  il,  p.  5aG  ; 
Batissiei!,  Hist.  de  l'art  inouiim.,  pp.  508  et  5U9.  On  sait  d'ailleurs  que  les 
cendres  de  Trajan  ont  été  déposées  sous  la  colonne  qui  poi-te  son  nom,  dans  une 
urne  d'or,  Gantu,  Hisl.  univ.,  règne  de  Trajan,  p.  9't  (lirux.,  édit.  de  184o). 
Malgré  ces  exemples  assez  nombreux  d'infraciions  a  la  loi,  il  n'est  pas  mauvais, 
semble-t-il,  de  faire  attention  dans  les  fouillés  à  la  présence  ou  à  l'absence  de 
métaux  précieux,  car  la  première  pourrait  èti'c  un  indice  de  sépuliure  non  pure- 
ment romaine,  mais  appartenant  ii  des  barbai-us  nnuaiiiscs  et  non  encore  habi- 
tués à  observer  les  lois  des  vainqueurs. 

il)  L'attribution  bypotliélique  faite  aux  Uduiains  pai'  de  Cavi.ls  (  I,  pi.  c, 
n"  I),  d'une  buire  exactement  semblalile  pour  la  forme,  se  trouve  confirmée  par 
les  découvertes  de  Fresin. 

(-2)  De  Calmont,  Cours d'untiq.  luuuuiu.,  l,  p.  loi  ;  Peukeau,  liiill.  Soc.  soient. 
et  litl.  du  Limboiirg,  I,  pp.  184  et  188);  Gaueeieuk,  art.  publié  par  la  Revue 
universelle  des  arts ,  de  ï*\vi.  l.xciwiK  ,  II,  p.  457.  V.  cependant  les  mentions 
suivantes  de  tiimuhis  élevés  par  les  Romains  (sanscomplerles  tunmlus  de  Poly- 
dore  et  de  la  nourrice  d'Énée  dont  parle  Viugile):  sur  les  restes  des  légions 
de  Varns  (ÏAcrr.,  Ann.,  I,  62,  et  M,  7);  en  l'honneur  de  Drusus  (Suéton.,  in 
Claud.,  I  );  sur  le  corps  d'Aradiou  (Vorisc,  in  Prob.,  ix),  et  sur  celui  de  Probiis 
(iD.-,  ibid.,  XXI);  enlin  aux  rives  de  l'Euphrale  sur  la  déiiouille  de  Gordien,  mis 
il  mort  par  Philippe  ii  Gtésiiihoiite  (Kuseiî.,  Chron.,  1  ). 

[7,)  V.  DEi.  Vatx,  Dict.  géofir.,  etc..  Il,  pp.  15,  28  et  pussuii.  Il  y  a  lieu  d'en 
exce|)ler  tout  ce  (jui  porte  le  nom  de  «   mottes,    "  et  qui  date  iirohablcnicnt  du 


—   177  — 

d'Omal,  d'OverwiiKlei»  (;t  de  la  loinhc  llrinava  n'onl  pas 
suffi  pour  de.-isiller  los  yoii.v  des  érudils,  los  découvnrtes  do 
Fresiii  ne  laissent  plus  de  prise  au  doute  :  nous  sommes 
bien  évidemment  devant  des  sépultures  du  peuple-njj. 

L'existence  d'un  iombeau  romain  en  pleine  campagne, 
dans  le  voisinage  d'un  grand  nombnî  de  tombeaux  sembla- 
bles, et  loin  de  tout  établissement  fixe,  ne  peut  s'expli(|iici- 
que  par  deux  hypothèses:  celle  d'un  campement  de  (pichpie 
durée,  ou  celle  de  combats,  des  victimes  desquels  ces 
tumulus  recouvrent  les  cendres  ou  rappellent  la  mé- 
moire. 

Il  s'agit  bien,  sans  doute,  d'une  sé])nlinre  militaire;  car  si  la 
fosse  de  Fresin  n'a  pas,  comme  celle  de  Thisnes  ou  comme  la 
tombe  Héniava,  révélé  des  spécimens  toutà  lait  incontestables 
d'armes,  d'autre  part,  il  y  a  été  trouvé  une  telle  quantilé  de 
fer,  dont  une  partie  avait  subi  l'action  du  feu,  qu'il  est  pour 
ainsi  dire  impossible  de  l'expliquer  sinon  par  l'usage  des 
liomaiiis  de  livrer  aux  llannnes  du  bûcher  les  armes  du 
défunt  et  des  soldats  ayant  servi  sous  ses  ordres  {[).  Or, 
indépendannnent  de  l'invraisemblance  d'une  sépulture  pure- 
ment civile   loin  de  tout  établissement  (2),   est-il  possible 


moyen  âge,  par  exemple  les  mottes  de  Ruinsdoi'p,  de  Sainte-Gertrude  (Landeii), 
de  Waleffes,  etc.  L'auteur  ayant  rcciioilli  à  Corswareiii  même  la  preuve  que  la 
tombelle  de  cette  localité  dont  il  est  parié  au  Bull,  des  Comin.  roy.  d'Art  et 
dWrchéol.  (I,  pp.  115  et  11-4),  est  appelée  Motte,  abandonne  provisoirement 
l'idée  que  ce  tertre  serait  d'origine  romaine. 

(i)  Adam,  Antiquités  romaines,  Il ,  p.  ô'f7;  A/ess.  des  scienc.  hist.,  18i8, 
p.  228. 

(2)  Le  cas  pourrait  pourtant  se  présenter  dans  des  circonstances  concordantes 
avec  celles  oii  la  sépulture  de  Fresin  a  été  établie;  on  sait  que  lorsqu'un  individu 
était  frappé  par  la  foudre,  on  l'enterrait  sur  place,  et  le  lieu,  devenu  saci'é,  pi'c- 
nait  le  nom  de  ùidental,  à  raison  des  moufons  quon  immolait  aux  mânes  du 


—  178  — 

(ju'un  fonctionnaire  non  purement  militaire  (i)  ait  fourni 
parmi  les  objets  à  son  usage  une  quantité  de  fei-  assez  grande 
pour  que  les  débris  pesassent  plusieurs  kilogrammes  et 
poui-  (|U('  la  fusion  laissât  des  traces  par  toute  l'aire  ilu 
bùclicr?  (Jujint  à  la  présence  d'objets  précieux  dans  la  fosse 
sépulcrale,  elle  n'a  rien  qui  répugne  à  l'attribution  de  la 
séj)ulture  à  un  commandant  d'armée  :  Pline  ne  reproclie-t-il 
pas  aux  généraux  romains  de  son  temps  d'oublier  l'exemple 
de  Fabricius  qui  n'emportait  avec  lui  à  la  guerre  qu'une 
salière  et  une  coupe;  et  ne  criti(pie-t-il  pas  le  mobilier 
somptueux  qu'ils  traînaient  a))rès  eux  dans  les  bagages  de 
l'armée  (^)? 

Eniin,  une  dernière  preuve  à  l'appui  de  l'état  de  guerre 
où  Rome  se  serait  encore  trouvée  en  notre  pays  du 
temps  d'Hadrien,  ne  pourrait-elle  pas  être  tirée  de  la  pro- 
fondeur considérable  de  la  fosse  sépulci'ale  de  Fresin  , 
comme  des  fosses  d'Omal,  d'Overwinden  et  de  la  londje 
Hémava  (0)  1 

Dans  touteslessépultures  antiques,  sans  distinction  de  rites 
ou  de  cultes,  ce  qui  frappe  les  explorateurs  est  en  premier  lieu 


(ii'lunl  (B.vTissiKH,  llist.  (le  l'art  moninii.,  p.  50-2).  Oi',  (•(iiiiiur  on  le  vci'i;i  plus 
loin,  les  seuls  ossements  (raniinanx  l'econnns  ;i  Kresin  a|i|>aitieinient  a  (les 
mouton-. 

(i)  V.  sur  les  maL!;isti'ats  romains  de  la  Belgique,  un  mémoire  ilc  M.  Roii.kz 
{Noiiv.  Mém.  Acail.  roy.  de  Belg.,  1844,  pi.  x\ii),oii  il  est  question  de  plusieurs 
fonctionnaires  contemporains  d'Hadrien ,  notamment  IHililius  Celsus ,  Aulus 
Plretorius  Nepos,  Glaudius  Saturniinjs,  commandants  militaires,  plus  nnprocii- 
ratorm  administrateui'  des  linanees,  qui  eut  pour  secrétaire  un  en  tain  I'.  .Kliiis 
Agrippinus,  donl  le  nom  a  été  conservé  par  une  inscriptidii. 

(2)  liisl.  nat.,  XXXIII,  50  et  5-i. 

(s)  Les  détails  manquent  mallienreusenient  dans  uki.  Vaux  ,  II,  p.  550,  et 
BovY,  II,  p.  lyU,  sur  la  losse  qui  a  pu  exister  ;i  Tliisnes. 


—   17t)  — 

le  peu  de  profondeur  des  fosses  sépulcrales  (i),  laquelle  est 
parfois  de  quinze  cenliniètres  seulement,  presque  toujours  de 
moins  d'un  mètre;  quand  elle  atteint  un  mètre,  l'anomalie  est 
tellement  saillante  qu'on  cherche  à  l'expliquer  par  des  exhaus- 
sements dus  à  la  culture,  par  des  alluvions,  etc.  (ij).  Or, 
qu'on  le  remarque,  il  s'agit  là  de  sépultures  ordinaires  non 
protégées  par  un  remblai  de  plusieurs  mètres  cubes. 

Quand  un  terrassement  quelconque  existe  au-dessus  de  la 
sépulture,  l'on  est  allé  même  jusqu'à  ériger  en  règle  absolue 
que  jamais  la  sépulture  ne  doit  être  cherchée  dans  le  InMonds 
du  sol;  voici  ce  qui  a  été  dit  à  cet  égard  sans  contradiction 
dans  la  première  de  nos  assemblées  savantes  :  «  Il  ne  faut 
jamais  fouiller  plus  bas  que  le  terrain  naturel;  car  les  corps 
et  autres  objets  y  ont  d'abord  été  déposés,  et  le  tuniulus  s'est 
élevé  sur  eux  (r>).  »  .  ...  «  Les  travaux  doivent  se  borner 
à  une  trouée  de  quatre  ou  cinq  pieds  de  largeur  qui  n'irait 
que  jusqu'au  centre  du  cône,  à  niveau  du  sol  {i).  » 

Et,  en  effet,  les  tumulus  tant  celtiques  (3;  que  germains  (e) 


(4)  De  Caimont,  Cours  d'aiitiq.  inontiiii..  Il,  p.  oô;  Cochet,  A'on«.  so///., 
pp.  81  et  9i;  Biill.Àcad.  roij.  de  Bely.,  XVI,  I",  p.  t;09;  Mess,  des  scieuc.  hlsl., 
1844,  p.  ii'-Ki;  Bull,  et  Aîin.  Acad.  d'urchéol.  de  Bely.,  il,  p.  171;  Ann.  Soc. 
archéid.  de  Naiimr.,  III,  p.  -20-2;  IV,  p.  88;  VI,  p.  546;  VII,  p.  -270;  Revue 
d'Iiisl.  et  d'arehéol.,  III,  p.  34;  Mém.  Acad.  roij.  de  Behj.  (Savants  t'tr.,XXII). 
Notice  de  M.  Pinchart,  p.  10. 

(•2)  Cochet,  Nonn.  sout.,  p.  76;  .l/c.ss.  des  scieuc.  liLsl.,  1S46,  p.  IM; 
Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur.  V.  cependant  des  sépultures  d'un  peu  plu.s  d'un 
iHc'tie  irouvées  à  Schaerbeek  et  à  Tournai  {Mess,  des  scienc.  Iiist.,  18î)o,  p.oOô; 
Bull.  .\cad.  roij.  de  Belg.,  XXX<=  ann.,  :2''  sér.,  XII,  n.  60). 

(5)  Bull.  .icad.  roij.  de  Belg.,  XII,  r,  p.  90. 

(4)  Ibid.,  XVII,  1%  p.  473. 

(5)  Archœologia ,  XXX,  p.  60;  Batissiek,  Hist.  de  l'art  monum.,  p.  .Ill  ; 
ScuAYES,  la  Belgique,  etc.,  I,  p.  il8-!19. 

(e)  ScHAYES,  Hist.  de  l'archil.  en  Belg.,  I,  p.  19;  ETT.MiiLLEii,  Beowulf, 
Hetdengericlit  des  aciiten  Jahrliunderts,  v.  ôî63  et  3166. 


—  180  — 

et  romains  (i)  ont  constamment  été  signalés  jusqu'ici  comme 
recouvrant  les  restes  funéraires  déposés  à  la  surlace  tout  au 
plus  un  peu  nivelée,  et  même  au-dessus  de  cette  surlace 
dans  le  tertre  même  (2). 


(i)  Anciens  3/m.  .Acffî/.  de  Brux.,  IV,  p.  488;  ii«//.  Àcail.  roy.  de  LU'Ig., 
X,  1",  p.  191,-et  XfV,  r,  p  4S8;  Ann.  Soc.  (trchéol.  de  A'amiir,  II,  p.  (w  ; 
IV,  pp.  15,  20  et  ô66\  Revue  d'hist.  et  d'archéoL,  IV,  p.  oO  et  suiv.;  Archivotu- 
gia,  XXIV,  p.  5,  et  pi.  m;  XXIX,  p.  5  et  siiiv.  A  la  vérité,  Iîatissikr,  Ilifil.  dr 
l'art  momini.,  sigfiale  l'usage  des  fosses  sous  les  tuuiulus  idinuie  ayant  exisK- 
dans  les  premiers  temps  de  Rome;  et  les  Ann.  Soc.  arclnwl.  de  A'am/*/',  III, 
pp.  592  et596;lV,  p.  1-i;  V,  p.  18G;  VII,  p.  289,  signalent  un  ou  plusieurs  cas 
oii  les  objets  funéraires  auraient  été  déposés  dans  un  creux  au-dessous  du  niveau; 
mais  ratlirmation  de  Batissiek  ne  repose  sur  le  témoignage  d'aucun  auteur 
ancien,  et  elle  est  contredite  par  ue  C-AiiiMONT  et  autres  auteurs  modernes  qui 
soutieinieiit  que  les  Romains  n'élevèrent  point  de  tumulus  en  Italie:  iiuant  aux 
faits  cités  par  les  Ann.  Soc.  archéoJ.  de  Aatniir,  voici  ce  que  M.  dei.  Marmoi. 
a  bien  voulu  écrire  à  l'auteur  de  la  présente  notice  :  «  Dans  tjUelques  cas,  c'est 
dans  nue  excavation  s'enfonçant  plus  ou  moins  iirofondément  (|u'on  a  rencontré 
divers  objets;  mais  je  n'ai  pas  remarqué  a  cette  profondeur  de  caveau  propre- 
ment dii,  et  je  pense  qu'il  serait  dangereux  d'en  tirer  quelque  conséqueuce  avant 
que  de  nouvelles  découvertes  aient  éclairé  sutlisamuient  la  question.  Dans  cet  état 
de  choses,  j'aurais  peine  a  me  rallier  (pour  les  fouilles  de  Namur)  ii  la  suppo- 
sition I mise  |.ar  vous  que  ces  excavations  étaient  destinées  à  mieux  protéger  les 
dépouilles  mortelles  contre  les  spoliateurs.  «  Ce  (|ni  manque  dans  la  llesbaye 
nauMiroise  et  qui  s'est  signalé  dans  le  Nord  de  la  Heslxiye,  tant  a  l''resin  qu'à 
Onial,  Overwindcn  et  dans  la  ton;l)e  Hémava,  e'est-a-dire  des  fosses  véritables, 
peut  donc  avoir  une  signification  sérieuse.  M.  Joi.v  non  jtliis,  écrit-il,  n'a  jamais 
reinar(|ué  d'excavation  sous  les  tumulus  de  Renaix. 

Ajoutons  toutefois  que  certains  des  tumulus  dont  s'occupent  les  autorités 
citées  en  léle  de  cette  note,  les  tumulus  de  Saventliem,  de  Cliampion  et  des 
Rartlow-Hllls,  offraient,  au-dessus  du  niveau,  de  véritables  caveaux  en  maçon- 
nerie ou  en  pierres  assemblées  qui  constituaient  une  proleclion  aussi  ellicacc 
■  qu'une  fosse  dans  le  sous-.sol. 

(i)  Une  exploration  rapide  des  tertres  funéraires  de  la  bruyère  liet  liostie  a 
Caulille,  dont  mention  est  faite  dans  le  Bull,  den  Conini.  roij.  d'Art  et d'Arclu'ol.,  I, 
p.  100,  avaient  induit  M.  Juste,  conservateur  du  Musée  royal  d'antiiiuités,  et 
l'auteur  de  la  présente  notice,  il  croire  il  cette  circonstance,  dont,  au  surplus,  la 
revue  anglaise  Arrliœoloijia,  XXX,  p.  00,  donne  un  exemple  des  plus  frappants  : 
des  morts  ont  été  placés  ;i  différentes  bailleurs  dans  b;  tnnnilus  même. 

A  piiipos  de  Caiilille  ,  remai'(inmis  \v  rap|ii'(icli';mcnt  étym(dogi(|iif  de 
cAULii.Icct  i.Ati  ai.iiini,  moins  frappant,  mais  plus  vraiscniblablegéograplnqnement 


—  181   — 

Or,  si  l'on  se  rappelle ({uc,  selon  Pline  (i),  l'incinération  des 
morts  ne  devint  générale  qu'à  la  lîn  de  la  répuljli(|ue  avec 
l'extension  des  conquêtes  à  l'extérieur;  si  l'on  songe  qu'en 
brûlant  les  corps,  les  Romains  avaient  pour  but  de  dérobei' 
les  restes  des  leurs  aux  outrages  posthumes  des  vain(;us;  si 
l'on  remarque  que  les  tumulus  eux-mêmes  n'étaient  pas 
seulement  élevés  comme  monuments,  mais  aussi  comme 
garantie  contre  la  spoliation  des  sépultures  (2)  ;  il  est  assez 
naturel  de  supposer,  quand  cette  spoliation  était  à  redouter, 
qu'on  ait  cru  utile  d'ajouter,  en  guj^e  de  protection  encore 
plus  efficace,  celle  d'une  fosse  profonde.  Quoi  de  plus  vrai- 
semblable quand  on  se  souvient  que  les  Germains  de  Teu- 
loburg  étaient  allés  jusqu'à  détruire  complètement  le  tumulus 
élevé  par  Germanicus  sur  les  restes  des  légions  de  Varus  (5)? 
Par  hypothèse,  c'est  encore  contre  des  hordes  germaniques 
([ue  les  Romains  avaient  à  lutter;  n'était-il  pas  dès  lors  très- 
nalurel  qu'ils  ajoutassent  la  précaution  d'une  fosse  profonde 
aux  mesures  insuffisantes  prises  jusqu'alors  pour  empêcher 
de  semblables  profanations.  Or,  quand  celles-ci  pouvaient- 
elles  se  faire  craindre,  sinon  lorsque  les  conquérants  ne  jouis- 
saient pas  encore  avec  sécurité  des  fruits  de  leur  victoire? 


(juc  celui  de  Fresin  et  Feresne.  La  bruyère  liel  hostie  a  tidèlenient  conservé  les 
ti'accs  de  vastes  travaux  couiine  des  retrauclienicnts  qui  pourraient  bien  provenir 
delà  station  indiquée  sur  la  carte  de  PiiUTiNGER;  en  outre,  différentes  antiquités, 
tant  germaniques  que  romaines,  y  ont  été -trouvées,  entre  autres,  en  186;2,  une 
plaque  de  tibule,  représentant  un  Bacchus  au  lion,  une  garde  d'épée  (antique  ?) 
en  bronze  (forme  de  cou  de  cygne),  des  monnaies  du  Haut-Empire;  enfin  une 
poterie  grossière  qui  sera  jointe  aux  n"'  297  et  suiv.  du  Musée  royal  d'antiquité#, 
provenant  du  même  endroit. 

(i)  Hist.  nat.,  VII,  63. 

(2)  M.  Galesloot,  Bull.  Acad.  roij.  de  Belij.,  XIV,  1°,  p.  496. 

(s)  Tacit.,  Ann.,  I,  62,  et  II,  7. 

42 


—   182  — 

Si  ces  données  sont  exactes  —  el  elles  le  resteronl  jusqu'à 
ce  que  l'observation  constate  ailleurs  qu'en  Hesbaye  l'exis- 
tence de  fosses  sépulcrales  sous  des  tumulus,  ou  dans  la 
Hesbaye  même  la  présence  de  substruc lions  belgo-romaines 
—  est-il  défendu  d'avancer  comme  un  l';iit  liisloriciue  non 
trop  invraisemblable  que  le  Limbourg,  où  cinquante  ans 
aupai'avant  se  passaient  les  épisodes  de  la  lutte  entre 
Civilis  et  Labéon  (i),  fut  encore  au  second  siècle  le  théâtre 
de  luttes  sanglantes  entre  les  populations  belgo-germaines 
et  les  armées  romaine*,  et  que,  sous  Hadrien,  la  conquête 
de  notre  pays  n'était  pas  achevée  de  ce  côté?  A  la  vérité, 
Rome  par  ses  étaitlissements  peuplés  de  Tongrois,  de  Ner- 
viens  ou  de  Bétasiens  (2),  admis  à  tous  les  droits  des 
citoyens  romains,  Rome,  par  ses  alliances  avec  les  Bataves, 
approchait  bien  près  de  la  Toxandric  ou  Campine,  et  même 
étendait  plus  haut  vers  le  Nord  sa  domination  ou  ses  rela- 
tions; mais  elle  avait  encore  devant  elle  les  solitudes  désolées 
de  cette  Campine,  que  les  haaiographes  dépeignent  comme 
étant  restées  pendant  plusieurs  siècles  encore  à  l'état  barbare 
et  sauvage  (3);  là,  sans  doute,  s'étaient  réfugiés  et  durent 
être  difficiles  à  réduire  les  débris  des  })euplades  luttant  contre 
la  conquête  ;  dans  ces  bruyères  protégées  par  des  marais 


(i)  Tacit.,  Hist.,  IV,  65,  66,  70  et  79. 

(î)  La  province  de  Urahant  soiŒ  l'Empire  romain,  par  Gai-esloot  (Revue 
d'hist.  el  d'archéuL,  I,|).  185)  ;  Schayes,  Bull.  Acad.  roy.  de  Uelg.,  XVIII,  J", 
p.  658;  Congrès  scienlifiq.  de  France,  20*^  session,  II,  p.  213. 
•  (r>)  V.  dans  les  Mém.  Acad.  roy.  de  Belg.,  (  luéni.  cour,  et  savants  LHi'ang., 
1857,  XII  et  1815,  XVI  j.  Les  dissertations  de  Schaves^ pp.  27  et28,  et  depAii.LAKD 
DE  S'-Aioi.AN,  p.  Il,  (pii  rapportent  des  passages  de  Nicolas,  de  STEPiiiu.Nrs, 
de  l'auteur  de  la  vie  de  S'-Evremaihe,  etc.,  sur  l'état  de  désolation  oii  se  tron- 
vail  la  Toxandrie  au  eomnicneenieiit  du  ruoven  àiîo. 


—   185  — 

infranc'liissables  ot  par  d'épaisses  Ibrèls,  riiinuoiu-c  romaiiie 
essaya  en  vain  de  s'exercer,  et  de  là  parlaient  peut-être 
des  agressions  contre  lesquelles  les  conquérants  avaient  à 
se  défendre  (i)  et  auxquelles  ils  opposèrent  l'établissement 
de  Tongres,  la  station  des  Lœii  /r///e/?.sei' dont  parlent  les 
Notices  impériales  (2),  et  les  camps  hypothétiques  de  la 
Ilesbaye. 

Mais  trace  de  campement  ou  trace  de  champ  de  bataille, 
;"(  quels  événements  du  règne  d'Hadrien  se  rapporterait  la 
sépulture  de  Fresin  ? 

L'histoire  n'est  pas  très-explicite  à  cet  égaj'd  ;  elle  nous 
dit  seulement  que,  lors  des  grandes  pérégrinations  d'Hadrien 
à  travers  son  empire,  ce  prince  passa  vers  l'an  120  de  la 
Grande-Bretagne  dans  les  Gaules  (3);  elle  ajoute  (pie  le 
règne  d'Hadrien  se  passa  sans  guerre  (4).  Mais  n'y  aurait-il 
pas  au  moins  une  relation  quelconque  entre  l'établissement 
de  la  chaussée  de  Nivelles  et  des  sépultures  militaires  qui  la 
bordent  en  si  grand  nombre?  La  circonstance  qu'il  y  a 
manque  complet  de  documents  sur  la  date  où  cette  voie  a 
été  construite,  et  que,  d'un  autre  côté,  la  contrée  traversée 
par  cette  chaussée  est  comprise  dans  celles  qui  sont  signalées 
comme  étant  encore  dépourvues  de  moyens  de  connnunica- 


fi)  MoKE,  Mœurs,  usages,  fêtes  el  solennités  des  Belges,  1,  p.  32;  Schayes, 
la  Belgique,  etc.,  II,  p.  197  et  suiv.,  et  Mém.  couronné  sur  les  documents  du 
moyen  âge  relatifs  à  la  Belgique  {Acad.,  XII,  ami.  1857,  p.  29). 

(2)  V.  ap.  Schayes,  la  Belgique,  de,  II,  p.  472. 

(ô)  Gi'.EHi'o,  Mémoire  sur  les  voyages  de  l'empereur  Hadrien  et  sur  les  mé- 
dailles qui  s'y  rapportent,  p.  81 . 

{i)  «  Pacem  omni  temporc  imperii  sni  (Hailrioiuis)  liabuit.  »  El'Troi'.,  VIII,  7. 
Si  cet  écrivain  ajoute  :  «  semel  tantum  per  prœsidem  dimicavit ,  »  l'on  est  d'ac- 
cord poiii'  adiiK'ttie  qu'il  s'agit  là  de  la  jiuci'i'C  de  Judée. 


—  181  — 

lion,  avia  beUjannii  (i),  par  Tacile  ({iii  sans  doute  s'occujja 
delà  révision  de  ses  ouvrages  dans  les  premières  années  du 
II''  siècle  (2);  tout  cela  ne  permet-il  pas  de  supposer  qu'entre 
César  et  Agrippa  (5)  qui  créèrent  sans  l'achever  (4)  le  sys- 
tème des  routes  de  la  Gaule  vers  le  Rhin,  et  Marc-Aurèle 
qui  étendit  ces  routes  jusqu'en  Batavic  pendant  la  seconde 
moitié  du  11''  siècle  (.•.),  il  y  eut  une  série  de  travaux  partiels 
dans  la  région  intermédiaire,  travaux  dont  la  date  des  écrits 
de  Tacite  permet  de  lixer  la  confection  aux  règnes  de  Trajan 
et  d'Hadrien?  Ces  princes,  en  effet,  sont  signalés  l'un  ei 
l'autre,  comme  s'étant  occupés  de  grands  travaux  pu- 
hlics  (g). 

Enfin,  en  admettant  ({ue  les  roules  principales  de  Tongres 
vers  Bavay  et  vers  Nimègue,  fussent  antérieures  à  la  lin  du 
i''  siècle,  toujours  restait-il  à  ramifier  ces  grandes  artères 
par  de  nomhreuses  veines  (diverlicula  et  viœ  vicinales). 


(1)  Hist.,  IV,  70. 

(2)  opinion  de  M.  Dai:nuu,  notice  sur  Tacite  déjà  citée,  p.  vu. 

(3)  SciiAYEs,  la  Belfjique,  etc.,  II,  p.  451. 

(i)  BuRET  DE  LoxGCHAMPs,  Fostes  univcrsels,  III,  p.  il. 

(ô)  Id.,  III,  p.  63  (cet  auteur  ne  cite  pas  ses  sources);  Lamprid.,  in  CovwimL, 
xvu,  se  borne  a  dire  que  le  lils  de  Marc-Aurèle  ne  continua  pas  les  travaux 
publics  commencés  par  son  père,  et  Jui..  Capitol.,  in  M.  Anton.,  xi,  dit  seule- 
ment de  ce  prince  :  «  Vias  ilinermn  dUigenfissime  curavit.  »  Mais  une  inscrip- 
tion trouvée  à  Naaldwyck,  en  Hollande,  et  une  colonne  milliaire  dans  les  ruines 
du  du'iteau  romain  de  Brittenburg,  près  de  Katwyk,  apprennent  qu'Hadrien, 
MaiT-Auréle  et  Lucius  Verus  travaillèrent  aux  routes  de  la  Batavic.  (Sohayes- 
PioT,  la  Bel  Clique,  etc.,  111,  p.  H3). 

(c)  Casti;,  Hist.  unio.,  règne  de  Trajan,  p.  Oi  (éd.  de  Bruxelles,  1815)  : 
Batissieh,  Hist.  (le  l'art  inoniim.  ;  (Uir.ypo,  ouvr.  cité,  donne  une  inscription 
trouvée  à  Hic/,,  nii  il  est  question  d'une  voie  pavée  établie  par  Hadrien; 
tlUTROP. ,  VIII,  7,  résume  les  travaux  d'Hadrien  par  ces  mots  :  «  miilla 
œdificavit.  •■  V.  pour  Hadrien  les  monuments  épii.'ra|)liiques  dont  il  est  question 
a  la  noie  préci'denle. 


—    18o  — 

travail  (|ui,  la  chose  est  ro('Oiniuo(ij,  osl  i)()st(''ri('ur  ;i  la  créa- 
tion des  voies  principales. 

L'établissement  de  tous  ces  chemins  avait  pour  but  de 
conserver  et  d'étendre  les  conquêtes  de  Rome  et  de  mettre 
les  frontières  à  couvert  par  le  déplacement  rapide  des 
légions  (2)  ;  les  peuplades  encor(^  insoumises  de  la  CampiiK! 
vers  laquelle  Rome  étendait  ses  voies  comme  autant  de 
griffes,  ces  peuplades  chez  lesquelles  vivaient  encore  les 
traditions  d'Ambiorix  et  les  exemples  récents  de  Civilis,  ont 
sans  doute  souffert  avec  impatience  l'établissement  déroutes 
de  conquête  et  d'asservissement,  et  s'y  sont  opposées  par  les 
armes.  Il  y  aurait  donc  eu,  même  après  Vespasien,  une 
succession  de  combats  dont  les  tombelles  de  la  Hesbayo 
seraient  le  vivant  témoignage,  traces  glorieuses  des  luttes 
de  nos  pères,  défendant  pied  à  pied  le  sol  natal  contre 
les  forces  plus  grandes  des  envahisseurs  étrangers  (5). 

.^  IV. 

Une  autre  (piestion,  soulevée  par  la  découverte  de  Fresin, 
est  relative  à  la  destination  et  à  la  disposition  des  nombreux 
objets  trouvés  dans  le  caveau  sépulcral  (i). 


(1)  ScHAYES,  la  Belfjique,  etc.,  Il,  [i.  462.  M.  VandkrRit  (Étude  roproiluite 
\yA\'\c  Journal  de  Varchit.^  1851),  reporte  jusqu'aux  Antonius  i'aclièvenieiit  des 
voies  seeondaiics  de  la  Heshaye;  mais  d'après  ee  qu'il  a  dit  à  l'auteur,  ccu'estla 
qu'une  approximation,  et  il  n'est  pas  éloigné  d'accepter  le  règne  d'Hadrien  comme 
époque  de  l'établissement  de  la  chaussée  de  Nivelles  dans  sa  partie  qui  se  dirii;c 
de  Fresin  sur  Avernas-le-Baudouin.  V.  cep.  Bull.  Acacl.  roy.  de  Belg.,  XVI,  2", 
p.  455,  à  propos  de  l'opinion  de  M.  Vander  Rit. 

(2)  Vandek  Rit,  ihid.,  p.  71. 

(3)  Comm.  roy.  des  Momim.,  séance  gén.  de  1862,  p.  57;  il  n'y  a  donc  rien 
d'antinational,  quoi  qu'on  en  ait  dit,  h  soutenir  l'origine  romaine  de  ces  lumulus. 

(i)  V.  sur  toute  cette  matière,  le  chai».  XXXII  de  Githerus  fap.  Gkaev.,  XII, 


—   186  — 

La  tombe  centrale  était  bien  certainement  consacrée  à  la 
séjuillnrc  d'nn  individu  unique  :  cela  résulte  de  la  présence 
d'un  seul  vase  ayant  servi  principalement  d'uriie  cinéraire,  du 
grand  bassin  de  bronze,  autour  duquel  les  autres  objets, 
comme  pour  lui  faire  honneur,  étaient  groupés. comme  de 
simples  accessoires  (0;  d'ailleurs,  si  l'on  avait  eu  plusieurs 
personnages  à  inliumcr,  pourquoi  ne  pas  élablir  autant  de 
caveaux  distincts  soit  sous  les  deux  tuniulus  restés  vacants, 
soit  même  sous  le  tumulus  médial? 

La  présence  de  certains  objets  en  double  échantillon  a 
parfois  frappé  les  explorateurs  de  sépultures  antiques  (12), 
et  leur  a  fait  supposer  qu'elle  indiquait  une  sépulture  dou- 
ble connue  de  deux  frères  ou  sœurs.  A  Fresin ,  la  nième 
circonstance  s'est  révélée,  et,  si  ce  qui  vient  d'être  dit  est 
exact,  elle  est  indifférente  :  le  caveau  a  offert  deux  paires 
de  petits  vases  aux  libations  (n"'  54  et  55,  40  et  41  ),  deux 
patines  (n"' 57  et  58),  deux  patères  (n'"42  et  45),  deux 
cruches  de  bronze  (n"'  24  et  28),  sans  compter  cinq  lampes 
funéraires  (5).  Apparemment  que  dans  les  cas  où  l'on  élait 
restreint  à  un  petit  emplacement  comme  celui  d'une  fosse 
de  cimetière,  et  où  l'on  ne  pouvait  réunir  qu'un  nombre 
peu  considérable  de  vases,  l'on  recherchait  la  variété  des 


|).  1246).  Qiiœ  in  sepulchris  ciiin  coriioribus  cnnderentur.  V.  aussi  dos  observa- 
tions tic  MM.  DU  Traignkalx  et  iji;i.  Makmol  [Ann.  Soc.  arcliéol.  de  ?ianiit)\  IV. 
p.  9i,  et  VII,  p.  50),  et  Lehon  {Revue  d'Iiisl.  el  d'archéol.,  III,  5G). 

(1)  Cochet,  Non»,  sont.,  pp.  14,  15,28;  Roach  Smiïii,  Colleclanefi  aiiliqiia, 
pnxsim.  M.  dei.  Marmol  énonce  cependant,  mais  sous  forme  d'un  doute,  l'opinion 
que  lorsque  dans  une  sépulture  l'on  trouve  i»!usieurs  vases  contenant  des  cendres, 
cette  sépulture  a  pu  servir  ii  plusieurs  {Ann.  Soc.  arcliéol.  de  yamur,  VII,  p,  29). 

(2)  CociiKT,  Sépitll.  fjrnil..  p.  (il)  ;  .jor.v  ,  Mess,  des  scienc.  Iiisf.,  IH'i."), 
p.  4^53. 

(3)  V.  aussi  Itcriic  d'Iiisl.  cl  d'orrin'ol.,  III,  p.  ."iT. 


—   187  — 

fornics  pour  lioiioror  le  inorl,  eu  dorinîml  plus  d'éclat  au 
mobilier  du  toinhciau.  Mais,  lorsque  la  prodigalité  des  survi- 
vants s'ap])liquail  surtout  à  remplir  de  nombreux  objets  un 
vaste  tombeau,  on  ne  devail  plus  avoir  le  même  souci  de 
ne  pas  se  répéter  :  la  quantité  rachetait  la  (pialilé,  (pn',  du 
reste  n'a  pas  été  négligée  àFresin  ;  puis  cette  recherche  était- 
clle  bien  possible  de  la  part  d'mie  armée  en  pays  ennemi, 
qui  devait  nécessairement  se  contenter  des  objets  transportés 
par  elle  dans  ses  bagages?  N'est-ce  pas  In  raison  poui- 
laquelle  dans  la  tombe  Hémava  (i),  à  défaut  s;ins  doiilc 
d'autres  vases,  l'on  a  enfoui  ce  (pie  nous  a})pellerions  aujour- 
d'hui un  service  complet  de  table  en  terre  samienne  ,  des 
plats,  des  assiettes,  des  soucoupes,  etc.,  en  plusieurs  échan- 
tillons de  chaque  forme,  tandis  qu'à  Fresin ,  à  Omal, 
sépultures  de  la  même  époque  (pie  la  tombe  Hémava,  la  pré- 
férence a  été  accordée  aux  vases  de  bronze  et  de  terre  cuite , 
abstraction  faite  presque  complètement  de  la  poterie  sigillée? 

Le  nombre  considérable  de  vases  ou  récipients  quelconques 
lrouv(^s  à  Fresin  (onze  ou  douze  en  verre,  dix  en  bronze, 
vingt-deux  en  poterie),  sans  compter  une  foule  considérable 
d'accessoires,  ne  doit  pasétomier;  c'est  là  une  circonstance 
fréquente  dans  les  sépultures  antiques,  où  les  objets  funé- 
raires forment  les  groupes  les  plus  variés  (2). 

«  Pour  le  vulgaire,  dit  l'abbé  Cochet  (3),  qui  n'aperçoit 
ni  ossements,  ni  squelettes,  il  n'a  nullement  l'idcîe  que  ceci 


(i)  Bull,  des  Comin.roij.  d'Art  et  dWrchéol.  [,  p.  121. 

(2)  En  voir  des  dessins  dans  Roach  Smith,  Cotlectanea  nntiqua,  pi.  xii  et 
autres;  Cochet,  Norm.  sont.,  p.  28;  Archéol.  céram.,  p.  10,  et  Joi.y,  Mess,  des 
scienc.  Jiist.,  1819,  p.  208;  1831,  p.  35,  etc.,  etc. 

(3)  Norm.  sont.,  p.  29. 


—    188  ~ 

soit  une  sépulture;  il  croit  plutôt  à  un  ménage  antique,  à 
une  fabrique  de  poterie,  à  l'ollicine  d'un  marchand.  En 
reconnaissant  que  tous  ces  vases  ont  été  volontairement 
ensevelis  sous  terre,  il  s'étonne  et  se  demande  pour  quel 
motif  on  a  pu  laii'e  aussi  inutilement  une  aussi  grande  dé- 
pense de  poterie.  »  El  M.  Joly  (i)  renouvelle  l'observation; 
ses  fouilles  lui  avaient  révélé  un  jour  un  grand  nombre  de 
vases  de  terre  cuite,  «  ressemblant,  dit-il,  à  de  petits  pots 
à  onguent,  tels  qu'on  en  voit  chez  les  pliarmaciens.  Aussi 
les  ouvriers  se  disaient-ils  en  plaisantant  qu'ils  venaient 
de  dénicher  tout  l'altiiail  d'im  apothicaire  des  temps 
anciens.  » 

Et  l'idée  vulgaire  (2)  se  comprend  :  l'abbé  Cocliet  fouilla 
un  jour  la  sépulture  d'une  femme  artiste,  à  côté  de  laquelle 
ou  avait  descendu  dans  la  tombe  tout  son  mobilier  de  pein- 
ture, des  flacons  et  des  fioles  par  douzaines;  dans  une 
seule  fosse,  l'on  a  trouvé  même  jusqu'à  ({uairc-vingt-sept 
vases  dont  cinquante-six  en  verre  (3). 

A  quoi  donc,  se  demande-t-on,  servait  cette  vaisselle  abon- 
dante dont  les  anciens  couvraient  pour  ainsi  dire  leurs  morts 
des  pieds  à  la  tète  (4)? 


(i)  Mess,  des  scienc.  hisl.,  18i6,  p.  106. 

(2)  Il  a  été  rapporte  à  railleur  qu'il  y  a  quelques  auitées  dans  un  endroit  de  la 
Hcsbayc  qu'on  n'apu  préciser,  on  avait  aussi  mis  la  main  un  jour  sur  «  toute  une 
pharmacie  soutcri'aine  ;  )i  tant  il  y  avait  là  de  vases  divers  contenant  une  espèce  de 
liquide  ;  malheureusement  ce  fait  ne  repose  que  sur  une  tradition  vague,  et  on  ne 
ie  cite  ici  que  conmie  preuve  de  rinipressioii  produite  sur  le  ])eu|)le  par  le  grand 
nombre  de  vases  enfouis  dans  les  tonibeau.v  anciens.  Il  n'est  pas  impossible,  du 
reste,  que  cette  tradition  ne  soit  relative  à  la  découverte  d'Overwinden  déjà  citée. 

(3)  Cochet,  Archèol.  céram.,  p.  5.  V.  aussi  ISon».  sont.,  pp.  06,  7o,  91  ; 
Sépull.  gaul.,  pp.  ■il,  45. 

U)  Cociiivr,  ^orm.  sont.,  pp.  HTt  cl  l'J.j,  Aniti'ol.  rcram.,  p.  1 1. 


—  189  — 

Il  sera  facile  de  répondre  à  celle  quesliuii,  en  relisant  le 
passage  des  Fastes  d'Ovide  (i),  où  ce  poëte  décrit  les  céré- 
monies du  culte  des  mânes  :  ce  sont  les  présents  funèbres 
apportés  sur  le  bûcher  refroidi,  les  tlours  déposées  sur  le 
couvercle  de  l'urne  sépulcrale,  des  essences,  des  grains  de 
blé,  du  sel,  un  pain  amolli  dans  le  vin,  la  nourriture  dé- 
posée pour  rassasier  le  défunt,  etc.,  etc. 

Tout  dans  cette  description  respire  le  matérialisme  païen  : 
la  mort  était  moins  le  terme  de  l'existence  qu'une  nouvelle 
manière  d'être,  secunda  vifa,  comme  dit  Valère  Maxime, 
une  sorte  de  continuation  de  la  vie  au  sein  de  la  tombe, 
résidence  des  mânes  divinisées  (2)  auxquelles  restaient  cer- 
tains des  goûts,  des  habiludes  et  des  ressouvenirs  de  la 
terre;  à  ces  idées,  dit  M.  Raoul-Rochette  (3),  nous  devons 
le  mobilier  de  la  tombe  qui  a  servi  à  former  nos  Musées, 
et  qui  continue  tous  les  jours  encore  à  les  enrichir  et  à  les 
orner;  et  à  ce  mobilier  nous  devons  presque  toutes  nos  con- 
naissances archéologiques. 

A  mesure  que  les  peuples  se  sont  spiritualisés,  les  sépul- 
tures se  sont  appauvries  (4)  ;  elles  étaient  bien  riches  dans 
ces  temps  de  paganisme  :  sur  les  vases  contenant  la  boisson 


(1)  Est  lioiior  in  tumulis... 

...  in  cxstinctas  mimera  l'erto  pyras... 
Tcgnia  projpclis  satis  ost  velata  coronis  ; 

Et  sparsœ  frugps,  pancaque  mica  salis, 
In(nie  mero  mollila  Ceres,  violaeqiie  solut.c. 

...  posilo  pascilnr  ninbia  cIIjo. 

{FasI.,  II,  555  à  570.) 

...  Exstincto  feralia  muucra  ferto, 
Deque  tnis  lacrymis  luimida  serta  dalo. 

{Trist.,  m,  3,  81.) 

(2)  GUTHERIUS,  p.  1155. 

(s)  Nouv.  Mém.  Acad.  des  Inscript,  et  bell.-leltr.,  XIH ,  p.  585. 
(*)  Cochet,  Norm.  sout.,  pp.  16  et  199. 


—    190  — 

et  les  îilimeiils  deslines  ;iii  dérmil  {i),  ruii  gravail  ces  inscrip- 
tions «  Félix  bibas! Utere  felix!  »  A  côté  de  ces  vases  on 

en  déposait  d'antres  contenant  de  l'eau  Iraiclie,  du  lait,  du 
vin,  du  miel  (2);  on  les  accompagnait  de  récipients  de  toute 
nalure,  d'objets  destinés  aux  cérémonies  tunèbres  :  vases  aux 
offrandes,  aux  essences,  à  l'eau  lustrale,  lampes  sépulcrales, 
fioles  lacrvmatoires,  brùle-parfums;  on  y  ajoutait  les  osse- 
ments des  victimes  immolées  aux  mânes  du  mort,  et  les  objets 
(|ui  avaient  été  cbers  à  celui-ci  {-1),  ou  dont  on  croyait  qu'il 
aimerait  encore  à  se  servir  dans  le  royaume  des  ombres 
(ornements,  jeux,  etc.),  enfin  les  armes  ou  ustensiles  rappe- 
lant des  particularités  de  la  vie  terrestre  du  défunt  (4). 

La  législation  civile  et  religieuse  du  christianisme  ne  cessa 
de  protester  contre  ces  ])ratiques  (pi'il  fut  bien  difficile  de 
déraciner;  les  (^apitulaires  et  les  Conciles,  notamment  celui 
de  Leptines,  prohibèrent  ces  dadsisas  ou  f(^stins  sur  la 
tombe,  dont  une  part  était  réservée  au  défunt  (5);  les  Pères 


(1)  KincH.MANN,  de  fnncribus,  pp.  487  et  5:21.  iloniic  réiiuniération  dos  (liflt'- 
reiits  aliments,  etc.,  contenus  dans  ces  vases. 

(2)  GuTHEiiHîs  et  MoRKSTKU.us,  pass'iin;  dk  Montfaixon  ,  V,  \).  oi;  Cochet  , 
Sorm.  sont.,]).  195;  Aij.\m,  Antiq.  rom.,  11,  p.  547  ;  Sciiayes,  la  lîelgique,  etc., 
Il,  pp.  298  et  301.  Ce  dernier  auteur  parle  plus  spécialement  des  Germains; 
mais  il  est  à  remarquer  qu'ayant  pris  à  tâche  de  s'occuper  particulièrement  des 
populations  belgiques  avant  et  pondant  la  domination  romaine,  en  faisant  abstrac- 
tion des  conquérants  comme  s'ils  n'avaient  fait  que  passer  sans  lais.ser  de  traces, 
.M.  ScHAYEs  rapporte  constamment  les  anciennes  sépultures  aux  Gaulois  et  aux 
Germains,  en  leui'  attribuant  ce  qui  parfois,  peut-être,  devrait  être  laissé  aux 
Romains. 

(5)  «  Cum  rcbiis  qtiax  dilcxcrdiil  liomincs  xcpclii'baitliir.  »  (Sbkvu's,  nd  lib.  X, 
.'Encid.  ) 

(i)  MviiC.iEi!,  /.  cit.,  pp.  X  et  159. 

(.■î)  Caimt.  VI,  c.  197:  «  Admoncautiir  fidelcx  ut  ad  ftuos  morluos  non  agani 
en  qi((i'  de  paqnnnrum  rit  a  remnmenmt .  FA  f,uper  mortuorum  tinniilos  depaqano- 
riini  rihi  uec  mrnidiiciirc   tier  b/berc  piursiuneiil.   »    (Heineccils,  Corp.  jtir. 


—  191    — 

(le  rEii'lise  essayèrent  jnoiiic  dV'inpIoyer  Tanne  du  ridicule 
pour  faire  ressortir  l'étrange  contradiction  qu'il  y  avait  à 
i)rùler  d'abord  les  morts  de  la  manière  la  plus  atroce,  puis 
de  les  nourrir  de  la  manière  la  plus  goulue  (i). 

Toutes  les  destinations  diverses  qui  viennent  d'être  rele- 
vées, conservation  des  cendres  du  défunt,  nourriture  de  ses 
inànes,  etc.,  etc. ,  étaient  représentées  dans  la  tombe  de 
Fresin.  Il  serait  superflu  de  rechercher  ici  spécialement 
l'emploi  de  chaque  objet  particulier;  le  travail,  à  l'aide  des 
indications  recueillies  et  des  points  de  comparaison  rappelés 
plus  haut  (2),  sera  du  reste  des  plus  aisés  pour  les  archéolo- 
gues qu'il  intéresserait. 

Cet  ensemble  remarquable  où  rien  ne  fait  défaut  des 
usages  antiques,  est  déjà  à  lui  seul,  indépendamment  de 
l'élégance  et  du  choix  des  objets,  un  indice  incontestable  de 
l'importance  de  la  tombe  de  Fresin.  Fn  etîet,  chez  les  anciens, 
les  sépultures  vulgaires  étaient  de  simples  fosses  contenant 
quelques  tessons  recouvrant  des  cendres  déposées  sur  le  sol 
nu  (X);  l'emploi  de  vases  dénote  déjà  une  aisance  relative; 


Ccrman.,  p.  1331).  Capit.  d'environ  l'an  74i  :  «  Ut  superstitiones  quas  qiiibus- 
dam  inlocis  in  exsequUs  morlnorum  normuUi  faciunt  eradicent.  «  (Id  ,  p.  1512 
et  l'io9).V.  aussi  un  Capitul.  de  Carloman  de  l'an  747.  (Id.,  p.  -i88),  et  Vhidicii- 
liis  Huperstitionum  du  concile  de  Leplines  (les  Estines  en  Hainaut),  ap.  Schayes, 
la  Belgique,  etc.,  II,  14-3  et  Th.  Lejeuse,  Acad.  archéol.  de  Behj.,  t.  XIV, 
'><=  livi".  Le  croirait-on?  en  plein  xix»-  siècle,  dans  les  environs  de  Stavelot,  les 
exhortations  des  curés  ne  sont  pas  parvenues  à  empêcher,  la  nuit  de  Noël,  le 
dépôt  d'aliments  sur  les  tombes  des  cimetières  {Ann.  de  la  Soc.  d'arcliéol.  de 
Namur,  VII,  p.  56). 

(1)  «  Ego  magis  ridebo  viilgiis ,  disait  Tertllme.n,  tune  quoque  eum  ipsos 
defunctos  atrocissime  exuril,  quos  postmodum  gulosissiine  nutrit.  »  [ap.  Gu.^v. 
Ml,  p.  1015). 

(2)  V.  aussi  Batissier,  pp.  508  et  509. 

(3)  Ann.  Soc.  archéol.   de   Naniur,   Vil,    p.  28    V.  cependant   ropiiiion  de 


—   192  — 

mais  celui  de  lampes  sépulcrales  (i),  de  colïrels  funé- 
raires (;2),  de  vases  de  bronze,  et  surtout  de  vases  de  verre 
alors  très-rares  et  lrès-})ré(;ieu.\  (r>) ,  rensevelissement  de  ce 
mobilier  sous  un  lumulus  (ô  et  l'éreclioii  laile  en  même 
temps  de  deux  autres  lumulus  purement  bouorili(pies  élevés 
à  i2,Taud  renfort  de  bras  par  les  soldats  de  toute  une  légion 
peut-être,  tout  cela  est  un  indice  évident  de  l'opulence  du 
(It'funl.  Qu'est-ce  donc  (juand,  parmi  les  objets  mis  au  jour, 
on  ti'ouve,  en  outre,  quelques  exemplaires  revêtus  de  la 
forme  arlisti(pie  la  i)lus  ricbe  et  la  plus  élégante?  Les  fouilles 
de  Fresin qui  ontrévélé un seniblable  trésor,  sont  d'autantplus 
importantes,  au  point  de  vue  ai-cliéologique,  que  jusqu'ici  Ton 
s'était  accordé  à  considérer  les  tumulus  trouvés  dans  noire 
pays,  comme  offrant  en  l'ai  td'art,  si  non  tout  à  fait  de  la  pauvreté, 
au  moins  fort  peu  de  chose  qui  fût  digne  de  remarque  (o). 

(Ji'TiiEr.iis  souvent  rériitc(Mlepuis  par  les  laits  (//;>.  Gr.ev.,  \II,  p.  1:225),  d'après 
laquelle  «  ciipœ,  ollœ,  ossuariw,  iirniv,  (tmpitUœ,  phi(tla\  scpiilchrn  sioit  plebis 
cl  pauperiorum.t) 

(i)  D'api'ès  LiCETUs,  n  non  nisi  e  noblliuni  sepitlcliris  IiiijksdkhH  luccnur 
cniuntiir.  « 

{-i)  C'est  l'opialoii  de  de  Bast  et  de  Caumost,  V.  Joi.v  (Mess,  des  scicnc. 
Iiisf.,  18io,  p.  ioô). 

(ô)  Cochet,  Norm.  sont.,  pp.  81  et  185;  de  Cxnw^i,  Cours  d'aiiliq.  nionim., 
H  ,  I).  252 ;  JoLY,  Mm.  des  scienc.  hist.,  18i8,  pp.  400,  402  et  405;  Ihill.  Acad. 
roij.  de  BeJg.,  \\\\  1, 491;  Batissieu,  Hist.  de  l'art  monum.,  p.  510.  On  rapporte 
que  sous  Néron  l'on  paya  jusqu'à  GOOO  sesterces  deux  coupes  en  verre;  V.  aussi 
Nouveau  Dictionnaire  de  la  Conversation,  v"  Verre,  p.  575  ;  Laboulaye,  Dict. 
des  arts  et  manuf..  Il"  vol.,  2"=  part.,  v°  Yerre;  et  Complément,  p.  81.  Pein., 
XWIII,  2,  XXXVl,  46,  et  XXXVII,  10,  où  il  est  dit  nettement  que  les  vases 
eti  verre  coloré,  comme  l'est  la  liole-grappe  de  Fresin ,  avaient  de  son  temps 
chassé  les  coupes  d'or  et  d'artrent.  V.  cep.  de  Montfaucon,  III,  qui,  à  propos  de 
sa  pi.  iAxix,émet  l'avisque  le  vcri'eétait  commun  chez  les  anciens  inmi'  iKinteilles, 
coupes  et  tasses. 

(i)  Schayes,  la  Bdqiqnc,  etc.,  I,  pp.  IIS  et  IH);  .1»//.  Soc.  arcliM.de  ^a- 
miir,  IV,  p.  21,  et  VII,  p.  419. 

(r.)  CxALESLoiiT,  liitll.  Acad.  roii.  de  Itclu.,  \iV,  1",  p.  490. 


—   195  — 

BioiHiiiolaposilioii  respective  des  vases  ne  semble  pas  avoii' 
élé  soumise  à  des  règles  invariables  (i),  il  est  intéressant  de 
prendre  note  de  la  place  exacte  occupée  par  cliaque  objcl  ; 
c'est  ce  qu'a  fait  la  pi.  ii  ci-dessus,  où  il  imporle  de  lenir 
compte  du  bouleversement  du  sol,  et  qui  a  empêché  de 
vérifier  si,  comme  ailleurs  (V),  les  vases  étaient  placés  par 
rangs  de  trois  ou  quatre;  cependant  un  rapprochement  re- 
marquable a  pu  être  saisi  avec  le  tumulus  de  Champion 
exploré  par  M.  del  Marmol  (5),  et  avec  les  sépultures  de 
Schaerbeek  (4)  :  l'urne  cinéraire  se  trouvait  égalen)ent 
déposée  en  tête  de  la  chambre  sépulcrale  du  côté  du  Midi, 
et  les  lampes  sépulcrales  avec  la  cruche  à  huile  du  même 
modèle  que  la  lagune  n"  51',  étaient  placées  dans  1(ï  coin 
gauche  de  la  partie  inférieure;  dans  le  tumulus  de  Seron  (■;;, 
les  poteries  secondaires  étaient,  comme  à  Fresin,  rassem- 
blées l'une  contre  l'autre;  enlin,  bien  qu'on  considère  l'orien- 
tation des  tombes ,  tète  à  l'Ouest ,  pieds  à  l'Est ,  comme 
l'attribut  des  tombes  dites  celti(]ues  (c)  et  des  tombes 
chrétiennes  (7),  la  fosse  de  Fresin,  connue  beaucoup  de  sé- 


(i)  Mess,  des  scienc.  hist.^  1819,  p.  208. 

(2)  Arin.  Soc.  archéol.  de  Nnniitr,  II,  p.  :20. 

(3)  IMd.,  II,  p.  75. 

(i)  Reimed'hist.  et  d" archéol.,  II!,  p.  r>7. 

(5)  Ilrid.,  IV,  p.  20. 

(g)  Bxt\ss,iER,  Hist.de  l'art  monum.,  p.  511  ;  Eue.  Van  Bemmei.,  Etudes  sur 
les  monuments  druidiques,  pp.  20  et  26  {Revue  univ.  des  arts  du  bibliophile 
Jacob,  IV,  p.  195  et  siiiv.).V.  contr.  Schayes,  la  Belgique,  etc.,  I,  pp.  MSet  119, 
(pii  parle  de  corps  placés  dans  les  sépultures  la  tête  tournée  au  Nord. 

(7)  A.  iMuRciER,  /.  cit.,  p.  29;  Lebeuf,  Dissertation  sur  l'histoire  de  Paris, 
t.  I,  p.  261  etsuiv.  ;  Pior,  Revue  d'hisl.  et  d'archéol.,  II,  p.  502.  Telle  est  aussi 
l'opinion  de  de  Caumont,  rapportée  par  le  Bull,  de  l'hisl.  archéol.  liég.,  H, 
pp.   465  et  485. 


—  194  — 

pultiires  romaines  (ij,  a  son  axe  dirigé  du  Sud-Ouest  vers  le 
Nord-Est,  c'est-à-dire  vers  le  point  extrême  de  l'Orient  où  le 
soleil  se  lève  au  solstice  d'été,  et  le  groupe  tout  entier  est 
aligné  dans  le  sens  de  la  longueur  de  la  fosse  {'■i). 

Quant  aux  points  de  dissemblance  avec  d'autres  S(''pul- 
tures,  ils  sont  assez  nombreux  et  il  convient  de  les 
signaler. 

Dans  la  plupart  des  fouilles  faites  jusqu'ici  dans  des  sépnl- 
tures  romaines,  l'on  remarque  presque  toujours  mi  cou- 
vercle quelconque  sur  le  vase  cinéraire  principal  ;  c'est  là, 
en  termes  généraux,  la  tegula  d'Ovide  ;  parfois  cette  tegula 
est  une  tuile  dans  le  sens  propre  du  mot,  d'autres  lois 
c'est  un  couvercle  soit  upj)art(Miant  au  vase  lui-même,  soit 
provenant  d'un  autre  vase,  ou  bien  une  pierre  plate,  une 
assiette,  un  trépied  en  terre  noire  (3),  un  bol  de  verre  ren- 
versé sur  une  urne  de  même  matière  (4),  ou   enfin    nnc 


(1)  PioT,  /.  cil. ,  1 1 ,  p.  30 1 ,  et  la  mémo  Ueriie,  IV,  pj).  f>9  et  65;  Ann.  Snr.  archéol. 
deyamur.  II,  pp.  01  et  7o;  III,  p.  202;  Piiblicat.  Soc.  de  Linciidwiirg,  i8o{), 
|).  201.  Tous  les  tiiiuiiliis  loiiillés  jusqu'ici  dans  la  Hcshave  linibourgcoi.sc, 
il  Mcl  (au  Tombosch)  ,  connue  à  Montenakcn  (tombe  Iléinava  et  tnee  tomwen), 
présentent  un  caveau  creusé  dans  la  même  direction  (pi'a  Kresin;  il  en  était  de 
même  du  caveau  d'Oniai  exploré  en  I8(J2. 

(2)  liATissiER,  Éléments  d'arcluhd.  nation.,  p.  175,;!  propos  des  tumulus 
oblongs,  et  A7in.  Soc.  archéol.  de  Namiir,  \\,  p.  15.  Le  caveau  découvert  à  Ornai, 
en  18t)2,  par  M.  Thirion,  a  également  son  grand  axe  dans  le  même  sens  ciue  la 
ligne  des  quatre  tombelles  du  Gouvernement. 

(s)  De  Caumont,  Cours  d'antiq.  inoniim..  Il,  p.  257;  (".(((.iikt,  iVo/v//.  sont., 
\)\).  28  et  105;  Sépvlt.  gaul.,  pp.  43,  \'.i  et  i7  ;  .\.  Iîk.h,  n'"  Urna  v[  Epiclujsis; 
ScHAYKs,  la  Belgique,  etc.,  Il,  p.  56-i  et  suiv.  ;  l'iscnAirr  {Mém.  .\cad.  roy. 
de  lietfi.,  sav.  élr.,  XXIII)  .Notice  citée,  p.  12;  liuU.  Soc.  liist.  et  litt.  de  Tournai, 
I,  p.  DH;  Mess,  des  scienc.  liist.,  IS-i9,  p.  207;  .!««.  Soc.  archéol.  de  Kamur, 
t«:>l,  pi.  I,  n"'  8,  '.)  et  10;  pi.  II,  n"'  i,  (i,  7;  VII,  ii.  2tJ5;  lirritr  unir,  des  arts, 
XIV,  p.  71. 

(*;  PisToi.Kzi,  Museo  borlmn.,  V,  pi.  X(,iii,cl  l\,  pi.  i.xxv. 


—   l9o   — 

plaque  sur  laquello  se  trouve  gravée  rinscriptioii  I'uik'- 
raire  (i). 

Souvent,  aussi  l'on  signale,  sous  l'urne  principale,  une 
assiette,  une  palère,  un  objet  quelconque  en  guise  de  pié- 
destal (-2). 

Enfin  l'on  a  (pielquefois  découvert  dans  les  vases  les  plus, 
grands  et  surtoutdans  rurneprincipale(ô),  une  foule  d'objets 
de  petite  dimension,  comme  des  fioles  en  verre,  des  vases 
aux  libations,  des  cuillers,  des  fibules,  des  tablettes,  des 
bagues,  des  monnaies,  etc. 

L'espace  considérable  dont  l'on  disposait  à  Fresin  a-t-il 
fait  préférer  l'étalage  des  objets  à  leur  superposition,  motivée 
ailleurs  par  le  désir  d'occuper  le  moins  de  place  possible? 
Toujours  est-il  (|u'à  Fresin ,  sauf  toutefois  les  deux  patines 
n"'  37  et  58,  qui  paraissent  avoir  été  placées  au-dessus  du 
grand  vase  n°  53,  tous  les  objets  étaient  posés  directement 
dans  la  couche  de  cendres  du  fond.  Quant  à  l'urne  cinéraire 
en  bronze,  elle  a  présenté  cette  particularité  que  les  cendres 
se  trouvaient  dans  le  bassin  concave  servant  de  couvercle, 
et  que  rien  n'a  été  placé  au-dessus  pour  les  recouvrir;  car 
l'on  n'a  pas  rencontré  dans  toute  la  fosse  un  objet  assez  large 
pour  boucher  l'orifice  du  bassin ,  et  aucune  trace  de  bois 
trouvée  aux  environs  du  vase  ne  permet  de  supposer  qu'une 
planche  ait  été  spécialement  employée  à  cet  usage.  Quant  aux 
menus  objets  que  l'urne  cinéraire  a  pu  contenir,  il  y  a  lieu  de 


(i)  A.  RicH,  \°  OUaossiuiria. 

(2)  Mess,  desscienc.  hisl.,  1844,  p.  526;  iUo,  p.  -428;  1849,  p.  108. 

(s)  Cochet,  Nonn.  sont.,  pp.  15,  28  et  6(3;  Sépiilt.  (jauL,  pp.  42,  .45,  -i5  et  47; 
V.  aussi  ScHAYEs,  la  Belgique,  eU:.,  1,  p.  501,  pour  les  sépultures  dites  par  lui 
sermaines. 


—  1%  — 

restreindre  l'hypothèse  à  la  cuiller  et  à  la  spatule,  ainsi  qu'à 
quelques-uns  des  grains  de  collier  ou  des  jetons  dont  la  po- 
sition véritable  n'a  pas  été  déterminée,  peut-être  aussi  aux 
deux  pièces  de  monnaie,  quoiqu'il  y  ait  plus  d^  vraisem- 
blance à  su})poser  qu'elles  furent  placées  sur  les  bords  du 
bassin  n"  1,11  est  du  reste  à  remarquer  qu'ailleurs  les  objets 
de  parure,  et  sans  doute  aussi  la  plupart  des  objets  d'impor- 
tance secondaire,  étaient  le  plus  souvent  jetés  ;ui  liasard 
dans  le  groupe  funéraire  (i). 

La  sépulture  de  Fresin  se  signale  encore  par  l'absence  de 
la  cruche  vide,  placée  invariablement  d'après  l'abbé  Cochet  (2) 
à  côté  de  l'urne,  ou  de  l'amphore  trouvée  constamment  à 
l'Orient  du  groupe  par  M.  Joly  (5)  ;  mais  peut-être  ces  diffé- 
rences tiennent-elles  uniquement  à  la  cause  déjà  indiquée,  à 
savoir  l'emplacement  considérable  dont  on  disposait  et  qui  a 
pu  augmenter  la  distance  des  objets  entre  eux  et  faire  varier 
leur  position  relative  dans  le  caveau. 

Quanta  la  destination  des  objets  funéraires,  il  est  indubi- 
l;iblo  <|u'elle  n'avait  rien  d'al)solu;  ainsi,  la  présence  en  cer- 
taines sépultures  de  parfums  dans  des  vases  de  bronze  (i) 
ou  de  verre  (5),  de  traces  de  vin  ou  de  lait  dans  des  poteries 
ordinaires  ((>)  ou  en  terre  sigillée  (7),  de  cendres  ou  d'osse- 
jnenls  dans  une  criiclu;  de  terre  du  typii  a])j)elé  pul  (tu  jeu 


(1)  Mess,  des  scieitc.  Iiist.,  18i'.),  p.  209. 

(2)  Norm,  soûl.,  p.  lOÔ. 

(3)  Mess,  desscieuc.  Iiisl.,  I8i8,  pp.  :2.")U,  et  I.Si!»,  p|i.  -2(17  et  20!). 

(4)  CdCHET,  yorni.soKt.,  p.  l'Jj. 

(0)  il). ,  p.  70,  et  Itevue  d'Iiist.  et  d'arcliéol.,  111,  p.  -ii,";. 

(c)  Mess,  des  scienc.  liisl.,  18  55,  p.  425. 

(7)  De  Caimo.nt,  (loiirsd'untiq.  mon..  II.  p.  2ui. 


—   197  — 

par  l'abbé  Cochet  (i),  ou  dans  un  vase  de  verre  (2),  de  vases 
bu  de  coupes  en  verre  pour  offrandes  ou  libations  (3),  ne 
peut  être  érigée  en  règle;  on  se  servait  par  occasion  des 
objets  que  l'on  avait  sous  la  main,  sans  que  l'emploi  de  tel 
récipient  plutôt  que  de  tel  autre  fût  systématique. 

Pas  non  plus  au  fond  des  vases  de  Fresin,  de  ces  gravois 
qui  ont  fait  fait  supposer  à  l'abbé  Cochet  (i)  que  des  vases 
à  parfums  ou  à  libations,  auraient  été  jetés  avec  leur  contenu 
sur  le  bûcher  et  brûlés  en  même  temps  que  le  cadavre  ;  pas 
de  ces  terres  charbonneuses  trouvées  par  M.  del  Marmol  (5) 
tout  près  de  la  chambre  sépulcrale  du  tumulus  de  Seron;  ni 
de  ces  aires  de  plusieurs  pieds  carrés  dont  le  fond  était  con- 
stitué de  terre  ou  de  sable  bien  tassé,  et  dans  lesquelles  on 
recueillit,  sous  d'autres  tumulus,  des  fragments  des  vases 
en  verre  et  en  terre  cuite  (e).  TMais  l'absence  de  ces  détails 
à  Fresin  n'a  aucune  importance,  et,  de  leur  constatation 
en  d'autres  lieux,  on  ne  peut  tirer  aucune  déduction  pro- 
bante. 

Un  seul  point  reste  à  élucider;  il  concerne  l'incinération 
elle-même  et  le  dépôt  des  cendres  ou  des  ossements  dans  un 
certain  nombre  de  vases  différents. 

Il  y  a  lieu  d'abord  de  faire  complètement  abstraction,  dans 
cet  examen,  de  certains  ossements  en  assez  grande  quantité 


(1)  Norm.  sout,,  pi.  vi;  Sépult.  gaul.,   pp.  4-3  et  43;  Ann.  Soc.  archéol.  de 
Namiir,  VII,  p.  411. 

(2)  Revue  d'hist.  etd'archéol.,  III,  p.  443. 

(3)  Revue  univ.  des  arts,  XIV,  p.  71. 

(4)  Norm.  sont.,  p.  167. 

(s)  Ann.  Soc.  archéol.  deNamur,  IV,  p.  '21. 

(e)  Ibid.  Peut-être  s'agissait-il  de  parties  déjà  visitées  par  de   précédents 
explorateurs? 

i3 


—  198  — 

trouvés  à  l'endroit  u"  46  de  la  pi.  u  (i),  au  milieu  d'une 
couche  de  charbons  el  de  cendres  :  ces  ossements,  soumis 
à  l'inspection  du  savant  et  obligeant  professeur  Spring,  ont 
été  déclarés,  par  lui,  appartenir  à  un  ruminant  conmie  le 
mouton  ou  la  chèvre,  à  celui-là  plutôt  qu'à  celle-ci;  ces 
ossements,  au  moins  la  plus  grande  partie,  n'avaient  pas 
subi  l'action  directe  du  feu  et  ne  peuvent  donc  provenir 
que  de  chairs  placées  crues  ou  cuites  dans  la  tombe,  soit 
de  victimes  immolées  en  l'honneur  du  défunt,  soit  d'aliments 
offerts  à  ses  mânes  (2);  la  dissolution  de  ces  chairs  avait 
produit  autour  des  os,  une  sorte  de  terreau,  et  d'autres 
sépultures  ont  donné,  du  reste,  des  ossements  non  calcinés 
d'animaux  (5). 

Restent  une  quantité  d'esquilles  calcinées  et  réduites  en 
fragments  si  menus  qu'il  a  été  inqjossible  de  les  attribuer 
avec  certitude  à  un  être  humain  :  peut-être  quelques-unes 
de  ces  esquilles  ont-elles  été  fournies  par  les  restes  d'ani- 
maux jetés  dans  les  flammes  du  bûcher  (i)  ;  mais  il  est 


(i)  Dans  un  coin  de  la  grande  caisse  de  bois,  ou  peut-êU'e  en  dehors  de  cette 
caisse. 

(2)  Les  animaux  immolés  en  l'iionneurdu  délunt.  sont,  outre  le  mouton  {Ann. 
Soc.  arch.  de  Aamur,  IV,  p.  5G5,  et  VII,  p.  o),  le  porc,  le  bœuf,  le  chevreuil, 
les  oiseaux  (gibier  ou  volaille)  ;  cependant  la  présence  de  terriers  de  renards  dans 
kl  plupai  t  des  tumulns  fait  parfois  douter  de  la  destinaticm  funéraire  des  osse- 
ments de  ces  derniers  (lbid.,1.  cit.;  V,  p.  188;  VII,  pp.  U  et  ^5;  liuU.  Soc.  hist. 
et  litt.  de  Tournai,  I,  p.  92).  Batissikr,  Hisl.  de  l'art  monum.,  p.  309,  cite 
même  des  arêtes  de  poissons  ou  des  écailles  d'unifs  (pii  semblent  plutôt  se  rap- 
porter a  une  destination  alimentaire. 

(3)  M.  H.vuzKUR,  Ann.  Soc.  archéol.  de  A'am«/-,  IV,  p.  365. 

(4)  KmcHMANN,  De  funeribus,  p.  -289;  Mokestellus,  cap.  Vil  {ap.  Gr^ev., 
XII,  p.  U37  et  suiv.);  VLK.,Epist.  Il,lib.  IV,  etc.  On  en  voit  aussi  un  exemple 
dans  Tacite,  Mor.  Germ.,  xvii,  pour  les  Germains  qui,  avec  le  défunt,  brûlaieni 
son  l'heval. 


—  199  — 

probable  que  la  plus  grande  partie  vieni  du  corps  du  défuiil 
livré  aux  Ilammes. 

Quel  a  été  le  but  de  cette  désorganisation  du  corj^s  hu- 
main [)ar  le  feu  ?  A  en  croire  Pline  (i),  le  but  de  la  crémation 
a  été  le  désir  de  soustraire  les  restes  mortels  à  des  outrages 
posthumes.  Les  anciens  auraient-ils  eu,  en  même  temps, 
pour  but  de  transformer  le  cor|)S  en  une  cendre  indestruc- 
tible et  en  un  incoiTuptible  calcaire  (-i)l  Mais  cette  supposi 
tion  n'est-elle  pas  un  peu  recherchée?  Ne  se  baserait-elle  pas 
uniquement  sur  le  sens  du  mot  calcinatio?  Or,  ce  mot  qui 
n'est  pas  de  la  haute  latinité,  avait  dans  le  principe  le  sens 
d'oxydation  des  substances  métalliques  par  le  contact  de 
l'air  qui  en  enlevait  ce  qu'on  nommait  phlogistique;  seule- 
ment depuis  les  progrès  de  la  chimie,  science  toute  moderne, 
le  mot  calcinalio,  plus  conforme  à  son  étymologie,  signifie 
l'opération  ayant  pour  objet  de  séparer,  sans  le  concours  de 
l'air  et  par  l'effet  unique  de  la  chaleur,  les  parties  volatiles 
d'une  substance  quelconque  organique  ou  minérale,  et  de 
transformer  le  carbonate  calcaire  en  chaux  vive,  ]iar  le  déga- 
gement de  l'acide  carbonique  du  carbonate  (5).  Pour 
employer  le  feu,  l'élément  destructeur  par  excellence,  dans 
le  but  de  purifier  et  de  conserver  plus  longtemps  les  restes 
des  morts,  il  eût  fallu  que  les  anciens  eussent  en  fait  de  chimie 
des  connaissances  bien  avancées  pour  leur  époque;  en  outre, 
à  la  profondeur  de  la  fosse  de  Fresin,  de  semblables  précau- 
tions, en  les  supposant  raisonnées,  étaient  bien  superflues. 


(1)  A.   MURCIER, /.  c//.,  p.  7. 

(2)  Cochet,  A'orm.  sont.,  pp.  16  et  163. 

(3)  Dict.  des  arts  et  manuf.,  et  Dict.  de  la  Conversation,  au  iiidl  (.alchiatwn. 


—  200  — 

car,  à  la  diiïérence  do  nos  cimetières  qui  altèrent,  assez  les 
matières  organiques  pour  permettre  de  creuser  de  nouvelles 
fosses  au  même  endroit  tous  les  cinq  ans,  la  sépulture  de 
Fresin,  à  côté  d'ossements  calcinés,  en  a  fourni  d'autres  ou 
complètement  crus,  ou  seulement  cuits  avec  la  viande  qui 
les  entourait,  et  tout  aussi  bien  conservés  que  les  premiers; 
enfin,  quelque  matérielles  que  fussent  les  croyances  des  an- 
ciens, ils  ne  se  faisaient  pas  illusion  sur  l'anéantissement 
complet  de  l'organisme  humain  :  corpus  i(/ni  abolition,  ut 
romanus  mos,  disait  Tacite  dans  son  langage  énergique  (i); 
cette  destruction  qui,  chose  bizarre,  était  chez  eux  compa- 
tible avec  le  culte  des  morts,  ils  l'exagéraient  encore, 
s'il  est  vrai  que  les  esquilles  concassées  l'aient  été  à  des- 
sein comme  en  d'autres  sépultures  (2),  et  si  nous,  explora- 
teurs, ne  nous  sommes  pas  trompés,  en  attribuant  à  une 
intention  déterminée  plutôt  qu'à  un  accident,  le  mélange 
de  cendres  et  de  verre  pilé  trouvé  là  où  avaient  été  des 
coffrets. 

MM.  Joly  et  del  Marmol  (3)  remarquent  que  jamais  les 
cendres  n'occupent  la  capacité  entière  des  vases  où  elles  sont 
déposées  et  qu'elles  se  trouvent  jusque  dans  les  vases  les 
])lus  petits  (observations  confirmées  à  Fresin,  avec  la  restric- 
tion que  des  cendres  de  la  couche  inférieure  ont  pu  s'intro- 
duire dans  les  vases  renversés),  se  demandent  si  un  peu  de 


(1^  .4mw.,  XVI,  6.  Le  chrétitMi  Minuties  Fki.ix  disait  (in  Octavio):  nec  inter- 
est  utrum  fera'  diripiant ,  an  maria  consumant,  an  humus  contegat,  an  (lamma 
aubdncat. 

(2)  (Cochet,  ^orm.  sout.,  p.  1  î  ;  Sépull.  nfiiiL,  pp.  il  et  io. 

(3)  Mess,  des  scienc.  Iiisl.,  1819,  ji.  "201,  et  1S;JI,  p.  .")'(;  Ann.  Soc.  archéol. 
(/(' .Vfl/n«r,  VII,  p.  29. 


—  201   — 

cendres  et  d'os,  pouvant  parfois  tenir  dans  le  creux  de  la 
main,  est  bien  exactement  tout  ce  qui  reste  d'un  corps  hu- 
main soumis  à  l'action  du  feu.  M.  Joly  ne  se  contente  pas  à 
cet  égard  des  explications  tirées  des  méthodes  plus  ou  moins 
perfectionnées  de  crémation,  et  suppose  qu'on  j^rcnait  seu- 
lement des  cendres  du  cadavre,  la  quantité  jugée  suflisante 
pour  la  consécration  des  vases  funéraires  dédiés  aux  nirànes 
du  défunt  (i). 

L'inhumation  n'aurait  été  de  cette  manière  qu'une  céré- 
monie symbolique  et  fictive  ;  et  il  cite,  à  l'appui  de  sa  thèse, 
des  exemples  d'urnes  de  grande  dimension,  ne  renfermant 
qu'une  pincée  de  cendres;  il  ajoute  enfin  que  si  l'on  avait 
pris  soin  de  rassembler  tout  ce  qui  restait  du  défunt  sur  le 
bûcher,  cette  quantité  devait  varier  à  chaque  incinération, 
et  être  parfois  assez  grande  pour  remplir  complètement 
l'urne. 

D'autres  archéologues,  s'appuyant  sur  les  mots  ossuaria, 
ossilegium,  pensent  que  l'unique  souci  des  anciens  était  de 
recueillir  à  la  main  les  ossements,  abstraction  faite  des  cen- 
dres proprement  dites,  et  ils  croient  que  la  poussière  cendrée 
provient  des  ossements  en  partie  réduits  en  poudre  par  le 
temps  (2). 

Quant  à  cette  dernière  opinion,  elle  se  réfute  par  la  consi- 


(i)  «  Quelques  poignées  de  cendres  étaient  recueillies  sur  le  bûcher  pour  être 
déposées  dans  la  tombe,  »  disent  aussi  les  Ann.  Soc.  archéol.  de  Aamtir,  VII, 
p.  418. 

(2)  V.  sur  cette  matière:  Kirchmann,  De  fiinerilnts,  pp.  509 et  suiv.;GuTHERiL-s, 
cb.  XWU,  De  reliquaruin  co//ec/WHe  (ap.  Graev.,  X II,  p.  1454),  Morestellus, 
ap.  etimd.,  p.  1441  ;  celui-ci  résume  la  controverse  entre  Casaubon  et  autres 
sur  les  moyens  employés  pour  distinguer  les  cendres  humaines  des  autres  résidus 
du  foyer;  v.  aussi  Sch/epfflinn,  Ahatia,  p.  314. 


—  202  — 

dération  qu'à  Fresiii  on  n  parfaitement  discerné  des  dépôts 
de  véritables  cendres  d'une  part,  et  d'ossements  de  l'autre, 
à  raison  des  places  distinctes  où  on  les  avait  placés  dans  la 
sépulture  ;  l'urne  principale  ne  contenait  que  des  cendres 
et  pas  d'os,  et,  puisque  des  os  calcinés,  qu'ils  soient  d'hom- 
mes ou  d'animaux,  ont  été  retrouvés  dans  la  sépulture,  il  est 
impossible  que  les  cendres  du  bassin  n"  1  soient  un  résidu 
d'ossements  réduits  en  poudre  par  le  (emps. 

A  l'égard  de  l'opinion  de  M.  Joh ,  connue  à  l'égard  de 
celle  qui  verrait  uniquemciil  dans  les  quatre  tas  de  verre  pilé, 
auxquelles  les  cendres  auraient  été  confondues  avec  inten- 
tion, un  emblème  de  la  fragilité  humaine,  il  semble  que  le 
symbolisme  dont  ces  opinions  sont  empreintes  sulïit  à  lui 
seul  pour  les  réfuter.  Le  peuple  qui  déposait  dans  les  sépul- 
tures du  lait,  du  vin,  du  miel,  du  pain,  du  blé,  du  sel,  des 
victuailles  de  toutes  sortes  pour  les  ombres  matérialisées  des 
défunts,  aurait  attaché  une  idée  toute  spirilualiste  à  la  sépul- 
ture !  Evidemment  il  ne  peut  en  être  ainsi.  A  quoi  bon  ce 
bûcher  colossal  de  Frcsin  ;  ce  foyer  activé  pendant  des 
jours  entiers  et  assez  intense  pour  fondre  le  fer;  cette  peine 
coûteuse  prise  pour  réduire  le  corps  en  cendres  ;  si  tout 
devait  se  résumer  en  un  emploi  ])urement  tictif  de  quelques 
|)oignées  de  la  poussière  humaine?  Pourquoi  ce  soin  de  cou- 
vrir ri/.s7?"m?/»i  lui-même  de  terre?  pourquoi  ces  énormes 
couches  parallèles  des  résidus  du  bûcher,  jilacées  avec 
intention  dans  la  fosse,  si  l'on  n'avait  pas  été  inspiré  par 
une  pensée  pieuse  ayant  pour  but  de  recueillir  avec  solli- 
citude jusipi'aux  (h'bris  douteux  (pii  pouvaient  contenir 
encore  quekpies  piircelles  humaines  échaj)|>ées  aux  re- 
cherches ? 


—  203  — 

Certes,  en  archéologie,  comme  on  le  disait  |)liis  liant,  le 
fait  doit  l'emporter  sur  la  théorie,  les  fouilles  dans  le  sol  sur 
les  fouilles  dans  les  livres;  mais  quand,  au  lieu  du  fait,  on 
ne  recueille  que  des  apparences,  alors  commence  le  rôle 
de  l'érudition;  ce  serait  une  erreur  que  de  prendre  celle-ci 
pour  base;  c'en  serait  une  non  moins  grande  do  ne  pas 
l'accepter  comme  contrôle. 

Or,  que  nous  disent  les  écrivains  anciens?  «  Qu'une  même 
urne,  disait  Ovide,  si  petite  qu'elle  soit,  nous  contienne  l'un 
et  l'autre (i).  »  «Fais,  disait-il  encore,  fais  transporter  à  Rome 
mes  ossements  dans  une  urne  modeste  ;  au  moins  après  ma 
mort,  je  ne  serai  plus  exilé  (2).  »  Ailleurs,  c'est  Tacite  qui 
représente  Agrip))ine  ramenant  d'Antioche  les  cendres  de 
Germaiiicus,  elles  tribuns,  ainsi  que  les  centurions,  portant 
ces  cendres  sur  leurs  épaules  dans  la  cérémonie  des  funé- 
railles (3).  Ailleurs  encore,  l'on  nous  montre  Caligula  rap- 
portant à  Rome  les  cendres  de  sa  mère  et  de  ses  frères  (4),  ou 
Plotine  et  Maltidie  revenant  de  Sélinunte  en  Gilicie  avec  les 
cendres  de  Trajan  pour  les  déposer  sous  la  colonne  Tra- 
jane  (5),  etc.,  etc.  Or,  à  quoi  bon  ces  voyages,  ces  transports, 
ces  cérémonies,  si  les  vases,  au  lieu  de  contenir  ce  qui  restait 
(reltquiœ  (e))  du  défunt,  étaient  tout  simplement  des  urnes 


(ij  Urna...  nos  baboat  quainlilii'l  arda  duos. 

{Her..\\,  1-21.) 

{«)  Ossa  tameu  facito  parva  referantur  in  urna. 

Sic  ego  lion  eliaiii  moiLutis  exsul  ero. 

{Trist.,  111,3,63.) 

(3)  Ann.,  II,  75,  et  III,  2. 

(4)  Dion  ,  LV;  Sueton.,  /«  Cff%.  xv. 

(5)  Cantu,  Hist.  tmiv.,  règne  de  Tiajan,  p.  9-i,  Spaktian.,  in  Hadrktn.,  v. 

(6)  Tacit.,  Ann.   III,  4;  Spartian.,  /.  cit.;  Jul.  Capitol.,  in  M.  Anton.,  vi. 


—  204  — 

consacrées  à  ses  mânes  et  contenant  seulement  une  pincée 
de  ses  cendres  ? 

Non,  tout  en  réduisant  à  aussi  peu  que  possible  l'enve- 
loppe terrestre  dont  l'ombre  s'était  débarrassée,  les  Romains 
attachaient  même  à  la  préservation  de  ce  «  presque  rien,  « 
une  idée  superstitieuse  (i)  :  être  privé  de  sépulture,  était, 
dans  l'antiquité  ,  la  peine  des  grands  coupables  (2),  et 
pour  empêcher  les  mânes  de  ceux  dont  on  n'avait  pu 
retrouver  les  corps,  de  vaguer  errantes,  on  allait  jusqu'à 
élever  en  leur  honneur  des  sépulcres  vides.  Gomment 
dès  lors  eût-on  songé,  pouvant  le  contraire,  à  laisser 
hors  de  la  sépulture  une  partie  quelconque  des  reliquiœ  du 
défunt? 

D'ailleurs,  que  l'on  se  re])résenle  en  imagination  des  funé- 
railles antiques  dans  une  contrée  inhabitée,  comme  l'était 
alors  sans  doute  Fresin  :  le  bûcher  s'allume,  la  fosse  est 
creusée  ;  déjà  les  vases  destinés  à  reposer  au  fond  de  celle-ci 
sont  apportés  près  du  bûcher;  ces  vases  sont  en  grand 
nombre ,  soit  qu'on  veuille  étaler  j)lus  de  pompe,  soit  parce 
qu'à  l'avance  il  est  impossible  de  déterminer  de  combien  de 
vases  l'on  aura  besoin  pour  contenir  les  résidus  variables  de 
la  crémation,  et  parce  que,  à  raison  de  l'éloignement  de 
toute  habitation,  l'on  ne  veut  pas  être  pris  au  dépourvu. 
Le  bûcher  .s'éteint;  pour  utiliser  les  vases  consaci'és  à  la 
sépulture  et  qu'on  se  ferait  sans  doute  scrupule  de  raj)porter 
vides,  on  dépose  dans  l'urne  principale  les  cendres  qu'on 


(i)  ScETO.N.,  in  Caiig.,  lix. 
(i)  A.  Mlrciek,  /.  cil.,  p.  VI. 


—  205  — 

croit  provenir  des  parties  nobles;  dans  les  vases  accessoires, 
les  cendres  des  extrémités  ou  celles  dont  on  doute  (i).  Voilà 
comme  nous  agirions,  si,  païens  comme  les  Romains  de 
Fresin,  nous  avions  à  procéder  aux  mêmes  devoirs  pour 
l'un  des  nôtres.  N'est-ce  pas  en  effet  le  mode  le  plus  simple 
et  le  plus  naturel  ? 

Enfin,  au  lieu  de  supposer  un  parti  pris  de  ne  placer 
dans  les  vases  qu'une  partie  des  cendres,  n'est-il  pas  plus 
logique  d'admettre  que  les  urnes  étaient  autrefois  plus  rem- 
plies qu'elles  ne  le  sont  restées;  parfois,  quand  le  temps  faisait 
défaut  ou  quand  les  éléments  contrariaient  les  flammes,  par 
exemple,  si  le  vent,  favorable  à  la  crémation (2),  ne  faisait  pas 
sentir  son  influence ,  la  combustion  devait  rester  plus  ou 
moins  imparfaite  (3).  Alors,  il  a  dû  s'être  rencontré  des  cir- 
constances que  l'opinion  de  M.  Joly  exclut,  où  les  résidus 
de  la  combustion  ont  été  suffisants  pour  remplir  les  urnes 
à  plein  bord  (4),  mais  l'évaporation  de  l'humidité  et  la  volati- 
lisation des  parties  les  plus  subtiles  ont  dû  sans  doute  dimi- 
nuer le  volume  du  dépôt  et  réduire  le  tas  des  cendres  :  ne 
serait-il  pas ,  en  eff'et ,  téméraire  d'affirmer  que  le  contenu 


(i)  C'est  aussi  l'opinion  de  l'auteur  d'une  ancienne  description  d'antiquités 
rapportée  par  M.  Pinchart  {Mém.  de  l'Acad.,  savants  étrangers,  XXII),  I^otice 
citée,  p.  6;  M.  Schayes,  la  Belgique,  etc.,  II,  p.  5U4  et  suiv.,  analyse  également 
plusieurs  fouilles  à  Tournai ,  oii  l'on  trouva  entre  autres  une  petite  urne  dans 
laquelle  étaient  déposés  la  phalange  d'un  doigt  et  un  anneau  de  bronze  brisé. 
Autre  chose  est,  on  le  comprend,  la  mise  à  part  de  certains  membres,  avant 
(V.  plus  haut,  p.  1-44)  ou  après  la  crémation;  c'est  de  celle-ci  seulement  qu'il  est 
présentement  question. 

(2)  MORESTELLUS,  flj>.  Graev.,  XII,  p.  1435. 

(3)  En  voir  un  exemple  dans  Suéton.,  in  Calig.,  u\. 

(4)  V.  du  reste  un  exemple  de  vase  rempli  d'os  et  de  cendres  jusqu'à  deux 
pouces  de  leur  orifice,  dans  les  Ann.  Soc.  archéol.  de  Namur,  II,  p.  79. 


—  206  — 

des  unies  n'a  pas  varié  depuis  dix-sept  à  dix-huit  cents 
ans  ? 

La  minime  quantité  de  cendres  trouvée  parfois  au  fond 
des  vases  n'a  jamais  donné  lieu  de  la  part  de  l'abbé  Cochet, 
l'homme  du  monde  qui  a  peut-être  remué  le  plus  de  sépul- 
tures, à  une  observation  semblable  à  celle  de  M.  Joly;  il 
affirme  (i)  que  les  vases  accessoires  ne  contiennent  jamais 
que  les  cendres  qui  n'ont  pu  trouver  place  dans  l'urne  prin- 
cipale, et  qu'on  en  rencontre  tant  au  fond  de  tous  les  vases 
à  embouchure  non  étroite ,  que  dans  la  caisse  (unique  le  plus 
souvent)  où  ces  vases  avaient  été  placés.  A  Fresin,  comme 
on  l'a  vu,  l'on  ne  s'était  pas  même  contenté  de  déposer  les 
cendres  dans  le  bassin  de  bronze  et  dans  d'autres  vases  au 
fond  desquels  on  en  a  trouvé;  il  semble  que  l'on  ait  voulu  y 
rassembler  religieusement  jusqu'aux  cendres  de  bois  du 
bûcher,  sans  doute  parce  qu'on  les  croyait  imprégnées  du 
sang  du  défunt,  et  en  recueillir  une  quantité  assez  consi- 
dérable pour  en  former  trois  couches  parallèles  se  dessinant 
très-netlement  dans  les  parois  du  caveau. 

Toujours  est-il  que,  conséquents  avec  les  })réini.sses  posées 
ci-dessus  dans  les  observations  préliminaires  ,  les  explo- 
rateurs de  Fresin  on(  cru  devoir  restituer  à  la  tondje  tous  les 
ossements  humains  ou  douteux,  ainsi  que  toutes  les  cendres 
que  les  fouilles  en  avaient  exhumées;  et  pour  témoigner 
de  leur  respect  pour  la  sépulture,  asile  qui  doit  être  inviola- 
ble pour  tous,  païens  comme  chrétiens,  nous  avons  ajouté 
au    dépôt    la    modeste   inscription    que  voici  ,   copiée   sur 


(t)  Norm.  xoiit.,  \).  1()7. 


—  207  — 

parchemin  et  placée  dans  une  fiole  bouchée  de  terre  et  de 
poix  : 

AKNO  MILL.  OCTIXG.  SEXAG.  SECUNDO 

REGNANTE  LEOPOLDO  BELGARUM  REGE  PRIMO 

FAUTORE  ALPH.  VAN  DEN  PEEREBOOM  PUBLIC.  INTER.  NEGOT.  ADMINISTRO. 

«  Elatos  ex  juxinposiia  fossa,  deceni  pêclibus  deprcssa,  cujusdani  romani. 
»  niilit.  ducis,  cui  sœculo  post  Christ,  iiat.  secundo  incipiente,  ad  viam  hic 
«  Nivellen^eni  inter  alios  duos  tuniulos  médius  tributus,  cineres,  vasis  solum 
»  lagenis  aliisque  ulensilibus  copiosis  spendidisquc  in  archœologicœ  scientia; 
»  comniodum  retentis,  veneranter  repositos  voluere,  » 

(Signé)  J.  Van  Hamont,  p.   t.  inagister  loci  de  Fresiii  (Vorsseii),  amio  magistratiis  siii  xxxviii; 
A.  Kempexeers,  presb.; 

1.  Gérard,  arch.  e  comit.  reg.  luonuni.  unus  ; 
H.  Scui'ERMANS,  procurât,  reg.  e  comit.  reg.  monuni .  uiius 

Après  l'achèvement  des  louilles  et  en  même  temps  que 
nous  rendions  à  la  terre  les  cendres  et  les  ossements  qu'elle 
nous  avait  prêtés,  nous  avons  veillé  avec  soin  à  la  restaura- 
tion du  monument  sépulcral  lui-même  :  les  terres  extraites 
ont  été  replacées  et  foulées  pour  empêcher  des  vides  et  des 
tassements  intérieurs;  avant  quoi,  les  terres  avaient  été 
préalablement  passées  par  un  tamis  placé  à  l'entrée  de  la 
galerie,  travail  auquel  on  doit  un  certain  nombre  de  frag- 
ments et  quelques  menus  objets  qui  ont  servi  à  complétei- 
la  liste  donnée  plus  haut. 

L'auteur  a  été  heureux  de  saisir  l'occasion  de  mettre  en 
pratique  les  recommandations  pour  la  conservation  des  an- 
ciens tumulus,  présentées  ])ar  lui  à  l'assemblée  générale  dC' 
la  Commission  des  Monuments  le  30  septembre  1862  (i). 
Il  a  sollicité  et  obtenu  du  Gouvernement  un   subside,  en 

(<)  V.  au  compto  rendu,  p.  51. 


—  208  — 

l'absence  do  ressources  communales,  à  l'effet  d'établir  une 
clôture  autour  des  dry  tommen;  des  haies  de  charmilles  et 
d'épines,  entrelacées  à  des  poteaux  par  des  fils  d'archal  ont 
été  établies  circulairement  autour  de  la  base  primitive  qu'on 
s'est  efforcé  de  reconnaître;  ces  haies  ont  été  entourées  de 
fossés  ;  en  outre  il  a  été  proposé  au  Gouvernement ,  dans  le 
but  de  concilier  la  conservation  des  haies  et  les  intérêts  de 
l'agriculture,  d'acquérir  des  propriétaires  voisins  la  zone 
de  terrain  nécessaire  pour  parfaire  un  parallélogramme 
terminé  par  des  lignes  droites  (i).  Enfin,  les  administrations 
communales  de  Fresin  et  de  Gorlhys  se  sont  engagées  à 
entretenir  et  à  surveiller  les  clôtures  nouvellement  établies, 
précaution  sans  laquelle  toutes  les  autres  pourraient  devenir 
superflues  (2). 

Ainsi  il  y  a  lieu  d'espérer  que  ces  antiques  monuments, 
souvenirs  historiques  si  intéressants,  échapperont  à  la  des- 
truction plus  ou  moins  prochaine  qui  les  menaçait,  à  raison 
des  envahissements ,  parfois  insensibles  mais  continus , 
et  parfois  aussi  très -brutaux,  de  la  charrue  et  de  la 
bêche 

H.    SCHUERMANS. 
Hasselt,  \o  avril  1865. 


(i)  C'est  aussi  par  parallélogramme  qu'a  procédé  le  Gouvernement  à  Omal  ; 
seulement  la  haie  plantée  a  la  limite  du  terrain  de  l'Ëtat  nuit  à  l'effet  deslumuius 
tandis  que  les  haies  circulaires  en  dessinent  plus  distinctement  les  bases. 

{i}  On  peut  en  trouver  la  preuve  à  Waleffes,  oii  depuis  deux  ans  la  haie  de 
clôture  établie  autour  de  la  grande  Motte,  lors  de  l'acquisition  faite  par  le  Gou- 
vernement il  y  a  une  douzaine  d'aimées,  se  trouve  dans  le  plus  déplorable 
état,  parce  que  la  commune  croit  ne  pas  être  obligée  (un  conseiller  communal  l'a 
affirmé  à  l'auteur)  de  contribuer  a  l'entretien  d'un  monument  qui  ne  lui  appailient 
plus.  L'un  des  montants  en  pierre  de  taille  de  la  porte  d'entrée  se  trouve  renversé 
depuis  deux  ans  sans  que  personne  ait  songé  à  le  relever. 


A     r 


ARRETE    ROYAL 


UNE  INDEMNITE  AUX  COLLABORATEURS  DU  BULLETIN. 


LÉOPOLD,  Roi  des  Belges, 
k  tous  présents  et  à  venir,  Salut. 

Vu  notre  arrêté  en  date  du  23  février  1861,  portant  qu'il 
sera  publié,  jiar  les  soins  du  Ministère  de  l'Intérieur,  un 
bulletin  des  Commissions  royales  d'art  et  d'archéologie; 

Considérant  qu'il  est  équitable  de  rémunérer  les  travaux 
des  auteurs  dont  les  communications  seront  admises  dans 
ce  recueil  ; 

Sur  la  proposition  de  notre  Ministre  de  l'Intérieur; 

Nous  avons  arrêté  et  arrêtons  : 

Article  premier.  —  Notre  Ministre  de  ITntérieur  est 
autorisé  à  accorder  une  indemnité  à  raison  de  cinq  francs 
par  page  d'impression  (in-8°,  petit-romain,  interligné),  aux 
auteurs  dont  des  travaux  auront  été  publiés  dans  le  Bulletin 
des  Commissions  loyales  d'Art  et  d'Archéologie. 

14 


—  210  — 

Art.  2.  —  Cette  rémunération  n*est  pas  applicable  à 
l'inscrlion,  dans  ledit  recueil,  des  rapports  ou  autres  pièces 
dues  à  des  membres  des  commissions  olïicielles  et  qui  seraient 
la  conséquence  de  leurs  fonctions. 

Ar.T.  ù.  —  Notre  Minisire  de  l'Intérieur  est  chargé  de 
l'exécution  du  présent  arrêté. 

Donné  à  Osborne,  le  2  janvier  18G2. 

LÉOPOLD. 

Par  le  Roi  : 

Le  Ministre  de  l'Intérieur, 

Alp.  Vandenpeereboom. 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


RÉSUMÉ  DES  PROCÈS- VERBAUX. 


SÉANCES 
des  2,  4,  11,  U,  18,  21,  25  et  28  avril  1863. 


ACTES    OFFICIELS,   AFFAIRES   INTÉRIEURES,   OBJETS    DIVERS. 

M.  le  Minisire  de  l'Inlérienr  a  fait  connaître  que  le  Dépar- 
tement des  travaux  publics*  ne  peut  étendre  aux  membres 
correspondants  la  franchise  accordée  au  président  de  la 
Commission  centrale,  par  la  raison  «  qu'il  est  admis  en 
»  principe  de  n'accorder  qu'aux  présidents  des  diverses 
»  Commissions  établies  la  faculté  de  correspondre,  en  fran- 
»  chise  de  port,  avec  certains  fonctionnaires  et  avec  les 
»   membres  de  la  Commission  qu'ils  président.  Déroger  à  ce 


—  ^212  — 

»  principe  en  faveur  de  la  Commission  des  Monuments, 
»  serait  engager  les  autres  Commissions  à  réclamer  à  leur 
»  tour  un  privilège  qui  ne  pourrait  leur  être  refusé,  le 
»  précédent  étant  posé,  et  qui  deviendrait  la  source  d'une 
»  foule  d'abus.  »  Le  Collège  insiste  de  nouveau  pour 
obtenir  la  circulation  gratuite  des  dépèches  échangées  entre 
MM.  les  Gouverneurs,  à  titre  de  présidents  des  comités 
provinciaux  et  les  membres  correspondants  de  leurs  pro- 
vinces respectives.  Les  comités  provinciaux  s'assemblent 
régulièrement  une  fois  par  trimestre  et  leurs  attributions 
sont  réglées  par  des  dispositions  royales.  Rien  ne  semble 
donc  s'opposer  à  ce  qu'ils  soient  assimilés  aux  autres  Com- 
missions instituées  par  l'Etat. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  a  consulté  le  Collège  sur 
le  vœu  émis  dans  les  termes  suivants  par  le  comité  provincial 
de  Liège  :  «  Le  comité  liégeois  des  membres  correspondants 
»  de  la  Commission  royale  des  Monuments  prie  M.  le  Pré- 
»  sidcnt  de  vouloir  bien  user  de  sa  haute  influence  auprès 
»  du  Gouvernement  et  de  la  Commission  centrale  pour  que 
»  toutes  les  affaires  concernant  la  restauration  des  monu- 
»  ments  historiques  de  la  province  soient  soumises  aux  déli- 
»  bérations  du  comité  précité.  Il  est  en  effet  à  désirer,  comme 
»  cela  se  pratique  dans  d'autres  provinces ,  que  chaque  fois 
»  qu'il  s'agit  en  principe  de  la  Construction  ou  de  la  restau- 
»  ration  d'un  édifice,  d'un  travail  d'art,  l'instruction  des  tra- 
»  vaux  se  fasse  avec  la  participation  du  comité  des  membres 
»  correspondants  et  que  les  plans,  devis,  etc.  soient  soumis 
»  à  son  avis  avant  d'être  adressés  à  la  Conniiission  centrale. 
»  Dans  l'état  actuel  des  choses,  il  arrive  fréquemment  (|ue 
»   les  membres  correspondants  sont  appelés  à  examiner  ou 


—  215  — 

»  à  surveiller  les  travaux  en  pleine  voie  d'exécution,  dont 
»  ils  n'ont  pu  suivre  la  marche  antérieure  et  sur  le  principe 
»  desquels  ils  peuvent  n'être  pas  d'accord.  Il  arrive  encore 
»  que,  lors  des  visites  dans  les  provinces,  de  MM.  les  délé- 
»  gués  de  la  Commission  centrale,  les  membres  correspon- 
»  dants  sont  appelés  à  les  assister,  à  donner  leur  avis  sur 
»  des  travaux  qui  leur  sont  entièrement  inconnus  et  sur  les- 
»  quels  il  est,  par  conséquent,  impossible  de  délibérer  avec 
»  quelque  utilité.  Actuellement  encore,  il  est  notoire  qu'il 
»  s'agit  de  travaux  importants  de  restauration  à  entrepren- 
»  dre  dans  plusieurs  monuments  de  la  province,  sans  que 
»  le  comité  en  soit  instruit  autrement  que  par  la  rumeur 
»  publique.  Il  importe  de  ne  pas  laisser  se  prolonger  une 
»  situation  qui  non-seulement  tend  à  nous  faire  supporter, 
»  devant  l'opinion  publique,  une  partie  de  la  responsabilité 
>'  d'actes  posés  sans  notre  participation,  mais  qui  enlève 
»  encore  aux  comités  provinciaux  l'efficacité  d'action  que, 
»  sans  doute,  le  Gouvernement  a  eu  en  vue  de  leur  donner 
»  en  les  créant.  »  L'avis  de  la  Commission  est  que  MM.  les 
Gouverneurs  ont  toujours  le  droit  de  consulter  préalable- 
ment le  comité  qu'ils  président  ou  l'un  des  membres  de  ce 
comité;  mais  qu'on  ne  doit  pas  perdre  de  vue  que  ce  n'est 
qu'à  titre  consultatif  que  ces  comités  sont  admis  à  participer 
à  l'instruction  des  affaires,  dont  l'examen  en  dernier  ressort 
appartient  exclusivement  au  Collège  central.  Cela  résulte  au 
surplus  des  articles  55  et  5G  du  règlement  royal  du  50  juin 
18G2.  En  ce  qui  concerne  les  inspections  d'édifices  publics, 
la  Commission  prie  un  ou  plusieurs  membres  correspon- 
dants de  se  joindre  à  ses  délégués  chaque  fois  que  les  ques- 
tions à  examiner  ont  une  certaine  importance. 


—  214  - 

La  Commission  pense  que  la  collection  spéciale  de  modèles 
originaux  ou  de  copies  en  plâtre  de  statues,  bas-reliefs,  tom- 
beaux du  moyen  âge  ou  de  la  renaissance  qu'il  s'agit  d(! 
former  au  Musée  royal  de  peinture  et  de  scul|Uure  ne 
jiourra  comprendre  que  des  ouvrages  remarquables  et  que 
ces  ouvrages  devront  représenter,  autant  que  possil)le, 
les  différentes  époques  de  l'art  et  les  diverses  écoles  qui  ont 
existé  en  Belgique.  Quelques  beaux  spécimens  des  écoles 
allemande  et  française  y  figureraient  aussi  utilement  à  cause 
de  l'influence  que  ces  écoles  ont  exercée  sur  nos  artistes. 
En  conséquence  la  Commission  adresse  à  M.  le  Ministre 
de  l'Intérieur  une  première  liste  divisée  en  quatre  parties  : 
r  les  meilleurs  statues,  bas-reliefs,  tombeaux,  etc.  dus  à  des 
maîtres  belges  des  périodes  romane  et  ogivale;  2"  œuvres 
de  l'école  allemande  appartenant  à  la  même  époque  ; 
5°  œuvres  de  l'école  française  ;  4°  ouvrages  belges  de  la 
renaissance. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,  DÉPENDAKCES,  AMEUBLEMENT. 

Le  dessin  des  autels  latéraux  à  placer  dans  l'église  de 
Bénonchamps,  commune  de  Wardin  (Luxembourg),  est 
approuvé,  à  la  condition  que  les  dimensions  du  tabernacle 
seront  légèrement  augmentées  et  que  l'auteur  fera  une 
nouvelle  étude  des  proportions  de  ces  autels. 

Il  a  été  fait  droit  aux  diverses  observations  formulées  à 
l'égard  de  l'ameublement  de  l'église  de  Namècbe  (Namur). 
(Voir  tome  i,  }).  500).  Le  nouveau  devis,  s'élevant  à  2,500 
francs,  est  bien  établi. 


—  i>\n  — 

La  Commission  persiste  à  penser  que  l'ameublement  dont 
les  dessins  lui  sont  soumis  pour  l'église  d'Ueimont  (Luxem- 
bourg) ne  serait  pas  en  rapport  avec  le  st\ie  de  l'édilice, 
et  que,  dans  le  cas  actuel,  des  objets  d'une  grande  simpli- 
cité conviendraient  mieux. 

Les  dessins  des  appareils  d'éclairage  qu'on  propose  d'éta- 
blir dans  l'église  Notre-Dame  du  Sablon,  à  Bruxelles,  ne 
j)euvent  être  approuvés,  attendu  qu'ils  ne  sont  pas  en  rap- 
port avec  le  style  du  monument. 

Le  projet  du  maître -autel  destiné  au  même  édifice 
semble  devoir  faire  l'objet  de  nouvelles  études  :  les  détails, 
en  général,  et  particulièrement  les  médaillons,  sont  trop 
compliqués  et  ne  seraient  guère  vus;  l'ornementation  des 
gradins  n'est  pas  conforme  au  style  de  l'église  ;  les  cboux 
des  rampants  du  gable  sont  mal  agencés;  les  animaux  fan- 
tastiques formant  des  espèces  de  gargouilles  aux  côtés  du 
gable,  sont  déplacés,  etc.,  etc. 

Le  Collège  approuve  : 

1"  Le  projet  de  reconstruire  le  beffroi  de  l'église  de  West- 
malle  (Anvers);  devis  estimatif  :  2,591  francs; 

2°  Les  propositions  faites  pour  la  restauration  de  l'église 
d'Ogy  (Hainaut)  et  la  construction  de  dépendances  au  pres- 
bytère de  cette  commune;  devis  estimatif  :  5,360  francs; 

5°  Le  projet  concernant  l'établissement  d'une  sacristie  et 
l'exécution  de  diverses  réparations  à  l'église  de  Péronnes, 
lez-Binche,  à  la  condition  que  les  dalles  funéraires  offrant 
de  l'intérêt  sous  le  rapport  de  l'art  ou  de  l'bistoire  seront  pla- 
cées contre  les  parois  intérieures  de  l'édifice  et  non  dans  le 
pavement.  Une  somme  de  5,235  francs  sera  nécessaire  pour 
exécuter  ces  travaux; 


—  216  — 

4°  Les  plans  présentés  pour  la  construction  d'une  église 
à  Vaulx  lez-Chimay,  ainsi  que  la  proposition  de  donner 
quatre  travées  à  l'édilice;  devis  estimatif  :  17,000  francs; 
la  nouvelle  église  pourra  contenir  trois  cents  personnes 
environ  ; 

5°  Divers  travaux  de  restauration  projetés  par  le  bureau 
des  niarguilliers  de  l'église  de  Boucliout  (Anvers);  devis: 
7,082  francs; 

0°  Le  projet  de  restauration  de  l'église  de  Braine-le-Comte; 
devis  estimatif  :  15,952  francs.  L'attention  de  l'auteur  du 
projet  est  appelée  sur  le  point  de  savoir  si  les  mesures 
proposées  pour  l'étaiement  de  certaines  parties  de  l'édifice 
seront  suffisantes; 

7°  L'agrandissement  de  l'église  d'Evere  (Brabant) ,  à  la 
condition  qu'on  conservera  l'édifice  dans  son  état  actuel 
jusqu'à  l'entrée  du  chœur  existant,  attendu  que  l'exhausse- 
ment de  la  nef  principale  compromettrait  la  solidité  de  la 
construction,  par  suite  de  la  poussée  des  arcs-doubleaux  des 
nefs  latérales.  Si  l'on  adopte  cette  proposition ,  le  devis 
estimatif,  dont  le  total  s'élève  à  15,000  francs,  pourra 
être  réduit.  L'église  d'Evere  agrandie  contiendra  sept  cents 
personnes. 

Les  délégués  qui  ont  visité  récemment  l'église  de  Rhode- 
Saint-Genèse  (Brabant)  ont  reconnu  que  les  travaux  d'agran- 
dissement ont  été  exécutés  avec  soin  et  que,  sous  tous  les 
rapi)orts ,  cet  édifice  répond  aujourd'hui  aux  exigences  de 
sa  destination.  Le  devis  estimatif,  présenté  en  1859,  s'éle- 
vait à  09,000  francs;  mais  celte  somme  a  été  dépassée  à 
cause  des  circonstances  imprévues  qui  se  sont  produites 
dans  1(3  cours  de  l'entreprise  et,  notamment,  du  pilotage 


—  217  — 

important  qu'on  a  dû  établir  pour  remédier  à  l'inconsistance 
du  sol.  La  Commission  propose,  en  résumé,  à  M.  le 
Minisde  de  la  Justice  d'allouer  un  subside  supplémentaire, 
afin  de  mettre  le  conseil  de  labriciue  à  même  de  combler 
le  déficit.  Cette  église  peut  actuellement  contenir  1 ,400  per- 
sonnes. 

Tout  en  approuvant  le  projet  d'agrandir  l'église  de  Des- 
schel  (Anvers),  la  Commission  engage  l'auteur  à  s'occuper 
avec  soin  de  la  charpente  du  chœur  et  à  examiner  s'il  ne 
conviendrait  pas  de  donner  aux  extrémités  des  collatéraux , 
vers  la  façade,  la  forme  rectangulaire  au  lieu  de  les  con- 
struire à  pans  coupés.  Cette  église  pourra,  ajjrès  l'exécu- 
tion des  travaux,  contenir  1,400  personnes;  devis  : 
57,008  francs. 

Afin  de  pouvoir  donner  en  pleine  connaissance  de  cause 
son  avis  concernant  les  propositions  faites  pour  l'agrandis- 
sement de  l'église  de  Glons  (Liège),  la  Commission  réclame 
le  plan  cadastral  de  la  commune,  ainsi  qu'une  coupe  longi- 
tudinale de  l'église  telle  qu'elle  existe  aujourd'hui. 

Le  Collège,  adoptant  les  conclusions  du  rapport  des 
délégués  qui  se  sont  rendus  à  Munte  (Flandre  orientale), 
propose,  à  titre  de  moyen  transactionnel,  d'autoriser  la 
construction  dans  cette  commune  d'une  nouvelle  église 
paroissiale,  à  la  condition  que  les  parties  principales  de 
l'église  actuelle,  dont  l'intérêt  archéologique  est  incontes- 
table ,  seront  maintenues  et  transformées  en  chapelle. 

La  Commission,  après  avoir  fait  examiner  l'église  de 
Saventhem  par  des  délégués,  engage  l'auteur  des  |)lans 
présentés  pour  l'agrandissement  de  cet  édifice  à  modi- 
lier  quelques  parties  de  son  prqji^t.  Comme  le  style  ogival 


—  218  — 

n'exige  nullement  une  l'égularitc  sévère ,  elle  ne  peut  ad- 
mettre qu'on  déplace  la  chapelle  des  fonts  baptismaux ,  qui 
est  convenable  et  solide,  dans  le  seul  but  de  donner  une 
})Osition  régulière  à  la  fenêtre  de  la  travée  contre  laquelle 
ladite  chapelle  se  trouve  établie.  Il  est  à  remarquer,  en 
outre,  que  la  construction  de  la  chapelle,  proposée  par  l'ar- 
chitecte, nécessiterait  l'enlèvement  d'un  contrefort,  et  que 
cette  opération  diminuerait  la  solidité  de  l'édifice.  Les 
fenêtres  et  la  rose  de  la  façade  projetée  appartiennent  à  une 
époque  trop  ancienne ,  eu  égard  à  l'édifice  actuel ,  dont  la 
construction  date  du  xv"  siècle.  La  rose  a  des  proportions 
trop  exiguës. 

La  façade  de  l'église  Saint-Pierre,  à  Ypres,  dont  la  partie 
inférieure  appartient  au  style  roman ,  exige  d'importantes 
restaurations.  Le  conseil  de  fabrique  reconnaît  l'urgence 
de  ces  travaux  et  désire  aussi  compléter  la  tour  au  moyen 
d'une  flèche  flanquée  de  quatre  tourelles.  Après  avoir 
entendu  le  rapport  des  commissaires  -  inspecteurs  qui 
se  sont  rendus  à  Ypres,  la  Commission  émet  le  vœu  que 
ces  excellentes  intentions  puissent  se  réaliser.  Quelques 
personnes  voudraient  voir  donner  à  la  partie  supérieure  de 
la  tour  le  style  roman,  qui  est  celui  de  la  base.  Le  Collège, 
ne  partageant  pas  celte  idée  qui  nécessiterait  des  dépenses 
plus  considérables,  propose  de  laisser  intact  tout  ce  qui  existe 
et  de  faire  les  nouveaux  travaux  dans  le  style  de  la  transi- 
tion. Si  cependant  on  se  décidait  à  rétablir  l'ensemble  de  la 
tour  en  style  roman,  ce  ne  serait  ])as  un  motif  pour  s'op- 
poser à  la  construction  des  (juatre  tourelles,  puisque  les 
tours  de  l'époque  oui  j^arfois  été  couronnées  de  cette 
façon. 


—  211)  — 

D'importun Is  travaux  sont  en  voie  d'exécution  à  l'ancienne 
église  cathédrale  de  Saint  -  Martin  ,  à  Ypres.  Les  voûtes 
du  chevet  du  chœur,  qui  se  composaient  de  planches  et 
de  toile,  ont  été  reconstruites  en  pierres  et  en  hriques. 
Ce  travail  a  consolidé  le  chœur  et  notahlement  diminué  les 
chances  fâcheuses  en  cas  d'incendie  de  la  toiture.  La  pierre 
bleue,  composant  les  nervures,  provient  des  carrières  des 
Écaussines,  tandis  qu'autrefois  on  avait  fait  usage  de  la 
pierre  de  Tournay,  qui  est  loin  d'offrir  les  mêmes  qualités 
que  l'autre.  La  brique  a  été  employée  pour  le  reste  du 
travail,  attendu  que  la  pierre  eût  été  d'un  poids  trop 
considérable,  et  qu'il  importail  de  ne  pas  surcharger  une 
partie  du  monument  qui  a  subi  de  nombreuses  vicis- 
situdes ,  et  a  notamment  été  ébranlée  par  un  tremblement 
de  terre  en  1640.  D'autres  ouvrages  de  consolidation  ont 
été  exécutés  dans  le  chœur  :  les  petites  colonnes  smiulées , 
en  fer-blanc,  qui  figuraient  les  supports  des  nervures  ont 
été  reconstruites  en  pierre  bleue;  les  diverses  couches  de 
chaux  qui  recouvraient  la  pierre  et  cachaient  en  partie 
l'étendue  du  mal  ont  été  enlevées.  Quelques  travaux  d'une 
utilité  incontestable  ont  été  faits  aussi  dans  la  chapeUe  sud. 
A  l'extérieur,  on  a  complété  la  restauration  de  la  chapelle 
nord  ;  une  partie  des  matériaux  nécessaires  pour  la  répara- 
tion de  la  façade  est  du  transept  nord  est  préparée.  Les 
commissaires-inspecteurs  ont  reconnu  que  les  travaux  sont 
bien  conduits  et  qu'il  a  été  fait  un  sage  emploi  des  fonds 
alloués  par  l'État;  ils  approuvent  aussi  les  projets  qui  leur 
ont  été  soumis  quant  aux  travaux  à  exécuter  prochainement. 
Des  ouvrages  assez  considérables  restent  à  faire  dans  le 
chœur;  c'est  le  point  dont  il  importe  de  s'occuper  en  prc- 


—  220  — 

micr  lieu.  L'aclniinislralion  communale  et  le  conseil  de 
fabrique  partagent  cet  avis ,  et  il  est  à  espérer  que  les  res- 
sources financières  permettront  de  terminer,  avant  la  fin 
de  1863,  cette  partie  si  intéressante  de  l'entreprise. 

Le  conseil  de  fabrique  de  la  môme  église  désire,  à  l'occa- 
sion des  travaux  qui  s'exécutent  dans  la  cbapelle  des  Ames, 
remplacer  le  médiocre  autel  du  xvii"  siècle,  qui  est  vermoulu 
et  n'a  pas  de  rapport  avec  le  style  du  monument.  La  Com- 
mission approuve  le  dessin  présenté  et  propose  de  faire  des 
essais,  au  moyen  d'un  simulacre,  avant  de  prendre  un 
parti  définitif  sur  le  point  de  savoir  s'il  faut  placer  le  nouvel 
autel  dans  l'axe  du  collatéral,  ou  s'il  serait  préférable  de  lui 
donner  une  position  légèrement  oblique. 

PIERRES   SÉPULCRALES ,    TOMBEAUX. 

Il  résulte  des  documents  communiqués  par  M.  le  Gouver- 
neur de  la  province  de  Namiir,  (jue  la  pierre  tombale  du 
xiv"  siècle,  qui  existait  dans  l'église  de  Tliynes  (  v.  p.  15, 
2"  année),  a  été  brisée  et  que  les  fragments  en  ont  été 
jetés  ou  employés  pour  le  pavement  d'un  trottoir.  La 
Commission  constate  avec  un  vif  regret  l'indifférence  du 
desservant  de  cette  église  pour  la  conservation  d'objets 
qui,  sous  tous  les  rapports,  méritent  le  respect.  Elle 
prie  M.  le  Gouverneur  d'informer  M.  l'évècpie  des  faits 
signalés  par  M.  Bequet,  membre  correspondant,  et  d'inviter 
l'administration  communale  de  Thynes  à  veiller  avec  soin 
à  la  conservation  de  l'église  paroissiale  et  à  rendre  comj)te 
immédiatement  de  tout  acte  contraire  aux  règlements  et 
uux  instructions  du  Gouvernement.  11  résulte  du  rappoi'l 


—  221   — 

de  M.  Bcquet  que  celte  église  date  du  xii''  siècle  et  serait 
encore  dans  son  état  primitif  si  on  n'en  avait  altéré  le  carac- 
tère en  élargissant  les  fenêtres. 

PRESBYTÈRES. 

La  restauration  et  l'agrandissement  du  presbytère  de 
Boisschot  (Anvers)  peuvent  être  autorisés  k  la  condition 
qu'on  donnera  à  la  façade  un  caractère  spécial  qui  dénote 
la  destination  du  bcâtiment.  Devis  estimatif  :  7,294  francs. 

Le  plan  présenté  pour  la  construction  d'un  presbytère 
à  Radelange,  commune  de  Martelange  (Luxembourg),  est 
approuvé;  devis  estimatif  :  15,500  francs. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

MAISONS   COMMUNALES,    BEFFROIS,    HALLES,    DONJONS,    ETC. 

On  propose  de  démolir  des  ruines  qui  couronnent  un 
rocher  à  Houfifalize  (Luxembourg)  et  de  faire  aussi  dispa- 
raître ce  rocher  afin  de  faciliter  la  construction  d'une  maison 
d'école.  La  commission  prie  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
d'ajourner  sa  décision  à  cet  égard,  afin  que  les  commissaires- 
inspecteurs,  qui  auront  à  se  rendre  prochainement  dans  le 
Luxembourg,  puissent  examiner  si  l'intérêt  archéologique 
que  ces  ruines  présentent  n'est  pas  suffisant  pour  justifier 
leur  conservation. 

Après  avoir  entendu  les  délégués  qui  ont  fait  récemment 
une  nouvelle  visite  de  l'hôtel  de  ville  de  Hal,  la  Commission 
pense  qu'on  peut,  sans  inconvénients,  renforcer  de  dix  cen- 
timètres les  piliers  qui  soutiennent   l'avant-corps  de  cet 


—  222  — 

édifice  et  par  conséquent  leur  donner  quarante-cinq  centi- 
mètres de  côté,  ainsi  que  le  propose  M.  l'architecte  provin- 
cial. Elle  maintient  l'avis  précédemment  émis  (voir  p.  19, 
2*^  année)  quant  à  l'opportunité  de  rétablir  l'avant-corps 
dans  son  état  primitif.  Toutefois,  l'agencement  des  escaliers 
et  des  balustrades  devra  faire  l'objet  de  nouvelles  études 
dans  le  but  de  diminuer  la  raideur  de  la  montée. 

Une  visite  minutieuse  des  travaux  en  cours  d'exécution 
au  bâtiment  des  Halles,  cà  Ypres,  viiMit  d'être  faite  par  quel- 
ques membres  de  la  Commission.  Depuis  le  51  août  18G0, 
date  du  dernier  rapport,  on  a  complété  la  réparation  de  la 
face  nord ,  renouvelé  une  partie  des  poutres  du  rez-de- 
chaussée  de  la  face  sud  et  remplacé  la  crête  en  pierre  de 
cette  face.  Aujourd'hui  il  n'est  qu'accessoirement  donné  des 
soins  à  cette  entreprise,  vu  la  nécessité  de  réserver  les  fonds 
pour  les  ouvrages  considérables  qui  s'exécutent  au  Nieuic- 
Werk  et  on  ne  s'occupe  guère  que  du  rétablissement  des 
portes  des  faces  sud  et  ouest,  ainsi  que  de  la  taille  de  la  crête 
des  toitures  de  l'ouest  et  du  nord.  Il  restera  ensuite  : 
1"  à  renouveler  les  portes  des  faces  sud  et  ouest;  2"  à  réparer 
la  partie  inférieure  du  rez-de-chaussée  vers  le  sud  et  l'ouest; 
5"  à  compléter  la  crête  des  toitures;  4"  à  établir  les  portes  avec 
cloisons  vitrées  à  l'intérieur  des  salles  du  rez-de-chaussée, 
occupées  par  des  bureaux  ;  5^"  à  faire  de  nouvelles  grilles  alin 
de  remplacer  les  clôtures  provisoires  du  passage  central; 
0"  et  enfin,  à  compléter  la  restauration  de  la  base  du  monu- 
ment. Le  rapport  des  délégués  est  favorable  tant  en  ce  qui 
concerne  les  travaux  elTectués  depuis  18G0  qu'à  l'égard  des 
idées  qui  leur  ont  été  souuiises  pour  l'exécution  des  ouvrages 
à  entamer  dans  un  avenir  plus  ou  moins  prochain. 


—  ^225  — 

La  face  sud  du  Nieuio-  Werkaéié  entièrement  renouvelée 
et,  à  partir  de  cette  face  jusqu'au  centre  de  l'édifice,  la 
façade  principale  est  aussi  restaurée.  De  forts  approvision- 
nements se  trouvent  sur  place  et  beaucoup  de  pierres  sont 
taillées  déjà.  Si  aucune  circonstance  fâcheuse  ne  vient 
entraver  la  marche  des  travaux,  toute  la  restauration  exté- 
rieure du  monument  sera  terminée  le  1"  janvier  1864.  Des 
doutes  ayant  été  soulevés  quant  au  point  de  savoir  si  les 
grands  mascarons,  placés  à  la  naissance  des  arcades,  datent 
de  l'époque  de  la  construction  de  l'édifice  et  s'il  convient  de 
les  maintenir,  la  Commission  réclame  le  dessin  d'une  travée 
complète,  ainsi  que  divers  renseignements. 

L'administration  communale  de  Tournay  désire  démolir 
l'ancien  édifice  situé  sur  la  Grande  Place  de  cette  ville  et  qui 
contient  au  rez-de-chaussée  la  grand'garde  et  au  premier 
étage  le  musée  et  les  écoles  de  dessin,  afin  d'ériger  un  palais 
de  justice  sur  son  emplacement.  Consultée  quant  au  point 
de  savoir  si,  sous  le  rapport  de  l'art  et  des  souvenirs  histori- 
ques, cette  demande  peut  être  accueillie,  la  Commission, 
se  référant  aux  rapports  de  deux  de  ses  membres  corres- 
pondants (  voir  page  280  ),  répond  que  la  démolition  de 
l'ancienne  Bourse  de  Tournay  serait,  à  ses  yeux,  un  acte 
déplorable  et  qu'elle  ne  cessera  de  s'y  opposer  autant  qu'il  est 
en  son  pouvoir. 

PEINTURE,  SCULPTURE,  CISELURE,  TAPISSERIES,  fïc. 

OUVRAGES  MODERNES. 

Il  est  à  désirer  que  divers  changements  soient  introduits 
dans  les  peintures  murales  qui  décorent  le  chœur  de  l'église 


—  ^nh  — 

Sainf-Remacle ,  à  Verviers.  L'auteur  de  ce  travail  recon- 
naîtra bientôt,  on  faisant  une  étude  nouvelle  et  sérieuse, 
quelles  sont  les  modifications  que,  dans  son  intérêt  même, 
il  convient  d'y  apporter. 

Après  avoir  entendu  le  rapport  des  délégués  qui  ont 
visité  le  bâtiment  des  Halles,  à  Ypres,  la  Commission  pense 
qu'il  importe,  avant  de  commencer  l'exécution  de  peintures 
murales  dans  la  grande  salle  de  cet  édifice  :  1"  d'établir, 
à  l'extrémité  Est,  des  arcades  semblables  à  celles  qui  sou- 
tiennent la  tour  et  de  ménager  ainsi  un  emplacement  pour 
l'escalier  et  pour  la  communication  vers  la  salle  échevinale; 
2°  de  visiter  avec  soin  toute  la  charpente  et  de  remplacer 
les  pièces  défectueuses;  5°  de  diminuer  d'environ  cinquante 
centimètres  l'élévation  du  lambris  projeté ,  dans  le  but 
d'augmenter  l'espace  réservé  aux  peintures;  4**  de  mieux 
assurer  l'écoulement  des  eaux  pluviales  et  d'étudier  les 
mesures  à  prendre  pour  arrivera  la  suppression  des  conduits 
placés  à  l'intérieur  des  murs  et  qui  ont  déjà  occasionné 
de  graves  inconvénients.  Il  restera  à  examiner  plus  tard 
si  la  charpente  et  notamment  les  maîtresses  poutres  et 
leurs  jambes  de  force  ne  devraient  pas  recevoir  des  teintes 
polychromes  afin  d'établir  une  certaine  harmonie  dans 
l'ensemble.  La  disposition  des  panneaux  telle  qu'elle  a  été 
proposée  semble  heureusement  combinée.  Les  peintures 
murales  découvertes  en  1844  sur  la  paroi  Est  de  la  salle 
du  Magistrat  sont  assez  bien  conservées.  La  Commission 
pense  qu'il  n'est  pas  impossible  de  les  rétablir  dans  leur 
état  |)rimitif.  MM.  Guffens  et  Sv^erts,  chargés  de  décorer  les 
autres  faces,  parviendront  facilement  à  mettre  leur  œuvre 
en  harmonie  avec  ces  peintures.  Il  importe  aussi  de  main- 


—  225  — 

tenir  la  rose  qui  existe  dans  le  tympan  et  de  la  dégager  de 
nouveau,  en  adoptant  le  réseau  dont  rarcliitecle  a  soiniiis 
le  projet.  Les  mesures  proposées  pour  l'appropriation  de 
cette  salle  sont  conçues  avec  intelligence.  La  Commission 
engage  l'architecte  à  donner  moins  de  saillie  à  la  partie 
inférieure  de  la  cheminée,  afin  de  faciliter  la  circulation,  et 
moins  de  hauteur  et  par  conséquent  plus  de  surface  à  l'estrade 
destinée  au  conseil  communal.  La  division  projetée  des 
panneaux  ainsi  que  l'agencement  des  nouvelles  portes  ne 
donnent  lieu  à  aucune  objection  et  la  frise,  réservée  pour 
les  peintures,  est  aussi  spacieuse  que  les  proportions  du 
local  le  permettent.  Rien  ne  s'oppose  actuellement  à  ce 
qu'une  grande  activité  soit  imprimée  aux  intéressants  tra- 
vaux entrepris  par  la  ville  d'Ypres,  avec  le  concours  du 
gouvernement. 

Après  avoir  examiné  la  coupe  longitudinale  de  l'église 
Saint-Médard ,  à  Jodoigne,  la  Commission  est  d'avis  que  la 
chaire  de  vérité  exécutée  par  MM.  les  sculpteurs  Goyers 
(voir  p.  22,  2*^  année)  n'a  pas  des  proportions  trop  considé- 
rables pour  être  placée  dans  cet  édifice.  Il  est  à  désirer  que 
l'achat  projeté  puisse  se  réaliser,  attendu  que  cet  objet  d'art 
contribuerait  à  l'embellissement  de  l'édifice. 

Une  dépèche  de  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  annonce  que 
le  conseil  communal  de  Maeseyck ,  se  ralliant  aux  conclu- 
sions du  rapport  du  27  février  dernier  (voir  p.  85,  2*^  année) 
a  décidé  que  le  monument  des  frères  Van  Eyck  sera  placé 
au  centre  du  Grand  Marché  de  cette  ville. 

OUVRAGES   ANCIENS. 

Les  fonds  nécessaires  pour  exécuter  au  grand  triptyque 

15 


—  226  — 

do  Quentin  Metsys,  la  vie  de  sainte  Anne,  les  travaux 
supplémentaires  de  restauration  dont  le  Collège  a  conslalé 
l'ulilité  (voir  p.  169,  V  année)  étant  réalisés,  le  peintre 
restaurateur  est  invité  à  s'occuper  de  ce  travail  avec  toute 
l'activité  possible  et  à  faire  connaître  l'époque  à  laquelle 
le  dit  tableau  sera  replacé  dans  l'église  Saint  -  Pierre  , 
à  Louvain. 

La  Commission  a  précédemment  exprimé  l'avis  unanime 
qu'à  cause  de  la  valeur  des  deux  productions  capitales  qui 
appartiennent  à  l'église  Saint-Augustin,  à  Anvers,  et  de 
la  nature  des  réparations  qu'elles  exigent,  il  importe  de 
s'adresser  au  peintre  restaurateur  dont  les  antécédents 
offrent  les  plus  complètes  garanties.  Elle  maintient  cette 
opinion  et  signale  de  nouveau  combien  la  circonspection  est 
nécessaire  alors  qu'il  s'agit  de  toucher  à  des  productions 
magistrales  de  l'école  flamande. 

Ix  Secrétaire  de  la  Commission  roijale  des  Mounmeuls , 

Jules  Dugxiolle. 
Vu  en  conformité  de  l'article  2o  du  règlement. 

Le  Vice-Président, 

Baron  de  Roisin. 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


RESUME  DES  PROCÈS-VERBAUX. 


SÉANCES 


des  1,  2,  5,  8,  9,  12,  10,  21,  23,  29  et  50  mai  1865. 


ACTES  OFFICIELS,  AFFAIRES  LNTÉRIEURES,  OBJETS  DIVERS. 

La  Commission  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
d'adresser  un  exemplaire  du  Bulletin  des  Commissions 
royales  d'art  et  d'archéologie  à  chacun  des  157  curés- 
doyens  des  neuf  provinces.  L'utilité  de  propager  les  notions 
archéologiques  parmi  le  clergé  est  évidente  et  une  telle 
mesure  exercerait  une  heureuse  influence  sur  la  conserva- 
tion des  anciens  édilices  du  culte  et  des  nombreux  objets 
d'art  qu'ils  renferment. 

Le  projet  d'instruction  rédigé  par  les  soins  du  comité 
provincial  de  Namur,  concernant  la  conservation  des  églises, 
de  leur  mobilier,  etc.,  et  destiné  aux  administrations  com- 
munales et  aux  bureaux  des  marguilliers,  est  sagement  conçu. 


—  228  — 

Toutefois,  il  serait  peut-être  utile  d'indiquer  dans  cette  in- 
struction les  dispositions  législatives  et  les  règlements  en 
vertu  desquels  l'autorité  supérieure  doit  être  consultée  dans 
certains  cas.  La  Commission  pense  aussi  qu'il  serait  con- 
venable de  recommander  aux  bureaux  des  marguillicrs  de 
n(;  jamais  |)erdre  do  vue  le  style  des  édifices  lorsqu'ils  font 
faire  des  objets  mobiliers.  Des  erreurs  déplorables  ne  se 
commettent  que  trop  souvent  sous  ce  dernier  rapport. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,  DÉPENDANCES,  AMEUBLEMENT. 

La  Commission  se  prononce  favorablement  sur  les  projets 
concernant  : 

1"  Diverses  réparations  à  faire  à  l'église  et  au  presbytère 
de  Croix-lcz-Rouveroy  (Hainaut);  devis  estimatif  :  4517  fr.; 

2"  La  restauration  de  la  toiture  de  l'église  d'Harchies, 
même  province;  devis  estimatif  :  1,022  francs; 

5"  La  restauration  de  la  tour  de  l'église  de  Lii)peloo 
(Anvers);  devis  estimatif  :  2,152  francs; 

4°  Le  placement  d'un  maître-aulel  et  de  fonts  baptis- 
maux dans  l'église  de  Doiscbe  (Namur);  devis  estimatif  : 
5,514  francs.  Il  faudra  toutefois  simplilicr  les  détails  et 
donner  plus  d'unité  au  style  de  la  décoration  ; 

o"  La  restauration  de  la  tour  et  de  l'église  d'Ocvel  (An- 
vers); devis  estimatif  :  5,456  francs; 

6°  La  construction  d'une  seconde  sacristie  et  le  placement 
d'un  nouveau  dallage  dans  l'église  de  Meldert  (Flandre 
orientale).  Le  devis  estimatif  s'élève  à  5,880  francs,  y  com- 


—  229  — 

pris  la  reconstruction  de  l'escalier  extérieur.  La  question  de 
savoir  si  cet  escalier  doit  être  considéré  comme  une  dépen- 
dance de  l'édifice  est  résolue  afïirmativemenl; 

7"  La  reconstruction  de  la  flèche  et  la  restauration  de  la 
tour  de  l'église  de  Russon  (Limbourg)  ;  devis  estimatif  : 
8,200  francs.  L'architecte  est  invité  à  examiner  si,  dans 
l'intérêt  de  l'aspect  de  l'édifice,  on  ne  devrait  pas  établir 
latéralement  des  portes  cintrées  et  renoncer  ainsi  h  utiliser 
la  porte  actuelle  de  la  façade. 

Des  modifications  devront  être  introduites  dans  les  dessins 
dn  nouveau  clocher  de  l'église  de  Longchamps  (Namur); 
devis  estimatif  :  8,100  francs;  ce  chiffre  est  insuffisant. 

Le  projet  d'ériger  une  chai)elle  à  Fays-Famenne ,  com- 
mune de  Sohicr  (Luxembourg),  est  approuvé  à  la  condition 
que  la  tour  sera  couronnée  par  une  flèche.  Il  faudra  faire 
les  deux  statues  du  portail  en  pierre  et  non  en  terre  cuite; 
devis  estimatif  :  2,300  francs. 

Les  dessins  de  l'agrandissement  projeté  de  l'église  d'Oor- 
deren  (Anvers)  sont  bien  conçus;  mais  il  sera  diflicile 
d'exécuter,  pour  la  somme  de  50,411  francs,  les  travaux 
mentionnés  dans  le  devis  estimatif.  Environ  930  personnes 
pourront  se  réunir  dans  cet  édifice. 

Le  Collège  partage  l'avis  de  M.  l'architecte  provincial, 
quant  à  l'opportunité  d'augmenter  légèrement  le  diamètre 
des  colonnes  intérieures  de  la  nonvelle  église  de  Castre 
(  Brabant  ).  L'ordonnance  générale  du  ju'ojet  est  bien 
entendue,  mais  il  est  à  désirer  que  la  façade  soit  mise 
conq)létement  en  rapport  avec  le  caractère  dn  vaisseau 
de  l'édifice. 

Le  projet  présenté  pour  l'agrandissement  de  l'église  de 


—  250  — 

Galloo  (Flandre  uricnlale),  donne  lieu  aux  observations 
suivantes  :  la  façade  manque  d'unité  de  style;  l'ajustement 
de  la  porte  et  de  la  fenêtre  qui  la  surmonte  n'est  pas 
heureux;  les  cordons  subdivisent  trop  l'ensemble  de  celle 
façade  ;  les  encorbellements  ne  produisent  pas  un  bon 
effet  ;  l'emmanchement  de  la  base  de  la  flèche  laisse  à 
désirer.  Une  nouvelle  étude  de  celte  partie  du  projet  semble 
indispensable.  L'auteur  devra  également  simplifier  la  déco- 
ration du  chœur  el  élargir  les  portes  des  sacristies. 

La  Commission  approuve  les  dessins  de  l'église  à  ériger 
au  hameau  de  Moiendorp ,  commune  de  Breedene  (Flandre 
occidentale),  tout  en  engageant  l'auteur  à  ne  pas  perdre  de 
vue  les  observations  suivantes  :  les  pinacles  de  la  façade 
sont  trop  grêles;  les  parties  simulées  des  fenêtres  de  la 
nef  principale  doivenl  être  modiliées;  il  convient  d'établir 
des  meneaux  dans  toutes  les  fenêtres.  L'église  projetée 
pourra  contenir  environ  1 ,000  personnes;  devis  estimatif  : 
65,021  francs. 

La  nouvelle  combinaison  proposée  par  le  conseil  de  fa- 
brique de  la  paroisse  des  SS.  Jean  et  Nicolas,  au  faubourg 
de  Cologne,  à  Bruxelles,  semble  aussi  bien  entendue  que 
les  circonstances  locales  ainsi  que  l'édilicc  actuel  le  permet- 
tent, et  les  explications  verbales  de  ce  conseil  ont  démontré 
la  nécessité  d'agrandir  l'église  et  l'impossibilité  d'en  éj'iger 
aujourd'hui  une  seconde  dans  la  même  paroisse.  Quant  à  la 
décoration  architcctonique  des  constructions  nouvelles,  elle 
est  le  corollaire  du  système  adopté  primitivement  et  sur 
lc(piel  le  Collège  n'a  pas  été  appelé  à  émettre  un  avis.  L'uti- 
lité de  transformer  en  fausses  portes  les  niches  de  la  façade 
ne  parait  pas  démontrée.  Il  semble  diflicile  d'éviter,  pour 


—  251   — 

les  toitures,  un  agencement  fâcheux  ;  la  Commission  insiste 
sur  la  nécessité  d'étudier  ces  (oilures  avec  le  soin  le  plus 
scrupuleux,  spécialement  en  ce  qui  concerne  l'abside  inté- 
l'ieure  des  collatéraux,  à  laquelle  on  pourrait  peut-être 
adapter  une  couverture  conique  semblable  à  celle  des 
hémicycles.  L'édifice  actuel  peut  contenir  environ  850 
]iersonnes.  Ce  chiffre  sera  plus  que  doublé  par  suite  de 
l'exécution  des  travaux  projetés. 

Depuis  l'année  1846  jusqu'au  1'"  janvier  1862,  on  a 
dépensé  4'4o,000  francs  pour  la  construction  de  l'église 
Sainte-Marie,  à  Schaerbeek.  En  ce  moment  on  termine  la 
construction  du  chœur  et  on  commence  à  édifier  le  portail. 
Cette  marche  semble  rationnelle  et  la  Commission  ne  peut 
que  l'approuver. 

Après  avoir  mûrement  examiné  les  dessins  concernant 
l'achèvement  de  la  façade  et  des  tours  de  l'église  Saint- 
Georges,  à  Anvers,  et  pris  connaissance  des  explications 
récemment  données  par  l'architecte,  la  Commission  pro- 
pose d'autoriser  l'exécution  des  travaux  projetés.  Elle 
conseille  toutefois  de  renforcer,  vers  leur  naissance,  les 
crochets  des  rampants  du  gable  central,  afin  de  mieux 
assurer  la  durée  de  ces  ornements.  Il  est  entendu  aussi  qu'on 
donnera  plus  d'ampleur  aux  croix  supérieures. 

L'utilité  de  consacrer  une  somme  de  10,240  francs 
aux  travaux  urgents  que  l'église  d'Overyssche  (Brabant) 
réclame,  est  reconnue.  Ces  travaux  sont  les  seuls  dont  on 
puisse  s'occuper  actuellement.  L'architecte  évalue  à  32,000 
francs  la  somme  nécessaire  pour  restaurer  complètement 
l'édifice. 

La  Commission  pense  qu'avant  de  s'occuper  des  autres 


—  252  — 

réparations  que  l'église  de  Vilvorde  exige,  il  importe  de  ter- 
miner les  travaux  qui  sont  en  voie  d'exécution  aux  parements 
extérieurs  et  à  la  base  de  cet  édifice. 

Les  états  des  travaux  de  restauration  exécutés  à  l'église 
Saint-Michel,  à  Louvain,  s'élevant  ensemble  à  6,549  francs 
pour  l'année  1862,  ne  soulèvent  aucune  objection.  La  Com- 
mission rapi)elle  que  déjà,  à  différentes  reprises,  elle  a  de- 
mandé que  des  fonds  plus  im|)ortanls  soient  affectés  à  cette 
entreprise,  afin  de  pouvoir  inqirimer  une  certaine  activité 
aux  travaux. 

Le  Collège  partage  l'avis  du  comité  jjrovincial  d(.'s  mem- 
bres correspondants  et  de  l'administration  communale,  qui 
est  favorable  à  l'emploi  de  la  pierre  bleue,  pour  la  restau- 
ration de  la  façade  de  l'église  Saint-Loup,  à  Namur,  attendu 
qu'il  est  de  son  devoir  de  respecter,  autant  que  possilile , 
les  combinaisons  adoptées  par  les  constructeurs  des  anciens 
monuments.  Il  est  facile,  du  reste,  de  se  procurer  aujour- 
d'hui des  j)ierres  excellentes  n'ayant  aucun  des  défauts  qui 
ont  causé  la  ruine  de  la  façade  actuelle.  Rien  ne  s'opj)Osc 
même  à  l'exécution  en  pierre  bleue  des  meneaux.  II  impor- 
tera surtout  de  reproduire,  avec  la  plus  scrupuleuse  exac- 
titude, tous  les  ornements  sculptés;  de  simples  ouvriers  ne 
peuvent  être  chargés  de  ce  soin  et  il  semble  opportun 
d'organiser  un  atelier  sous  la  direction  d'un  artiste  orne- 
maniste. Il  n'a  guère  été  fait  usage  en  Belgi(jue  de  la  ])ierre 
blanche  citée  par  M.  l'architecte  de  la  ville,  et  il  sera  sage 
de  .ne  faire  un  choix  définitif  (|u'a))rès  avoir  approfondi 
1,1  (pieslion.  Qiimit  ;iii  point  de  savoir  s'il  convient  d'avancer 
plus  ou  moins  la  façade  sur  la  voie  publique,  la  Commis- 
sion désire,  avant  d'émettre  un  avis,  recevoir  :  I"  le  plan 


—  253  — 

des  fondations  do  la  façade  accompagné  d'une  note  expli- 
cative; 2"  un  dessin  en  élévation,  indiquant  le  raccord 
de  la  façade  avec  les  faces  latérales  ;  5"  le  dessin  de  la  porte 
principale  et  des  marches,  telles  que  l'architecte  compte  les 
établir  si  la  suppression  du  perron  est  admise. 

La  Commission  eût  désiré  voir  recouvrir  de  cuivre  le 
dôme  de  l'église  cathédrale  de  Namur;  mais,  après  un  nouvel 
examen  de  la  question,  elle  pense  qu'il  faut  renoncer  à  cette 
idée ,  attendu  qu'une  semblable  entreprise  nécessiterait  des 
dépenses  considérables,  que  les  ressources  sont  très-res- 
treintes  et  qu'on  aura  à  faire,  dans  un  avenir  prochain,  des 
réparations  coûteuses  à  diverses  autres  parties  de  l'édiiice. 
Il  suffirait,  à  son  avis,  de  garnir  les  côtes  de  ce  dôme,  de 
zinc  d'un  échantillon  spécial  et  les  fonds,  d'ardoises  de  pre- 
mier choix.  Ce  travail,  toutefois,  ne  pourrait  faire  l'objet 
d'une  adjudication  publique  et  devrait  être  garanti  par  l'en- 
trepreneur pour  un  grand  nombre  d'années. 

La  partie  de  l'église  de  Munte  (Flandre  orientale),  dont 
la  Commission  a  demandé  la  conservation,  offre  un  intérêt 
archéologique  évident  et  l'administration  supérieure  s'expo- 
serait à  de  légitimes  reproches,  en  consentant  à  sa  destruc- 
tion. Il  est  donc  à  désirer  que  le  Gouvernement  facilite 
par  un  subside  l'arrangement  transactionnel  proposé  par  le 
Collège.  D'après  ce  qui  a  été  dit  lors  de  la  conférence  qui 
a  eu  lieu  à  Munte  le  5  mars  dernier,  il  y  a  lieu  d'espérer 
que  l'administration  communale  et  le  bureau  des  marguilliers 
feront  de  leur  côté  tout  ce  qui  sera  possible  pour  seconder 
ces  vues. 

La  Commission  transmet  à  M.  le  Ministre  de  la  Justice, 
en  la  recommandant  à  son  attention  toute  particulière,  une 


—  ^254-  — 

lettre  par  laquelle  MM.  Goulon  et  Moreau,  membres  corres- 
pondants, font  valoir  les  diverses  considérations  qui  exigent 
qu'une  toiture  soit  immédiatement  établie  sur  la  flèche  métal- 
lique de  l'église  Sainte-Gertrude,  à  Nivelles. 

La  Commission  considère  comme  suffisantes  les  disposi- 
tions que  le  conseil  de  fabrique  de  l'église  Saints  Michel  et 
Gudule  compte  prendre  jiour  assurer  le  contrôle  financier 
et  la  surveillance  des  travaux  en  cours  d'exécution  à  ce 
monument. 


PIERRES    SÉPULCRALES,    TOMBEAUX. 

Se  ralliant  à  l'avis  de  l'administration  communale  de  la 
ville  de  Bruxelles,  la  Commission  pense  qu'il  y  a  lieu  d'en- 
lever la  grille  qui  entoure  le  mausolée  du  comte  Frédéric 
de  Mérode,  à  l'église  Saints  Michel  et  Gudule.  Il  est  convenu 
(pi'on  ne  touchera  à  cette  grille  qu'après  avoir  obtenu  l'as- 
sentiment de  la  famille,  aux  frais  do  laquelle  le  monument 
a  été  érigé. 

En  réponse  à  la  connnunication  cpie  le  Collège  lui  a  faite 
au  sujet  des  dispositions  à  prendre  pour  assurer  la  conser- 
vation de  l'église  deThyneset  des  objets  inléressants  qu'elle 
possède  encore,  M.  le  Gouverneur  de  la  province  de  Namur 
communique  la  lettre  suivante  qu'il  a  adressée  au  chef  dio- 
césain dès  le  2G  mars  dernier  : 

«  Informé,  par  la  Commission  royale  des  Monuments, 
(pi'il  (existait,  dans  l'église  deThynes,une  pierre  tombale  du 
commencement  du  xiv''  siècle,  représentant  un  chevalier  de 
la  maison  de  Thynes,  je  priai  M.  Bequet,  membre-secrétaire 


—  2Ô0  — 

de  la  Commission  provinciale  des  monuments,  de  me  don- 
ner des  renseignements   et   son   avis   sur  les   moyens   à 
employer  pour  la  conservation  de  cet  antique  monument 
funéraire.    J'ai   appris    avec   regret,   par    le    rapport   de 
M.  IkHjuet,  ci-joint  en  copie,  que  cette  tombe  a  été  brisée, 
(|u'une  partie  de  ses  débris  a  été  employée  au  pavement 
d'un  trottoir  ou  jetée  dans  le  cimetière  et  que  le  reste  a 
disparu.  C'est  là,  M.  l'Évèque,  une  perte  extrêmement  déplo- 
rable au  point  de  vue  de  l'art  et  de  l'archéologie,  et  cette 
perte,  réunie  à  celle  d'autres  pierres  semblables ,    arra- 
chées de  l'église  en  1844-,  prouve  que,  loin  de  mettre  du 
zèle  à  la  conservation  des. objets  de  l'espèce,  le  desservant 
et  la  fabrique  de  cette  église  dédaignent  d'en  prendre  le 
moindre  soin  ou  les  considèrent  môme  comme  indignes 
de  leur  attention.  Votre  sollicitude  éclairée  pour  la  conserva- 
tion des  édifices  du  culte  et  des  œuvres  d'art  ou  d'antiquité 
qu'ils  contiennent,  vous  portera,  je  l'espère,  M.  l'Évèque, 
à  adressera  MM.  les  curés  et  desservants  les  recommanda- 
tions les  plus  pressantes,  dans  le  but  de  prévenir  le  renou- 
vellement des  actes  de  vandalisme  qui  se  sont  passés  à 
Thynes,  et  de  les  inviter  à  se  conformer  strictement  à  l'art.  5 
de  l'arrêté  royal  du  16  août  IS'ii  {Journal  officiel,  n"xLv). 
L'instruction  de  M.  l'évéque  de  Langres,  dont  vous  trouve- 
l'cz  ci-joints  quatre  exemplaires,  et  qui  a  été  adressée  en  1856 
aux  administrations  des  fabriques  d'églises  et  descomnumes, 
contient  sur   ce  point  et  sur  d'autres  objets  d'une  égale 
importance,  des  conseils  que  je  souhaiterais  vivement  voir 
partout  mettre  en  pratique.  Il  me  serait  agréable,  M.  l'Évè- 
que, de  connaître  la  suite  que  vous  aurez  jugé  à  propos  de 
donner  à  la  présente  dépèche.  » 


—  256  — 

Des  délégués  ont  constaté  que  les  deux  statues  qui 
existent  dans  l'église  paroissiale  de  Watou  (Flandre  occi- 
dentale) sont  loin  d'être  dénuées  de  mérite,  sous  le  rapport 
de  l'art,  et  qu'elles  présentent,  en  outre,  un  certain  intérêt 
historique.  Le  monument  dont  elles  faisaient  partie  a  été 
érigé  à  la  mémoire  de  messire  Charles  d'Ideghem,  cheva- 
lier, seigneur  de  Boesbeke,  comte  de  Watou,  etc.,  qui  fut, 
en  1620,  commissaire  au  renouvellement  des  lois  en  Flandre 
et  grand-bailli  de  la  ville,  salle  et  chàtellenie  d'Ypres  ; 
et  de  sa  femme,  Marie  de  Gortewyle,  fille  du  grand-hailli 
de  la  ville  et  chàtellenie  d'Audenarde.  Ces  statues  sont 
placées  dans  une  niche  latérale  du  chœur,  mais  l'adminis- 
tration communale  et  le  conseil  de  fabrique,  désirant  établir 
une  salle  de  dépôt  contre  cette  partie  de  l'abside,  voudraient 
les  voir  transférer  dans  un  édicule  à  établir  dans  le  collatéral 
dont  la  construction  est  projetée.  La  Commission  approuve 
cette  proposition.  Les  frais  à  faire  pour  la  réparation  des 
deux  statues  ainsi  que  les  autres  travaux  accessoires  peu- 
vent être  évalués  h  4,000  francs.  M.  le  Ministre  de  l'Inté- 
rieur sera  prié  de  concourir  à  la  dépense  de  concert  avec 
la  province,  la  commune  et  la  fabrique  de;  l'église. 


l'IîESliVTERES. 

La  (Commission  approuve  : 

1°  Le  plan  présenté  pour  la  consiruclion  de  (l('"|i('n(lances 
au  pr(!sbytére(lc  Lillo  (Anvers);  devis  estiui;ilif  :  857  francs; 

2''  Les  répar.'iljdiis  ((u'on  propose  d'exécuter  au  presbytère 
(le  Gierle  ,  même  pi-ovincc;  devis  esliiu;ilif  :  2,187  francs; 


—  t257  — 

5°  La  restauration  projetée  du  presbytère  de  Neder-over- 
Heembeek  (Brabant);  devis  estimatif  :  4-, 000  francs; 

A"  Le  j)rojct  relatif  à  l'agrandissement  du  presbytère  de 
Denderbelle  (Flandre  orientale) ,  à  la  condition  que  la  porte 
sera  modifiée;  devis  estimatif  :  4,029  francs; 

5°  Les  plans  pour  la  construction  d'un  presbytère  à  Petit- 
Waret  (Liège),  à  la  condition  qu'on  donne  à  la  façade  un 
caractère  en  rapport  avec  la  destination  du  bâtiment;  devis 
estimatif  :  8,200  francs. 

Diverses  améliorations  doivent  être  apportées  au  projet 
de  reconstruction  du  presbytère  de  la  paroisse  de  Saint- 
Pierre,  à  Ypres;  devis  estimatif  :  H, 752  francs. 

Les  plans  et  devis  (15,109  francs)  présentés  pour  la 
construction  d'un  presbytère  à  Dinez,  commune  de  Mont 
(Luxembourg),  ne  donnent  lieu  à  aucune  observation. 

La  disposition  intérieure  du  presbytère  qu'il  s'agit  de 
construire  à  Audenhove-Sainte-Marie  (Flandre  orientale) 
est  vicieuse.  L'auteur  devra  faire  une  nouvelle  étude  de  son 
projet.  La  Commission  désire  recevoir  la  communication  du 
plan  cadastral  indiquant  le  terrain  sur  lequel  se  trouve  le 
presbytère  actuel  et  l'emplacement  destiné  au  nouveau 
bâtiment. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS   DE   BIENFAISANCE. 

La  Commission  approuve  les  propositions  faites  pour 
l'agrandissement  de  l'hospice  civil  de  Saint-Nicolas  ainsi 
que  le  devis  estimatif,  dont  le  total  s'élève  à  4,701  francs. 

Le  plan  de  l'hospice  projeté  h  Couckelaere  (Flandre  occi- 


—  258  — 

dentale)  est  approuve''.  Il  serait  utile  toutefois  d'augmenter 
de  cinquante  centimètr(;s  la  hauteur  du  rez-de-chaussée  et 
de  l'étage.  Le  devis  estimatif,  qui  s'élève  à  51,187  francs, 
devra  être  augmenté  de  quelques  centaines  de  francs. 

MAISONS  COMMUNALES,  BEFFROIS,  HALLES,  DONJONS,  etc. 

Il  est  impossible  de  se  prononcer  sur  le  dessin  de  la  pompe 
monumentale  qu'il  s'agit  d'établir  sur  la  Grand 'Place  de 
Philippeville,  sans  avoir  sous  les  yeux  le  croquis  cadastral 
de  cette  place,  avec  l'indication  de  l'emplacement  dont  il 
s'agit  de  faire  choix. 

La  somme  qu'on  propose  d'affecter  à  la  construction  d'un 
bâtiment  destiné  à  la  justice  de  paix  d'Andenne  (Namur), 
ainsi  qu'aux  réunions  publiques,  est  suffisante  pour  ériger 
un  éditice  convenable  et  assez  complet  sous  le  rapport  de 
l'art  pour  contribuera  l'embellissement  de  la  commune; 
mais  les  dessins  présentés  n'étant  pas  satisfaisants,  un  nou- 
veau projet  est  indispensable. 

Après  avoir  examiné  les  dessins  détaillés,  dressés  d'après 
son  invitation ,  la  Commission  émet  l'avis  qu'il  y  a  lieu  de 
maintenir  les  mascarons  qui  existent  à  la  naissance  des 
arcades  de  l'hôtel  de  ville  d'Ypres  (le  Nieuw-Werkj. 

PEINTURE,  SCULPTURE,  CISELURE,  TAPISSERIE,  etc. 

OUVRAGES  MODERNES. 

llu  conformité  du  contrat  pour  l'exécution  des  peintures 
murales  de  régli.se  Sainte -Anne,  à  Gand,  M.  Cannée! , 
directeur  de   l'académie   de  cette   ville ,    demande  l'avis 


—  ^259  — 

du  Collège  au  sujet  du  })roeédé  à  la  cire  ou  encaustique 
qu'il  (3ompte  mettre  en  usage.  Gomme  ce  procédé  est 
employé  par  plusieurs  des  artistes  principaux  qui  s'occupent 
aujourd'hui  de  peintures  murales  en  Allemagne  et  en 
France,  la  Commission  ne  croit  pas  devoir  s'opposer  à  la 
proposition  de  M.  Canneel,  bien  qu'il  soit  reconnu  qu'en 
général  le  wnsserglass  est  préférable ,  attendu  que  sa  com- 
position chimique  offre  des  garanties  plus  complètes  de 
solidité. 

Le  nouveau  dessin  de  la  verrière  à  placer  dans  l'église 
Saint-Germain,  à  Tirlemont,  peut  être  adopté  aux  condi- 
tions suivantes  :  A  Le  système  de  meneaux  et  de  réseaux 
du  dessin  primitif  sera  maintenu  ;  B  on  augmentera  la 
force  des  tons  de  l'ordre  inférieur  alin  de  donner  pour  ainsi 
dire  un  soubassement  aux  figures  en  pied;  G  l'auteur 
s'attachera  à  rej^roduire  le  dessin  et  le  coloris  des  verrières 
du  xvf  siècle. 

L'exécution  en  pierre  du  bas-relief  qui  occupe  le  tympan 
de  la  porte  principale  de  l'église  Saint-Boniface,  à  Ixelles, 
est  assez  satisfaisante.  Divers  changements  devront  cepen- 
dant être  introduits  dans  ce  travail  :  les  deux  saints  placés 
aux  côtés  du  christ  ne  peuvent  être  couronnés  du  nimbe 
crucifère,  vu  que  ce  caractère  spécial  n'est  attribué  qu'aux 
trois  personnes  divines.  Le  bras  de  saint  Pierre  est  trop 
rond  ;  la  calvitie  de  ('e  saint  est  exagérée  ;  les  mains , 
en  général,  manquent  de  caractère.  Il  existe  un  défaut 
d'harmonie  entre  la  pierre  du  bas-relief  et  le  ton  de  la 
façade,  qui  date  d'une  dizaine  d'années,  mais  le  temps  aura 
bientôt  fait  disparaître  ce  défaut  apparent  (]ui  choque  au 
premier  abord. 


—  240  — 

Des  perfectionnements  récents  ayant  été  introduits  dans 
les  procédés  employés  en  Bavière  pour  l'exécution  des  pein- 
tures murales,  la  Commission  demande  qu'un  artiste  belge 
expérimenté  reçoive  la  mission  de  faire  une  enquête  à  ce 
sujet  et  d'en  consigner  le  résultat  dans  un  rapport  détaillé 
à  publier  dans  le  Bulletin. 

OUVRAGES   ANCIENS. 

La  réparation  des  peintures  qui  décorent  la  voûte  du 
cliœur  de  l'église  Saint-Jacques,  à  Liège,  est  terminée. 
Ce  travail  étant  satisfaisant,  la  Commission  propose  de 
remettre  aux  artistes  le  prix  de  cette  première  partie  de  leur 
entreprise.  Elle  rappelle  que  des  propositions  motivées, 
accompagnées  de  dessins,  devront  préalablement  lui  être 
soumises  chaque  fois  qu'il  s'agira  de  rétablir  des  ligures 
ou  des  ornements  qui  n'existent  plus,  ou  qui  sont  endom- 
magés au  point  d'exiger  pour  ainsi  dire  une  composition 
nouvelle. 

Le  Secrétaire  de  In  Commission  roifule  des  Moiiumeuts, 

Jules  Dugmolle. 
Vu  en  conformité  de  l'article  25  du  règlement. 

Le  Vice-Président, 

Baron  de  Roisin. 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


'XWo^- 


RÉSUMÉ    DES    PROCÈS-VERBAUX. 


SÉANCES 


des  3,  6,  11,  15,  18,  25,  27  et  50  juin  1863. 


ACTES  OFFICrCLS,  AFFAIRES  INTÉRIEURES,  OBJETS  DIVERS. 

M.  le  Ministre  de  riiitérieur,  adoptaulla  proposition  de  la 
Commission,  a,  sous  la  date  du  20  du  mois  de  juin,  adressé 
la  circulaire  suivante  à  MM.  les  Gouverneurs  des  provinces, 
afin  de  tracer  la  marche  que  désormais  MM.  les  membres 
correspondants  auront  à  suivre  lorsqu'ils  croiront  utile 
d'entreprendre  des  voyages  en  dehors  des  limites  de  leurs 
provinces  respectives  : 

«  Il  arrive  parfois  que  des  membres  correspondants  de 
la  Commission  royale  des  Monuments  se  trouvent  dans 
l'occasion  défaire,  dans  l'intérêt  général,  des  excursions 
archéologiques  hors  de  la  province  qui  leur  est  assignée. 

16 


—  2/1-2  — 

* 

La  rî'gularilé  adminisirative  exige  qu'une  marche  uniforme 
soit  adoptée  pour  les  cas  de  l'espèce.  J'ai  l'honneur  de  vous 
informer  en  conséquence,  M.  le  Gouverneur,  que  pour  tous 
les  voyages  que  MM.  les  membres  correspondants  de  la 
Commission  royale  des  Monuments  croiront  utile,  à  l'avenir, 
d'entreprendre  en  dehors  des  limites  de  leurs  provinces 
respectives,  ceux-ci  devront  au  préalable  en  référer  à  mon 
dé))artemenl ,  qui  jugera  s'il  y  a  lieu  d'autoriser  ces  excur- 
sions exceptionnelles.  Dans  rallirn^ative ,  ces  excursions 
seront  considérées  comme  des  missions  j)articulières  et 
donneront  lieu  à  des  indemnités  spéciales.  Vous  voudrez 
bien,  M.  lo  (iouvenniur,  adresser  des  instructions  dans  ce 
sens  aux  membres  corrf'spondants  pour  voire  province.» 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,    DÉPEXDANGKS,    .\.M  EL  ELEMENT. 

La  Commission  approuve  : 

1°  Le  dessin  du  mailre-autel  (pi'on  |)ropose  de  placer 
dans  l'église  de  Gomery,  commune  de  lileid  (Luxembourg); 
devis  estimatif  :  2,7o0  francs  ; 

T  Lo  maître-autel  à  placer  dans  l'église  de  Bellefontaine 
(Luxembourg),  à  la  condition  que  divers  détails  seront 
modifiés;  devis  estimatif  :  7,455  francs; 

3"  Moyennant  certaines  restrictions,  lautel  principal  de 
l'église  de  Meix  -  devant -Virton  (Luxembourg);  devis 
estimalif  :  7,665  francs. 

La  Commission  ayant  appris  que  divers  objets  d'ameuble- 
ment destinés  à  l'église  Sainte-Croix,  à  Liège,  ont  été 
f'ornmandés   sans    rinlerv<'iili()t)    de    l'aulorilé   supéi'ieure. 


—  243  — 

réclame  dos  explications  ot  la  communication  dos  dessins 
de  ces  objets. 

L'utilité  des  réparations  qu'on  propose  de  faire  à  l'église 
et  au  presbytère  de  Molles  (Hainaut)  est  reconnue;  devis 
estimatif:  1,100  francs. 

Le  projet  concernant  l'agrandissement  de  l'église  de 
Hermalle-sous-Huy  (Liège)  est  admis;  mais  l'attention  de 
l'autour  est  appelée  sur  l'inclinaison  de  la  toiture  des  bas 
côtés,  qui  n'est  pas  suffisante  et  ne  se  trouve  pas  en  rapport 
avec  celle  de  la  toiture  principale;  devis  estimatif  :  15,004- 
francs;  l'église  pourra,  après  l'exécution  desdits  travaux, 
contenir  OoO  personnes. 

Il  semble  impossible  de  construire,  d'après  les  dessins 
présentés,  une  église  et  un  presbytère  à  Kerkhove  (Flandre 
occidentale),  sans  dépasser  les  sommes  de  52,300  et  de 
10,000  francs.  La  Commission  réclame  un  devis  estimatif 
détaillé,  ainsi  que  le  plan  cadastral  du  terrain  sur  lequel  ces 
bâtiments  doivent  être  établis. 

Le  Collège  fait  parvenir  à  M.  le  Gouverneur  du  Brabant 
un  dessin  résumant  son  avis  concernant  la  façade  de  la 
nouvelle  église  de  Castre.  Rien  ne  s'oppose  actuellement 
à  ce  qu'il  soit  donné  une  suite  immédiate  au  projet.  L'église 
de  Castre  pourra  contenir  970  personnes  environ  ;  le  devis 
estimatif  s'élève  à  08,923  francs. 

La  Commission  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  d'engager  le  con- 
seil de  fabrique  de  l'église  Saint-Boniface,  à  Lxelles,  à 
faire  placer  un  pai'atonnerre  sur  cet  édifice.  Comme  la 
proximité  de  propriétés  particulières  constitue  un  danger 
permanent  d'incendie,  il  serait,  prudent,  en  outre,  de 
faire  garantir  l'édifice  par  une  compagnie  d'assurances. 


—  VvK  — 

Lo  projet  présonlt'  pour  l;i  l'ccunslruclion  de  l'église 
d'Overmeire  (Flandre  orientale)  est  approuvé  à  la  condition 
que  fauteur  y  apportera  les  modifications  que  le  Collège 
indique  dans  l'intérêt  de  la  solidité  et  du  style  du  bâtiment. 
Le  devis  estimatif  s'élève  à  1 24,8o0  francs  ;  1 ,400  personnes 
pourront  se  placer  dans  cette  église. 

M.  le  Ministre  de  la  Justice  annonce  qu'un  subside  de 
8,87d  francs,  payable  en  trois  ans ,  sera  accordé  au  conseil 
de  fabrique  de  l'église  de  Celles  (Namur),  afin  de  compléter 
la  somme  nécessaire  pour  l'exécution  des  travaux  urgents 
qu'exige  cet  intéressani  moniiincnl  de  style  roman.  (Voir 
p.  586,  l"'  année.) 

La  tour  de  l'église  d'Oostcamp  (Flandre  occidentale)  est 
une  construction  massive  qui,  à  diverses  é})oques,  a  été 
réparée  ou  modifiée,  mais  dont  la  partie  primitive  date  du 
xii"  siècle.  Bien  que  l'ensemble  de  la  construction  soit 
solide  encore ,  on  remarque  en  divers  endroits  de  légères 
lissures,  ainsi  que  d'autres  dégradations.  La  Commission, 
après  avoir  fait  visiter  l'édifice,  est  d'avis  qu'on  ne  pourrait, 
sans  s'exposer  à  des  chances  fâcheuses,  ouvrir  les  deux 
arcades  latérales  et  isoler,  par  suite,  les  (piatre  piliers  qui 
portent  cette  tour,  ainsi  (|ue  le  propose  le  conseil  de 
fabrique. 

.\près  avoir  entendu  M.  l'ingénieur  en  chef  directeur 
des  ponts  et  chaussées  dans  la  Flandre  orientale,  et  s'être 
mis  d'accord  avec  lui,  le  Collège  adresse  à  M.  le  Ministre  de 
la  Justice  le  dessin  (jui  semble  devoir  être  suivi  pour  la 
restauration  des  (|uatre  loui-ellcs  siq^érieures  de  la  tour  de 
Saint-liavon ,  à  Gand,  afin  de  rétablir  autant  (pic  possible 
les  choses  dans  leur  état  primitif. 


--  24o  — 

L(!  coinple  des  travaux  do  reslaui"ili(jii  (.'xécutés  dans 
W.  cours  de  1862,  à  réglise  de  Dinant,  ne  soulève  aucune 
objection.  La  Commission  propose  d'allouer  de  nouveaux 
subsides  sur  le  budget  de  l'État,  attendu  (pi'il  s'agit  d'un 
monument  digne  d'intérêt  dont  diverses  parties  se  trouvent 
dans  un  état  déplorable,  vu  l'iiisulïisance  des  ressources 
locales. 

La  Commission  réclame  des  explications  au  sujet  de 
modifications  cju'il  s'agit  d'introduire  dans  la  l'orme  de  l'un 
des  contre-lbrts  du  transept  sud  de  l'église  Saint-Martin, 
à  Liège,  et  demande  aussi  la  communication  de  dessins 
à  l'appui  de  ces  explications. 

Le  Collège  approuve  les  propositions  faites  pour  la  restau- 
ration de  l'église  Saint-Quentin,  à  Tournay.  Il  croit fiéan- 
jnoins  qu'on  pourrait  rendre  la  rose  du  transept  plus  opaque 
et  suivre,  quant  aux  clochetons  de  la  tour,  la  disposition  que 
présenlent  les  tourelles  de  la  façade. 

PIEr.RES     SÉPULCRALES,     TOMBEAUX. 

La  Commission  insiste  i)0ur  que,  conformément  à  ce  qui 
a  été  convenu  lors  d'une  conférence  avec  les  diverses  admi- 
nistrations intéressées,  à  l'église  Saint-Jacques,  à  Bruges, 
il  soit  fait  immédiatement  une  grande  photographie  du  tom- 
heau  de  la  famille  de  Gros,  tombeau  dont  la  restauration 
doit  être  commencée  sans  retard.  Ehe  rappelle  de  nouveau 
combien  il  importe  que  l'artiste  restaurateur  se  pénètre  du 
caractèi'e  de  ce  chef-d'œuvre  de  la  renaissance  et  s'acquitte 
de  sa  délicate  mission  avec  un  soin  consciencieux, 

l'ne  dépèche  de  M.  le  Ministre  de  l'intérieui- est  conçue 


—  24C  — 

dans  les  termes  suivants  :  «  Les  restes  mortels  de  feu  M.  le 
baron  Surlet  de  Chokier,  régent  de  la  Belgique,  en  1831, 
reposent  au  cimetière  du  village  de  Gingelom.  La  presse 
ayant  appelé  dans  ces  derniers  temps  l'atlentiuii  du  Gou- 
vernement sur  le  dénùment  de  cette  sépulture,  j'ai  ci-u 
devoii'  m'enquérir  de  l'état  des  choses.  Il  résulte  des  rcn- 
seignenicnts  qui  me  sont  parvenus,  que  les  feuilles  publi- 
ques étaient  inexactement  informées   en   avançant   que 
cette  sépulture  était  demeurée  privée  de  tout  soin  pieux. 
Si  la  reconnaissance  publique  n'a  effectivement  rien  fait 
jusqu'à  présent  pour  rappeler  la  mémoire  du  défunt  et 
les  services  qu'il  a  rendus  au  pays,  un  monument  lui 
a  toutefois  été  élevé  dans  le  cimetière  même  de  Gingelom, 
par  l'initiative  privée  de  M.  Victor  llennequin,  bourg- 
mestre de  la  commune.  Quoiqu'il  en  soit,  le  monument 
que  M.  llennequin,  nu^i  par  un  senlinjcnl  qui  l'honore , 
a  fait  ériger  au  régent  ne  dispense  pas  le  Gouvernement 
d'acquitter  envers   la  mémoire  de  ce  grand  citoyen  la 
dette  de  gratitude  du  pays.  J'ai  l'homieur  de  vous  prier, 
en  conséquence,  Messieurs,   de  vouloir  bien  examiner 
si  le  monument  existant  déjà  est    susceptible  ,   i)ar  sa 
forme  actuelle,    de  reeevoii-  un  conqilément  dont  une 
inscription  expliquerait  l'origine  et  la  portée.  »  La  Com- 
mission répond  1"  que  le  monument  existant  sur  la  tombe 
du  baron  Siirlel  de  Chokier  ne  sendjle  pas  pouvoir  être 
embelli  et  complété;  2"  qu'il  n'existe  pas  de  place  pul)liqu<- 
à  Gingelom  ;  5"  qu'elle  ne  considère  pas  comme  convenable 
l'emplacement  qui  lui  a  été  désigné,  et  (jui  est  situé  aux 
confins  de  la  commune,  à  quelques  mètres  de  la  station 
du  chemin  de  fer. 


—  247  — 

PRESBYTÈRES. 

Des  avis  favorables  sont  donnés  concernant  les  répara- 
lions  j)rojetéés  aux  presbytères  de  : 

r  Oppuers  (Anvers);  devis  estimatif  :  1,418  francs; 

2"  Oevel  (Anvers)  ;  devis  estimatif:  1,545  francs; 

3"  Wnestwezel  (Anvers);  devis  estimatif:  2,701  francs. 

La  Commission  approuve  les  projets  présentés  pour  la 
construction  de  presbytères  : 

A  Voftem  (Liège),  à  la  condition  qu'on  modifiera  la  façade 
de  manière  à  donner  au  bâtiment  le  caractère  de  sa  destina- 
tion. Le  devis  estimatif  s'élève  à  6,920  francs; 

A  Okegem  (Flandre  orientale),  il  faudra  construire  la 
plintbe  en  pierre  afin  de  préserver  la  base  du  bâtiment  de 
riiumidilé;  devis  estimatif  :  1 1 ,687  francs; 

A  Élouges  (Hainaut);  devis  estimatif  :  15,250  francs. 

Le  plan  du  })resbytère  de  Sulsique  (Flandre  orientale) 
])résente  des  défauts  qui  ne  permettent  pas  de  l'approuver. 

La  Commission  désire  qu'un  architecte  soit  chargé  de 
s'occuper  de  la  construction  d'un  presbytère  à  laXhavée, 
commune  de  Wandre  (Liège);  le  plan  qu'elle  a  sous  les 
yeux  est  dû  à  un  homme  étranger  à  l'art  des  construc- 
tions. 

Un  avis  favorable  est  émis  sur  le  projet  d'hospice-hôpital 
qu'il  s'agit  de  construire  à  Wachtebeke  (Flandre  orientale), 
à  la  condition  que  diverses  parties  accessoires  seront  amélio- 
rées; devis  estimatif  :  57,580  francs. 

CONSTRUCTIONS   CIVILES. 

Les  plans  des  constructions  rurales  que  la  ville  de  Spa 


—  us  — 

compte  dever  j)rès  dos  fontaines  de  Barisart  et  de  la  Géron- 
stèrc  ne  peuvent  èlre  admis.  Il  est  à  désirer  en  effet  que 
toutes  les  constructions  que  cette  ville  élève  donnent  une 
idée  heureuse  du  progrès  des  arts  en  Belgique,  et  des  bâti- 
ments consirnils  d'après  les  dessins  proposés  ne  seraient 
nullement  à  la  liauteur  des  li'avaux  analogues  exécutés  par 
les  administrations  publiques  ,  dans  les  pays  voisins  et 
notamment  sur  les  bords  du  Bhin. 

PEINTURE,  SCULPTURE,  CISELURE,  TAPISSERIES,   ktc. 

OUVRAGES    MODERNES. 

Le  Collège  considère  l'échantillon  de  bronze  que  M.  Du- 
trieux  se  propose  d'employer  pour  la  fonte  de  la  statue  de 
la  princesse  d'Épinoy  à  ériger  sur  une  des  ])laces  de  Tournay, 
comme  réunissant  toutes  les  conditions  désirables. 

M.  le  Ministre  d(>  l'Intérieur  répond  comme  suit  à  une 
proposition  récente  de  la  Commission  :  «  Si  des  perlèction- 
»  nements  importants  ont  été  réellement  introduits  dans 
»  les  procédés  employés  en  Bavière,  pour  l'exécution  des 
»  peintures  murales,  il  est  à  désirer,  ainsi  (ju(>  vous  le 
»  faites  remarquer,  que  nos  artistes  soient  mis  à  même,  au 
»  moyen  d'une  enquête,  de  profiter  de  ces  améliorations 
»  matérielles.  La  proposition  contenue  dans  votre  rapport 
»  du  29  mars  dernier  ne  pouvait  manquer,  ]iar  consé- 
»  (picnt,  d'rli'e,  de  la  |iart  de  iixin  administration,  l'objet 
»  d'un  examen  allcnliret  bienveillanl.  Mais  si  les  procédés 
»  techniques  de  la  peinture  touchent  de  j)rès  au  progi-ès 
))   de  l'art,  je  ne  ])()uvais  jK'rdre  de  vue,  non  plus,  (pie  pai- 


—  ^249  — 

»  certains  côtés   ils  intéressent  la  science  et,  sous  ce  rap- 

»  port,  il  m'a  paru  que  le  premier  corps  savant  du  pays 

»  devait  être  entendu  d'abord.  J'ai  donc  soumis  la  question 

»  à  la  classe  des  sciences  de  l'Académie  royale  de  Belgique. 

»  Toutefois,  Messieurs,  cette  question  étant  complexe  en  ce 

»  sens  qu'aux  procédés  considérés  scientifiquement  se  rat- 

»  tache  intimement  l'application  de  ceux-ci  par  le  peintre, 

»  j'ai  invité  la  classe  des  sciences  à  se  mettre  en  rapport 

»  avec  celle  des  beaux-arts,  pour  la  rédaction  d'une  série 

»  d'instructions    qui    emprunteront   nécessairement  à    ce 

»  double  concours   l'utilité  pratique   et  l'autorité  qu'elles 

»  doivent  avoir  pour  être  fructueuses.  » 

OUVRAGES    ANCIENS. 

Sans  méconnaître  la  valeur  des  explications  justificatives 
concernant  la  restauration  du  vitrail  r/es  deux  SS.  Jean^ 
appartenant  à  la  cathédrale  d'Anvers,  la  Commission  ne 
peut  considérer  ce  travail  comme  aussi  satisfaisant  que  la 
|)lu])art  des  restaurations  exécutées  récemment  par  le  même 
|)eintre  verrier.  Elle  pense  aussi  qu'il  eût  été  possible  d'uti- 
liser certains  fragments  qui  ont  été  remplacés.  Afin  d'éviter 
le  retour  de  critiques  semblables  à  celles  qui  se  sont  pro- 
duites en  cette  circonstance,  la  Commission  propose  à 
M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  de  décider,  en  règle  générale, 
qu'aucun  vitrail  ne  sera  restauré  à  l'avenir  avant  qu'un 
calque  exact  n'ait  été  fait  et  que  des  délégués  du  Collège,  de 
concert  avec  un  représentant  du  conseil  de  fabrique  inté- 
ressé, aient,  après  avoir  vérifié  ce  calque  et  les  verrières, 
indiqué  les  parties  à  remplacer. 


—  250  — 

La  somme  de  7,500  francs  demandée  pour  restaurer  les 
ornements  sacerdotaux  de  l'église  Saint-Brice,  à  ïournay 
(voir  p.  97,  2"  année),  semble  trop  élevée  à  M.  le  Ministre 
de  l'Intérieur.  De  son  côté,  la  Commission  croit  d'autant 
moins  pouvoii*  actuellement  appuyer  la  demande  d'un  sub- 
side sur  le  trésor  de  l'État ,  qu'elle  verrait  avec  regret 
exécuter  toutes  les  y;n'/ewc/we.s' restaurations  qui  sont  proje- 
tées et  dont  quelques-unes  sont  de  nature  à  altérer  le  carac- 
tère desdits  ornements  et  à  leur  donner  l'aspect  d'objets 
neufs. 


Le  Secu'liiiri'  de  la  (iomnthsiuii  roijali'  (1rs  Mointiucnli , 
JL'LES    DUGXIOLLE. 

Vu  en  conformité  de  l'article  25  du  règlement. 

Le  vice-Président , 

Baron  de  Roisin. 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


RESUME    DES    PROCÈS-VERBAUX, 


SÉANCES 


des  3,  4,  8,   11,  li,  ±2,  23,  25,  28  et  50  juillet  1863. 


ACTES   OFFiCŒLS,  AFFAIRES    ENTÉRIFURES,  OBJETS  DIVERS. 

Le  Collège  accuse  la  réception  du  compte- rendu  des 
travaux  de  la  Commission  impériale  archéologique  russe 
dans  le  cours  des  années  1859,  1860  et  1861  ,  que 
cette  Commission  lui  a  fait  parvenir.  Cette  remarquable 
publication  renferme  notamment  rexj)osé  historique  des 
fouilles  exécutées  près  de  Kertch  (  Panticapée  ) ,  dans 
le  district  d'Ekaterinoslav  (au  pays  des  Gherres),  et  sur 
la  presqu'île  de  Taman,  près  de  la  station  de  Sennaïa  (ville 
de  Phanagorie). 


—  "202  — 

M.  le  Ministre  do  la  Justice  fait  parvenir  iinr  copie  de 
la  circulaire  suivante  qu'il  a  adressée  à  MM.  les  Gouverneurs 
provinciaux  sous  la  date  du  7  juillet  courant  :  «  Ce  n'est 
généralement  qu'au  printemps,  c'est-à-dire  à  l'époque  où 
les  travaux  doivent  commencer,  (pie  me  |)arvieiiiieiit, 
afin  d'approbation,  les  projets  de  constiudidn  ou  de 
restauration  d'églises  et  de  presbytères.  Outre  les  retards 
qui  peuvent  résulter  du  grand  nombre  d'affaires  qui 
sont  adressées  à  la  fois  à  mon  département,  cette  marche 
présente  de  sérieux  inconvénients  :  c'est  ainsi  (pi'avanl 
qu'il  n'ait  été  procédé  à  l'adjudication  publique,  prescrite 
par  l'art.  42  du  décret  du  50  décembre  1809,  et  que  le 
Roi  ail  été  mis  à  même  d'approuver  le  plan,  une  i)artie 
de  la  bonne  saison  s'est  écoulée.  D'un  autre  côté,  l'entre- 
preneur est  toujours  plus  exigeant  au  moment  où,  de 
toutes  parts,  l'on  mol  la  main  ;i  l'œuvre  (pi'à  l'entrée 
de  l'hiver,  alors  qu'il  a  toute  cette  saison  pour  préparer 
les  matériaux  dont  il  a  besoin  et  dont  à  cette  époque 
le  prix  est  moins  élevé.  Désirant  donc  hâter  la  déci- 
sion de  ces  affaires,  je  vous  prie,  M.  le  Gouverneur, 
d'inviter  les  administrations  que;  cela  concerne  à  vous 
faire  ))arvenir  leurs  demandes  assez  à  lem|)s  pour 
être  à  même,  de  votre  côté,  de  les  instruire  et  de 
me  les  soumettre,  autan!  que  possible,  avant  la  lin 
de  l'année.  » 

La  Commission  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
d'autoriser  M.  Al|).  Wauters,  membre  correspondant,  à  faire 
un  voyage  archéologique  à  Tongres  et  dans  les  environs,  à 
la  condition  (pi'il  en  consignera  le  résullal  dans  un  rappoi-t 
à  |)id)lier  dans  le  Bullelin. 


—  2oo  — 

M.  le  Ministre  do  riiitéricur  adresse  une  anipliation  de 
sa  eircidaire  ci-aprùs,  en  dale  du  2o  de  ce  mois  : 

«  M.  le  Gouverneur, 

»   De  fréquents  subsides  sont  accordés  sur  les  fonds  de 

»  l'État  pour  des  restaurations  d'anciens  vitraux  peints.  Le 

«  but  que  le  gouvernement  se  propose  en  s'imposant  des 

»  sacrifices  pour  la  conservation  de  ces  œuvres  d'art  n'est 

»  pas  atteint  lors(ju'il  arrive  aux  artistes   cjiargés  de  ces 

»  restaurations   de  su  instituer  à   des  parties  de  verrières 

»  détériorées,  mais  pouvant  encore  être  utilisées,  des  frag- 

»  ments  entièrement  nouveaux.  Cette  manière  de  procéder, 

»  quel  que  puisse  être  le  talent  qu'y  apporte  l'artiste,  pré- 

»  sente  un  grave  inconvénient ,  puisqu'elle  altère  le  carac- 

»  tère  des  œuvres  à  restaurer,  en    leur  enlevant  de  leur 

»  authenticité.  Voulant  à  cet  égard  garantir  dans  l'avenir 

»  la  responsabilité  de  l'administration    supérieure  contre 

»  toute  éventualité  de  l'espèce,  il  m'a  paru  utile  d'adopter 

»  quelques  dispositions  qui,  désormais,  serviront  de  règle 

»  pour  l'instruction  des  affaires  de  la  nature  de  celles  dont 

»  il  s'agit.  Avant  toute  chose,  il  devra  être  pris  un  calque 

»  des  vitraux  peints  dont  la  restauration  aura  été  reconnue 

»  nécessaire.  Des  délégués  de  la  Commission  royale  des 

»  monuments  se  transporteront  ensuite  sur  les  lieux,  afin  de 

»  constater,  en  présence  des  représentants  des  fabriques 

f>  des  églises  intéressées,  l'exactitude  du  calque  et  d'indi- 

»  quer,  s'il  y  a  lieu,  à  l'artiste  restaurateur  les  parties  pri- 

»  mitives  des  verrières  que  ce  dernier  aura  la  faculté  de 

»  remplacer.  Je  vous  prie,  M.  le  Gouverneur,  de  porter  ces 

»  dispositions  nouvelles  à  la  connaissance  des  conseils  de 


—  1U  — 

»  fabriquf!  de  votro  province  et  de  donner  à  la  présente 
»  communication  In  puMicilé  dont  votre  administration 
»   dispose.  » 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,    DÉPENDANCES,    AMEUBLEMENT. 

Le  collège  approuve  : 

Les  réparations  projetées  à  l'anKîublement  de  l'église 
de  Pondrôme  (Namur)  ;  devis  :  1,411  francs; 

Le  nouveau  dessin  du  jubé  à  établir  dans  la  cliapelle  de 
Seviscourl,  commune  de  Bras  (Luxembourg);  devis: 
1,584  francs  ; 

Les  réparations  projetées  ;i  la  toiture  et  au  cloclier  de 
l'église  de  Warquignies  (Hainaut);  devis:  1,002  francs; 

Ainsi  qu'à  l'église  de  Jurbise  (même  pi-ovince);  devis  : 
1 ,900  francs; 

Divers  travaux  d'entretien  à  exécuter  à  l'église  et  au 
presbytère  de  Stoumont (Liège);  devis  :  3,000  francs; 

La  reconstruction  de  l'escalier  extérieur  de  l'église  ainsi 
que  du  mur  de  clôture  du  cimetière  d'Obourg  (Hainaut)  ; 
devis  :  3,261  francs; 

Le  dessin  d'un  portail  pour  l'église  d'Oygbem  (Flandre 
occidentale),  et  l'établissement  d'une  voûte  en  plaibnnage; 
devis  :  o,90G  francs; 

Le  plan  relatif  à  la  construction  d'une  tour  en  maçonnerie 
en  remplacement  de  la  petite  flèche  qui  se  trouve  sur  l'église 
de  Zammel  (Anvers);  devis  :  7,923  francs. 

La  Commission  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  de  faire  divers 
travaux  d'entretien  au  temple  prolestant  de  Dour  (llainaulj, 


—  ^orj  — 

sous  la  surveillance  spéciale  de  M.  l'architecte  provincial; 
devis  :  1,608  francs. 

Les  ressources  locales  étant  très-minimes,  la  Commis- 
sion ne  croit  pas  devoir  insister  pour  que  les  changements 
qu'elle  a  indiqués  soient  exécutés  à  la  tour  de  l'église  de 
Russon  (Limbourg).  La  reconstruction  de  la  flèche  et  les 
travaux  d'appropriation  de  la  tour,  tels  (ju'ils  ont  été  conçus 
primitivement,  coûteront  8,200  francs. 

L'agrandissement  de  l'église  de  Freux  (Luxembourg)  ne 
peut  se  réaliser  ainsi  qu'il  est  projeté.  Le' devis  actuel  s'élève 
à  19,500  francs. 

Le  plan  présenté  poui*  la  construction  d'une  église  à  Mar- 
tilly,  commune  de  Straimont  (Luxembourg),  donne  lieu  aux 
observations  suivantes  :  le  couronnement  des  j)ilastrcs  et  des 
angles  de  la  façade  est  trop  lourd;  la  corniclie  de  la  tour 
n'est  pas  en  rapport  avec  le  style  adopté  ;  une  disproportion 
choquante  existe  entre  la  hauteur  et  la  largeur  du  vaisseau 
de  l'édifice;  la  charpente  n'offre  pas  toutes  les  garanties 
désirables  de  solidité. 

La  Commission  approuve  les  dessins  de  l'église  qu'on 
propose  d'ériger  à  Biesmes,sousThuin  (Hainaut),  ainsi  que 
le  devis,  qui  s'élève  à  i2o,D20  francs.  Cette  église  pourra 
contenir  350  personnes. 

Après  s'être  livré  à  un  mûr  examen  de  la  question  et  avoir 
entendu  le  rapport  des  commissaires-inspecteurs  qui  ont 
visité  la  paroisse  de  Prayon,  commune  de  Foret  (Liège), 
le  Collège  pense,  unanimement,  qu'il  y  a  lieu  d'ériger  la  nou- 
velle église  sur  le  terrain  offert  par  M.  Ancion-Laloux.  Les 
considérations  sur  lesquelles  cet  avis  est  fondé  sont  les  sui- 
vantes :  1"  la  population  de  la  paroisse  dépasse  1,500  âmes 


—  250  — 

t'I,  s'accroif,  chaque  année  d'environ  oO  personnes.  L'empla- 
cement de  la  chapelle  actuelle  n'est  pas  suffisant  pour  per- 
mettre de  construh'e  une  église  proportionnée  à  l'importance 
d'une  telle  paroisse.  L'achat  de  deux  maisons  et  de  leurs 
dépendances  permettrait,  il  est  vrai,  de  disposer  d'un  terrain 
d'une  certaine  étendue  ;  mais  MM.  les  bourgmestre  et  éche- 
vins  déclarent  que  cet  achat  coûterait  au  moins  10,000  francs. 
Il  ne  serait  pas  impossible  d'exhausser  le  sol  sur  lequel  se 
trouve  aujourd'hui  la  chapelle,  de  manière  à  le  préserver 
des  inondations,  mais  cette  opération  nécessiterait  une 
dépense  assez  grande;  2°  à  Prayon,  comme  partout, 
on  établit  de  préférence  les  nouvelles  constructions  à  proxi- 
mité de  la  station  du  chemin  de  fer  et,  par  là,  le  centre 
tend  à  se  déplacer;  5"  le  hameau  de  la  Brouck,  qui  est 
le  i)lus  éloigné  du  terrain  de  M.  Ancion-Laloux,  est  pres- 
que entièrement  habité  par  des  ouvriers.  Mais  ces  ouvriers 
évitent  de  faire  usage  du  })ont  qui  conduit  directement  à 
Prayon,  afin  de  se  soustraire  au  péage.  Dès  lors  ce  terrain 
est  plus  avantageux  pour  eux  que  l'emplacement  actuel.  Afin 
de  combattre  cet  argument  on  fait  valoir  le  mauvais  état  du 
chemin  cpii  longe  la  Vesdre,  mais  c'est  là  un  motif  de  peu 
de  valeur,  car  une  dépense  minime  suffirait  pour  rendre  ledit 
chemin  praticable  en  toutes  saisons;  4"  les  souscriptions 
particulières  auront  une  im])ortance  réelle,  indépendamment 
du  dun  du  terrain,  si  l'église  est  érigée  à  jiroximité  de  la 
station,  tandis  que  cette  ressource  sera  insigniliante  si  l'em- 
placement actuel  est  maintenu.  Or,  il  est  à  désirer  qu'on 
puisse  construire  immédiatement  une  église  assez  vaste  pour 
ne  pas  devoir  l'agrandir  d'ici  à  (pielques  années.  Quant  à 
la  chapelle  actuelle,  il  semble  impossible  d'en  tirer  j)arli.  Du 


—  257  — 

reste,  même  en  se  bornant  à  un  agrandissement,  on  ne  pour- 
rait ménager  une  place  jjublique  convenable  devant  le  por- 
/ail  qu'en  faisant,  au  prix  de  10,000  francs,  l'acbat  des  deux 
maisons  citées  précédemment. 

La  Commission  engage  l'auteur  des  plans  présentés  pour 
la  reconstruction  de  l'église  de  Moustier  (Namur),  à  faire 
une  nouvelle  étude  de  l'ordonnance  de  son  projet.  Les 
absides  de  la  façade  ne  produisent  pas  un  beureux  effet;  le 
gable  qui  surmonte  la  porte  principale  est  lourd;  les  [(repor- 
tions des  fenêtres  des  bas  côtés  sont  trop  restreintes;  le 
rapport  entre  les  bas  côtés  et  la  nef  centrale  n'est  pas  conve- 
nablement combiné;  les  colonnes  intérieures  devraient  avoir 
des  bases  en  pierre.  Enfin,  il  semble  impossible  d'exécuter 
les  travaux  projetés  pour  moins  de  70  francs  par  mètre 
carré  de  superficie. 

Les  dessins  de  la  nouvelle  église  de  Bracquegnies,  com- 
mune de  Strepy  (Hainaut),  sont  approuvés,  à  la  condition 
qu'on  donnera  moins  d'importance  aux  croix  qui  couronnent 
les  pignons.  Le  devis,  s'élevant  à  81,000  francs,  parait 
insuflisant.  Cette  église  pourra  contenir  870  personnes. 

L'emplacement  sur  lequel  il  s'agit  d'ériger  la  nouvelle 
église  de  Meirelbeke  (Flandre  orientale)  est  plus  convenable 
et  plus  central  que  le  terrain  occupé  par  l'église  actuelle. 
La  Commission  reconnaît  aussi  qu'on  ne  pourrait  obtenir 
un  résultat  satisfaisant  en  agrandissant  l'édifice  actuel.  Après 
avoir  examiné  les  dessins  de  l'église  projetée,  elle  conseille 
d'adopter  complètement  le  style  roman,  afin  de  diminuer 
les  dépenses,  vu  que  ce  style  permet  de  simplifier  le  sys- 
tème de  décoration  architecturale. 

Des  explications  sont  nécessaires  au  sujet  de  l'église  qu'il 


—  TM  — 

s'ai2rit  lIc  construire  à  Moerkerke  (  Flaïuin*  oecideiitalt' )  : 
l'cdifico  projeté  pourrait  contenir 2,500  personnes;  ce  chiffre 
parait  exagéré,  eu  égard  à  la  population  de  la  paroisse; 
il  semble  d'autant  plus  impossible  d'établir  une  construction 
aussi  importante  (1,075  mètres  carrés  de  superficie),  pour 
la  somme  de  96,898  francs,  cpie  la  décoration  intérieure  est 
compliquée  et  coûteuse;  les  dessins  ne  sont  pas  suflisam- 
ment  arrêtés  pour  permettre  d'ai)précier  les  détails,  et  le 
devis  n'indique  pas  la  qualité  des  matériaux  qu'il  s'agit 
de  mettre  en  œuvre  pour  certaines  parties  de  l'éditice. 

Les  propositions  laites  pour  la  reconstruction  totale  de 
l'église  d'Eecloo  donnent  lieu  à  de  graves  objections.  Il  est 
fâcheux,  du  reste,  qu'on  ne  se  soit  pas  borné  à  proposer 
l'agrandissement  de  l'église  actuelle,  conformément  à  l'avis 
du  Collège.  La  tour  de  cette  église  date  du  xiii"  siècle  et 
n'est  nullement  dénuée  d'intérêt.  Si  les  administrations 
locales  se  prononçaient  définitivement  en  faveur  du  dernier 
projet,  la  Commission  regretterait  de  voir  élever  la  nouvelle 
construction  sur  un  emplacement  qui  manque  de  commu- 
nications suffisantes  et  ne  permet  pas  de  ménager  un  j)arvis 
convenable.  Dans  ce  dernier  cas,  on  devrait  absolument 
faire  l'achat  des  maisons  qui  existent  entre  l'église  actuelle 
el  la  place  du  Marché  et  tourner  la  façade  vers  cette  place. 

La  Commission,  se  conformant  aux  instructions  formelles 
de  M.  le  Ministre  de  la  Justice,  fait  connaître  à  ce  haut 
fonctionnaire,  qu'écartant  la  (juestion  de  savoir  si  dans  le 
cas  actuel  tel  style  doit  être  préféré  à  tel  autre,  elle  pense 
qu'il  faut  faire  choix  du  projet  présenté  par  M.  Van  der  Rit, 
pour  la  construction  d'une  nouvelle  église  à  Saint-Josse-ten- 
Noode.  D'après  les  pro])ositions  de  cet  architecte ,  le  vais- 


—  >2o9  — 

seau  de  l'édilice  coûlorait.  100,000  francs,  la  façade  el  la 
(OUI-  82,000  francs.  Toulefois  le  Collège  n'a  pas  l'intention 
d'approuver  délinilivement  le  plan  mis  sous  ses  yeux,  et 
il  se  propose  d'indiquer  ultérieurement  les  modilications 
à  introduire  encore  dans  ce  travail.  Les  réserves  formulées 
quant  à  l'emplacement  sont  aussi  maintenues.  (  Voir 
page  482,  première  année.) 

L'entrepreneur  de  la  nouvelle  église  de  Wettcren  se  trou- 
vant dans  l'impossibilité  de  remplir  ses  obligations,  la  Com- 
mission ,  se  référant  à  l'avis  des  diverses  administrations 
intéressées,  pense  qu'afin  de  ne  pas  perdre  de  temps,  il  y  a 
lieu  d'autoriser  le  conseil  de  fabrique  à  continuer  les  travaux 
en  régie. 

Elle  émet  une  opinion  semblable  en  ce  qui  concerne  la 
restauration  et  l'agrandissement  de  l'église  de  Braine-l'Al- 
leud,  le  conseil  de  fabrique  ayant  démontré  qu'il  se  trouve 
dans  des  conditions  particulièrement  favorables  pour  faire 
exécuter  les  travaux  aux  prix  les  plus  bas. 

Se  conformant  à  l'invitation  de  M.  le  Ministre  de  la 
Justice,  la  Commission  adresse  à  ce  haut  fonctionnaire 
l'indication  graphique  des  changements  qu'elle  désire  voir 
introduire  dans  le  dessin  de  la  nouvelle  façade  de  l'église 
de  Saventhem  (Brabant).  Elle  persiste  à  réclamer  le  main- 
tien de  la  chapelle  actuelle  des  fonts  baptismaux. 

La  Commission,  partageant  l'avis  du  comité  des  membres 
correspondants  de  la  province  d'Anvers,  le  prie  de  faire 
des  démarches  près  de  l'administration  des  hospices  de  la 
ville  d'Anvers,  afin  qu'aucune  construction  ne  soit  de  nou- 
veau élevée  contre  l'élégante  chapelle  dédiée  à  saint  Nicolas, 
qui  date  de  1422,  et  que  les  belles  fenêtres  ogivales,  qui 


—  ^200  — 

aujourd'hui  sont  partiellement  murées,  soient  rétablies  dans 
leur  état  primitif.  L'administration  des  hosj)ices,  proprié- 
taire de  la  chapelle,  a  lait  récemment  abattre  les  échoppes 
élevées  il  y  a  un  siècle ,  et  qui  cachaient  la  vue  de 
l'édifice. 

Les  propositions  faites  par  M.  le  sous-architecte  provincial 
pour  la  restauration  de  l'église  romane  de  Berg(Limbourg) 
sont  admises,  mais,  vu  l'impossibilité  où  l'on  se  trouve  de 
dépenser  pour  le  moment  plus  de  6,000  francs,  il  faudra  se 
borner  à  exécuter  les  travaux  les  plus  urgents,  tels  que  le 
renouvellement  total  de  la  couverture  en  ardoises  et  la  recon- 
struction partielle  de  la  charpente. 

La  Commission  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  d'agrandir  l'église 
de  Glons  (Liège),  sans  tenir  compte  de  la  protestation  d'un 
certain  nombre  d'habitants;  mais  elle  n'approuve  pas  le 
projet  qui  lui  est  soumis,  et  désire  voir  adopter  le  style 
roman,  tant  pour  l'appropriation  des  constructions  anciennes 
que  pour  les  parties  nouvelles. 

Consulté  au  sujet  du  parti  à  prendre  pour  la  restauration 
d'une  fenêtre  des  bas  côtés  (chapelle  du  Saint-Sacrement), 
à  la  cathédrale  d'Anvers,  le  Collège  répond  qu'il  s'en  réfère 
à  la  proposition  que  font  MM.  les  membres  correspondants 
de  reproduire  fidèlement  les  détails  qui  ont  existé  autrefois, 
et  de  rétablir  par  conséquent  les  meneaux,  conformément 
à  une  gravure  datant  du  xviir  siècle. 

Les  délégués  qui  récemment  ont  visité  la  grande  et  belle 
tour  de  l'église  d'IIoogstraeten  (Anvers)  déclarent  que  cet 
édifice  exige  les  travaux  suivants  :  A,  le  renouvellement 
d'une  partie  de  la  couverture  en  ardoises  ;  B,  l'établissement 
de  meneaux  en  pierre  (diverses  baies  sont  aujourd'hui  ornées 


—  261   — 

(le  meneaux  provisoires  en  bois);  C,  la  réparation  do  tous 
les  cordons  en  pierre  blanche  et  le  remplacement  des  pierres 
de  jietit  appareil  qui  recouvrent  les  pinacles  et  les  cloche- 
tons ;  D,  la  réparation  en  recherche  des  diverses  faces  et  la 
reconstruction  de  quelques  parties  en  brique.  L'état  fâcheux 
du  monument  doit,  en  grande  partie  du  moins,  être  attribué 
aux  joints  nombreux  qui  existent  dans  les  pierres;  il  est  à 
désirer  ({ue  des  pierres  dures  de  grandes  dimensions  soient 
seules  mises  dorénavant  en  usage.  Afin  de  faciliter  la  bonne 
exécution  des  réparations  projetées,  il  sera  utile  de  lever  les 
plans  complets  de  cette  tour.  La  grande  arcade  qui  existe 
entre  le  vaisseau  de  l'église  et  la  tour  est  bouchée  au  moyen 
d'une  cloison  ;  le  Collège  demande  que  cette  cloison  soit 
enlevée,  et  que  l'étendue  intérieure  de  l'édifice  cesse  ainsi 
d'être  inutilement  restreinte.  Il  est  à  désirer  aussi  que 
la  grande  fenêtre  de  la  façade  soit  entièrement  démasquée, 
et  qu'on  enlève  les  couches  de  chaux  appliquées  sur  les  cha- 
])iteaux  des  colonnes  des  nefs,  qui  sont  en  pierre  et  fouillés 
d'une  façon  remarquable.  La  dépense  à  faire  j^our  ces  diffé- 
rents ouvrages  sera  assez  considérable,  mais  rien  n'empêche 
de  la  répartir  sur  six  ou  huit  exercices  successifs.  Il  existe, 
dans  un  coin  du  jubé,  deux  petites  statues  en  albâtre  et  un 
busl(^  qui  ne  sont  nullement  dépourvus  de  mérite  et  qu'il 
importo  de  placer  dans  un  endroit  ])lus  convenable. 

Des  commissaires-inspecteurs  ont  récemment  visité  les 
églises  Saint-Jean,  Notre-Dame  et  Saint-Bertin,  à  Pope- 
ringhe. 

Les  travaux  de  restauration  marchent  convenablement 
à  l'église  Saint-Jean ,  mais  les  fonds  disponibles  ne  suffisent 
pas  pour  imprimer  à  cette  entreprise  l'activité  désirable. 


—  262  — 

Quelques  ouvrages  peu  importants  ont  |iu  seuls  être  faits 
depuis  deux  ans  et  demi ,  à  la  façade  principale  ainsi  qu'à 
l'extérieur  du  chœur.  Les  premiers  travaux  dont  il  impor- 
tera de  s'occuper  sont  l'achèvement  de  la  façade  et  la  répa- 
ration de  la  face  latérale  vers  le  Sud.  Le  conseil  de  fahrique 
se  verra  obligé  de  suspendre  les  travaux,  si  la  province 
et  l'Etat  ne  viennent  sans  relard  à  son  aide  :  ce  serait  là 
un  fait  regrettable,  car  les  ouvriers,  qui  déjà  ont  acquis 
une  certaine  expérience  spéciale,  seraient  bientôt  dispersés 
et  l'on  éjtrouverait  ensuite  de  nouvelles  difficultés  pour  la 
réorganisation  d'un  bon  atelier. 

Les  travaux  exécutés  pendant  les  trois  dernières  années 
à  l'église  Notre-Dame  sont  :  l'organisation  des  ateliers;  la 
restauration  d'une  partie  de  la  face  latérale  vers  le  Sud; 
la  réparation  de  la  partie  supérieure  de  la  face  Nord,  com- 
prise entre  le  transept  et  l'angle  de  la  face  Est.  Le  reste 
de  l'année  sera  employé  à  :  1"  compléter  la  restauration  de 
la  ])artie  de  la  face  Nord  comprise  entre  le  transept  Nord  et 
l'angle  de  la  face  Est  ;  2"  restaurer  la  face  du  transept  Nord; 
ô"  n^construire  la  voûte  inférieure  de  la  tour  qui  s'est  écrou- 
lée il  y  a  quelques  années.  La  face  Sud  de  l'édifice  sera 
entamée  en  1864. 

Les  derniers  ouvrages  dont  on  se  soit  occupé  à  l'église 
Saint-Bertin  sont  :  .1,  l'établissement  des  ateliers  et  des 
échafaudages  ;  li,  la  restauration  partielle  de  l'extérieur  de 
l'abside;  C,  la  réparation  d'une  partie  des  faces  de  la  nef  laté- 
rale vers  le  Sud  ;  I),  la  construction  de  la  nouvelle  sacristie. 
Une  certnine  quantité  de  matériaux  se  trouve  en  outre  à 
pied-d'œuvre.  La  lin  de  l'année  sera  consacrée  :  1"à  l'acliè- 
vemont  (h)  rcxtéricur  de  l'abside;  2"  aux  travaux  complé- 


mentaires  (jue  les  faces  de  la  nef  Sud  exigent;  5"  à  la  mise 
sous  toit  de  la  nouvelle  sacristie. 

Les  conseils  de  fabrique  de  ces  trois  églises  s'imposent 
tous  les  sacrifices  possibles,  mais  il  est  à  regretter  que  l'ad- 
ministration communale  de  Poperinghe  se  m.ontre,  à  l'égard 
doses  monuments,  d'une  indifférence  déplorable  alors  que 
l'exemple  de  localités  bien  moins  importantes  devrait  la 
stimuler  et  l'engager  à  adopter  les  idées  généreuses  qui 
partout  se  manifestent  dans  le  pays.  La  Commission  est 
d'avis  que  l'État  ne  devrait  intervenir  que  si  la  ville, 
qui  est  la  première  intéressée,  se  décidait  enfin  à  faire 
un  certain  sacrifice  en  faveur  de  ses  trois  églises  monumen- 
tales. 

Après  un  nouvel  examen  des  pièces  et  des  plans  relatifs  à 
la  restauration  de  la  façade  de  l'église  Saint-Loup,  à  Namur, 
le  Collège  croit  devoir  se  rallier  à  la  proposition  que  fait 
l'architecte  de  la  ville,  de  démolir  entièrement  cette  façade. 
L'entreprise  offrira  de  nombreuses  difficultés,  et  il  faudra 
j)rendre  les  précautions  les  plus  minutieuses  afin  d'assurer 
la  bonne  exécution  des  travaux.  Le  devis  estimatif,  s'élevant 
il  140,565  francs,  n'est  pas  exagéré.  La  question  de  savoir 
s'il  faut  supprimer  le  perron,  peut,  sans  inconvénient,  être 
ajournée. 

PRESBYTÈRES. 

La  Commission  est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  d'approuver  : 
1"  Les    réparations   projetées  au   presbytère   de   Bois- 
d'Haine  (Hainaut);  devis  :  1 ,500  francs  ; 

!2"  La  demande  de  subside  formée  par  r;i(iiiiinislration 


-    204  - 

communale  do  Glioy  (Hainaiit),  afin  de  couvrir  les  frais  des 
travaux  exécutés  d'urgence  au  presbytère  de  cette  com- 
mune; 

5"  Les  propositions  faites  pour  la  reconstruction  des 
dépendances  du  presbytère  de  Sommièrc  (Namiir);  devis  : 
G, 006  francs  ; 

4"  La  construction  de  presbytères  à  Bébange,  commune 
de  Habergy  (Luxembourg);  devis  :  12,545  francs; 

5°  A  Courcelles  (Hainaut);  devis  :  16,044  francs; 

6"  Les  dessins  et  devis  (16,765  francs)  du  presbytère 
projeté  à  Masbourg  (Luxembourg) ,  à  la  condition  que  l'au- 
teur fera  une  nouvelle  étude  de  divers  j)oints  accessoires. 

Le  Collège  ne  peut  admettre  les  dessins  présentés  pour 
la  construction  d'un  presbytère  à  Walermael-Boitsfort 
et  demande  qu'on  donne  à  ce  bâtiment  un  caractère  spécial 
en  rapport  avec  sa  destination. 

ÉDIFICES  ET  MONUMENTS  CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS   DE   BIE>iFAISAISCE. 

Le  projet  de  reconstruire  l'Iiospice  des  pauvres  veuves  à 
Lessines  (Hainaut)  est  appi-ouvé;  on  ferait  bien,  toutefois, 
dans  l'intérêt  de  la  salubrité,  d'éloigner  la  citerne  de  ce  bâti- 
ment. Il  sera  difficile  d'exécuter  avec  tout  le  soin  convena- 
ble les  travaux  projetés,  sans  dépasser  la  somme  de  16,560 
francs,  qui  l'ornio  le  total  du  devis  estimatif. 

Le  département  de  la  guerre  se  propose,  dit-on,  de  modi- 
fier le  plan  de  la  façade  de  l'ancien  bùtel  Van  Liere,  qui 
aujourd'])ui  sert  d'bùpital  militaire  à  Anvers.   Cet  édifice 


—  26ri  — 

figure  au  nombre  des  constructions  civiles  remarquables 
du  XVI*  siècle.  Albert  Durer,  qui  le  visita  en  1529,  assure 
qu'à  cette  époque  rAllemagnc  ne  possédait  aucun  hôtel 
qui  pût  lui  être  comparé.  La  Commission,  se  ralliant  à 
la  proposition  du  comité  provincial  d'Anvers  ,  prie  M.  le 
Ministre  de  l'Intérieur  de  vouloir  bien  interposer  ses  bons 
olïices  près  du  département  de  la  guerre,  afin  d'obtenir 
que  le  caractère  de  l'ancien  édifice  soit  respecté.  MM.  les 
membres  correspondants  ont  l'ail  une  étude  spéciale  de 
la  question  et  seraient  heureux  d'offrir  leur  concours  à 
l'officier  du  génie  chargé  de  la  direction  des  travaux 
de  restauration.  Dans  le  but  de  justifier  sa  proposition,  le 
Collège  joint  à  son  rapport  quatre  planches  photographiées. 

MAISONS  COMMUNALES,  BEFFROIS.  HALLES,  DONJONS,  etc. 

Un  avis  favorable  est  donné  sur  :  1°  le  dessin  de  la 
cheminée  à  établir  dans  la  salle  cchevinale  du  bâtiment 
des  Halles ,  à  Ypres  ;  2"  les  propositions  détaillées  soumises 
par  l'architecte,  quant  aux  portes,  lambris  et  carrelage  de  la 
même  salle;  3°  les  épures  des  boiseries  de  la  salle  principale 
du  monument. 

Consultée  par  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  au  sujet  du 
désir  exprimé  par  l'Académie  royale  des  lettres  ,  des 
sciences  et  des  beaux-arts  et  par  l'Académie  royale  de 
médecine,  d'approprier  la  rotonde  du  Musée  de  Bruxelles 
à  leur  usage,  le  Collège  répond  :  La  rotonde  du  Musée  est 
enclavée  dans  les  différentes  salles  affectées  au  service  des 
académies  et  n'est  utile  qu'à  ces  deux  corps  savants  ;  il 
semble  donc  rationnel  de  la  mettre  définitivement  à  leur 


—  260  — 

disposilion  exclusive.  Cette  rotonde  est  particulièrement 
bien  disposée  pour  le  placement  des  bustes  assez  nombreux 
que  les  Académies  possèdent  déjà.  Quelques  centaines  de 
francs  suffiraient  pour  les  travaux  urgents  d'appropriation; 
le  prix  des  consoles  ou  piédestaux  serait  prélevé  sur  l'allo- 
cation particulière  destinée  à  l'exécution  des  bustes.  Plus 
tard,  et  lorsque  des  fonds  seront  disponibles,  il  sera  facile 
d'embellir  cette  rotonde,  qui  déjà  est  remarquable  sous 
le  rapport  de  ses  dispositions  arcliilecturales.  Indépendam- 
ment de  (pielques  peintures  décoratives,  on  pourra  alors 
placer  deux  tableaux  historiques  sur  les  cheminées  et  rem- 
placer la  médiocre  composition  qui  occupe  le  plafond. 

L'administration  communale  de  Spa  a  donné  au  rapport 
du  5  juin  dernier  (v.  p.  248),  une  interprétation  erronée  : 
La  Commission  ne  désire  pas  faire  transformer  en  monu- 
ments de  simples  constructions  rurales,  mais  elle  persiste 
à  dire  que,  sans  augmenter  la  dépense,  on  peut  donner  au 
plus  modeste  bâtiment  un  cachet  spécial  et  un  caractère 
artistique.  Du  reste,  il  n'est  pas  nécessaire,  comme  semble 
le  croire  l'administration  communahV  de  Spa,  de  visiter 
les  villes  des  bords  du  Rhin  pour  y  étudier  des  constructions 
dont  de  nombreuses  publications  donnent  une  juste  idée. 

PEINTURE,  SCULPTURE,   CISELURE,    TAPISSERIES,    ktc. 

OUVRAGES  MODERNES. 

La  Commission,  se  référant  à  l'avis  du  coniité  des  mem- 
bres correspondants,  pense  qu'il  y  a  lieu  d'autoriser  le 
bureau  des  marguilliers  de  l'église^  Saint-Georges,  à  Anvers, 
à  faire  murer  les  deux  fcnt-lrcs  (\\i\   surmonlcnf  les  autels 


-      267  — 

latéraux,  afin  de  les  remplacer  par  deux  compositions  se 
rattachant  à  la  décoration  générale  exécutée  par  MM.  Guft'ens 
et  Swerts. 

Le  projet  présenté  pour  la  décoration  du  chœur  de  l'église 
Saint-Pholien,  à  Liège,  est  combiné  de  façon  à  respecter  les 
grandes  lignes  architecturales  et  à  faire  valoir  les  vitraux 
peints.  La  sobriété  des  détails  semble  toutefois  poussée  trop 
loin  en  ce  qui  concerne  le  soubassement  derrière  l'autel  et  la 
voûte.  Le  ton  est  aussi  trop  froid  à  ces  endroits,  et  on 
pourrait  adopter  là  une  richesse  plus  grande  sans  craindre 
de  nuire  à  l'effet  des  verrières.  La  disposition  des  vitraux 
est  bien  entendue,  mais  l'auteur  devra  donner  plus  d'in- 
tensité de  couleur  au  verre,  afin  d'éviter  une  transparence 
exagérée.  Le  dessin  des  objets  mobiliers  semble  convenable, 
mais  les  pinacles  des  stalles  devront  être  mieux  combinés 
avec  les  arcatures  des  fenêtres  du  chœur.  La  somme  de 
42,000  francs,  qui  forme  le  total  du  devis,  n'est  pas  exagérée. 

La  Commission  ne  croit  pas  pouvoir  se  prononcer  favora- 
i)lement  sur  les  propositions  qui  récemment  lui  ont  été  sou- 
mises pour  l'exécution  des  vitraux  peints  du  chœur  de 
l'église  Notre-Dame  du  Sablon,  à  Bruxelles. 

Elle  ne  pense  pas  non  plus  que  les  verrières  qu'elle  vient 
(le  faire  examiner  par  des  délégués  puissent,  sous  le  rapport 
(lu  style  et  de  la  composition,  être  j)lacées  dans  la  remar- 
quable église  de  Léau. 

OUVRAGES    ANCIENS. 

Il  résulte  du  rapport  de  membres  du  Collège  qui  récem- 
ment ont  fait  un  voyage  d'inspection  dans  la  Campine  anver- 
soise,  que  deux  volets,  provenant  d'un  monument  élevé  vers 


—  268  — 

le  commencement  du  xvi''  siècle  à  la  mémoire  d(î  Corncill 
Van  der  Nootet  de  sa  femme  Jeanne  Van  denWyngaerdcn, 
servent  actuellement  de  portes  aux  côtés  de  l'autel  de  la 
chapelle  d'Overbroeck,  commune  de  Brecht  (Anvers).  Ces 
volets  représentent  notamment  des  épisodes  de  la  vie  de 
saint  Georges,  et  la  peinture  n'en  est  nullement  dénuée  de 
mérite.  Il  importe  de  les  déplacer  sans  aucun  retard,  attendu 
(|ue  le  mouvement  leur  est  très- nuisible,  et  ensuite  de  les 
réparer.  Une  somme  de  GOO  francs  suffirait  pour  remettre 
ces  objets  d'art  en  bon  état. 

Un  tableau  représentant  le  Jugement  dernier,  et  qui  sem- 
ble dater  du  milieu  du  xv'^  siècle,  se  trouve  dans  l'une  des 
salles  du  rez-de-chaussée,  à  l'hôtel  de  ville  de  Diest.  Cet 
ouvrage,  qui  est  remarquable  sous  divers  rapports,  a  beau- 
coup souffert  des  injures  du  temps  et  de  la  négligence  des 
hommes  :  le  panneau  est  disjoint  et  vermoulu  ;  la  couleur  se 
détache  par  écailles  ;  enfin  la  crasse  qui  le  recouvre  a  une 
épaisseur  telle  qu'on  distingue  difficilement  certaines  parties 
du  travail.  Ce  tableau  a  1  m.  80  c.  de  largeur  sur  2  m.  20  c. 
de  hauteur;  le  nombre  des  j)ersonnages  des  premiers  plans 
s'élève  à  plus  de  soixante.  En  considération  du  fâcheux  état 
de  cette  œuvre  importante,  on  ne  peut  guère  estimer  sa 
valeur  vénale  à  plus  de  GOO  francs,  tandis  (pi'une  somme 
de  1,250  francs  est  indispensable  i)our  la  remettre  en  bon 
état.  Le  Collège  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
d'inviter  l'administration  communale  de  Diest  à  déclarer  : 
1"  si  elle  est  disposée  à  céder  ledit  ouvrage  à  l'État;  2"  si  elle 
préfère  pourvoir,  avec  l'aide  de  la  province  et  du  gouver- 
nement, aux  frais  d'une  restauration  complète  exécutée  par 
un  peintre  restaurateur  de  j)i-emier  mérite. 


—  ^200  — 

L'église  de  Noire -Dame,  à  Acrschol,  jtossède  plusieurs 
tableaux  remarquables  ,  et  notamment  des  œuvres  de 
Crayer,  Maes  et  Verliaglien ,  qui  presque  tous  sont  plus 
ou  moins  détériorés.  Un  tableau  gothique,  de  l'école  de 
Quentin  Metsys,  exige  surtout  des  réparations  urgentes  ;  le 
panneau  se  sépare  et  de  nombreuses  écailles  de  couleur  ont 
disparu  déjà.  Ce  tableau  représente  sainte  Barbe  et  com- 
prend 25  figures.  La  Commission  demande  qu'une  somme 
de  1 ,550  francs  soit  consacrée  à  réparer  ces  diverses  pro- 
ductions de  l'école  flamande. 

Des  vestiges  de  peintures  murales  ont  été  récemment  dé- 
couverts dans  deux  chapelles  de  l'église  Saint-Sulpice,  à 
Diest.  Les  parties  mises  au  jour  représentent  un  arbre  sym- 
bolique, des  arabesques  et  contiennent  des  inscriptions;  il 
y  a  lieu  de  croire  que  de  nouvelles  recherches  feraient  bien- 
tôt reconnaître  l'existence  de  personnages  et  de  compositions 
complètes.  Comme  le  conseil  de  fabrique  est  obligé  de 
consacrer  toutes  ses  ressources  aux  importants  travaux 
de  consolidation  qui  s'exécutent  en  ce  moment  à  l'édifice, 
le  Collège  prie  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  d'allouer 
un  léger  subside  afin  de  permettre  la  continuation  desdites 
recherches. 

Deux  des  fenêtres  du  chœur  de  l'église  de  Loenhout  (An- 
vers) sont  ornées  de  vitraux  qui  portent  la  date  1537.  Mal- 
heureusement ces  intéressants  objets  d'art  sont  dans  un 
état  déplorable,  et,  pour  les  sauver  d'une  destruction  totale, 
il  importe  de  s'en  occuper  sans  nul  retard.  Ces  vitraux  se 
composent  de  12  panneaux  ayant  chacun  56  c.  sur  52.  Afin 
de  les  réparer  et  de  remplacer  la  base  et  le  couronnement, 
qui  ont  disparu,  une  somme  de  1,250  francs  serait  néces- 


—  ^270  — 

saire,  y  com|)ris  le  prix  du  treillis  extérieur  en  ter.  Mais, 
outre  cette  dépense,  on  aura  à  s'occuper  de  la  réparation 
des  fenêtres  du  chœur,  qui  sont  très-endominagées  et  se 
trouvent  bouchées  en  partie.  (Ces  vitraux  sont  cités  à  la 
page  38  du  compte  rendu  de  la  séance  générale  de  1861.) 
L'État  vient  d'allouer  un  subside  pour  la  restauration  du 
retable  provenant  d'une  chapelle  qui  appartient  au  conseil 
de  fabrique  de  Loenhout  ;  il  conviendrait  de  placer  ce 
retable  sur  le  maître-autel  de  l'église  paroissiale. 

Les  fragments  de  vitraux  [ieints  de  la  renaissance,  qui  se 
trouvent  dans  l'église  de  Vlimmeren  (Anvers),  proviennent 
de  deux  fenêtres  et  sont  trop  incomplets  pour  permetti-e  d'en 
proposer  la  restauration.  Dans  l'état  actuel  des  choses,  le 
seul  parti  à  prendre  est  d'engager  le  conseil  de  fabrique 
à  céder  ces  fragments  au  Musée  archéologique  d'Anvers. 

Un  magnifique  jubé  sculpté  en  pierre  existe  à  l'entrée  du 
chœur  de  l'église  primaire  d'Aerschot.  Cette  œuvre,  qui 
date  du  commencement  du  xvi''  siècle,  est  ornée  de  dix-sept 
groupes  représentant  des  sujets  tirés  de  l'histoire  sainte. 
Six  figures  et  quatre  groupes  ont  disparu  depuis  un  grand 
nombre  d'années.  Il  est  à  regretter  que  plusieurs  couches 
de  couleur  grossière  soient  venues  altérer  la  finesse  de  ce 
travail  magistral.  La  Commission  propose  à  M.  le  Ministre 
de  l'Intérieur  d'allouer  un  subside  pour  restaurer  ce  jubé 
et  lui  rendre  toute  sa  splendeur  primitive.  Provisoirement 
il  inqiorle  d'interdire  au  conseil  de  fabrique  d'aggraver  le 
mal  en  faisant  appliquer  de  nouvelles  couches  de  couleur.  On 
pourrait  aussi  ouvrir  les  deux  arcades  latérales,  et  par  suite 
dé[)lacer  l'escalier,  afin  de  permettre  aux  fidèles  de  voir  le 
maitre-autel,  ce  qui  est  difficile  dans  l'étal  actuel  des  choses. 


—  1271   — 

Les  délégués  qui  se  sont  rendus  récenimenl  à  Hruges  oui 
constaté  que  le  modèle  de  la  statue  du  comte  d'Egmont , 
exécuté  par  Calloignc  et  pour  lecjuel  ses  héritiers  réclament 
deux  mille  francs  indépendamment  des  sommes  payées 
avant  1850,  ne  peut  être  classé  au  nombre  des  meilleures 
productions  de  ce  célèbre  statuaire.  Ce  modèle  a  2  m.  43  c. 
de  hauteur,  la  plinthe  non  comprise.  La  fonte  en  bronze 
coûterait  environ  i 0,000  francs.  En  ajoutant  un  millier 
de  francs  pour  les  frais  de  transport,  etc.,  il  faudrait  donc 
une  somme  totale  de  15,000  francs  pour  donner  suite,  sans 
modification  aucune,  à  ce  projet.  Dans  ces  conjonctures, 
la  Commission  pense  qu'il  serait  préférable  de  faire  exécuter 
par  l'un  de  nos  artistes  les  plus  recommandables  une  statue 
en  pierre  à  placer  sur  le  piédestal  qui  depuis  nombre  d'an- 
nées existe  au  centre  de  la  commune  de  Sottegem.  Ce 
dernier  parti  permettrait  de  réduire  la  dépense  totale  à 
7,500  francs  environ. 

Le  Secrélaire  de  lu  Coimnission  royale  des  Monuments. 

Jules  Dugisiollk. 


Vu  en  conformité  de  l'article  23  du  règlement. 


Le  vice-Président , 

Baron  de  Roisin. 


RECHERCHES 
CONCERNANT   LA    DATE    DE    LA    CONSTRUCTION 


L'ÉGLISE    NOTRE-DAME, 


A    SAINT-TROND. 


Appelé  à  examiner,  avec  M.  Décurie,  membre  de  la  Com- 
mission royale  des  monuments  ,  le  projet  de  restauration 
de  cette  église,  présenté  par  M.  l'architecte  Gérard,  j'ai  fait, 
au  sujet  des  dates  de  sa  construction  ,  des  recherches 
afin  de  m'expliquer  les  différents  styles  qui  y  furent 
employés. 

Ces  recherches  ont  mis  au  jour  quelques  détails  incon- 
nus, puisés  en  majeure  partie  dans  des  documents  inédits, 
et  qui  m'ont  paru  assez  intéressants  pour  les  publier. 

La  ville  de  Saint-Trond,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec 

18 


—  274-  — 

l'ancien  Sarchinium,  siège  de  l'abbaye  de  ce  nom,  possédait 
une  église  dédiée  à  la  Vierge  et  dont  la  construction  était 
due  à  l'abbé  Adelard,  qui  occupa  le  siège  abbatial  entre  les 
années  1055  à  1082  (i). 

L'église  fut  détruite,  en  1180,  par  un  incendie,  qui 
dévora  la  ville  entière  (2). 

Gomment  et  quand  fut-elle  rétablie?  C'est  ce  que  les 
documents  ne  disent  pas;  mais  un  acte  du  mois  de  mai 
1205  nous  apprend  que  l'abbé  de  Sainl-Trond  autorisa 
l'établissement  d'une  association,  dite  de  Notre-Dame,  dont 
l'autel  se  trouvait  dans  le  transept  de  l'église  (3).  Par  un 
autre  acte,  daté  du  17  mars  1599,  l'église  fut  érigée  en 
collégiale  d). 

La  nouvelle  église  semble  donc  avoir  été  bâtie  en  croix, 
forme  qu'elle  n'a  plus  aujourd'hui  et  qui,  indépendamment 
du  style,  permet  de  supposer  qu'elle  a  été  reconstruite 
postérieurement  à  1205  d'après  un  plan  nouveau. 

Les  travaux  de  l'église  actuelle  étaient  déjà  en  activité 
pendant  l'année  1 421 ,  comme  le  constate  le  testament  d'An- 


(1)  Gesla  abb.  Sancti  Trudonis,  dans  Pertz,  Monuments,  XII,  23o.  Outre 
l'église  de  Saint-Trond,  ce  prélat,  auquel  on  a  donné  à  juste  titre  la  qualilication 
de  prélat-artiste,  éleva  encore  relies  de  S.  Gangoulphe,  dans  la  niônie  ville, 
li'Aalburg,  de  Weyi'lunacl ,  de  Peer,  de  Scliafîen,  de  Webheconi ,  d'Orey  et  de 
Jiuneppo.  A  propos  de  Jenieppe,  M.  Koepke,  l'éditeur  de  la  elironiqiie  de  Sainl- 
Trond,  publiée  par  Pertz,  a  confondu  cette  localité  avec  Gemappes ,  petite  ville 
(jui  appartenait  aux  ducs  de  Urabant,  et  dans  hujm'Ue  les  abbés  de  Saint-Trond 
n'ont  exercé  aucun  droit. 

(2)  Ibid. 

(3)  Ad  opus  precipue  illiux  uliaris,  quvd  vocal iw  inferius  allare  bealœ  MaruP, 
quod  siib  criice  in predicta ecclesia  sitiun  liabeliir  (Acte  transcrit  au  fol,  I  du  reg. 
87  des  arcbives  de  l'abbaye  de  Saint-Trond,  au  dép(d  des  Archives  générales  du 
royaume,  à  Bruxelles). 

\i)  Ibid.  fol.  7. 


—  273  — 

loiiie  Van'Dycko,  qui  lui  légua,  le  50  oclobre  delà  même 
année,  une  rente  dont  le  revenu  devait  servir  à  la  construc- 
tion (i).  De  celte  époque  datent  probablement  une  partie 
des  nefs  et  peut-être  le  chœur. 

La  tour  étant  tombée  en  ruines,  l'abbé  de  Saint-Trond 
et  la  ville  firent,  pour  la  réédifier,  une  transaction  par 
laquelle  ils  convinrent,  le  8  juin  1512,  que  le  magistrat 
se  chargerait  exclusivement  de  la  rétablir  (2).  Ensuite  de 
cette  convention,  Henri  Van  Jueck,  architecte,  se  chargea 
de  la  reconstruire  et  y  travailla  pendant  les  années  I0I0 
à  1518.  L'abbé  autorisa  de  son  côté  le  magistrat  à  établir 
une  loterie  dont  le  produit  devait  couvrir  les  dépenses  des 
travaux  (â). 

Enfin,  le  prélat  la  lit  surmonter,  en  1557,  d'un  toit  en 
forme  de  pyramide  (4). 

Cette  tour,  dont  les  formes  étaient  très-élégantes  au  dire 
des  chroniqueurs,  tomba  en  1668(5). 

Quant  à  l'église,  elle  fut  agrandie  en  partie  au  moyen  des 


(i)  Item  beset  dese  voorschreve  testateur  tôt  de  bouwmeesterschap  ende 
wercke  Uer  kercke  van  Orner  Vrouweu,  twee  vaten  rogge.  (Ibid.  fol.  lU.) 

(2)  Ttirris  œdificiiim  ciim  illiusappendiciis  ad  pnedictum  oppidum  SU  Trudonis 
et  illius  communitntem,  minime  ad  nos  [abbatem  et  conventum)  spectant  et  per- 
tinent   quodque  arcus  conjiciendus  a   testitudine   navis  prœdictœ  ecclesiœ 

versus  et  ad  lurrim  prœdictum  se  reflecteiis  et  ille  ammitens  erit  de  gracia  et 
minime  de  jure.  Nos  vero  burgimagistri,  consules  etjuratipro  Jiobis  totaquecom- 
munitate  et  successoribus  nostris  prœsentium  tenore  attestamur.  (.Ibid.  lui.  155.J 

(3)  Ibid.  loi.  156.  Acte  du  :24jiui)  151«.  —  Los  comptes  de  rarcliilecle  (/;y««- 
meesler)  sont  insérés  dans  le  même  volume. 

(4)  Chronique  manuscrite  de  l'abbaye  de  Saint-ïrond  aux  Archives  du 
royaume.  —  Henri  Van  Herckenrode  avait  fait,  en  faveur  de  l'entretien  de  la 
tour,  un  legs  de  i"!  muids  de  bled  par  an,  par  son  testament  du  21  novembre 
1314. 

(5)  Ibid.,anno  1668. 


—  276  — 

IM'odiiils  (runc  lotorip  que  rablx-  de  Saiiit-Trond  autorisa 
])aracte  du  lo  janvier  1:349  (i). 

L'ensGinble  de  ces  documenls  prouve  que  l'église  actuelle 
l'ut  en  toutou  en  partie  construite  vers  li^I  ;  que,  parsuile 
de  la  récdification  de  la  tour  pendant  les  années  l;rl5  à 
1518,  une  partie  du  temple,  celle  (jui  louchait  à  l'arc  de  la 
lour,  l'ut  reconstruite;  qu'elle  fut  agrandie  en  1549  et  que 
la  chapelle  des  SS.  Roch  et  Sébastien,  ainsi  que  celle  des 
SS.  Job  et  Quirin,  y  furent  ajoutées  en  même  temps. 

Ces  dates  se  rapportent  parfaitement  au  style  de  l'édifice 
qui,  conçu  en  grande  partie  dans  le  goût  ogival  tertiaire, 
offre  à  la  partie  supérieure  de  la  grande  nef  des  motifs 
appartenant  à  la  dernière  période  de  l'épocpie  ogivale. 

Les  fenêtres  de  la  grande  nef  et  les  arcadeltes  du  Irifo- 
rium  accusent,  par  les  détails,  une  construction  de  la  pre- 
mière moitié  du  xvf  siècle. 

L'ancien  portail,  avec  ses  vases  de  genre  rocaille,  et  les 
deux  arcades  de  la  grande  nef  près  de  la  tour,  sont  des 
constructions  du  xvii"  siècle,  qui  ont  été  faites  à  la  suite  de 
la  chute  du  clocher.  Ce  portail  a  été  remplacé,  il  y  a  quel- 
(jues  années,  par  un  autre  de  style  ogival  moderne. 

Ces  données  historiques  pourront  peut-être  servir  à  la 
monographie  de  cette  église,  si  toutefois  on  la  ])ublie  un 
jour. 

(^H.    PlOT. 


(i)  Tôlier  amplialie  eiide  vermeerdering  der  voorschreve  kerke ,  ende  toi 
ereclie  van  Iwee  cappellen  die  iiii  bi'nonsl  syn  :  die  eene  van  St.-Sebasliaen  ende 
Ht.-Iiochiis  indr  d'nndere  van  Si. -Job  ende  St.-Qnirin.  (lliid.  IVil.  81.1 


LE  DONJON  DE  SICHEM. 


La  commune  de  Sichem ,  province  de  Brabant,  possède, 
entre  le  Dénier  et  l'ancien  emplacement  du  château  sei- 
gneurial ,  un  monument  très-remarquable  de  l'architecture 
militaire  du  moyen  âge  en  Belgique.  C'est  un  donjon  de 
l'orme  circulaire,  nommé  vulgairement  Vliiclit-Toren  (Tour 
(le  refuge )  ou  Maria-Toren  (Tour  de  Marie)  à  cause  d'une 
niche  qui,  pratiquée  à  l'extérieur  près  de  la  porte  d'entrée, 
renfermait  anciennement  une  image  de  la  Vierge.  La  con- 
struction se  compose  d'un  souterrain,  actuellement  à  fleur 
de  terre,  et  dont  la  voûte  est  défoncée,  d'un  premier  étage, 
couvert  d'une  voûte  très-élégante  de  style  ogival  et  ornée 
de  peintures,  et  d'un  second  étage  qui  était  entièrement 
à  découvert,  mais  dont  la  voûte  vient  d'être  rétablie  (i;. 


(1)  Anteurbcm,  dit  Gramaye,  proixilùlc  eut  hoc  loco  (ifjricolaruin  perfugia 
arcein  fuisse,  sive  hirrim,  qiiœ  liodie  conspicilur,  a  Deipara  (  ciijiis  iconcm  con- 
spicilur)  noinen  obtinens,  miiro  altissimo  pœne  inexpugmbilem  el  sœpe  castra 
perdilo  profugisasylum  faclinn  bis  iniqu/slemporibus.  (Sichem,  p.  01.) 


—  278  — 

Les  archéologues  qui  se  sont  occupés  de  ce  donjon  n'ont 
pu  fixer  la  date  de  sa  conslruction.  Je  me  trouverais  peut- 
être  dans  un  embarras  semblable  si,  pour  déterminer  son 
âge,  je  devais  m'en  rapporter  exclusivement  aux  formes 
de  l'édifice,  qui  est  percé  d'ouvertures  voûtées  en  anse  de 
panier,  comme  le  sont  la  plupart  des  constructions  mili- 
taires du  moyen  âge.  Celte  forme  de  voussure,  dont  les 
époques  d'apparition  et  de  disparition  n'ont  pu  être  déter- 
minées pour  constater  l'âge  des  bâtiments  militaires,  ne 
permet  pas  de  fixer,  même  d'une  manière  approximative,  la 
date  du  monument  auquel  elle  a  été  appliquée. 

Selon  Gramaye,  le  château  seigneurial  avec  ses  dépen- 
dances a  été  construit  en  1300,  par  Renier  de  Schoonvorst, 
seigneur  de  Sichem.  C'est  une  erreur  manifeste  en  ce  qui 
concerne  la  date.  La  famille  de  Schoonvorst  posséda  ce 
domaine  par  suite  de  l'acquisition  qu'elle  en  fit  en  1385; 
seulement  elle  ne  le  conserva  que  jusqu'en  1430.  Par  con- 
séquent. Renier  ne  peut  y  avoir  élevé  des  constructions  en 
1300,  lorsque  la  seigneurie  apparlenail  encore  à  Godefroi 
de  Vierson,  frère  de  Jean  II,  duc  de  Brabant. 

Je  pense  donc  qu'au  lieu  de  1300,  il  faut  lire  1400,  erreur 
typographique,  dont  l'ouvrage  de  l'historiographe  belge 
offre  plus  d'un  exemple. 

Ce  qui  mieux  encore  me  porte  à  (-roire  que  le  donjon  est 
delà  fin  du  xiv'' siècle  ou  du  commencement  du  suivant, 
et  qu'il  a  été  élevé  par  la  fann'lle  de  Schoonvorst  en  même 
temps  que  le  château  dont  il  était  une  dépendance,  c'est 
l'écusson  de  la  clef  de  la  voûte  du  jireniier  étage.  Cet 
écusson  est  parti  d'un  lion,  cpii  est  de  Sichem,  et  de 
neuf  besants,  qui  sont  de  Schoonvorst.  Comme  les  voûtes 


—  279  — 

et  les  murs  sont  d'un  seul  jet,  je  ne  doute  aucunement 
que  la  construction  entière  ne  soit,  ainsi  que  je  le  disais 
tantôt,  de  la  fin  du  xiv''  siècle  ou  du  commencement  du 
suivant,  et  qu'il  faut  lire  dans  Gramaye  1400  et  non  1300. 

Des  vues  du  donjon  ont  été  publiées  : 

V  Dans  la  Descriptioîi  et  figures  des  Pays-Bas,  p.  287  ; 

2°  Dans  le  Polygraphe  belge,  1836  ; 

5°  Dans  le  Recueil  Héraldique  du  baron  de  Reiffenbcrg; 

4°  Dans  les  Monuments  de  Hainaut,  Luxembourg  et 
Namur ,  du  même  auteur  ; 

5°  Dans  Y  Histoire  de  l'architecture  en  Belgique,  de  Schayes. 

Le  gouvernement,  dans  l'intention  de  conserver  cette 
belle  ruine,  en  a  fait  l'acquisition  et  a  ordonné  des  travaux 
alin  de  la  consolider. 

Ch.  Piot. 


-«x>o^§<cx>«>- 


ANCIENNE  HALLE  AUX  DRAPS 


DE    TOURNAT. 


Totiniay,  le  ii)  mars  18()3. 
«  Messieurs , 

»  Vous  m'avez  fait  i'Iiomieur  de  me  communiquer,  le  10 
de  ce  mois,  une  lettre  de  M.  l'ingénieur  Maus,  en  date  du  9, 
par  laquelle  il  vous  prie  de  lui  faire  connaitre  si  l'éditice,  qui 
occupe  le  centre  de  la  Grande  Place  à  Tournay,  dont  le  rez- 
de-chaussée  est  occupé  par  la  grand'garde,  pourrait  être 
démoli  sans  inconvénient,  sous  le  rapport  de  l'art  et  des 
souvenirs;  et  vous  me  demandez  mon  avis  sur  cette  grave 
question. 

»  Je  vais  lâcher  de  satisfaire  à  votre  désir. 

SOUVENIRS  HISTORIQUES. 

»  L'historien  Cousin  prétend  que  l'idole  des  Tournai- 
siens,  dont  parle  la  légende  de  saint  Eleuthère,  était  placée 


BULLETIN  DES  COrtM^ROYALES  D'ART  ET   D'ARCHÉOLOGIE 


ANCIENNE  HALLE    AUX   DRAPS 
de  Tournay 


—  281      ^ 

en  cet  endroit.  Cest  esprit  maling,  dit-il,  s'appelait  Ebron 
ou  Ebroin,  son  repaire  et  logis  estoit  au  grand  marche ,  au 
lieu  ou  a  esté  depuis  la  maison  al  treille  ou  la  halle  au 
DRAP,  autrement  dit  le  corps  de  garde,  qui  fut  abattue  par 
la  tempesle  des  vens,  le  lendemain  de  Pasques,  l'an  1G06, 
et  fust  commencée  à  estre  rebastie  à  la  moderiie  ces  te 
année  1610. 

»  Quoi  qu'en  dise  Cousin,  il  ne  parait  pas  qu'on  puisse 
faire  remonter  la  date  de  ce  monument  au  delà  de  1228; 
car  avant  cette  époque  il  n'y  avait,  en  cet  endroit,  qu'une 
maison  particulière.  C'est  ce  que  nous  apprend  une  charte 
du  29  août  1228,  par  laquelle  la  commune  de  Tournay  et  le 
chapitre  font  les  stipulations  qui  suivent  : 

»  On  convient  que  la  commune  disposera  d'une  maison 
située  sur  la  Grand 'Place,  ayant  appartenu  autrefois  à  maî- 
tre Havet  et  qui  portait  alors  le  nom  de  Maison  à  le  Treille, 
pour  en  faire  une  halle  convenahie  et  propre  à  la  vente  des 
draps,  par  étal  distinct,  et  où  l'on  poui'ra  peser  les  laines. 
On  devra  aussi  pouvoir  y  vendre  et  y  mesurer  le  blé  et  les 
autres  marchandises.  A  cette  fin,  on  fait  choix  de  deux 
bourgeois  qui  sont  Henri  à  le  Tache  et  Jean  Castagne,  et 
de  deux  chanoines,  Syger  l'hospitalier  et  Jean  fabbé,  aux- 
quels on  confie  l'exécution  de  ce  projet.  En  cas  de  diver- 
gence d'opinion,  le  chapitre  devra  nommer  une  cinquième 
personne,  mais  à  prendre  parmi  les  laïques. 

»  Le  chapitre  donne  à  la  commune,  pour  couvrir  une  par- 
tie des  dépenses  que  devra  occasionner  la  construction  de 
cette  halle,  la  moitié  du  droit  de  tonlieu  sur  les  draps,  et  la 
moitié  du  produit  du  droit  de  pesage,  j)lus  d'autres  revenus 
spécifiés  dans  la  charte. 


—  282  — 

»  Movcnnaiil  quoi,  la  commune  cède  au  chapitre  la  moitié 
tant  (lu  fonds  de  l'emplacement  (jue  de  1  édifice  lui-même, 
et  la  moitié  de  ce  (pii  proviendra  de  la  location  des  étaux 
et  de  ce  qui  sera  perçu  dans  la  halle. 

»  Lorsque  l'édifice  aura  été  construit  aux  frais  de  la  ville, 
il  sera,  par  la  suite,  enlj-etenu  et  réparé  à  frais  communs  avec 
le  chapitre.  Il  en  sera  de  même  si  on  agrandissait  la  halle, 
en  faisant  pour  cela  l'acquisition  d'un  terrain  conligu. 

»  Enfin  les  parties  s'engagent  respectivement  à  ne  pas 
aliéner  leurs  droits,  mais  aies  exercer  j)erpétuellement  par 
elles-mêmes.  Ce  contrat  si  solennel  n'avait  cependant  pour 
objet  qu'un  vaste  édifice  en  bois,  qui  n'avait,  dit  Philippe 
de  Hurges,  dans  ses  mémoires  (Ceschcriii,  ni  greniers,  ni 
chambres,  mais  estait  tout  de  charpcntuijc. 

>)  Il  demeuni  néanmoins  debout  presque  quatre  cents 
ans. 

»  Comme  nous  l'avons  déjà  dit,  cette  immense  grange 
fut  renversée  |)ar  une  tempête  le  lendemain  de  Pâques 
en  160(i.  On  s'occupa  aussitôt  de  sa  reconstruction,  mais  il 
y  eut  beaucoup  de  pourparlers  et  de  longues  hésitations. 
On  ne  sait  trop  ce  qui  en  serait  résulté,  si  le  gouverneur  de 
la  ville,  1(^  comte  de  Solre,  ne  fût  venu  mettre  un  poids 
dans  la  balance.  Il  visita  l'enqilacement  où  l'on  devait  asseoir 
la  nouvelle  construction  et  se  fit  exhibei"  le  plan  (|u'on  avait 
fait  faire.  Il  ne  fut  content  ni  de  l'un  ni  de  l'autre.  Il  fut 
d'avis  (pie  l'on  devait  acheter  une  maison  contigué  à  l'nn- 
cienne  halle  pour  faire  un  édifice  de  forme  carrée  (;t  il  lit 
adopter  d'autant  plus  facilement  sa  manière  de  voir,  qu'il 
avait  obtenu  du  iirincc  une  remise  de  10,000  florins  sur  la 
c<jnli'ibuli(»n  ;innii('llc  (|U('  |)ay;iit  l;i  viJN;  sous  le  nom  d'.4?/</e. 


—  283  -- 

»  L'architecte  Quiiitiii  Rate,  auteur  du  plan,  obliiil  le 
9  mars  1610  l'entreprise  de  l'édifice  pour  le  prix  de  22,000 
florins,  et  la  maison  achetée  pour  agrandir  le  terrain,  qui 
avait  pour  enseigne  :  La  toison  d'or,  fut  payée  plus  de 
6,000  florins. 

»  On  voit  dans  cette  délibération  du  9  mars  que  la  ville 
voulait  se  procurer  une  halle  comparable  aux  halles  de 
Gand,  de  Mons,de  Valenciennes,  d'Arras,  d'Ypres,  d'Aude- 
narde,  de  Courtrai,  de  Lille. 

»  Le  magistrat  veut  qu'il  y  ait  à  Tournay,  comme  dans 
chacune  de  ces  villes,  une  brétèqiœ  (une  tribune),  au  milieu 
de  la  façade. 

»  Vingt  jours  après,  on  mettait  la  main  à  l'œuvre  et  quatre 
délégués  des  consaux  posaient  les  quatre  premières  pierres 
armoyées  de  leurs  eûmes  avec  la  date,  dans  l'ordre  suivant  : 
1°  Pierre  Louis  de  Lannoy,'  chevalier,  sieur  du  Haut-Pont; 
2"  Jean  de  Cordes,  chevalier,  sieur  de  Gisignies;  3°  Gérard 
Liébart,  chevalier,  sieur  de  Merlin  ;  4"  Michel  de  Gambry, 
conseiller  des  prévôts  et  jurés. 

»  L'ouvrage  se  poursuivait  avec  beaucoup  d'activité, lors- 
(pie  lout  à  COU])  une  grosse  difficulté  le  fit  stater.  Michel  de 
Gambry,  en  l'absence  des  autres  membres  délégués  pour 
surveiller  l'exécution  des  travaux,  avait  pris  sur  lui  de  faire 
avancer  la  construction  six  pieds  hors  de  l'alignement  des 
maisons  de  la  Grande  Place,  pour  donner  à  la  halle  la  forme 
d'un  carré  parfait,  même  à  l'extérieur.  De  là,  grande  rumeur, 
vifs  débats  ;  fallait-il  laisser  continuer  le  travail,  ou  devait-on 
démolir  ce  qui  était  déjà  construit?  Pour  s'éclairer  sur  la 
solution  à  doimer  à  ces  questions,  on  décida  qu'il  serait  écrit 
à  Bruxelles,  à  Anvers  et  à  Lille  jwur  mander  trois  archi- 


—  284  — 

tectes,iiii  de  chacune  de  ces  villes,  au  jugement  desquels  on 
s'en  rapporterait.  La  décision  qu'il  s'agissait  (U'  prendre 
avait  une  grande  importance,  car  on  avait  travaillé  jusqu'au 
18  octobre  et  la  muraille  de  la  façade  étail  achevée  jus(|u'à 
la  frise.  Deux  architectes  seulement  se  rendirent  à  l'appel  du 
magistrat  :  ce  furent  Matlieus  Van  Herle,  <r.\nvers,  et 
Augustin  Leleu ,  de  Lille.  Avant  de  se  metire  ;i  l'ieuvi-c, 
ils  durent  prêter  serment  de  remplir  consciencieusement  la 
mission  qui  leur  était  confiée,  et  ils  tirent  leur  rap])ort  à 
l'assemblée  des  consaux  du  10  avril  1611.  Jls  dirent  avoir 
reconnu  que  le  bâtiment  estait  trh-parfail  en  ce  quil  conte- 
nait, bien  inventé  et  fort  durable,  n'y  ayant  (/ue  reprendre 
et  corriger;  mais  quant  à  son  plan  et  assiete,  que  v  estait 
une  difformité  trop  grande  sur  le  marché  que  de  voir  avan- 
cer de  six  pieds  ce  grand  corps  d'édifice  oultre  l'autre  coing 
du  réduit,  etc.  Ils  proposèrent  de  démolir  tout  ce  qui  était 
fait  de  la  façade  et  de  fîiire  rentrer  l'alignement  du  côté 
opposé  au  beffroi,  de  trois  pieds  et  demi;  ce  qui  fut  exécuté. 
Aucun  autre  incident  ne  |tarait  avoii-  retardé  l'achèvement 
de  la  halle. 

STYLE  DE  L'ÉDIFICE. 

»  Quel((ue  imposante  que  soit  la  façade  de  la  halle,  on  ne 
peut  cependant  pas  se  faire  une  idée  complète  de  l'impor- 
tance de  ce  monument  en  le  voyant  de  la  Grande  Place. 

»Le  front  de  rue  !ie  présentant  de  ce  côté  qu'un  développe- 
ment de  vingt-cinq  mètres  environ,  l'architecte  a  dû  mettre 
la  hauteur  (le  l'édifice  en  harmonie  avec;  sa  lai-geur  et  adop- 
ter nécessairenieiil  |)Our  celte  l'iiison  des  proportions  beau- 


—  285  — 

coup  plus  restreintes.  Mais  il  a  su  compléter  soti  œuvre 
dans  la  profondeur  du  terrain,  en  entouraiil  un  préau  de 
^8  mètres  environ  de  longueur  sur  la  mètres  de  largeur, 
d'une  très-belle  galerie,  formée  par  des  arcades  reposant 
sur  des  colonnes  monolithes,  de  l'ordre  dorique,  avec  archi- 
voltes du  même  style.  L'intérieur  de  chaque  travée  est  voûté 
sur  nei'vures  en  pierre  bleue,  parfaitement  bien  conservées. 
Un  étage  fort  élégant  règne  au-dessus  de  cette  galerie 
éclairé  par  des  fenêtres  croisillonées,  deux  correspondant 
à  chaque  arcade;  et  séparées  par  des  trumeaux  de  l'ordre 
ionique. 

»  Quant  à  la  façade,  elle  offre,  comme  les  quatre  ailes  inté- 
rieures, les  deux  ordres  dorique  et  ionique  superposés,  sur- 
montés d'un  attique.  Elle  est  couronnée  par  une  balustrade 
qui  règne  maintenant  d'un  bout  à  l'autre,  mais  qui  autrefois 
était  coupée  par  trois  grandes  fenêtres  pratiquées  dans  la 
toiture. 

»  Les  colonnes  des  deux  ordres  sont  engagées  et  reposent 
sur  des  piédestaux  fort  saillants  ;  ce  qui  donne  beaucoup  de 
mouvement  à  l'architecture  de  l'édifice. 

«L'entrée  est  formée  par  trois  arcades  :  celle  du  milieu  en 
cintre  fort  surbaissé,  et  les  deux  autres  en  ogive  et  plus 
petites. 

«Au-dessus  de  l'entrée  principale  est  une  tribune  en  pierre 
du  plus  bel  effet.  On  y  entre  de  plain  pied  de  l'étage  et  elle 
est  protégée  par  un  abat-voix,  plat  en  dessous,  soutenu  par 
quatre  pilastres  en  bois  et  bordé,  à  la  partie  supérieure,  par 
un  véritable  treillis  en  pierre,  qui  rappelle  celui  qui  entoure 
iu  statue  de  la  sainte  Vierge  à  Lille,  à  laquelle  on  a  donné  le 
nom  û(t  Notre-Dame  à  1(1  treille,  et  qu'une  pieuse  confrérie  de 


—  286  — 

Tournny  allait  vénérer  ('ha{jue  année.  Nul  doiile  qu'on  n'ait 
ado])té  cet  ornement  pour  rappeler  le  vieux  souvenir  de  la 
maison  al  treille,  qui  était  la  propriété  de  maître  Havel, 
avant  de  devenir  celle  de  la  commune. 

»  Tous  les  détails  architectoniques  de  la  halle  de  Tournay 
portent  bien  le  cachet  des  constructions  de  notre  pays  de  la 
lin  du  wf  et  du  commencement  du  xvir  siècle,  et  nous  en 
avons  une  garantie  dans  le  lémoiunaoe  des  deux  architectes 
d'Anvers  et  de  Lille  qui  sont  venus  faire  l'éloge  de  l'œuvre 
de  leur  confrère  de  Tournay. 

»  Il  est  inutile  d'entrer  ici  dans  de  plus  grands  développe- 
ments :  des  dessins  seront  mis  sous  vos  yeux  et  notre  hono- 
rable collègue  M.  l'architecte  Bruyenne  vous  fera,  beaucoup 
mieux  que  je  ne  le  pourrais  faire,  la  descrij)tion  de  toutes 
les  parties  de  la  halle. 

ÉTAT  ACTUEL  DU  MONUMENT. 

»  Rien  n'est  j^lus  à  redouter  pour  la  conservation  d'un 
édifice  que  de  perdre  sa  destination  primitive.  Il  en  résulte 
qu'on  ne  s'en  occupe  plus,  qu'on  l'oublie,  qu'on  le  laisse  se 
détéi'iorer;  parfois  on  le  inutile,  et  ce  qui  est  pis,  sous  un 
prétexte  plus  ou  moins  futile  ou  économique,  on  le  démolit. 
La  halle  de  Tournay  était  destinée  au  commerce.  En  bas, 
sans  doute,  se  trouvaient  les  balances  pour  peser  les  laines. 
Chaque  travée  de  la  galerie  formait  une  échoppe,  et  l'étage, 
auquel  on  arrivait  de  l'extérieur,  du  côté  du  midi,  par  un 
perron  à  deux  rampes  latérales,  placé  au-dessus  de  la  porte, 
était,  au  temps  de  foire  surtout,  occupé  par  des  marchands, 
qui   y  étalaient  ce  qu'ils  avaient  à  vendre.   La  pièce  de 


—  287  — 

l'étage,  sur  le  devant,  servait  aussi  probablement  au  même 
usage,  qui  s'est  i)er])étué  à  l'hôfel  de  ville  d'Ypres  jusqu'à 
nos  jours.  Mais  ici,  au  commencement  de  ce  siècle  ,  tout 
cela  a  changé  :  les  marchands  ont  quitté  leurs  anciennes 
échoppes  pour  aller  s'installer  sur  la  Grande  Place,  et  la  halle 
est  demeurée  vide. 

»  La  conséquence  de  cet  abandon  a  été  que  toutes  les  parties 
cachées  de  cet  édifice  ont  cessé  d'être  réparées,  H  qu'après 
de  longues  années,  on  a  fini  par  douter  de  sa  solidité.  On  a 
craint  que  les  colonnes  monolithes  ne  soient  pas  assez  fortes 
et  on  a  muré  en  briques  toutes  les  belles  arcades  autour  du 
préau. 

»  On  ne  peut  pas  se  dissimuler  que  les  façades  des  quatre 
ailes  intérieures  ne  soient  en  assez  mauvais  état  et  ne 
demandent  de  grandes  réparations;  mais  il  est  certain  que 
le  mal  n'est  pas  sans  remède  et  qu'avec  une  dépense  moin- 
dre, peut-être,  que  celle  qu'on  a  faite  pour  le  beffroi,  on 
pourrait  restaurer  très-facilement  l'intérieur  de  la  halle.  C'est 
ce  que  M.  l'architecte  Bruyenne  démontrera  facilement. 

CONCLUSION. 

«Sous  le  double  rapport  de  l'histoire  locale  et  de  l'art,  il  est 
évident  qu'il  importe  de  conserver  la  vieille  maison  al  treille 
de  Tournay,  la  halle  aux  draps,  le  corps  de  garde,  la  Bré- 
tèque,  où  ont  été  publiés  les  lois  et  les  règlements  de  la  cité. 
Aussi  ne  puis-je  croire  qu'il  soit  sérieusement  question  de 
faire  disparaître  le  monument  civil  qui  fait  l'ornement  de  la 
Grande  Place,  le  seul  qui  nous  reste  avec  la  tour  du  beffroi. 
Sa  démolition  causerait  un  regret  universel  dans  la  ville  et 


—  288  — 

avant  deux  ans  d'ici  on  jcticrait  la  pierre  aux  auteurs  d'un 
tel  acte  de  vandalisme. 

»  Il  est  une  autre  considération  qu'il  ne  m'appartient  pas 
d'émettre,  mais  qui  a  bien  aussi  sa  valeur,  c'est  que  la 
démolition  de  la  halle  occasionnerait  à  la  commune  une 
perte  sèche  qui  n'aurait  aucune  compensation.  En  choisis- 
sant cet  emplacement  pour  un  palais  de  justice,  on  se  met 
dans  la  nécessité  de  bâtir  :  1°  un  corps  de  garde,  2"  des 
classes  de  dessin,  3"  un  atelier  pour  le  directeur  de  l'aca- 
démie et  4°  un  musée  de  tableaux.  Or,  la  construction  de 
ces  locaux  coûterait  plus  à  la  ville  que  l'acquisition  d'un 
des  sept  ou  huit  terrains  qu'on  pourrait  trouver  ailleurs. 
Ajoutons  encore  que  l'emplacement  de  la  halle  est  trop  petit 
pour  un  palais  de  justice  et  que  sa  position  près  d'un  champ 
de  foire,  où  l'on  fait  parfois  des  tapages  épouvantables,  ne 
serait  pas  sans  inconvénient. 

»  Agréez,  Messieurs,  l'assurance  de  mes  sentiments  les 
plus  distingués. 

»  {Signé)   Voisin, 

»  Vicaire  générai.  » 


BULLETIN  DES  COMM*  ROYALES   D'ART   ET   D'ARCHÉOLO&IE 


Vue  perspective 

de  la  Cour  intérieure  et   des   Galeries. 
de  l'ancienne   Halle    aux  Draps    à    Tournay 


ANCIENNE  HALLE  AUX  DRAPS 


."^ 


DE    TOURNAI. 


L'édifice  dont  le  rez-de-chaussée  est  aujourd'hui  occupé 
par  la  grand'garde  a  été  construit,  en  1610,  pour  une 
halle  aux  draps,  sur  l'emplacement  du  Vieux-Marché, 
d'après  les  plans  d'un  architecte  tournaisien,  qui  en  dirigea 
liii-mcme  l'exécution.  Les  différentes  parties  de  ce  monu- 
ment servent  aux  usages  les  plus  divers.  Le  bas  en  est 
affecté  à  des  bureaux  ,  des  salles,  des  magasins  et  des 
remises;  l'étage  est  occupé  par  l'Académie  de  dessin,  de 
peinture,  de  sculpture,  d'architecture,  et  par  le  musée 
de  peinture. 

La  construction,  de  style  renaissance,  atout  le  cachet 
de  l'architecture  de  notre  pays  à  cette  époque.  C'est  la 
seule  construction  civile  de  ce  style,  d'une  certaine  impor- 
tance, que  possède  la  ville  de  Tournay. 

La  façade  principale,  donnant  sur  la  Grande  Place,  a 
25  mètres  de  longueur.  Le  centre  de  cette  façade  comprend 

i9 


—  ^290  — 

cinq  arcades  à  jour  éclairant  un  porciic  voûli',  lequel  donne 
accès  au  corps  de  garde  et  à  ses  dépendances,  à  un  ve.stiJ)ule 
voûté  conduisant  ;i  la  cour  et  à  un  escalier. 

Chacune  de  ses  extrémités  est  formée  par  trois  entre- 
colonnemenls,  garnis  de  lenètres  avec  montants  et  linteaux 
de  pierre,  à  moulures,  éclainnit  deux  grandes  pièces,  l'une 
à  l'usage  de  l'officier  et  l'autre  à  celui  des  soldats  de  garde. 

Cette  façade,  sur  sa  hauteur,  comprend  deux  ordres  diffé- 
rents :  le  rez-de-chaussée,  d'ordre  dorique,  est  composé 
d'arcades  et  d'entre-colonnements,  formés  par  des  colonnes 
extrêmement  engagées,  avec  souhassement  à  panneaux  dia- 
mantés  et  entahlement  à  ressaut,  dont  la  frise  est  garnie  de 
triglyphes  à  gouttes,  et  de  métopes  ornés  de  rosaces  et  de 
tètes  de  bélier  garnies  de  guirlandes  de  fleurs. 

La  différence  existant  dans  la  largeur  des  arcades  a  pro- 
duit dans  cette  façade  le  mélange  d'arcs  surbaissés  avec 
d'autres,  de  forme  ogivale,  tous  ornés  d'archivoltes  en  style 
de  la  renaissance,  construits  en  aj)pareils  de  la  même  épo- 
(jue,  mélange  qu'on  remarque  dyns  bien  des  constructions 
de  cette  date. 

L'étage  supérieur,  d'ordre  ionique,  est  composé  de  onze 
entre-colonnements  formés  par  des  demi-colonnes  adossées  à 
des  trumeaux,  séparant  des  fenêtres  garnies,  comme  celles 
du  rez-de-chaussée,  de  linte;iux  et  de  montants  en  ])ierre 
moulurée.  Au  centre  de  eel  étage  une  trij)une  à  pans  cou- 
pés, en  saillie,  supportée  par  une  console  formant  la  clef 
de  l'arcade  centrale.  On  arrive  à  cette  bretéche,  dont  le 
dallage  est  de  niveau  avec  celui  du  premier  intérieur,  par 
une  petite  porte  doiin.'iiit  (l;ins  l;i  pièce  principale  de  cet 
étage.    La  p;irlie  iiilV'i'icnre   de  celle   Iriliiiiic    liretèche  est 


—  291    — 

coiisti'uilc  en  picMTc  jusqu'à  son  a|)|»ui.  Son  couronnornenf, 
supporté  par  quatre  pilastres  gainés ,  en  bois  ,  d'ordre 
ionique,  représente  à  l'extérieur  une  balustrade  ajourée. 

Du  centre  de  ce  couronnement  s'élève  une  statue  dont  la 
tète  est  surmontée  d'un  chapiteau  ionique  en  tout  semblable 
à  ceux  des  colonnes  de  la  façade.  A  en  juger  par  le  glaive 
qu'elle  tient  de  la  main  droite  et  le  livre  que  porte  la  main 
gauche,  cette  ligure  représente  la  Justice.  A  droite  et  à 
gauche  de  cette  statue  sont  des  panneaux  à  bossage  diainanté 
avec  encadrement  orné.  La  forme  intérieure  de  ce  couron- 
nement abat-voix  est  celle  d'une  écaille  garnie  de  rayons. 

Les  colonnes  de  l'étage  de  celte  façade  supportent  un 
entablement  dont  la  frise  est  ornée  de  cercles  et  de  panneaux 
à  moulures;  au-dessus  de  cet  entablement  est  un  attique 
divisé  par  des  panneaux  aussi  à  moulures,  ornés  de  motifs 
divers ,  tels  que  arabesques ,  découpures  et  écussons. 
Cet  attique  est  couronné  d'une  corniche  supportant  une 
balustrade  à  claire-voie,  aujourd'hui  continuée  sur  toute  la 
longueur  de  la  façade  et  qui  primitivement  était  divisée 
par  plusieurs  fenêtres  ornées.  Cette  façade  est  construite 
toute  en  pierre.  L'une  des  façades  latérales  de  cet  édifice, 
la  seule  visible,  comprenant  toute  la  largeur  de  la  pièce 
principale  de  l'étage,  également  construite  en  pierre  de 
taille,  est  terminée  par  un  beau  pignon  de  la  même  époque 
que  le  reste.  On  doit  regretter  qu'on  ait  fait  disparaître  son 
couronnement,  qu'il  sera  du  reste  facile  de  refaire,  et  que 
la  nécessité  ait  forcé  d'y  pratiquer  à  la  hauteur  de  l'étage 
deux  baies  de  fenêtres.  Ces  deux  façades  sont  d'une  très- 
belle  conservation. 

La  cour  de  cet  édifice  est  de  forme  rectangulaire.  Elle 


—  292  — 

mesure  en  largeur  15  mètres,  divisés  au  rez-de-chaussée 
en  cinq  arcades,  et  en  longueur  28  mètres  90  centimètres, 
comprenant  neuf  arcades.  Elle  est  entourée  des  quatre 
côtés  d'une  galerie  voûtée  de  4-  mètres  40  centimètres  de 
l)rofondeur;  ces  voûtes  d'arêtes  comme  celles  du  porche 
sont  garnies  de  nervures  et  de  clefs  moulurées. 

L'architecture  de  cette  cour  est  la  môme  que  celle  de  la 
façade  principale.  Le  rez-de-chaussée,  d'ordre  dorique,  est 
composé  de  colonnes  cylindriques  à  base  attique  supportant 
les  cintres  des  vingt-huit  arcades,  tous  oniés  d'archivoltes 
renaissance,  les  uns  surbaissés,  les  autres  de  fomn;  ogivale 
comme  à  la  façade  principale. 

L'entablement  de  cet  ordre,  un  peu  lourd,  est  composé  de 
trigiyphes  à  six  gouttes  posés  d'aplomb  sur  chacune  des 
colonnes,  ainsi  que  sur  la  clef  de  chaque  cintre  et  séparés 
entre  eux  par  des  métopes  panneautés  en  relief. 

L'étage  supérieur  est  d'ordre  ionicpie,  composé  de  pilas- 
tres formant  trumeau,  séparant  les  croisées.  Le  nombre  de 
ces  fcïiètres  est  double  de  celui  des  arcades.  Comme  à  la 
façade  principale,  elles  sont  gai'nies  de  nioiitanls  cl  de  lin- 
teaux en  pierre  moulurés. 

L'entablement  a  sa  frise  garnie  de  panneaux  à  moulures, 
les  uns  ornés  d'arabesques  et  les  autres  de  biseaux  diaman- 
tés;  ces  derniers  font  suite  aux  |)ilastres. 

Au  centre  de  chacune  des  j)eliles  façades  de  celte  cour, 
il  y  a,  de  niveau  avec  l'ajtpui  de  l'élage,  une  jietite 
niche  supportée  pai-  une  console  saillante  et  couroimée 
par    un   dais  ayant  la  forme  d'une  demi-sphère  allongée. 

Les  façades  extérieures,  construites  en  moellons,  n'olTrenI 
aucun  intérêt    p;ir  letii'  i\v\'u{\\   de   caractère.  A  la   façade 


—  295  — 

postérieure,  donnant  sur  une  petite  place,  il  existait  ancien- 
nement un  escalier  droit  à  deux  rampes  avec  palier  condui- 
sant à  une  porte  dont  la  baie  est  encore  apparente  et  donnant 
accès  aux  galeries  de  l'étage. 

Depuis  la  suppression  de  cet  escalier,  on  a  pratiqué  dans 
celte  façade  une  grande  porte  au  rez-de-chaussée  et  divers 
châssis  à  l'étage. 

Quoique  les  façades  de  cette  cour  soient  entièrement 
construites  en  pierre  et  que  l'état  des  gîtages  soit  excel- 
lent, la  poussée  des  galeries  et  le  poids  des  murs  ont 
ébranlé  les  colonnes  des  galeries,  lesquelles  sont  monolithes 
de  30  centimètres  de  diamètre  sur  deux  mètres  34  centi- 
mètres de  hauteur.  L'ancrage,  très-vicieux  par  en  bas  et 
qui  fait  complètement  défaut  dans  la  partie  supérieure ,  n'a 
pas  peu  contribué  à  laisser  opérer  un  désordre  très-sérieux. 
Plusieurs  colonnes  ont  perdu  leur  aplomb  en  tout  sens, 
d'autres  ont  leur  chapiteau  cas.sé  et  en  partie  écrasé,  la 
plupart  des  tailloirs  sont  brisés,  et  plusieurs  pierres  sont 
éclatées  et  fendues,  etc  Une  courbe  très-prononcée  a  rem- 
placé la  ligne  droite  sur  toute  la  longueur  des  façades;  il 
en  est  de  même  sur  leur  hauteur,  dont  le  centre  accuse  un 
hors-d'aplomb  extraordinaire. 

On  a  cherché  à  arrêter  ce  niouvement,  d'abord  en 
doublant  pour  ainsi  dire  l'ancrage  des  voûtes,  en  ))laçant 
des  tirants  de  fer  entre  les  voûtes  et  le  dallage  des  galeries 
de  l'étage,  en  garnissant  de  collets  en  fer  la  partie  unie  des 
chapiteaux  des  colonnes  qui  étaient  le  plus  endommagés, 
ensuite  en  bouchant  par  de  la  maçonnerie  presque  toutes  les 
arcades  de  cette  cour  el  en  construisant,  dans  l'intérieur  des 
galeries  du  rez-de-chaussée,  des  murs  de  refend  en  briques. 


—  294  — 

H  est  à  regretter  que  la  nécessité  et  les  besoins  de 
l'administration  communale  aient  fait  dénaturer  complète- 
ment d'aussi  belles  galeries,  en  les  employant  à  tout  autre 
usage  qu'à  celui  de  leur  destination  primitive,  car  ces 
galeries  ouvertes  sont  indispensables  à  la  beauté  de  la  cour 
de  cet  édifice.  Il  est  fâcheux  aussi  que  l'on  ait  enterré 
presque  toutes  les  bases  des  colonnes. 

La  conservation  de  cette  partie  de  l'édifice  devra  être  l'ob- 
jet d'études  sérieuses  ;  elle  exigera  beaucoup  de  soins  et 
l'emploi  des  meilleurs  modes  de  restauration. 

Je  joins  au  présent  rap|)ort  le  dessin  de  la  façade  princi- 
pale et  celui  de  la  cour,  le  tout  dans  l'état  primitif  de  cet 
édifice  (i). 

Tournay,  20  mars  1863. 

(^Siyné)  Justix  Bruvenne. 


(0  C'csl  |>ai'  (M'ivur  qu'à  la   façade  |iriiifii):ile  on  a  fait  passer  la  lialiisliai 
(•(itiroiiriyiit  l'attique  en  face  des  fenêtres  siii'  tuil. 


QUELQUES    NOTES 


CONCERNANT    DES 


BRODEURS  BELGES  DU  W  SIÈCLE 


ET    DU    SIECLE    SUIVANT. 


La  Commission  royale  des  monuments  voulut  bien  nous 
déléguer  dernièrement,  afin  d'examiner  les  ornements 
sacerdotaux  que  le  conseil  de  fabrique  de  l'église  Saint- 
Martin,  à  Chièvres,  avait  décidé  de  faire  restaurer.  Ces 
objets  consistent  en  une  chasuble  et  deux  dalmatiques, 
ornées  d'orfrois  d'or  et  de  soie,  figurant  des  rinceaux  avec 
fleurs,  style  du  milieu  du  xvif  siècle.  Au  centre  de  la  croix 
de  la  chasuble  est  un  médaillon,  orné  d'une  image  de  la  Vierge, 
assise  sur  un  croissant. 

Au  bas  des  vêtements  sont  brodées  les   armoiries  du 


—  296  — 

doua  leur,  fjui  ne  sont  pas  d'Egruoiit,  comme  on  l'a  supposé, 
mais  d'Arenberg.  Elles  sont  de  gueules  à  trois  quintefcuijles 
d'or,  l)outonnées  de  même  et  sommées  d'une  couronne 
ducale,  tandis  que  si  elles  étaient  d'Egmont,  elles  seraient 
chevronnées  d'or  et  de  gueules  de  douze  pièces  (i). 

Ces  ornements  présentent  d'autant  plus  d'intérêt  qu'ils 
proviennent  d'une  famille  qui  a  joué  un  rôle  important 
dans  l'histoire  du  pays,  et  (ju'ils  sont  peut-être  les  derniers 
produits  de  l'école  des  broderies  historiées,  si  célèbre  en 
Belgique  pendant  le  moyen  âge. 

En  rendant  compte  à  la  Commission  de  notre  examen, 
nous  lui  avons  communiqué  verbalement,  au  sujet  de  plu- 
sieurs brodeurs  belges,  des  renseignements  qui,  sans  avoir 
la  prétention  d'être  complets,  lui  parurent  assez  intéressants 
pour  nous  engager  à  les  publier. 

On  comprend  l'importance  que  la  Commission  attache 
à  l'histoire  de  la  broderie,  qui,  en  Belgique,  tient  intimement 
à  celle  de  l'art  plastique  et  de  l'induslrio. 

Les  artistes  les  plus  célèbres  fournissaient  parfois  aux 
brodeurs  des  cartons  remarquables.  Gérard  Horenbout,  qui 
devint  peintre  de  Henri  VIII,  roi  d'Angleterre,  fit  pour 
l'abbaye  de  Saint-Bavon,  àOand,  les  cartons  destinés  aux 
broderies  d'une  chape  qui  existe  encore  aujourd'hui  dans 
la  cathédrale  de  cette  ville  (2).  Les  tisserands  les  plus 
habiles,  et  dont  les  produits  jouissaient  en  Europe  d'une 


(1)  Charles  1,  conile  d'Areiiberj,'  et  du  Saint-Empire,  épousa,  en  1587,  Aune 
de  Croui,  duchesse  d'Arschot,  princesse  de  Chiniai,  etc.,  dont  les  ancêtres 
possédaient  la  seigneurie  de  (^hiévres. 

(î)  Van  \.OKKnL's,  llislojj-c  de  rabbni^e  (le  Sainr-Ilnro}i,p.  1G8. 


—  297  ~ 

juste  célébrité,  roiiriiissiiionl  los  étoffes  (i).  Les  pMssemcii- 
liers  les  plus  adroits  |)ré|)araient  les  soies,  les  ornements  e( 
los  tissus  les  plus  riches  (2). 

La  ])lupartdes  cités  belges  possédaient  anciennement  des 
brodeurs  célèbres,  dont  nous  pouvons  encore  admirer 
aujourd'hui  les  produits  dans  l'église  SS.  Michel  et  Cudule 
à  Bruxelles,  dans  celle  de  Saint-Jacques  sur  Caudenberg  en 
la  même  ville,  dans  les  églises  Saint-Pierre  et  Saint-Jacques, 
à  Louvain,  Notre-Dame,  à  Tongres,  Saint-Léonard,  <à  Léau, 
d'Everbode,  de  Nieuwmunster,  de  Lapscheure,  Saint-Sau- 
veur, Notre-Dame  et  Saint-Basile,  à  Bruges,  de  Marche, 
de  Londerzeel  (3),  etc.,  etc. 

Partout  nous  trouvons  encore  des  épaves,  des  œuvres 
dues  au  génie  et  à  l'industrie  de  nos  brodeurs  qui ,  nés, 
comme  tous  les  Belges,  avec  le  sentiment  des  couleurs, 
savaient,  au  moyen  de  leur  aiguille,  produire  des  effets 
surprenants.  Partout  nous  trouvons  encore,  malgré  les 
destructions  des  iconoclastes  et  des  vandales ,  des  œuvres 
qui  rappellent  une  époque  pendant  laquelle  le  beau  et  le 
bon  étaient  préférés  au  clinquant  et  aux  procédés  aussi 
mesquins  qu'économiques  de  nos  jours. 

Bruges,  la  ville  de  luxe  par  excellence,  se  distingua  de 
très-bonne  heure  par  son  goût  pour  les  broderies.  Les 
princes   de  la  maison  de   Bourgogne  s'y   faisaient   faire, 

(i)  Les  satins  de  Bruges  étaient,  pendant  le  moyen  âge,  très-recherciiés  en 
Angleterre  et  en  France.  (V.  The  privy  parte  exp.  of  king  Henry  VIII, 
p.  i±2.  L'inventaire  des  oi'nements  de  la  cathédrale  d'Auxerre.) 

(2)  M.  de  Labordc  cite  des  documents  dans  lesquels  figurent  des  passemen- 
tiers et  des  brodeurs  qui  étaient  valets  de  chambre  des  ducs  de  Bourgogne, 
comme  l'était  Jean  Van  Eyck. 

(3)  Les  ornements  sacerdotaux  de  Londerzeel  sont  surtout  remarquables  et 
offrent  des  dessins  défigures  dignes  d'un  Memlinc. 


—  298  — 

en  1416,  des  robes  brodées  par  Georges  de  Coriiewaille  (i  ). 
Déjà  antérieuremeiil,  en  1412,  un  certain  Henri  Vanden 
Leenbrucghe  y  avait  brodé  des  bannières  pour  la  ville  (2),  et 
en  1435  plusieurs  maîtres  brodeurs  travaillaient,  avec  leurs 
compagnons,  aux  vêtements  du  duc  de  Bourgogne,  qui 
étaient  conservés  dans  son  palais  h  Bruges  (3). 

La  ville  de  Tournay  possédait,  en  1444,  un  brodeur  du 
nom  de  Thierri  Dnchastcl,  qui  y  confectionna  pour  l'évèque 
«  huit  images  de  brodure,  assises  sur  les  chasubles,  tunique, 
»  dalmatique  de  drap  de  damas  blanc,  que  mondit  seigneur 
»   a  l'ait  faire  (4).  » 

Une  autre  ville,  non  moins  importante  dans  l'histoire  de 
l'art  et  de  l'industrie,  Audenarde,  si  renommé  par  ses  tapis- 
series, avait  aussi  son  école  de  brodeurs.  Entre  autres,  un 
artiste  du  nom  de  Vander  Porten  y  broda  différents  orne- 
ments sacerdotaux  destinés  à  l'hôpital  Notre-Dame  en 
cette  ville,  et  le  magistrat,  en  distribuant  annuellement  les 
jetons  de  présence,  les  présentait  dans  des  bourses  riche- 
ment brodées  (5). 

A  Louvain,  la  ville  aux  drapiers  et  aux  tapissiers,  habitait, 


(i)  De  Labokde,  Les  ducs  de  Bourgogne;  preuves. 

(2)  Item  (jhegheven  Henricke  Vanden  Leenbrucghe,  deu  borduerwerkere,  van 
IX  banieren  voor  den  heer  van  Sindale  vorscreve  te  maken,  te  snidene  ende  van 
den  fringen  zide  ende  werke  der  toe  te  lever  en.,  de  viere  van  der  wapenen 
van  yiaenderen,  viere  vnn  der  wapenen  van  der  stad  ende  een  van  der  wapenen 
van  Sinle  Joris,  etc.  {Compte  de  liniyes,  liôo.) 

(3)  Item  ghegheven  ,  bi  bevelle  van  buergrnieesters ,  den  meesters  ende 
gliexeUen  bordiierwerkers,  die  wrochleu  van  borduere  in  mgns  heeren  hof  an  de 
juweelen  ende  verwapcninghe  van  onzen  glicdnchten  heere,  de  welcke  de  wet 
bethooclit  waren  ende  dit  in  honjfschedcn .  xii  x.  gros,  (dompte  de  lirnges,  I  VSo  J 

(4)  dompte  fil'  l't^oqiic  de  I  i4  I . 

(s)  Vandkh  Sthaktkn,  dans  les  [iinalcs  dr  l'Àrodcmic  d'airliéologie,  t.  xi, 
p.  235. 


—  299   - 

au  coinineiicemenl,  du  wT'  sièclo,  un  brodeur  nommé  Josso 
Van  Ovcrbokc,  (jui  lit  pour  l'église  de  Léau  différentes  bro- 
deries, dont  ell(^  conserve  encore  des  spécimens  si  remar- 
(piables  (i). 

Malines,  autre  ville  où  les  arts  et  l'industrie  ne  furent  pas 
moins  en  honneur,  possédait  également  des  brodeurs  (2). 
Rombaut  Vanden  Hoye,  qui  habitait  cette  ville,  est  cité 
pour  ses  broderies  dans  les  comptes  de  la  fabrique  de  l'é- 
glise de  Léau  de  1505  à  1506  (3). 

Félix  Ariaen,fils  de  Tack,  établi  également  à  Malines,  fut 
employé,  en  1510,  par  l'abbaye  d'Everbode  aux  répara- 
tions et  modifications  des  ornements  sacerdotaux  brodés  de 
ce  monastère,  moyennant  la  nourriture,  le  logement  et  un 
vêtement  de  drap  ])ar  an,  sans  autre  salaire  (i).  Ce  brodeur 
était-il  de  la  famille  de  Pierre  Tack,  sculpteur  du  maître- 
autel  qui,  pendant  le  xv'  siècle,  fut  placé  dans  l'église  de 
Notre-Dame  à  x\nvers?  Nous  n'osons  pas  répondi'e  affirma- 
tivement à  cette  question  ;  mais  nous  ferons  observer  qu'en 
Belgique  le  goût  des  arts  était  très-souvent  héréditaire  dans 
les  familles  ,  et  que  l'organisation  des  corps  de  métiers 
ne  contribuait  pas  peu  à  engager  le  fils  à  succéder  à  son 
père,  dans  le  métier  ou  dans  la  profession  qu'il  exerçait. 


(i)  Notre,  notice  sur  la  ville  de  Léau,  p.  83. 

(2)  Bock,  Gescfiichte  der  Ulurgischen Gewander  des  MUtelalters,  t.  1,  p.  291. 

(3)  Voir  notre  notice  citée  plus  haut,  p.  S.l. 

(i)  Félix  Ariaen,  Taxsoen,  borduerwercker  van  Mechelen om  te  repa- 

reren,  te  reformeren,  te  versien,  te  sloppeti,  te  lappen,  le  versetten,  wel  eiide 
lofbaerlyche  te  onderhouden  aile  cappen,  casuleîi,  dienrocken,  stolen,  mani- 
piileii,  altaerclederen  eride  aile  andere  misgewadeu  ende  ornamenten  die  der 
kerckcn  van  Everbode  locbclworen...  mils  loyijs  ende  montcost.  Ende  over  die 
(lachucren  ende  arbei/t  sal  de  ruorsclireve  Félix  jairlicx  van  den  al>t  liebben 
vyfellen  (jeverwl  laken  lot  cenen  tnbbuert.  (Accoixl  nis.  du  9  sept.  151(1.) 


—  300   — 

Nous  aurons  du  roste  ciicoro  l'occasion  do  tairo  remarquer 
des  analogies  de  noms  de  famille  de  brodeurs  avec  ceux 
d'artistes  déjà  connus. 

La  rémunération  que  l'abbé  d'Everbode  accordait  à  Félix 
Ariaen  était  sans  doute  bien  maigre  en  compensation  de  ses 
travaux,  auxquels  il  était  obligé  de  va(|uei'  Ions  les  jours, 
sauf  pendant  les  fêtes.  Mais,  à  cette  époque,  la  |)hipart  des 
artistes,  tels  que  les  brodeurs,  les  architectes,  les  sculpteurs 
et  même  les  musiciens,  n'étaient  guère  considérés  que 
comme  des  artisans.  Ainsi,  lorsque  Jean  Boonen  et  Jean 
Nopper,  sculpteurs  de  Louvain,  arrivèrent,  en  1o47,  à 
l'abbaye  d'Everbode  pour  y  sculpler  deux  })ierres  tombales 
destinées  à  rappeler  la  mémoire  de  (pialrc  abbés  de  ce 
monastère,  ils  ét^nent  obligés,  aux  lermes  d(^  leur  contrai, 
d'aller  prendre  leurs  repas  à  la  table  commune  avec  les 
autres  serviteurs  et  ouvriers  (i).  L'organiste  qui  fut  engagé 
par  l'abbé  d'Everbode,  en  1549,  devait  non-seulement  pren- 
dre ses  repas  avec  les  ouvriers,  mais  il  fut  encore  astreint  à 
servir  la  table  des  moines. 


(0  Jan  Boonen,  toi  Loven  wooncnde  aen  de  Swertc.  Zusteren,  ende  Jaii 
yopper,  lot  Loven  op  Sinte-Quintens  straete  woonende,  stcenhonwers,  hehbeii 
op  daliim  onderfjesrhreven  aengenoiiien  tegen  den  eerw.  vader  in  Code  Inereii 
Mallieens  van  Relfti ,  abt  cndc  prelael  des  Godsliui/s  van  Everbode,  te  rer- 
liouwen  twee  blriuts  sercUsteenen ,  den  eenen  van  herren  Glieraet  ende  Dionys 
Vander  Scaift,  ubdten,  ende  den  anderen  voer  heeren  Pamveh  ende  Jlieroninuix, 
abten  saliger  memorie,  naer  iiytwysen  den  patroen  by  lienliedens  tôt  Everbode 
gemaict...  op  de  voirwaerden  hiernae  volgende  :...  Item  die  tirée  personnagieu 
op  eicken  zerchsleen,  te  lueeten  d'abten  met  Imnne  eoimippen,  myteren,  staven, 
luintschoenen,  ringen  ende  andere  behoirlyclie  liabyten,  .^^iillen  .s//  groeven  ende 
hoHivvn  eenen  dngni  diep,  met  lelleren  ende  geschriflen  bcneden  sliiende,  liet  xy 
romeynscbe,  ilaliaenscbe  oft  andere  ielteren,  alsoe  nien  lien  die  geren  sal,  met 
oicii  palroenen  op  de  vier  lioecken  van  elclien  .steen,  gelyeÀ  lien  dal  geneel  sal 
irurdex . 


—  ÔOI    — 

Que  (liraient  nos  artistes  si,  par  amoui'  du  jtassé,  le  pro- 
priétaire (jui  a  recours  à  leurs  talents  se  permettait  de  les 
traiter  aujourd'hui  comme  ral)bé  d'Everbodc  traitait  jadis 
leurs  prédécesseurs?  Autre  temps,  autres  mœurs. 

A  Anvers,  où  les  brodeurs  faisaient  partie  de  la  gilde  de 
Saint-Luc,  nous  voyons  figurer  Jean  Krock,  qui,  en  1479, 
représenta  la  confrérie  dans  les  contestations  qu'elle  eut  avec 
les  dominicains.  Jean  Vanden  Broecke,  domicilié  dans  la 
même  ville,  travailla  pour  l'église  de  Léau  en  lolO  (i). 

S'il  nous  est  permis  d'en  juger  parles  travaux  que  plu- 
sieurs brodeurs  de  Lierre  exécutèrent  pour  le  compte  de 
l'abbaye  d'Everbode,  cette  ville  devait  posséder,  pendant 
le  XVI''  siècle,  une  école  très-remarquable.  François  Van 
llegliem  ou  Van  Ytegem  s'engagea,  par  acte  du  i  5  juin  1  lîlW , 
à  faire,  pour  l'abbaye  d'Everbode,  une  croix  à  cinq  médail- 
lons, destinée  à  une  chasuble  et  portant  au  milieu  un  autre 
grand  médaillon,  orné  de  scènes  empruntées  à  la  vie  de 
saint  Matthieu,  apôtre  et  saint  patron  de  l'abbé.  Le  reste 
<le  la  croix  était  orné  de  rinceaux  et  de  l'écusson  du  prélat. 
Au-devant  il  devait  répéter  les  mêmes  rinceaux  avec  trois 
autres  médaillons  (2).  La  quittance  de  Van  Ytegem,  datée 


(1)  Notice  sur  Léau,  |>.  83. 

(2)  El'u  criiys  lot  eenen  kascl  of  kasiircl  voir  de  kercke  vaii  Ewiimle,  op  r/c 
conditien  hier  nae  vohjheude  : 

Item  in  deii  iersten  nioet  7  voiisc.  ennjs  ucitter  laiick  weesen Iweeelleiiende alsoe. 
breet  alu  den  bort  vander  besten  oappen  toi  Ererbode,  die  Iteer  Dioni/.s,  abt  sdUrjer, 
lieeft  doen  macken;  eiide  daer  inue^al  hy  moeten  inaiken  vyf  rondeu ,  eiide  in 
'/  vtidden  eeii  groote  ronde,  in  de  ivelcke  ml  liy  nioeteit  maiken  de  leyende  van 
ulule  Matlieo,  apostel,  wel  gestoffeert  met  (joeden  goude  ende  zye  rtiii  den  selven 
coleuren  ende  fatschoen  gelyk  die  voir  se.  cap  is  ende  gelyck  hem  den  palroen  van 
den  selven  ronden  geleverl  is.  Ende  tusschen  de  ronden  sal  Iiy  maiketi  schoen 
loever  trerck  ende  daer  inné  niyns  heercn  wapenen  voir.sc  ;  ende  de  lyslen  sal  hy 
uiaiken  ijelyck  die  lyslcn  vander  voirsc.  besler  rappen  gcmaicl  zyn.  —  Item  den 


—  Ô02  — 

(lu  jour  de  SaiiU-Klienno  1551,  porte  son  monogramme, 
composé  des  lettres  V.  Y.  T.  et  dont  nous  donnons  ici 
le  fac-similé,  afin  que  l'on  puisse  reconnaître  les  autres 
travaux  exécutés  par  cet  artiste. 


^ 


Ce  vêtement  sacerdotal  est  encore  conservé  aujourd'hui 
dans  l'abbaye  d'Everbode  et  porte  également  le  mono- 
gramme que  nous  venons  de  reproduire.  C'est  une  œuvre 
somptueuse,  exécutée  avec  goût  et  dont  le  dessin  rappelle 
l'ancienne  école  flamande. 

Le  beau-frère  de  François  Van  Ytea:em  est  désiené  dans  une 
auln^  convention,  du  18  janvier  1562,  sous  le  nom  d'Obetb. 
Il  était  également  brodeur  à  Lierre  et  travaillait  avec  lui. 

Par  cet  acte,  Antoine  Van  Roesbroeck  et  son  frère  Pierre 
s'engagèrent  à  broder,  pour  i'abbaye  d'Everbode,  une  dal- 
matique  historiée  d'après  un  carton  que  l'abbé  devait  leur 
fournir.  Aux  termes  de  la  convention ,  l'œuvre  ne  pouvait  être 
inférieure  à  celle  de  Van  Ytegem  et  de  son  beau-frère  (i). 

bortvoirsc.  sal  langh  moelen  weesen  zeven  vierendeel  ende  alsoebreet  als  't  voirsc. 
achterste;  ende  daer  inné  salhy  moeten  mnicken  drie  ronden  ghelyck,  hem  den 
patroen  daer  aff  qelevert  is,  ende  gelyst  fielyck  '/  voirsc.  achterste. 

(i)  llehhen  aenyenomcn  teghen  heer  Mathcusen  van  liethy,  abt  endeprelaet  des 
goidsliiiys  van  Everhode,  Antlionis  Van  Rooesbroech  ende  Peter  Van  Rooesbroeck, 
gebriiers,  boerdurwerckers  tut  Lyere  wonende,  een  boert  met  zipider  toebehoirten 
te  maken  toi  eenen  subdiaken  rocke ,  van  zoe  réel  stucken  ende  ronden  daer  toe 
dienende,  nae  de  patroen  Inin  gegheven  ende  namaels  noch  tegltevenen;  van  welcke 
stucken  ofle  boerden  voirsc.  den  gront  sal  wesen  van  fynvn  goiide  daer  aldcrbest 
toe  dienende,  wel  wast  (sic)  bij  een  geleel  ende  met  alsiilcken  diversche  coleu- 

ren  vander  beesler  zyden  alsdal  behoirl ende  dit  boert  nwet  al  zoe  costelyck 

wesen  endenyet  argermaer  bêler  als  dat  boert  is  l'auwels  Van  Ytegem  ende  Obeth, 
zyn  swager...  zy  zullen  d'witt  ojft  naecken  dat  tôt  desen  boerde belioirt  gemaickt 
le  zyne,  bel  tzy  de  aensiclitenjiaiiden.voeten  ende  aiider.iins,  zullen  doen  maken 
op  hunnin  kosl. 


—  Ô05  — 

L'abbé  qui  |)assait.  cet.  acte  était  Mattbiou  Volclers,  de 
Rcthy,  prélat  remarquable  par  son  goût  pour  les  arts  et 
dont  Sanderiis  fait  le  ])lus  grand  éloge.  11  atteste  que 
Mattbieu  Volders  fit  exécuter,  de  154G  au  26  novembre 
'156o,  jour  de  sa  mort,  divers  ornem(>nts  précieux  destinés 
à  son  église  (i). 

Outre  les  ornements  qu'il  fit  faire  j)ar  Van  Ytegem  et  son 
l)eau-frère,  par  Antoine  Van  Roesbroôck  et  par  Pierre,  son 
frère,  il  confia  encore  à  Jean  Schernyers,  aliàs  Scherniers, 
(le  Lierre,  la  confection  des  broderies  de  cinq  cliapes 
historiées  et  ornées  chacune  de  six  médaillons,  selon  le 
modèle  qu'il  devait  fournir  ensuite  d'une  convention  du 
20  novembre  1564.  Ces  œuvres  devaient  avoir  les  mêmes 
dimensions  que  celles  de  Barthélemi  Vanden  Kerckhove, 
brodeur  de  Bruxelles,  dont  nous  dirons  un  mot  plus 
loin  (2).  Jean  Scherniers  s'engagea  encore,  par  un  autre 
contrat  daté  du  même  jour,  à  restaurer,  endéans  deux  ans, 
tous  les  ornements  sacerdotaux  de  l'abbaye,  moyennant 
le  logement,  la  nourriture  et  un  vêtement  par  an,  plus  un 
léger  salaire.  On  le  voit,  la  générosité  avait  fait  des  progrès 
depuis  l'époque  où  Félix  Ariaen,  fils  de  Tack,  avait  été 
employé. 


(1)  Sanderus,  Cltotviira])liia  sacra,  t.  1,  p.  2U8. 

Cet  auteur  indique  par  erreur  le  20  novembre  1556  eoninie  étant  celui  de  la 
mort  de  Matthieu  Volders. 

(2)  Te  maken  op  zi/nen  kost  eiule  last ,  metten  patroen  daer  toe  dieneiule,  eeit 
boordt  met  vytl'scliildcn  offcapruynen,tuaen>an  liet  boordl  zal  hebben  Yldiversclie 
patroonen  off  ronden  oni  op  eene  cappe  le  zetten  vander  historien ,  alzoo  den 
selven  Jannen  op  datum  a]s  boven  te  keimen  gegeven  is;  welck  boord  sal  alzoo 
breedt  etide lanck  tteesen  als  het  boordt  is  d'tveick  Barthelemeeus  Vanden  Kerck- 
hove, boriliicncercker  lot  Brussel  wooneude,  voere  den  voirsc.  prelaet  (lemaickl 
heeft. 


—  504  — 

Après  l'achèvemenl  de  ce  travail,  il  fut  chargé,  lo  9  mars 
15613,  de  faire  une  image  de  la  Vierge,  dont  nous  faisons 
suivre  la  description  à  cause  de  l'intérêt  qu'elle  offre  sous 
le  rapport  de  l'iconographie.  D'après  le  contrat,  la  Vierge 
devait  monter  au  ciel ,  porter  une  couronne  au-dessus  de 
laquelle  seraient  placées  un  grand nomhre  d'étoiles;  adroite 
et  à  gauche  un  ange  et  sous  les  pieds  un  croissant  ;  entre  les 
figures  des  anges  devait  apparaître  un  soleil  rayonnant  (i). 
L'abhé  lui  confia  aussi  les  broderies  de  fleurs  d'or,  de  dal- 
matiques  et  de  chasubles,  dont  les  cartons  lui  furent  pré- 
sentés, mais  qu'il  nous  est  impossible  d'indiquer,  à  défaut 
de  détails. 

Plusieurs  ou  du  moins  quelques-unes  des  œuvres  de  Scher- 
niers  sont  encore  conservées  aujourd'hui,  nous  assure-t-on, 
dans  l'abbaye  d'Everbode.  Nous  regrettons  d'autant  plus  de 
ne  les  avoir  jamais  vues,  que  nous  ne  pouvons  en  donner  ici 
au  moins  une  description. 

Le  nom  de  Scherniers  rappelle  celui  d'une  famille  d'ar- 
tistes célèbres,  appelés  Scherniers,  dite  Conincksloo.  Jean 
Scherniers  appartenait-il  à  cette  famille?  Il  y  a  lieu  de  le 
supposer,  mais  nous  n'osons  rien  alïirmer  à  ce  sujet. 

iNous  avons  parlé  plus  haut  de  Barthélemi  Vanden  Kerck- 
hove,  brodeur  de  Bru.xelles.  Cet  artiste  e.xécuta,  pour  l'église 
SS.  Michel  et  Gudule  de  cette  ville,  des  vêtements  sacer- 
dotaux, ornés  de  scènes  tirées  de  l'histoire  du  S.  Sacrement 


(j)  Te  makeîi  een  figure  van  onsser  LieverVrouwen,  hoe  dat  zi/  opwaerts  nae 
den  fiemel  voer  :  te  weteii  dat  de  lUjure  sal  Iicbbeu  op  liair  hoeft  eene  croeite,  met 
veel  stenrn.daer  bovcit  geniaichl ,  eiide  op  elcU  zi/de,  zoo  aeii  de  rechle  als  aen  de 
slijncke  zijde ,  tivee  fujureii  van  riifielen,  ciidr  onder  liairen  voet  de  mune;  item 
tKXHclien  de  fuiuren  van  de  eiifielen  sal  coemen  île  snnae  met  liair  straleti 


—  505  — 

de  l'autel,  qui  fut  profané  à  Bruxelles  pendant  le  xiv"  siècle 
par  des  juifs.  La  chape  bi'odée  par  Vanden  Kerckhove  existe 
encore  dans  le  trésor  de  l'église  SS.  Michel  el  Gudule, 
ainsi  (ju'un  grand  nombre  d'autres  vêtements  d'une  magni- 
licenc*^  et  d'une  exécution  remarquables.  Le  style  des  figures 
appartient  à  l'école  flamande,  tani  en  ce  (|ui  concerne  les 
couleurs  que  le  dessin ,  tandis  que  l'ornementation  a  été 
empruntée  en  partie  à  la  dernière  époque  du  style  ogival  et 
au  goût  nouveau  de  la  renaissance. 

La  belle  exécution  de  ce  travail  porta  sa  renommée  jusqu'à 
Everbode,  où  il  exécuta,  en  1564,  deux  médaillons  destinés 
à  une  chape  el  représentant  des  scènes  tirées  de  la  vie 
de  la  Vierge.  Les  bords  devaient  être  ornés  de  quatre  mé- 
daillons (i). 

La  ville  d'Ypres,  qui,  pendant  le  moyen  âge,  jouissait 
d'une  grande  réputation  à  cause  de  ses  draps,  possédait  aussi 
plusieurs  brodeurs  dont  nous  ne  sommes  pas  parvenu  à 
retrouver  les  œuvres.  En  1556,  Louis  Vander  Dursl  y  con- 
fectionna une  chasuble  destinée  à  la  chapelle  de  la  Chàtel- 


(i)  Anno  XVC  LXll,  martii  quarto,  slilo  leodiense,  heeft  Barthlemeeus  Vanden 
Kerckhove,  borduenvercker  lot  Brtiessel  bij  Cantersteen  woenende,  teghen  heeren 
Mattheeus....  aengenomen  te  maken  een  boerdt  met  twee  schUden  oft  capruynen 
om  op  een  cappe  le  .tetten  vander  historien...  van  onser  Liever  Vronwen,  alzoe 
fjoet  ende  duedelyck  met  oyck  de  lengde  ende  breyde  ende  7  selve  faitsoen  van 
lysten  als  dut  boertinder  kercken  van  Sinter  Goelen  tôt  Brnessel  voirxc.  is  vander 
historien  van  den  heyligen  Sacremente,  te  weeten  den  grondt  van  jynen  cleynen 
goude,  alzoe  dichi  te  bedevken  als  dat  zal  moegelyckwesen,  endevoirts  aile  zier- 
ragieendebequuemheyt  melten  naicten  daerop  te  maken,  naed'uuytivysen  van  den 
werckevoirsc.  Des  zal  devoirsc.  Barthelmeens  selten  in  elcken  boerdt  vier  divcr- 
sctie  patroenen ,  daer  nochtans  in  de  voirsc.  cappe  van  Sinter  Goelen  niaer  drie 
patroenen  en  staen  op  elck  zyde;  voere  welcke  voirsc.  cost  ende  arbeyt  zal  de  voirsr. 
Burihelmeem  hebben  \00  Philippns  daelders 


—  506  — 

leuie  (i);  Jean  Malle,  dii  Van  Hciickén.  fit,  on  lo57,  imc 
bannière  {-2). 

Ces  détails,  (}aelque  iiiconiplels  qu'ils  suienl,  lonl  connaître 
les  auteurs  de  différentes  œuvres  qui  existent  encore  aujour- 
d'hui, l'époque  vers  laquelle  elles  ont  été  confectionnées,  et 
ils  donnent  une  idée  de  la  richesse  et  de  l'importance  artis- 
tique des  ornements  sacerdotaux  du  xvf  siècle.  A  cette 
époque,  une  révolution  (complète  se  manifesta  dans  l'art  du 
l)ro{leur  par  l'emploi  plus  fréquent  de  l'or,  que  la  découverte 
du  nouveau  monde  venait  d'amener  en  abondance  en 
Europe,  et  par  l'introduction  du  style  de  la  renaissance. 
Un  élément  tout  nouveau  se  lit  jour  alors,  fournit  à  l'ai-tiste 
des  motifs  encore  inconnus,  l'inspira  et  se  prêta  merveil- 
leusement aux  ca|)rices  de  son  imagination  et  aux  combinai- 
sons des  ornements  Dès  ce  moment  les  broderies  historiées 
destinées  aux  vêtements  sacerdotaux  se  développèrent  sur 
un  pied  plus  grand  et  j>lus  riche;  dès  ce  moment  il  fallut 
aussi  modifier  les  formes  de  ces  vêtements,  autrefois  si 
grands  et  si  amples.  Ils  prirent,  par  suite  de  l'introduction 
des  grandes  broderies  en  oj-,  les  formes  modernes,  si  raides 


(i)  Uetaelt  Lodewych  Valider  Utirst ,  bordnerwerckere ,  u'ooiieiidc  hiiuieii  der 
stede  rail  Vpii',  de  somme  raii  neglien  poiiden  twaclf  soelliniieii  parisis,  te  wetene 
de  IX  pondeii  parisis  orer  deii  coup  eiide  leverinijhe  ran  eeiider  casule  dienende 
ter  ouUaere  van  der  cappeUe  ran  der  zeleer  Casselrie,ende  de  twaelf  svelliiighcu 
parisis  voor  zyn  remboursement  van  belaelt  7  hebben  dezelve  van  tivieden  van 
de  selre  casule;  aldits  hier  als  V  bli/r.t,  etc.  IX  p.  XII  scli.  par.  (Compte  de  la 
iliàtellenie  d'Ypres  de  1336.) 

(2)  lietaelt  Jan  Malte,  dit  Van  lîetnken,  pasmentier,  ivoonende  inder  stede  van 
Ypren,  de  somme  van  XXVIII  st.  VIII  il.  ende  dal  orer  de  lieilf  van  II  liv. 
XV st.  V  den.  bij  hem  verdient  in  7  malien  ende  stojj'eeren  van  een  vanelyne,  die- 
nende omme  jonckcre .Jacob  Viin  Ileileicein,  heere  van  Unesiniili.  (Compte  de  k 
cliàt.  d'Ypres,  loôT,  |i.  il  \".) 


—  507  — 

ol  si  peu  i>raeieuses.  Los  belles  dniperies  des  vèleinciils 
sacerdotaux  firent  j)lace  à  des  bi'oderies  souvent  remar- 
quables sous  le  rapport  de  l'exécution  et  de  la  composi- 
tion, toujours  riches  et  d'une  grande  magnificence;  mais 
si  ces  vêtements  gagnèrent  en  richesse,  ils  perdirent  en 
ce  qui  concerne  la  beauté  des  formes. 

Lorsque  la  révolution  religieuse  du  xvi''  siècle  eut  porté 
ses  coups  les  plus  rudes  aux  arts  en  général ,  la  broderie 
tomba  dans  une  décadence  complète.  La  broderie  historiée 
devint  de  plus  en  plus  rare  et  tomba,  j)Our  ainsi  dire,  exclu- 
sivement entre  les  mains  des  religieuses,  qui  se  bornèrent 
à  produire  des  fleurs  et  des  rinceaux ,  auxquels  manque 
souvent  l'énergie  des  tons  et  de  la  composition  qui  distin- 
gue les  brodei'ies  anciennes. 


Ch.  Piot. 


LES  MUSEES  ARCHEOLOGIQUES 

D'ALL  EMAGNE. 


PEEMIER  EAPPORT. 


A     M.      LE     MINISTRE     DE     L   INTERIEUR. 


briixelles,  le  14  septembre  1863. 

Monsieur  le  Ministre, 

Pour  me  conformer  à  voire  dépéclie  du  12  mars  dernier, 
je  vais  avoir  l'honneur  de  vous  faire  connaître  les  musées 
arcliéologiques  que  j'ai  pu  visiter  réccmnieiit. 

Ces  musées  sont  principalement  ceux  de  Munich ,  de 
Vienne,  de  Prague  et  de  Dresde.  Je  passerai  successivement 
en  revue  toutes  les  collections  importantes,  faisant  de  chacun 
de  ces  musées  l'objet  d'une  monographie  spéciale.  Il  me 


—  510  — 

senihlc  (juc  c'csl  le  meilleur  moyen  de  mellre  en  relief  la 
valeur  des  divers  élablissemenls  archéologiques. 

Bien  que  j'aie  examiné,  avec  grand  soin  aussi,  les  inslilu- 
lions  consacrées  à  la  haute  antiquité,  je  me  bornerai  à  les 
mentionner  dans  ce  rapport,  pour  donner  toute  mon  attention 
aux  musées  historiques  proprement  dits  et  aux  musées  natio- 
naux. J)écrirc  ces  derniers,  même  d'une  manière  succincte, 
est  dt-jà  une  lâche  assez  diflicile. 

Je  réserverai  les  considérations  générales  ])Our  le  moment 
où  ma  mission  sera  entièrement  remplie.  Avant  de  formuler 
des  conclusions,  je  dois  avoir  sous  la  main  tous  les  éléments 
nécessaires  :  une  élude  complète  est  donc  indispensable. 

Ce  rapport  partiel  ne  peut  encore  donner  qu'une  idée 
impai'faite  des  richesses  arcliéologiques  de  l'Allemagne  et 
de  l'oi-ganisation  de  ses  musées,  qui  sont  très-nombreux. 

Tout  en  reconnaissant  rim})orlance  capitale  de  plusieui-s 
des  établissements  décrits  dans  ce  rap[)ort,  je  me  })ermettrai 
de  regretter  quelquefois  <pie  le  classement  ne  soit  point 
sans  reproche.  Les  Allemands  n'ontpas,  comme  les  Français, 
l'art  de  faire  valoir  leurs  richesses.  Mais  je  ne  hasarde 
cette  réOexioii  ({u'avcc  ime  cei'laine  hésitation.  J'ai  remar- 
qué, çà  et  là,  une  mélliode  jilus  sûre ,  plus  d'ordre,  plus 
de  goût. 

La  |)hqtai'l  des  musées  d'au  delà  du  Rhin  ont  le  tort  aussi 
de  ne  pas  être  journellement  accessibles,  comni(>  ceux  de 
Paris  et  de  liruxelles,  où  les  visiteurs  ne  sont  tejius  à  aucune 
réti-ibulion.  N'ayantpointle  dessein  de  m'éi'iger  en  censeur, 
je  ne  voudi-ais  pas  cependant  condanmer  cette  coutume 
fiscale,  sans  savoir  si  elle  n'est  i»as  justiliée  i>ar  des  raisons 
ipie  j'ignore. 


—  ô\\  — 

C(î  que  je  ])roclaiiie  bien  haut,  e'esl  que  les  Allemands  ne 
le  cèdent  à  aucini  peuple  en  patriotisme.  Les  musées  natio- 
naux, dc'yà  fondés  ou  projetés  dans  les  capitales  des  divers 
États,  sont  un  témoignage  remarquable  de  cet  amour  ardent 
de  la  patrie. 


WURTEMBERG.  —  STUTTGART. 

Je  ne  puis  encore  rien  dire  des  collections  archéologiques 
de  la  capitale  du  Wurtemberg.  Elles  n'étaient  pas  accessibles 
loi'S(pie  je  me  trouvai  à  Stuttgart.  Au  surplus,  ce  n'est  que 
depuis  mon  retour,  et  tout  récemment  encore,  qu'on  a 
ouvert  dans  cette  ville  un  cabinet  d'antiquités  nationales. 


BAVIÈRE.  —  MUNICH. 

LE   MUSÉE   BAVAROIS, 

Dans  la  belle  rue  de  Maximilien,  création  du  successeur 
du  l'oi  Louis  I",  un  vaste  édilice,  richement  décoré,  attire 
immédiatement  l'attention.  Il  se  compose  d'un  pavillon  cen- 
tral à  deux  étages  et  de  deux  ailes,  qui  n'ont  qu'un  étage. 
La  Bavaria,  avec  le  lion  emblématique,  domine  l'édilice; 
puis ,  au-dessous  des  armes  royales ,  on  lit  l'inscription 
suivante  : 

Meincm  volk  ;k 
Elir  wul  vorlùhl. 

Le  roi  Maximilien  II  a  donc  lait  élever  ce  monument» 


—  512  — 

iioii-SL'ulemoiit  pour  honorer  hi  gloire  des  Bavarois,  mais 
aussi  pour  exciter  leur  émulalion. 

Érigé  d'après  les  plans  d'Edouard  Riedel,  architecte  cl 
insi)ecteur  des  bâtiments  royaux,  le  Musée  bavarois  a  été 
commencé  dans  l'arrière-saison  de  1858,  et  aujourd'hui  il 
est  presque  entièrement  achevé.  II  a  500  pieds  de  longueur; 
la  hauteur  du  pavillon  du  milieu  est  de  100  pieds,  et  celle 
des  ailes  adjacentes  de  80.  La  suj)erlicie  est  de  45,000  pieds 
carrés.  On  n'a  rien  négligé ])our  approprier  l'édifice  à  sa  desti- 
nation, pour  lui  donner  un  caractère  à  la  fois  monumental 
et  national,  h^  Bavaria  est  au  sommet;  plus  bas,  sur  les 
façades  latérales,  on  remarque  quatre  statues  allégoriques, 
représentant  les  quatre  parties  du  royaume  :  Bavière,  Pala- 
tinat,  Franconie  et  Souabe.  Ces  statues  ont  été  coulées  en 
zinc  comme  la  Bavaria.  Dix  cariatides  tiennent  lieu  de 
colonnes,  et  huit  statues,  également  emblématiques,  décorent 
la  façade  principale.  Elles  représentent  les  huit  vertus 
cardinales  du  peuple  bavarois,  à  savoir  :  l'amour  de  la  patrie, 
l'activité,  la  piété,  la  fidélité,  la  sagesse,  la  justice,  la  géné- 
rosité et  la  bravoure.  Nous  passons  sous  silence  d'autres 
figures  symboliques. 

Si  cet  édifice  n'est  point  un  chef-d'œuvre  d'architecture, 
il  faut  le  considérer,  en  tctut  cas,  comme  un  témoignage 
imposant  de  patriotisme. 

Le  rez-de-chaussée  du  Musée  contiendra  vingt-huit  salles; 
le  premier  élage  du  bâtiment  central  vingt-neuf  et  le  second 
étage  quatorze.  Ces  dernières,  ainsi  que  celles  du  rez-de- 
chaussée,  sont  destinées  à  recevoir  les  objets  romains,  ger- 
iiiani(iues  et  byzantins.  L'architecture  de  ces  salles  est  en 
liariiionic  avec  leur  deslinaliun. 


—  515    - 

Les  ving't-nouf  salles  du  premier  étage  seront  eonsnerées 
à  l'histoire  de  la  Bavière.  Elles  seront  décorées  do  vingt-cinq 
statues  et  les  murs  ornés  de  cent  quarante-cinq  fresques. 
Non-seulement  le  peupleaura  sous  les  yeux  les  chefs-d'œuvre 
de  Tindustrie  de  ses  pères,  mais,  en  outre,  il  pourra 
faire  un  cours  d'histoire  nationale.  Les  statues  seront 
consacrées  aux  principales  célébrités  de  la  Bavière  et  les 
peintures  murales  représenteront  les  épisodes  les  ])lus  inté- 
ressants et  les  plus  caractéristiques  des  annales  des  quatre 
])rovinces,  depuis  les  temps  les  plus  reculés  jus({u'à  la  fin 
du  règne  de  Maximilien-Joseph  \"\  mort  en  \S%). 

On  ne  peut  disconvenir  que  cette  conception  ne  soit  grande 
et,  disons-le  encore,  vraiment  patriotique. 

C'est  le  roi  Maximilien  II  qui  est  le  vrai  fondateur  du 
Musée  bavarois;  mais  il  faut  ajouter  qu'il  a  été  bien  secondé 
par  un  homme  d'un  mérite  réel ,  M.  le  baron  d'Aretin, 
intendant  de  la  maison  royale,  conseiller  privé,  etc.,  etc. 
Dès  1854,  ce  savant  archéologue  avait  publié,  parles  ordres 
du  Roi,  une  œuvre  qui  pouvait  servir  comme  de  prospectus 
au  Musée  national;  il  s'agit  du  livre  intitulé  :  Antiquités  et 
œuvres  d'art  de  la  maison  souveraine  de  Bavière. 

Mais  ce  n'était  pas  tout  d'avoir  un  premier  fonds;  il  fallait 
faire  en  sorte  que  le  monument,  décrété  par  le  Roi,  ne 
demeurât  point  à  moitié  vide.  Nous  croyons  que  les  espé- 
rances du  savant  et  zélé  direcleur  du  Musée  bavarois  ont 
été  dépassées. 

En  attendant  leur  translation  dans  le  vaste  édilice  d(»  la 
rue  Maximilien,  les  objets  nationaux  ont  été  provisoirement 
déposés  et  classés,  autant  que  possible,  dans  le  Maxburg 
(château  du  duc  Max,  bàtimeni  de  l'iTO).  Ils  v  occuixmiI  le 


—  Ô14  — 

rez-de-cliausséc  et  lo  premier  étage,  c'est-à-dire  une  série 
})rosque  interminable  de  chambres,  de  salles  et  de  corridors. 

Ces  richesses  sont  immenses.  Je  crois  même  qu'elles 
dépassent  la  collection,  pourtant  si  considérable,  de  riiôtel 
do  Cluny,  à  Paris,  Il  est  à  ])eine  croyable  que  l'on  ait  pu 
réunir  en  si  ])eu  de  temps  une  si  grande  variété  d'objets. 

Le  premier  fonds,  comme  je  l'ai  dit,  provenait  des 
résidences  royales.  Il  s'est  accru  ensuite  i)ar  de  nombreuses 
acipiisitions  et  par  des  dons  également  considérables.  Les 
églises  ont  aussi  fourni  un  précieux  contingent. 

M.  le  baron  d'Aretin  a  eu  l'obligeance  de  me  guider  lui- 
même  dans  le  Maxburg.  En  l'absence  d'un  catalogue,  ses 
explications  ont  été  infiniment  intéressantes.  Je  ne  puis 
cependant  donner  qu'un  aperru  de  celte  immense  collection. 
En  deux  mots,  elle  renferme  toutes  les  antiquités,  toutes  les 
œuvres  d'art,  tous  les  objets  qui  sont  de  nature  à  faire 
connaître  la  vie  nationale  des  Bavarois,  depuis  les  temps  les 
))ius  reculés  jusqu'à  l'avènement  du  roi  Louis.  Spécimens 
de  toutes  les  industries,  chefs-d'œuvre  d'orfèvrerie  de 
tous  les  siècles,  anciens  manuscrits  enrichis  de  miniatures, 
empreintes  des  sceaux  les  plus  curieux,  portraits  histori- 
ques, peintures  du  xv"  et  du  xvi'"  siècle  ;  ivoires  (  il  y  en  a  de 
Duquesnoy);  tapis  (quelques-unes  des  plus  belles  pièces  ont 
été  faites  à  Arras  ou  en  Flandre);  armes,  armures,  drapeaux, 
étendards;  pierres  sépulcrales  d'une  forme  particulière  à 
l'Allemagne,  etc.,  etc.  Tel  est,  en  l'ésumé,  le  pi-écieux  dépôt 
(lu  Alaxburg.  Il  révèle  tous  les  secrets,  toutes  les  curiosités, 
toutes  les  splendeurs  de  l'ameublement  religieux  et  de 
l'ameublement  civil  du  moyen  ;'ige  et  de  la  Renaissance. 

Ouel    sc|-;i    r;u'i"angemenl    d(''liiii(ir ,    lorsque    loules    ces 


—  5i:)  — 

richesses  auront  été  transportées  dans  le  nouvel  édillce?  On 
commencera  par  classer  les  objets  romains  et,  i>,ennan1- 
ques,  el  l'on  poursuivra  ainsi  le  travail  chronologiquement, 
jusqu'au  commencemeuL  du  xi\''  siècle.  On  possède  assez 
d'objets  pour  lormer,  à  j^arlir  du  xv'"  siècle,  des  ai>partements 
complets. 

Je  n'hésite  pas  à  prédire  que  le  Musi-e  bavarois  deviendra 
une  des  institutions  les  plus  intéressantes  et  les  plus  instruc- 
tives de  Munich,  si  riche  pourtant  en  collections  précieuses. 
J*eut-éln>  un  jour  sera-t-il  digne  de  servir  dt^  modèle.  «  Ce 
Musée,  a-l-on  dit  avec  vérité,  sera  un  des  plus  considérables 
de  l'Europe,  car  on  pourrait  s(^  l'aire  diflicilement  une  idée 
du  nombre  et  de  la  grande  ricliesse  des  objets  d'art  que 
M.  d'Aretin  a  su  faire  sortir  de  l'oubli  des  châteaux  et  rési- 
dences royales.  »  Au  surplus,  des  sommes  considérables 
ont  dû  être  allouées  pour  accroître  encore,  pour  com|)lé- 
ter  les  diverses  séries.  Le  roi  Maximilien  II  achève  ainsi 
l'ieuvro  de  son  père.  Louis  I'''  s'était  principalement  attaché 
à  rassembler,  dans  la  Glyptothèque  et  la  Pinacothèque,  les 
monuments  de  l'antiquité.  Le  roi  actuel,  pour  honorer  et 
instruire  son  peuple,  ajoute  à  ces  grandes  créations  un  musée 
bavarois,  un  musée  national. 


COLLECTIONS  RÉUNIES  (Verct'nùjle  samudiinijnn). 

L'entrée  de  ce  Musée  se  trouve  .sous  les  arcades  du  Jardin 
royal  (Hofyarten).  Goiiune  l'indiipie  la  dénomination  do 
colloctinus  réunies,  (tu  y  trouve  une  graixle  variété  (robj(Us. 


—  516  — 

Le  Musée  contient  non -seulement  des  antiquités  égyp- 
tiennes, grecques,  étrusques  et  romaines,  mais,  en  outre, 
des  curiosilés  de  la  Cliine  et  du  Japon,  des  antiquités  des 
Indes  orientales,  des  objets  provenant  du  Brésil  et  du 
Mexique,  même  du  Kamsehatka.  On  y  remarque  aussi 
quelques  curiosités  historiques  d'origine  allemande. 

Ces  collections  réunies  occupent  sept  salles  de  moyenne 
grandeur. 

On  a  tiré  de  ces  salles,  assez  jnesquines  d'ailleurs,  je  veux 
dire  sans  aucun  caractère,  tout  le  parti  qu'on  a  pu.  Les  objets 
sont  classés  dans  des  armoires  vitrées,  le  long  des  murs.  Au 
milieu  des  salles  se  trouvent  des  tables  sur  lesquelles  sont, 
déposés  des  modèles  en  liège  de  quelques-uns  des  plus 
célèbres  monuments  de  l'Italie  ancienne.  On  remarque  la 
maison  de  Salluste  à  Pompéi,  le  temple  de  Neptune  à 
Pœstum,  le  temple  de  Vesta  à  Rome,  l'arc  de  triomphe  de 
Titus,  le  tombeau  de  Plante  entre  Tivoli  et  Rome,  l'arc  de 
triomphe  de  Constantin,  le  tombeau  des  Horaces  et  des 
Curiaces ,  le  Colysée.  On  trouve  également  des  modèles 
du  cliâleau  de  Heidelberg  et  de  l'abbaye  de  Paulinzelle,  en 
Thuringe. 

Parcourons  les  sept  salles.  Dans  une  espèce  d'antichambre, 
au  milieu  des  terres  cuites,  on  remarque  la  table  de  travail 
de  Schiller.  Sur  cette  table  sont  déposées  deux  plumes  qui 
ont  servi  au  grand  poète  allemand. 

La  première  salle  est  consacrée  aux  antiquités  de  l'Egypte 
et  de  l'Étrurie.  On  y  trouve  aussi  un  assez  grand  nojnbre 
d'objets  recueillis  à  Pompéi  et  rapportés  par  le  roi  Louis  I" 
de  ses  voyages  en  Italie.  Dans  la  seconde  salle,  également 
consacrée  à   l'Egypte  et  à    l'Italie,    l'attention  est  appelée 


—  517  ~ 

sur  uno  grande  vitrino  où  brillent  des  bijoux  antiques.  Il 
faut  admirer  surtout  une  couronne  d'or ,  trouvée  dans 
un  tombeau  grec,  près  d'Armenti,  comme  l'atteste  une 
notice  écrite  par  le  roi  Louis  lui-même.  Les  salles  suivantes 
(m",  iv%  v")  forment  une  curieuse  galerie  etbnologifiue.  Mais 
on  s'arrête  peut-être  avec  autant  d'intérêt  dans  la  vi''  salle, 
({ni  est  consacrée  aux  sculptures  et  autres  ouvrages  d'art 
en  ivoire,  en  bois,  en  pierre  et  en  métal.  Ces  ivoires 
du  xvif  siècle,  venus,  les  uns  de  la  Flandre,  les  autres 
de  diverses  contrées  de  l'Allemagne,  forment  une  collection 
assez  remarquable.  On  trouve  aussi  de  très-beaux  émaux. 
Pour  justifier  à  tous  égards  son  nom  de  collections  réunies, 
ce  Musée  nous  montre  dans  sa  dernière  salle  des  armes 
turques  et  autres  du  xvif  et  du  XYiif  siècle.  Mais  on  y 
remarque  principalement  quelques  objets  qui  ont  appartenu 
à  des  souverains  célèbres  à  divers  titres.  Tels  sont  l'babit,  la 
canne,  la  selle  et  les  pistolets  de  Frédéric  II,  roi  de  Prusse  ; 
la  selle  et  l'épée  dont  Napoléon  I"  fit  usage  à  la  bataille 
d'Iéna;  enfin  la  plume  avec  laquelle  Louis  r*",  roi  de  Bavière, 
rédigea  son  abdication,  le  20  mars  184-8.  C'est  ce  qu'atteste 
d'ailleurs  une  note  écrite  par  l'ex-roi. 


VASES  PEINTS  A  LA  PINACOTHÈQUE.  —  LA  GLYPTOTHÈQUE.  — 
l'aNTIQUARIUM  et  LES  APPARTEMENTS  DE  CHARLES  VII  DANS 
l'ancienne    résidence.    —    LA    CHAPELLE   RICHE. 

Bien  que  je  ne  doive  point  m'occnpor  spécialement  des 
monuments  de  la  haute  antiquité,  je  ne  puis  passer  tout  à 


—  r,i8  — 

fait  sous  silenco  los  riches  colleclions  formées  par  le  roi 
Louis.  Il  convient  tout  au  moins  de  mentionner  les  vases 
grecs  et  étrusques,  qui  remplissent  cinq  salles  de  la  Pina- 
cothèque. Parmi  ces  vases  de  Vulci,  de  Girgenti  (;t  d'autres 
endroits  renommiîs  se  Irouvenl  des  chefs-d'œuvre  de  la 
céramique  ;mti(jue.  A  la  rilypt()(hè(|ue,  l'antiquité  se  révèle 
!ive(;  encore  plus  de  ricluisse  et  plus  d'éclat.  De  la  salle 
(•(jijjdienne,  (pii  contient  des  monuments  intéressants,  on 
passe  dans  la  salle  étrusque  ou  des  incunables  ,  ce  qui 
veut  dire  de  l'art  au  berceau.  Plus  loin,  dans  les  salles 
d'Apollon  et  de  Bacchus,  on  a  sous  les  yeux  des  ouvrages 
qui  se  rattachent  à  l'époque  de  la  j)Ius  grande  splendeur 
de  l'art  grec.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  ces  marbres 
d'Éginesi  bien  décrits  et  commentés  par  IL  Fortoul,  dans 
son  ouvrage  :  De  Varl  en  Allemagne.  La  salle  des  héros 
el  la  salle  romaine  contiennent  l'une  et  l'autre  des  statues  et 
{\v-^  bustes  qui  méritent  d'èln;  soigneusement  étudiés. 

L'archéologue  doit  également  visiter  le  palais  construit 
])ar  le  duc-électeur  Maximilien  I''',  au  commencement  du 
xviii''  siècle.  Là  se  trouve  Wmiiquarium,  qui  se  compose 
d'une  collection  d'antiquités  égyptiennes  :  momies,  sarco- 
phages, j)ierres  tumulaires  et  votives,  elc;  et,  en  outre, 
d'antiquités  grecques,  romaines,  germaniqucset  Scandinaves. 

L'ancienne  résidence  des  électeurs  de  Bavière  est  j)liis 
renommée  encore  pour  les  richesses  accumulées  dans  l(>s 
appartements  de  l'empereur  Charles  YII,  It;  rival  malheu- 
reux d(,'  Marie-Thérèse.  Ces  aj)part(Mnents  peuvent  éti'c 
considérés  comme  un  ajtpendice  du  Musée  bavai'ois.  On 
les  trouve  m(,'ublés,  décorés  et  ornés  comme  s'ils  étaient 
ciicon'  liabih's  pai-  le   (asliieuv   ciiipcrcui-.  Le  wiiT'   siècle 


~  r,i9  — 

revil  là  loiit  (Mitier  ol,  on  présenco  de  tant  de  belles  choses, 
de  ces  ivoires,  de  ces  porcelaines,  de  ces  bijoux,  de  ces 
miniatures,  on  doute  que  les  appartonienls  de  Louis  XV  à 
Versailles  fussent  aussi  splendides. 

De  ces  appartemenis  inii)ériaux,  il  faut  passer  dans  la 
chapelle  riche  (Reiche  capelle).  Elle  mérile  ce  nom  par  la 
splendeur  de  ses  ornements  et  la  valeur  des  objols  d'ai-t  qui 
y  sont  réunis.  On  y  remarque  des  ciselures  de  BtMivenuto 
Cellini  et  une  Descente  de  croix,  relief  en  cire,  attribuée  à 
Michel-Ange.  On  y  voit  aussi  le  petit  autel  portatif  devant 
lequel  s'agenouillait MarieStuart  durant  sa  longue  captivité. 


AUTRICHE. 


MUSEE    DE    SALZBOURG. 


Ce  Musée,  trop  peu  connu,  est  un  des  plus  intéressants 
des  villes  secondaires  de  TAutriche.  Il  a  été  formé  ))rincipa- 
lement  d'antiquités  nationales,  romaines  et  germaniques,  et 
do  nond)reux  objets  provenant  des  anciens  archevêques- 
princes  de  Salzbourg. 

Il  est  établi  dans  les  salles  voûtées  de  l'ancien  magasin  à 
blé.  C'est  un  bâtiment,  sans  grande  apparence  extérieure, 
mais  assez  bien  approprié  à  sa  destination  actuelle. 

J'ai  examiné  ce  Musée  avec  un  véritable  intérêt,  et  j'ai  pris 
note  de  quelques  objets  dignes  d'attention.  Il  m'a  été  im])os- 
sible,  cependant,  de  suppléer  au  catalogue  qui  n'existe  pas. 

On  remarque  en  ]>remi(M'  lirMi  les  antiquités  i-omaines  : 


—  o20  — 

statuettes,  autels,  urnes,  mosaïques,  etc.  La  plupart  ont  été 
recueillies  sur  la  place  Mozart,  dans  les  excavations  qui  ont 
été  faites  pour  placer  le  piédestal  de  la  statue  érigée  au 
grand  compositeur.  On  trouve  aussi  des  armes  romaines 
d'une  grande  valeur.  Il  faut  citer,  entre  autres,  un  casque, 
que  l'on  dit  unique  en  Allemagne. 

Quelques  objets  du  moyen  âge  sont  également  très-pré- 
cieux. Je  signalerai,  entre  autres,  des  crucifix  remontant  au 
XI"  ou  au  XII''  siècle  et  des  reliquaires  d'une  époque  aussi 
reculée.  On  peut  mentionner,  parmi  les  objets  curieux,  le 
chapeau  de  cardinal,  les  sandales,  la  croix  épiscopalc,  etc., 
du  fameux  Mathias  Lang,  archevêque  de  Salzbourg  et  légat 
du  Pape,  mort  en  io40. 

Je  passe  sous  silence  une  très-l)elle  collection  d'instruments 
de  musique,  de  même  qu'un  certain  nombre  de  tableaux 
dus  au  pinceau  de  maîtres  salzbourgeois. 


VIENNE. 

LA     GALE  RI  F     d'AMBRAS. 

Dans  le  Belvédère  inférieur  se  trouve  un  Musée  d'une 
importance  capitale. 

Pour  les  raisons  déjà  dites,  je  ne  m'occuperai  pas  des 
monuments  antiques  (statues,  bustes,  bas-reliefs,  mosaï- 
ques, etc.,  etc.)  qui  remplissentla salle  d'entrée  et  trois  autres 
])ièces.  Quelque  précieuse  que  soit  cette  collection ,  qui  se 
rattache  au  cabinet  des  antiques  et  des  médailles,  elle  est 
éclipsée,  sous  plusieurs  rapports,  par  les  autres  galeries 
aMX(|uelles  je  veux  consacrer  une  notice  spéciale. 


—  521  — 

Ces  coUecUoDs  provicniiont  du  plus  ancien  musée  de 
rAllemagne.  On  ne  peut,  en  effet,  donner  un  autre  nom  au 
riche  caljiiiet  que  l'archiduc  Ferdinand,  comte  de  Tyrol  (i), 
avait  créé  dans  son  château  d' Ambras,  près  d'inspruck. 
Ai)rès  avoir  combattu  les  protestants  et  les  Turcs,  après 
avoir  été  régent  de  Bohème,  l'archiduc  Ferdinand  voulut 
se  livrer  plus  complètement  à  ses  penchants  de  collcctïon- 
neur.  Vers  1567,  il  alla  habiter  le  Tyrol,  et,  d'accord  avec 
sa  femme,  la  belle  Philippine  Welser,  il  fit  du  château 
d'Ambras  une  des  plus  spleiidides  résidences  de  l'Alle- 
magne. 

Là  fut  créé  mi  Musée,  qui ,  au  xvi''  siècle,  était  sans  doute 
unique.  Il  contenait  plus  de  150  armures  qui,  pour  la  plu- 
part, avaient  été  portées  sur  les  champs  de  bataille  par  des 
jirinces  ou  des  capitaines  célèbres,  presque  tous  contempo- 
rains de  l'archiduc  Ferdinand.  On  y  voyait  aussi,  au  nombre 
de  plus  de  900,  les  portraits  des  principaux  personnages  du 
XV"  et  du  xvf  siècle.  Puis  venaient  des  meubles  du  moyen 
âge,  des  ciselures  de  Benvenuto  Cellini,  des  vases  d'or  et 
d'argent,  des  joyaux,  etc.,  etc.  Ce  riche  Musée  était 
complété  par  une  bibliothèque  qui  contenait  plus  de  500 
manuscrits,  4,000  ouvrages  imprimés  et  des  milliers  de 
gravures  en  taille-douce. 

L'archiduc  Ferdinand  de  Tyrol,  mort  en  1o9j,  avait  laissé 
le  château  d'Ambras  et  ses  collections  à  son  second  fils  ,  le 
margrave  Charles  de  Burgau.  Celui-ci  les  vendit  en  IGOG 
à  l'empereur  Rodolphe  ainsi  qu'aux  autres  archiducs. 


(j)  Né  a  Liiiz,  le  1  i  janviei'  13:29,  il  clait  le  bccoiid  lils  de  remiiereiir  Ferdi- 
naiid  I'^'',  frèi'e  de  Cliarles-Quiiit. 


—  .V22  — 

Les  colleclions  forniûcs  i)ar  Ferdinand  de  T\  roi  denieu- 
rèronl  au  château  d'Ambras  jus(iu'au  commencement  de  ce 
siècle.  Lorsque,  })ar  la  paix  de  Presbourg,  le  Tvrol  eut  été 
cédé  à  la  Bavière,  les  collections  dont  il  s'agit,  considérées 
comme  propriété  de  la  lamille  impériale,  furent  transportées 
à  Vieime  et,  en  1814,  placées  dans  le  local  où  elles  sont 
encore.  Aux  armures  d'abord  rassemblées  ])ar  le  créateur 
de  la  galerie  d'Ambras,  les  archiducs  de  la  branche  cadette 
de  Tyrol  en  avaient  joint  quckpies  autres,  très-intéressantes 
aussi. 

Du  reste,  l'authenticité  des  armures  qui  proviennent  de 
l'archiduc  Ferdinand  est  hors  de  doute.  Lui-même  avait 
voulu  consacrer  cette  authenticité  i)ar  un  document  irrécu- 
sable. Il  chargea  son  secrétaire  Jacques  Schrenk  deNotzing 
d'éci'ire  la  vie  des  héros  dont  les  armures  liguraient  dans 
la  galerie  d'Ambras,  et  ces  armures  elles-mêmes  furent 
gravées  sur  cuivi'o.  En  IGOI,  l'ouvrage,  en  latin,  ])arut  à 
Inspruck  ;  bientôt  traduit,  on  en  lit  également  paraître  une 
édition  en  allemand. 

J'ai  rappelé  succinctement  l'origine  delà  galerie  d'Ambras. 
Je  vais  maintenant  mentionner  les  diverses  salles  et  signaler 
les  objets  (|ui  me  semblent  mériter  une  attention  j)articulière. 
Si  l'on  désire  une  description  complète,  on  peul  i-ecourir 
aux  ouvrages  spéciaux  publiés  par  l'ancien  conservateur  et 
par  son  digne  et  savant  successeur  (i). 


(i)  DicK.  K.  Anil)ra.SL'i-Saiiimliiiig  Iiosclirii'lnMi  voii  ]V  Kdiiard  fcoilicirii  voii 
.Saeken,  luistos  ain  K.  K.  iiiiiii/.-  mul  antikemahiiiotlc  (Wieii,  ISiio,  2  vol.  iii-8°). 
—  Die  vorziii-'Hclistcn  Riistimgcn  uiul  waflVii  dci'  K.  K.  Ai!il)ra.sci'-Samiii- 
liliii;  in  orii-'iiiai-pliotograiiliicn  Iioi'ausjicj^clicii  iiiid  I)csciiricl)cn,  iiel)st  I)ioi;ra- 
|iiiibciioii  tiki/zcn,  \oii   W   Kd.   Iicilifri-ii  \nii  Sjckoii ,   K.  K.  Cii!>lus. -=- DiC 


—  525  — 

Le  |)iTiiiioi' cal)iiio(,  oti  la  pn.'iiiiùi'e  salle,  csl  coiisaci'i'' aux 
princes  aulricliions  et  à  quelques  chefs  étrangers.  Une  bar- 
rière en  bois  sépare  la  salle  en  doux  i)arlies  :  dans  l'une  se 
Irouvent  l(?s  armures  ;  dans  l'autre,  du  cùté  des  fcnèlres,  des 
armes  ayant  appartenu  à  des  personnages  célèbres.  On 
remarque  tout  d'abord,  derrièi'e  la  bari-ière,  deux  cavaliers 
en  i)lein  harnais,  sur  des  chevaux  bardés  :  l'un  représente 
l'empei-eur  Maximilicn  I"  ;  l'autre  l'archiduc  Ferdinand,  le 
créateur  de  cette bcUecollection.  Ils  sontentourés  d'armures, 
dont  quelques-unes  sont  des  chefs-d'œuvre.  Je  signalerai 
])articulièrement  l'armure  de  Philippe  le  Beau  sur  laquelle 
sont  gravés  les  insignes  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or.  Un  juge 
conq)étent  regarde  l'armure  de  Philippe  le  Beau  comme  un 
chef-d'œuvre  unique.  L'armure  damasquinée  de  don  Juan 
d'iVutriche  est  aussi  de  la  plus  gi'ande  élégance  :  les  orne- 
ments révèlent  un  art  adnn'rable.  L'armure,  plus  ancienne, 
de  Ferdinand  le  Catholique,  roi  d'Aragon,  est  au  contraire 
de  la  plus  grande  simplicité.  Indépendamment  des  trente- 
neuf  armures  ou  demi-armures  ex})Osées  dans  cette  première 
salle,  on  y  trouve  encore  quatorze  pièces  intéressantes.  On 
peut  signaler,  entre  autres,  la  barde  du  cheval  de  Phili})pe 
le  Bon,  duc  de  Bourgogne  ;  le  bâton  de  commandement  du 
mai'éclial  Trivulee  ;  le  casque  et  la  rondache  du  fameux 
coniiélable  de  Bourbon,  etc. 

La  seconde  salle  est  consacrée  aux  princes  cl  aux  sei- 
gneursd'Allemagneetcontientcnmème  tenqis  une  collection 


pholograpliieii  von  A.  Groll  (Wien,    1859,  "i  vol.  iii-i").   —  Ucbcrsidit  dcr 

Kaiseiiich-Koniglicticii  Amhraser-Saminliiiig  iiacli  ilirer  (iciiiiali^en  aul'stolluiig 

von  Josepli  Ucrginann,  K.  K.  Uallic  und  Custus  ((i^  édition),  Wicii,  18G">,  1  vol. 
iii-li\ 


—  5!24  — 

d'armes  orientales.  Les  armures  sont  au  nombre  de  (juarante- 
iieuf.  Onrcmarquccellesquiont  aj^partenu  aux  fameux  chefs 
delalig'uo  proleslanle  :  JeanFrcdcric,  électeur  de  Saxe;  Phi- 
lippe le  Magnanime,  landgrave  de  Hesse  ;  Maurice,  duc, 
puis  électeur  de  Saxe.  J'avais  vu  au  Musée  de  Salzbourg  le 
chapeau  de  cardinal  de  Mathias  Lang  :  ici,  j'ai  trouvé  son 
casque  et  sa  cuirasse.  Deux  de  ces  armures  de  la  2'"''  salle 
ont  appartenu  à  des  personnages  célèbres  dans  l'histoire  des 
Pays-Bas  :  Pierre-Ernest  de  Mansfeldt,  mort  en  1C04,  et 
Maurice  de  Nassau,  l'illustre  stathouder  de  la  république  des 
Provinces-Unies.  L'armure  de  ce  dernier  est  noire  et  sans 
ornements. 

Les  murs  et  les  trémcaux  des  fenêtres  sont  couverts  de 
panoplies  et  de  drapeaux.  Parmi  les  pièces  historiques,  il 
faut  mentionner  l'épée  et  le  casque  du  fameux  Scanderberg, 
prince  d'Albanie,  mort  en  14GG  ;  le  carquois  et  l'arc  de 
Kara-Mustapha,  qui  assiégea  Yiemie  en  1G85  ;  le  tomahawk 
ou  la  hache  en  silex  de  Montezuma,  le  dernier  empereur 
ou  chef  indépendant  du  Mexique.  Le  Musée  de  Bruxelles 
possède  le  manteau,  fait  de  plumes  d'oiseaux  rares,  ainsi  que 
l'arc  et  les  flèches  du  prince  dont  la  puissance  fut  anéantie 
par  Fernand  Gorlez. 

De  la  seconde  salle  on  passe  dans  un  cabinet  rempli 
d'armes  allemandes,  hongroises  et  orientales,  arcs,  llèches, 
épées,  arquebuses,  mousquels,  etc.  Là  se  trouvent  réi)ée  de 
reini)ereur  Maximilicn  1"',  celle  de  Mathias  Corvin,  roi  de 
llongi'ic,  mort  en  1490,  et  celle  d'Olivier  Croniwell,  protec- 
teur de  la  réj)ublique  d'Angleterre. 

La  troisième  salle,  consacrée  aux  princes,  comtes,  géné- 
raux, duTyrol,  d'Italie  et  d'Espagne,  est  })eut-ètre  la  plus 


—  525  — 

i'i'iiuu'<[iuil)Ii' ,  [lar  la  perfeclioii  des  armures.  11  y  a  là  deux 
clicls-d'œuvre  :  l'aruiure  milanaise  du  fondateur  de  la  galerie 
et  l'éblouissante  armure  de  ])arade  d'Alexandre  Farnèse , 
prince  de  Parme.  Les  deux  personnages  sont  représentés  à 
cheval. 

Je  dois  encore  signaler,  dans  cette  salle,  quelques  armures 
historiques  qui  ont  un  certain  intérêt  pour  nous.  Elles  ont 
appartenu  à  Philibert-Emmanuel,  duc  de  Savoie,  capitaine 
général  des  Pays-Bas  de  1556  k  lo59  ;  au  duc  d'Albe  et  à 
l'un  de  ses  meilleurs  lieutenants,  Christophe  Mondragon. 

La  quatrième  salle  contient  141  portraits  à  l'huile  ou  en 
détrempe.  Authentiques  pour  la  plupart,  ils  représentent  les 
personnages  les  plus  célèbres,  depuis  le  xv"  jusqu'au  xviii" 
siècle.  J'ai  pris  note  des  numéros  suivants  : 

N^G/k  Philippe,  iils  de  France,  dit  le  Hardi  (i). 

N"  Go.  L(;  duc  Jean  de  Bourgogne  (Jean  sans  Peur). 

N"  GG.  Jacquehne  de  Bavière. 

■N"G7.  Philippe  le  Bon. 

N"  47.  Charles  le  Hardi. 

N"  G8.  Maximilién  et  Marie  de  Bourgogne. 

N°  G9;  Maximilién,  plus  âgé. 

N"  70.  Philippe  le  Beau. 

N"  71.  Jeanne  de  Castille  (mère  de  Charles-Quint), 

N"  72.  Charles-Quint. 

N"80.  Don  Juan  d'Autriche. 

Grâce  à  l'obligeance  de  M.  le  conservateur  ,  j'ai  pu  voir 


())  Au-dessus  de  ce  portrait,  on  lit  :  Plie  filz  .  de  .  France  -  di  .  le  .  hardi 
fPliilippe  fils  de  France,  dit  le  Hardi).  Le  portrait  du  lils  de  Philippe  est  sur- 
monté tic  riiiscripliou  suivante    Le  duc  JcJi.  de  Iwurgongne. 

ai 


—  Ô20  — 

dans  Sun  ciibiiicL  une  cullccliun  non  inuins  inU'ressauU'.  Ce 
sont  égalenienl,  des  portraits  de  jx-rsonnagcs  célèbres,  mais 
dans  de  plus  petites  dimensions.  La  plupart  se  ratlachent  à 
l'histoire  d'Autrielie.  Il  m'a  été  permis  aussi  de  feuilleter 
quelques  [irécieux  manuscrits  provenant  du  château  d'Am- 
bras.  Enrichis  de  miniatures,  ils  sont  consacrés  à  l'histoire 
de  la  chevalerie  et  donnent  l'idée  la  jtius  exacte  des  costumes 
et  de  l'ameublement  de  la  lin  du  xV  siècle. 

Mais  je  n'ai  pas  terminé  la  description  de  la  galerie 
d'Ambras.  Elle  contient  encore  trois  salles  et  plusieurs 
cabinets  formant  un  pèle-mèle  assez  bizarre.  Il  y  ^  l;i  des 
objets  d'histoire  naturelle  ,  des  tableaux  (assez  médiocres  , 
pour  la])lupart),  des  antiquités,  des  meubles,  des  objets 
d'art  du  moyen  âge ,  des  armes,  des  objets  péruviens  et 
orientaux,  etc.,  etc. Cet  arrangement  peu  méthodique  fatigue 
l'attention,  et  l'attention  fatiguée,  on  passe  trop  rapidement 
devant  un  très-grand  nombre  d'objets  précieux  ou  intéres- 
sants. Ici  est  la  coupe  de  la  maison  de  Bourgogne  ;  là  sont 
les  armes  de  Charles-Quint  ;  plus  loin  ,  les  ouvrages  si 
délicats,  les  lines  sculptures  d'Alexandre,  Colyns ,  de  Ma- 
lines,  etc.,  etc.  Pour  émnnérer  seulement  les  objets  les  plus 
remarquables,  à  l'exclusion  des  autres,  il  faudrait  un  vo- 
lume. J'aime  mieux  conclure  en  disant  (pie  la  riche  galerie 
d'Ambras  contient,  à  certains  égards,  les  éléments  d'un 
urand  musée  national,  d'un  musée  autrichien. 


I.  AP.SKNAL    [MI'i:iilAL. 


Non  loin  du  IJcIvédère  se  trouve  un  des  plus  vastes  et  des 
lu>  impoiiants  établissements  de  TcMnpii-e  d'.Vulrichc.  C'est 


—  327  — 

lo  nuiivL'l  arsenal  im|)éi'ial,  coininencc  on  184*.)  cL  achevé 
en  185o.  Je  n'ai  point  à  décrire  ce;  magnifique  élablisse- 
nioiU  ni  à  parler  de  la  fonderie  de  canons  et  de  la 
nianiiracture  d'armes.  Je  dois  seulement  mentionner  le 
Musée  liistori(iue  qui  est  digne,  à  tous  égards,  d'une  attention 
sérieuse. 

Le  ]\Iusée  d'armes,  dans  lequel  on  a  rassemblé  les 
objets  historiques  provenant  de  l'ancien  arsenal  et  d'au- 
tres collections  ,  est  établi  dans  des  salles  ou  galeries 
qui,  par  leur  style,  sont  parfaitement  appropriées  à  celte 
destination. 

Un  classement  méthodique  a  été  introduit  dans  ce  Musée 
très-riche  et  très- intéressant,  mais  moins  vaste  jiourtant  que 
la  Galerie  d'Ambras. 

Dans  la  première  salle  on  remarque  les  unifornies  et  les 
ordres  des  derniers  empereurs  et  des  plus  célèbres  généi-aux 
de  l'Autriche,  depuis  Eugène  de  Savoie  jusqu'à  liadetzky. 

L'habillement  militaire  d'Eugène  de  Savoie  était  d'une 
grande  simplicité.  Il  portait  une  fine  cotte  de  mailles  et  par- 
dessus une  peau  de  buflle. 

La  galerie,  où  se  trouvent  quelques  célèbres  armures 
historiques,  est  imposante.  J'ai  surtout  remarqué  l'empereur 
Maximilien  I"  à  cheval  ;  deux  belles  armures  de  Philij)pe  II, 
mais  principalement  l'armure  de  parade  de  Charles-Quint, 
damasquinée,  dorée,  étincelante. 

Je  pense  que  ces  dernières  proviennent  de  l'ancien  arse- 
nal royal  de  Bruxelles.  La  liste  officielle  des  objets  qui  se 
trouvaient  dans  le  Musée  des  souverains  des  Pays-Bas 
mentionne  du  moins  «  l'armure  de  parade  damasquinée 
d'or  »  de  l'empereur  Charles. 


—  52H 


L.\i;SENAL    CIVIL. 


Lu  (liilcric  (VAuibnis  cl  rAr.xjiial  iuiiiéiial  nr  soiil  poiiil 
les  seuls  élablissements  île  Vienne  (jiii  eonlieiinent  di'S  ai'nies 
anciennes  el  des  arniui-es.  Il  laul  encore  visiler  l'anemd 
civil,  siu'  la  place  (jui  poi'lc  le  nom  de  cour  (aui  Hof). 

Cet  élai)lissenient  esl  égalcmenl  considéraiile.  On  pi-élend 
qn'il  renferme  10,000  armes  el  ai-inures  de  dilïcrenles  épo- 
(pies.  Ce  chilTre  ne  siirjjrend  plus  lorsqu'on  voit  d'immenses 
galei'ies  dont  les  murs  disparaissent  sous  des  panoplies  , 
tandis  (pi(;  le  sol  est  couvert  de  caisses  regorgeant  de  l'usils. 
Mais  ceux-ci  sont  modernes  et  ])roviennenl,  m'a-t-on  dil, 
de  la  garde  nationale  de  Vienne. 

Dans  les  galeries  dont  je  viens  de  parler,  un  double  rang 
de  mannequins  repi'ésente  des  clievaliers  autricliiens  ,  polo- 
nais, bolièmes,  cic  Ils  porleiit  les  anciens  dra})eaux  de  la 
garde  nationale  ou  ôcs  étendards  pris  sur  les  Turcs. 

Quelques  anaclironismes  peuvent  ciioqner,  sans  diminucj- 
toutefois  la  valeur  ou  l'importance  d'une  collection  qui 
contient  des  spécimens  très-rares  ou  même  uniques. 

On  remanpui  plusieurs  souvenirs  inléi'essants  ou  curieux 
du  l'anK.'ux  siégt!  de  Vienne.  Le  vétéran,  (pii  me  ser\ait  de 
cicérone,  appela  pai'ticulièrement  mon  altention  sur  le  crâne 
du  grand  vizir  Kara-Mustaplia  et  sur  le  lacet  avec  lequel  ce 
mirjisln;  fut  étranglé  loj'S(]ue,  après  a\oir  assiégé  Viemie 
du  lijuillel  au  12  septend)re  KiS."),  il  fut  obligé  de  j'ejti-eli- 
dre  la  l'oule  de  lielgrade.  !)u  lesle,  les  armes  orientales, 
(jiii  sont  iiond)reuses  dans  l'arsenal  civil,  méritent  un 
examen  alleiitif. 


—  529  — 

D'aulros  Iropliéos  doivent  ("g-alomonl  flallor  lo  palriofismn 
(les\iili'i('liioiis.,)<'  (*iferai,rn(iTnu(n's,Io  hiisie  do  rarcliidiie 
Charles  siirmoulr  de  drapcanx  français  ;  eolni  du  comie 
Wrhiia  ri  celui  du  IVId-iiinirclial  j.aiidoii  vih'ukiiiU's  à  droid; 
de  drapeaux  lurcs  et  à  ii'auclie  de  dra]tc;iu\  prussiens.  Kiilin 
je  ne  puis  oniellr(>  de  nieiilioiiner  un  Beiue,  car  dans  celle 
vasl(»et.  inléressanle  iiaiiM'ie,  Tépée  du  feld-inaréclialCIorravI 
(tceupe  une  place  (riionneiir. 


LE    TKKSdU    niPKIllAL. 

Dans  une  {\v>  dépendances  du  liinr/  ou  palais  impérial 
se  trouve  le  Trésor,  rpi'on  pourrait  a])peler  le  Musée  des 
empereurs  d'Autriche.  Il  se  compose  d'une  dizaine  de 
salles,  où  sont  exposés,  dans  des  armoires  vitrées,  des  ()hj(Ms 
iimomhrahles  et  du  ])lus  grand  prix  soit  par  leur  ancienneté, 
soit  par  leur  valeur  inlrin.sèque.  Telle  est  Timportance  de 
celte  colleclion  qu'un  examen,  même  su))erliciel ,  exige 
|)lus  «l'une  heure.  ()r,  on  ne  permet  guère  aux  visiteurs 
de  dépasser  ce  laps  de  temps,  car  l'admission  au  Trésor 
est  nécessairement  suhordonnée  à  certaines  formalités  et  à 
certaines  conditiiuis. 

II  est  assez  malaisé  de  décrire  cette  grande  et  riche  col- 
l«*ction.  l)'al)ord  lesohjets  ne  sont  pas  classés  dans  un  ordi'e 
chronologicpie,  et,  en  second  lieu,  aucun  catalogue  m-  guide 
le  visiteur.  Les  gardiens  se  hornenl  à  ajipeler  soit  ;itlenlion 
sur  les  ))ièces  l(\s  plus  iniportantes. 

Aussi,  dans  cell(>  grande  ((uanlilé  de  joyaux  de  divers(S 


—  530  — 

époques,  de  chefs-d'œuvre  en  toutes  matières,  de  souvenirs 
Jiistoriques,  ne  puis-je  que  signaler  rapidement  quelques-uns 
de  ceux  qui  méritent  une  mention  spéciale. 

En  premier  lieu,  il  faut  citer  la  couronne,  le  sceptre, 
l'épée,  le  globe,  la  dalmatique,  etc.,  de  Cliarlemagnc.  Ces 
grandes  reliques  ,  qui  se  trouvaient  dans  son  tombeau 
à  Aix-la-Chapelle,  en  furent  retirées  par  l'empereur 
Frédéric-Barberousse  ,  en  H 05.  L'authenlicilé  des  Joyaux 
carlovingiens  ,  qui  S(!  trouvent  maintenant  au  Trésor 
impérial,  est  hors  de  doute.  Avant  d'être  déposés  à  Vienne, 
ils  étaient  conservés  à  Nuremberg. 

Je  cite  également  la  couronne,  le  sceptre  et  les  ornements 
qui  servaient  au  couronnement  des  empereurs  d'Allemagne, 
à  Francfort.  Ils  remontent  au  règne  de  Rodolphe  II. 

Je  ne  dis  rien  des  objets  provenant  de  Napoléon  l"  et  du 
duc  de  Reichstadt.  Je  passe  également  sous  silence  le  sabre 
de  Timour  et  le  talisman  de  Wallenstein.  J'aime  mieux  évo- 
quer le  souvenir  de  Phili])pe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  et 
deCharles  le  Téméraire,  son  fils.  Le  Trésor  impérial  possède 
la  robe  que  revêtait  Philippe  le  Bon  lorsqu'il  assistait  aux 
cérémonies  religieuses  de  l'ordre  de  la  Toison  d'or.  Celte 
robe  est  ornée  de  broderies  admirables  et  dignes  du  pinceau 
de  Van  Eyck.  Le  Trésor  impérial  ))os.sède  aussi  le  fameux 
diamant  qui,  après  la  défaite  de  Charles  le  Téméraire  à 
Granson,  tomba  entre  les  mains  d'un  goujat  suisse  el  fut 
vendu  par  celui-ci  à  un  marchand  (h;  lîerne  pour  1;)  lloi'ins. 

On  est  d'ailleurs  ébloui  par  les  diamants  et  les  pierres 
pi'écieusesqui  étincellenl  dans  les  diverses  armoires. 

Mais  il  faut  réserver  une  grande  attention  jiour  tous 
ces  chefs-d'œuvre  de  l'art  du  moyen  âge  H  de  la  Renaissance 


—  531   — 

(rnliqiiaircs,  vases  d'or  ot  d'argent,  seiilplures,  etc.)  con- 
servés dans  la  maison  dos  Habsbonrcr  depuis  plusieurs 
siècles. 


Dans  le  parc  du  cliàteau  impérial  de  Laxenburg  ,  près  de 
Vieime,  rem])ereur  François  T'  fit  ériger,  vers  1801,  un 
manoir  féodal,  qui  est  la  reproduction  d'un  château  tyrolien 
du  xv*"  siècle.  Ce  manoir,  qui  porte  le  nom  de  Franzenshimj 
est,  à  certains  égards,  un  musée  extrêmement  intéressant. 
C'est  ])Ourquoi  j'en  dirai  quelques  mots  ici.  On  y  trouve  une 
salie  d'armes  qui  est  décorée  de  très-belles  armures  du  xv" 
et  du  xvf  siècle  :  on  y  montre,  entre  autres,  le  cha])eau 
de  bataille  de  Gharles-Quint.  Les  salles  intérieures  ou  d'ha- 
bitation ne  sont  pas  moins  remarquables.  Elles  sont  décorées 
et  irieublées,  selon  le  goût  du  moyen  âge  et  avec  des  meubles 
remontant,  pour  la  plupart,  à  l'époque  de  Maximilien  T' 
ou  de  son  petit-lils  Charles-Quint.  L'illusion  est  d'autant 
plus  comj)lète  que  les  verrières  des  lenétres  et  les  boiseries 
du  plafond  et  des  murs  proviennent  d'anciens  châteaux 
ou  d'anciens  couvents.  La  chapelle  est  un  édifice  de  l'an  1222, 
enlevé  à  KIoster-Neubourg  et  transporté  à  Laxenburg 
pierre  par  pierre. 

Je  trouve  cette  rejiroduction  d'un  ancien  château  féodal 
extrêmement  instructive.  Tout  ce  cpi'on  voit  rappelle  le 
passé  :  tentures,  meubles,  bustes,  portraits,  vaisselle,  verres 
de  Bohême  ou  de  Venise,  poêles  allemands  du  xvi"  siècle 
en  faïence  ,  crédences,  bancs,  fauteuils,  tout  enfin.  Cette 
résurrection  du  xvi'' siècle  est  réellement  intéressante,  e( , 
à  mon   sens,   certaines  parties  du    Franzensburg   peiivcnl 


—  532  — 

rivalisoravcc  les  Musées  Instoriqiies  losplns  célèbres  ou  les 
plus  curieux. 

AvanI  de  quiller  la  capitale  de  FAud'iche,  je  dois  men- 
tionner une  mesure  importante  duc  à  l'initiative  de  IVmpe- 
l'cnr  François-Jose])li.  En  Aulriclic,  connue  dans  les  autres 
pays  où  l'industrie  teiul  à  se  jjerfcclionner ,  on  cIk^'cIio  à 
tirer  parti  de  l'archéologie.  L'empereur  a  donc  ordonné  la 
fondation  d'un  «  Musée  autrichien  d'art  et  d'industrie  »,  sur 
le  modèle  du  Rensinglon  Muséum.  Ce  sera  une  nouvelle  o[ 
grande  application  de  l'art  à  l'industrie. 

Le  «  Musée  autrichien  d'art  et  d'industrie  »  doit  être  pro- 
visoirement établi  au  palais.  On  ajoute  qu'il  sera  inauguré 
avant  le  commencement  de  l'hiver. 


BOHÊME.  —  PRAGUE. 

MUSÉE  NATIOISAL. 

Ce  Musée  a  été  établi  dans  l'ancien  palais  de  Nostilz. 
La  salle  réservée  à  l'archéologie  est  di-corée  des  busies 
des  hommes  célèbres  de  la  Bohème. 

Le  Musée  de  Prague,  sans  être  très-vaste,  contient  des 
objets  intéressants.  Peut-èlre  exisic-l-il  wu  catalogue  en 
langue  l{'liè(|ii(';  en  lout  cas,  je  ne  l'ai  pas  vu,  cl  je  dois 
encore  me  seivii-  de  mes  noies. 

Les  antirpiilés  de  la  Bohème  oITient  jilusieuis  spc-cimens 
cui"ieux  cl  qui  se  rallachcnt  à  diverses  ('porpics,    pierres. 


l)ronzes,  olc.  Mais  l'atlonlion  osl  surloiit  appelée  sur  les 
souvenirs  de  la  grande  in  Ile  religieuse.  Dans  une  vilrinc 
se  trouvent  les  autograplies  d<^  Jean  Huss  Inndé  à  Constanee, 
U)  ('»  juillet  141"),  et  de  Jean  Ziska,  le  reduiitahie  clicr 
des  Tal)orit(is.  On  monlre  aussi  le  lae-siinile  de  la  sen- 
tence (jui  eondannia  Jean  Huss  et  souleva  les  populations 
de  la  Bohème.  ]*lus  loin,  dans  les  panoplies  rpii  décorent 
les  murs,  on  peut  loucher  les  armures  (^t  les  armes  (entre 
antres  de  grands  et  lourds  lléaux),  dont  les  hussites  se 
servirent  dans  leur  longue  et  terrihic  lui  le. 

On  remarque  ailleurs  des  objets  cpii  ne  se  ra Hachent 
])oint  à  riiisloirc  de  la  Bohème.  Tel  est  le  glaive  de 
(lustavo-Adolphe  (le  nom  du  Boi  est  gi'avé  sur  la  lame)  ; 
t(^lle  est  aussi  l'épée  de  Christophe  Golomh,  amiral,  avec  la 
date  de  1491. 

]\Iais  qu'est  ce  Musée,  si  on  le  compare  à  la  célèbre  cathé- 
drale de  Saint- Vcir?  L'intérieur  de  cette  grande  église, 
construite  au  xiv-  siècle,  est  d'une  richesse  extraordinaire. 
Je  ne  fois  pas  seulement  allusion  au  tombeau  de  saint  Jean- 
Népomucène,  entièrement  d'argent.  Ce  monument  ne  ^latc 
que  de  173G.  Or,  l'église  de  Saint-Veit  contient,  au  point 
de  vue  archéologique,  des  monuments  plus  précieux.  Citons, 
dans  la  chapelle  de  Saint-Venceslas,  le  casque,  la  cotte  de 
mailles  et  le  harnais  de  ce  saint  :  ils  datent  de  l'an  900; 
dans  la  chapelle  de  Sainle-Ludmille  une  croix  duxiii''  siècle; 
enfin,  dans  celle  de  Sainte-Anne,  un  chandelier  dont  la 
partie  inférieure  (travail  byzantin)  est  très-ancienne,  sans 
provenir  cependant  du  len)ple  de  Salomoii,  selon  la  su|»po- 
silion  naïve  et  ollicielle  des  marguilliers. 

La  chambre  du  trésor  est  aussi  d'une  urandc  richesse. 


—  554  — 

Là  se  trouvent  des  reliquaires,  des  couronnes  royales, 
dos  dalmatiqucs  et  d'autres  ornements  d'édisc  de  la  plus 
lirande  valeur  comme  œuvres  d'art  et  comme  souvenirs 
historiques. 

Parmi  les  anciens  (ombeaux  qui  sont  disséminés  çà  et  Là 
dans  la  grande  cathédrale,  on  remarque  fout  d'abord  le 
mausolée  des  rois  de  Bohème.  Il  est  en  marbre  de  Carrare 
et  il  a  été  exécuté  en  1589  par  Alexandre  Colyns,  de  Malines, 
celui-là  même  qui  acheva  Ui  fanieux  tombeau  de  l'empe- 
reur Maximilien  V ,  à  Inspruck  (i).  Le  grand  mausolée 
de  la  cathédrale  de  Prague  renferme  les  cendres  des  rois 
de  Bohème,  depuis  Ferdinand  ï"',  frèn^  de  Charles-Quint, 
jusqu'à  Rodolphe  IL  On  remarque  sur  le  monument  les 
elïigies  de  Ferdinand  L'',  de  sa  femme  et  de  leur  111s, 
l'empereur  Maximilien  IL 


SAXE  ROYALE.   —  DRESDE. 

LE    MUSÉF.    HISTOUIQLIE. 

La  plupart  des  riches  colleclions  artisti(pies  et  archéolo- 
giques de  Dresde  sont  réparties  entre  le  Musée  ]u-o])rement 
dit  (galerie  de  tableaux),  le  Musée  japonais  et  h;  Zwinger, 
vaste  bâtiment  dans  le  slyle  du  wiir  sièch;.  Cette  réparti- 
lion  n'csl  |)as    ('xlrèinriiiciit  li('iii'(,'U.se.  Les  locaux  soni,  en 


(i)  Alexandre  Colin   mi  Colyns,  m-  ;i   Malinos,  en  \'iiC>,  niorl  ii  Insprink  , 
le    17   :infif   HÎJS. 


—  535  — 

général,  insufiisants  ou  pou  diiïncs  des  œuvres  précieuses 
(ju'ils  renferment. 

Le  Musée  historique  occupe  une  des  ailes  du  Zwinger, 
Ce  Musée  est  un  des  plus  riches  cl  des  phis  iirécieux  de 
l'Europe.  Quoique  les  ol)jct.s  se  rattachant  à  l'Iiisloire  de  la 
Saxe  y  soient  en  très-grand  nombre  et  y  dominent  même  à 
certains  égards,  les  autres  parties  de  l'Allemagne  y  sont 
également  représentées.  D'un  autre  côté,  la  France,  la 
Pologne,  l'Orient,  l'Amérique  ont  aussi  fourni  leur  contin- 
gent. Musée  historique  est  donc  la  meilleure  dénomination 
qui  puisse  être  donnée  à  cette  grande  collection. 

Pour  la  décrire,  même  rapidement,  il  faudrait  un 
volume  (i).  Je  dois  me  borner  ici  à  un  simple  aperçu. 

Le  Musée  est  divisé  en  neuf  galeries ,  partagées  elles- 
mêmes  en  divers  compartiments.  L'ordre  chronologique 
n'est  point  rigoureusement  observé  dans  le  classement  des 
objets  ;  mais  autant  que  possible,  on  les  a  groupés  par  caté- 
gories. Des  meubles  du  xv"  et  du  xvi"  siècle  remplissent  la 
première  salle.  On  y  trouve  le  gobelet  de  Luther,  sa  petite 
armoire,  présent  de  l'électeur  Frédéric  le  Sage,  et  son  épée. 
La  deuxième  chambre  contient  les  armes  et  équipages  de 
chasse  des  anciens  Électeurs  :  arquebuses,  fusils,  cou- 
teaux, etc.  Il  faut  mentionner,  en  outre,  des  cors  en  ivoire 
du  XIV''  et  du  xv''  siècle. 

La  troisième  et  la  quatrième  salle  sont  les  plus  impor- 
tantes. Elles  peuvent  rivaliser,  à  certains  égards,  avec  la 
galerie  d'Ambras.  L'une  est  la  salle  dite  des  tournois;  l'autre 


(i)  Cft  voliinio  ;i  cti-  publié  sous  le  titre  de  :  J)er  Fiihrer  durch  <las  historhche 
Miixeiini  zii  Drrsûrn  ,  son  F. -A.  Fronzol.  I.oipzif;,  hoj  Woiiîol,  i8"0. 


—  550  — 

esl  la  salle  dos  batailles.  Elles  coiiliennent  runo  ol  l'autre 
une  grande  et  riclie  colloetion  d'annes  olïensives  et  défeii- 
sives,  arrangées  avec  hcancoup  de  goût.  L'aspect  de  ces 
galeries  est  imposant  :  les  arnuires  e!  les  bardes  sont  sur 
{\v<:  clievanx  de  carlon-pieiTe,  an  nonihi-ç  d'une  soixantaine; 
les  murs  sont  couverts,  de  lias  en  haut,  d(!  glaives, 
de  rondaches.,  etc.  Les  armes  liisloricpies  al)ond<Mil.  On 
remarque,  dans  la  salle  des  tournois,  la  magnirKpK;  armure 
de  parade  de  rélecleiir  Chrétien  II,  mort  en  KnSt).  (Test 
un  travail  ilidien  qui,  dit -un,  vaudrai!  anjonrd'liui 
100,000  llialers.  Dans  la  salle  des  batailles,  on  montre, 
entre  autres,  l'armure  que  l'électeur  Jean-Frédéric  portait  à 
la  bataille  de  Miihlberg  (L'j/p7j;  rariiun-e  qni  ne  put  ))rolé- 
ger  l'électeur  Maui'ice  lorsqu'il  l'ut  mortellement  blessé  jirès 
de  Sieversliausen  (15y5);  la  cuirasse  de  Gustave- Adolphe; 
les  bâtons  de  conunandement  de  Tilly  et  de  l*apenheim  ; 
la  colle  de  mailles,  le  bâton  de  commandement  et  le  sabre 
que  Jean  Sobieski,  roi  d(î  iNtlogni',  porlait  devant  Vienne 
en  1085. 

Dans  la  salle  qui  suil,  on  trouve!  une  précieuse  collection 
d'armes  à  feu,  depuis  leui-  invention  jusqu'aujourd'hui.  J'y 
ai  vu,  enli'e  autres,  des  canons  se  chargeant  par  la  culasse» 
et  porliuil  les  d;iles  de  LSIO  el  de  L'ilG.  Je  traverserai 
assez  ra])idement  la  sixième  chanibr(\  (pii  contient  les  objets 
de  parade  employés  sous  le  règne  d'Auguste  il,  pour 
signaler  la  galerie  suivanle,  dont  les  Saxons  sont  liers  à 
jusie  lili'e.  On  s;iit  (pu'  réiecleiir  ,le;m-(leoi"ge  !II  étnit 
accouru,  comme  Sobieski,  au  secours  de  Vicmie,  assi(''g(''e 
par  les  Turcs  en  1(')(S5.  Ceux-ci  ayant  ('h' v;iincus  dans  la 
HK'morabN'   balaillc  du    !':2   sepleiiibri',   ri''Jecl*Mn'  eiil,   pour 


.)-)/ 


sa  pai'l,  ilii  Ijuliii,  la  loiilf  du  uraïul  vi/ir  Kara-Altisla|tlia, 
sans  parli'i'  (rai'incs  j)n''('i(Mis(\s  cl.  iVaud'cs  objets.  Ces 
Iropliécs  (11'  la  bravoure  sa\i»nu(3  sonl  encore  c.\|ioscs  au 
Musée  hislorique. 

Je  Iraversei'ai  rapideiiieii!  aussi  la  chaïubre  indicintc,  (|ui 
reureruic  des  armes  el  des  iisleiisilcs  de  Bonico  el  d'aulres 
contrées  transatlantiques.  Pour  terminer  eet.  a|)ei'ru  ,  je 
signalerai  })lulùl  la  neuvième  eliambre  ou  salle  de  j)arade 
(jui  rappelle  surtout,  par  diver.s  objets  de  la  ])lus  grHnd(^ 
i-icliesse,  le  règne  do  l'électeur  Auguste  II  conunc  roi  de 
Pologne.  On  y  trouve,  en  outre,  réj)ée  de  Pierre  le  Grand, 
celle  de  Charles  XIÎ  et,  le  manteau  impérial  de  Napoléon  l'''. 

En  résunié,  ce  Musée  donne  la  plus  haute  idée  du  goût 
des  anciens  électeurs  de  Saxe,  de  la  s]>lendeur  de  leur  Cour, 
et  de  la  sollicitude  patrioti(iue  avec  laquelle  sont  conservés 
tant  de  souvenirs  si  honorables  ou  si  glorieux  pour  le  pays. 


MUSEE    DES    l'OUCELAir^ES. 

Sur  la  rive  droite  de  l'Elbe,  dans  la  Neustadt,  on  trouve 
\c  palais  du  Japon,  appelé  d'abord  palais  hollandais.  L'inscrij)- 
liou  suivante  est  gravée  sur  la  façade  : 


^fuseiDii  uhui  pnblico  pulviis  et 
Trcs  Aitijusii  comlidcruuL 


Ces  trois  Auguste  sont  :  Krédéric-Augu^lc  [" \  (pii  acheta 
le  ])alais  et  qui  en  lit  sa  résidence  d'été;  Frédéric-Auguste  II, 
qui  le  coiujtléta,  et  Frédéric-Auguste  III,  qui  lui  domia  sa 
destination  actuelle.  On  prétend  (pie  l'intention  de  ce  der- 


—  538  — 

nier  ctail  de  faire  décurer  i-l  reiuplir  eiilièi'euieiil  de  pureu- 
laiiies  toutes  les  pièces  du  vaste  édilicc;  mais  il  n'eut  i)as  le 
temps  de  réaliser  ce  ]irojel. 

Actuellement  le  palais  japonais  contient  plusieurs  collec- 
tions différentes.  Le  Musée  des  anticiues  est  au  rez-de- 
chaussée  ;  la  Bibliothèque  royale  au  ])remier  et  au  deuxième 
étage,  et  la  coUeclion  des  j)orcelaines  dans  le  suutei-rain. 

Ce  n'est  point  là  un  local  convenal)le  i)Our  une  des  plus 
riches  collections  de  l'Europe.  En  effet,  les  dix-neuf  salles 
du  souterrain  dont  il  s'agit  renferment  600,000  i)ièces. 
L'inventaire  manuscrit  se  compose,  dit-on,  de  cinq  volumes 
in-folio.  Il  est  impossible  de  décrire  ici  une  collection  aussi 
considérable.  Bornons-nous  à  dire  qu'elle  contient  les  plus 
beaux  spécimens  de  la  céramique,  depuis  les  premiers  essais 
de  porcelaine  saxonne  par  Boettiger  jusqu'aux  magnifiques 
l)roductions  de  la  fabrique  nationale  de  Meissen.  Puis 
viennent  les  porcelaines  de  Sèvres,  et,  dans  des  salles 
distinctes,  les  chefs-d'œuvre  de  la  Chine  et  du  Ja])on.  Le 
classement  laisse  peu  de  cliosc  à  désirer  :  il  a  pour  base 
l'ordre  chronologique. 

«  Ce  Musée,  unique  dans  son  genre,  dit  un  juge  compé- 
lent,  renferme,  outre  ses  porcelaines  de  la  Chine  et  du 
Ja|)on,  une  colleclion  nombreuse  de  toutes  sortes  de  ])ote- 
ries,  faïences  et  porcelaines  européennes,  formant  pour  ainsi 
dire  un  cours  hisloi-ique  de  toute  la  céramique.  Le  Musée  de 
Sèvres  seul  peut  rivaliser  pour  cette  bi-anche  de  sa  collec- 
tion avec  celui  de  Dresde.  » 


Le  [lalais  japonais  contient  aussi  le  Musée  des  antiques, 

Anlih.'ii-Scuninluiif/  ou  Ani/uslfum.  Ces  colleclions  diverses 


—  059  — 

remplissent  douze  salles  du  i-cz-dc-chaussée,  doiil  ucul  soiil 
eonsaerées  aux  chels-d'œuvrc  de  la  staluainî.  La  dixième 
salle  contient  des  spécimens  très-intéressants  des  antiquités 
de  l'Egypte  et  de  Rome.  Les  vases  grecs  et  étrusques 
enriciiisscnt  la  salle  suivante.  Viennent  enlin  des  antiquités 
allemandes,  au  nombre  de  plus  de  sept  cents  pièces  :  vases, 
glaives,  haches,  lampes,  statuettes  de  bronze,  ornements 
divers,  tibules,  etc.  La  plupart  de  ces  objets  ont  été  trouvés 
dans  les  limites  du  royaume  actuel  de  Saxe.  Quelques-uns 
sont  précieux.  J'ai  remarqué,  entre  autres,  plusieurs  urnes 
d'une  forme  très-rare. 


LE  TRESOR  DES  ROIS  DE  SAXE. 

(  1.  E     (i  II  U  E  N  E     G  E  W  OE  I.  U  E.  ) 

Cette  collection  d'objets  d'art  et  de  raretés  forme  cerlai- 
nement  la  partie  la  plus  intéressante  de  l'antique  château  des 
rois  de  Saxe.  Elle  attire,  avec  raison,  les  étrangers.  C'est  un 
spectacle  féerique ,  à  certains  égards,  que  ces  huit  salles 
remplies  de  joyaux,  de  bijoux,  de  vaisselle  d'or,  de  cristaux, 
de  bronzes ,  d'ivoires ,  enlin  de  tous  les  objets  rares  et  pré- 
cieux qui,  pendant  trois  siècles,  se  sont  accumulés  dans  le 
Trésor  de  l'ancienne  maison  électorale.  Aussi  considérable 
peut-être,  quoique  moins  remarquable  sous  le  rapport 
archéologique,  cpic  le  trésor  impérial  de  Vienne,  la  collec- 
tion de  Dresde  justifie  son  renom  européen  de  richesse  et 
de  splendeur. 


—  r>4()  — 

l)\)ù  \i{'iil  et'  iHtiH  de  Gruiic  (jeirol//e'!  l*oiil-ùlrc  do  lu 
coulfMir  vcrlc  des  aniioirios  de  la  S;k\(î  ;  pcut-ùd'c  ;ui.ssi  d(j 
la  couleur  priniilivc  des  ehainbirs  où  le  Irésor  étail  déposé. 
Eli  (eut  cas,  celle  déuominalion  esl  eu  usage  depuis  1010. 

Quaul  au  cabinet  lui-même,  il  dut  son  exislence  à  l'élec- 
tcui'  Auguste,  qui  gouverna  la  Saxe'  de  1").")3  à  lo8G.  Ce 
cabinet  s'accrut  sous  les  successeurs  d'Auguste,  nolanniient 
sous  Jean-George  I"  (IG!  l-liKiC))  et  sous  Jean-George  III, 
l'auxiliaire  de  Jean  Sobieski  devant  Vienne,  lient,  je  l'ai 
déjà  rappelé,  une  grande  part  aux  dépouilles  des  Turcs.  J'ai 
signalé  les  trophées  conservés  au  Musée  historique;  mais  les 
armes  les  plus  riches  sont  déposées  au  Trésor  royal. 

Frédéric-Auguste  II,  élecleur  de  Saxe  et  roi  de  Pologne 
(1004-1755),  ('ntj'('j)rit  de  donner  i)liis  d'imj)orlançe  encore 
h  la  collection  qu'il  tenait  de  ses  aïeux.  Il  l'enrichit  de  vases 
en  vermeil  et  en  cristal  de  roche,  sans  parler  d'une  inlinilé 
de  curiosités  ;  il  acipiil  de  mènic  les  ceuvres  prnicij)ales  de 
Dinulinuer,  orfèvre  et  émailleiir  célèbre  du  xvin'  siècle. 
Frédéric-Auguste  II  lit  ensuite  classer  les  o!)j(3ts  de  sa  col- 
lection dans  liuit  salles  différentes,  qui  furent  décorées  avec 
le  j)lus  grand  luxe.  Or,  ces  salles  sont  encore  aujourd'hui 
ce  qu'elles  étaient  sous  Auguste  le  Fort. 

Bien  (jue  les  armoires  viti'ées  du  Crime  (îeiculùe  renfer- 
ment des  spécimens  de  la  Kenaissanc(3,  ce  n'est  |)oi]il  celte 
épot|ue  (pii  prédomine.  Les  diverses  séries  d'objets  donneiil 
plutôt  ime  haute  idée  du  luxe  (pii  caractérisait  le  siècle  de 
liouis  XIV;  elles  témoignent  aussi  de  la  décad<Miee  de  l'ai'l 
et  du  giHÏl  au  xviU''  siècle. 

ComiiK!  je  r;ii  (lit,  le  Crinte  (îcicol/jc  s(!  conq)Ose  de 
huit    s;illes,    dans  l'ordre  suivant  :  i.  lii'onzes.    H.    Ivoires. 


—  541   — 

m.  Mosai(|ucs,  éiiiuux,  etc.  iv.  Vaisselle  d'or,  d'argeiil  et 
de  vermeil,  cle.  v.  Vases  de  pierres  dures  el  de  cristal 
déroche;  i)ierres  gravées,  vi.  Perles  et  bijoux,  vu.  Insignes 
du  sacre  des  rois  de  Pologne,  électeurs  de  Saxe  ;  sculptures 
en  bois.  viii.  Salle  du  trésor;  chefs-d'œuvre  d'orfèvrerie 
de  Dinglinger  ;  armes  précieuses;  ordres  de  chevalerie  et 
décorations  de  famille,  etc. 

Tous  ces  objets  ont  été  décrits  dans  un  ouvrage  spécial 
auijuel  je  puis  me  référer  (i). 

La  collection  du  Griine  Geioolùe  est  un  fidéicommis  de 
la  famille  royale  et  doit  rester  dans  le  pays,  selon  le  texte 
delà  constitution.  On  évalue  à  trois  millions  de  thalers  la 
valeur  réelle  de  la  collection;  mais  on  a  raison  d'ajouter 
qu'une  appréciation,  même  approximative,  est  difiicile. 


MUSEE     SAXO^. 


Dresde  possède  aussi  un  «  Musée  d'objets  d'art  national 
du  moyen  âge.  »  Il  a  été  fondé  sous  les  auspices  du  roi 
Jean  I''",  lorsque  ce  prince,  zélé  protecteur  des  études 
historiques  et  archéologiques,  était  encore  héritier  présomptif 
de  la  couronne.  Le  Musée  saxon  est  même  établi  dans  un 
des  palais  royaux.  Il  occupe  le  rez-de-chaussée  du  palais 
du  Grand-Jardin. 


(i)  Le  Griine  GewOlbe  a  Dresde,  ou  trésor  royal  d'objets  précieux  par 
A.  B.  de  Laudsber;,',  direetcur  au  trésor.  G'  édition.  Dresde,  1801,  iii-8"  do 
92  pages. 


Peut-ùlre  ii'esl-cu  là  qu'un  local  provisoirt' ;  car  la  collcc- 
liou,  très-incomplète  encore,  doil  nécessairement  s'accroilre. 
Du  reste,  elle  est  imparfaitement  classée  et  dépourvue  de 
catalogue. 

Les  objets  sont  ranaés,  un  peu  pèle-mèle,  dans  sept 
chambres  assez  arandcs.  Ils  consistent  en  antiquités  romai- 
nes et  germani(iues,  trouvées  dans  la  Saxe,  mais  surtout  en 
meubles  ou  ornements  d'église. 

Parmi  les  monuments  germaniques,  on  j'emarque  une 
espèce  de  pyramide  décorée  d'un  bas-relief  très-grossier. 
Quelques  objets  du  moyen  âge  sont  également  dignes  d'at- 
tention. Il  faut  signaler,  entre  autres,  des  fonts  baptismaux, 
en  pierre,  du  xi",  du  xii'  et  du  xiv''  siècle  ;  deux  dalmatiques, 
l'une  de  la  fin  du  xT siècle  et  l'autre  du  xiii'';  plusieurs  beaux 
retables  du  xiv"  et  du  xv'  siècle;  des  portraits  historiques; 
un  sépulcre  en  bois,  fort  curieux,  de  l'année  1480,  etc.,  etc. 
Une  des  vitrines  mérite  une  attention  spéciale.  Elle  ren- 
ferme les  em])reintes  des  sceaux  les  plus  remarquables  qui 
ont  appartenu  aux  villes  et  aux  monastères  de  la  Saxe, 
depuis  Louis  le  Germani(|ue.  Elle  contient  aussi  des  diplô- 
mes, des  missels,  d'anciens  documents  historiques,  et,  entre 
autres,  une  indulgence  signée  Tetzel. 

En  résumé,  on  peut  considérer  les  objets  rassemblés  dans 
le  palais  du  Grand-Jardin  comme  les  premiers  éléments  d'un 
Musée  saxon. 

Il  n'est  pas  inutile  de  constater  (pie,  dans  toute  l'Allema- 
gne, les  portraits  historiiiues  proprement  dits  et  les  monu- 
ments les  plus  intéressants  de  la  sigillogra])hic  font  jiarlie 
des  Musées  nationaux.  Les  premiers  sont  comme  rillus" 
tration  de  ces  musées,   les  autres  sont  des  monuments 


—  343  — 

aivhcolugiqucb  (lui  jcllciil  le  plus  grand  jour  suj-  lo  moyen 

îliïO. 


Je  lorniincrai  ici  ce  premier  rapport,  sans  mo  dissimuler 
les  lacunes  cl  les  im))erfectionsdc  mon  travail.  Mais,  quelles 
(jue  soient  ces  imperfections,  je  crois  pouvoir  attribuer  à  cet 
exposé  une  certaine  valeur  comme  document  à  consulter. 
Je  n'ai  point  d'autre  prétention.  J'ai  seulement  essayé  de 
grouper,  pour  la  première  l'ois ,  et  de  décrire  brièvement 
(pielques-unes  des  principales  institutions  archéologiques 
de  l'Allemagne. 


Le  eonscrvaleui'  du  Musée  royal  d'aiiliquités, 
crannures  et  d'artilloiie, 


Th.  Juste. 


NOTICE    IIISTORIOUE 


SUR 


L'ORIGINE    ET    LES    ACCROISSEMENTS 


MUSEE  DE  BRUXELLES, 


»oî»;c 


C'est  une  oi)inion  généralement  accréditée  que  le  Musée 
de  Bruxelles  doit  son  existence  à  l'arrêté  du  14  fruclidor 
an  VIII,  qui  décréta  la  formation  de  quinze  collections  de 
tableaux  dé|)artemen  taies  dans  les  villes  de  Lyon,  Bordeaux, 
Slrasboui'u',  Bruxelles,  Marseille,  Rouen,  Nantes,  Dijon, 
Toulouse,  Genève,  Caen,  Lille,  Mayence,  Rennes  et  Nancy. 
Cette  opinion  est  cependant  en  contradiction  manifeste  avec 
les  faits,  ainsi  qu'il  nous  sera  facile  de  le  démontrer.  L'ad- 
niiiiislralion  hicalc  de  Bruxelles  avail  |)ris,  loniilenips  avant 


—  un  — 

la  publication  de  cet  arrêté,  l'initiative  de  la  création  d'une 
galerie  publique  dont  elle  possédait  les  éléments ,  ce  qui 
était  fort  heureux  pourelle,  attendu  que  la  part  qui  lui  échut 
dans  la  distribution  des  tableaux  tirés  des  magasins  du 
Louvre  et  de  Versailles  était  loin  de  suffire,  comme  on  le 
verra  plus  loin,  à  former  une  collection  qu'on  pût  décorer 
(lu  nom  de  musée. 

Lors  de  l'invasion  de  la  Belgique  par  les  armées  fran- 
çaises, en  1794,  les  commissaires  républicains  enlevèrent 
des  couvents  supprimés  et  des  églises  tout  ce  qui  s'y  trou- 
vait d'objets  d'art.  Les  œuvres  des  grands  maîtres  de  notre 
école  furent  expédiées  par  eux  à  Paris;  celles  qu'un  nom 
célèbre  n'avait  point  signalées  à  leur  attention  furent  lais- 
sées à  Bruxelles,  où  la  totalité  des  tableaux  et  des  morceaux 
de  sculpture  enlevés  aux  différentes  localités  de  nos  pro- 
vinces avait  été  transportée.  Des  dépôts  de  ces  tristes  débris 
avaient  été  établis  en  plusieurs  endroits ,  notamment  à  la 
Chambre  des  comptes  et  dans  une  partie  des  bâtiments  de 
l'Orangerie.  Dès  l'année  suivante,  en  1795,  l'idée  vint  à 
l'administration  locale  de  Bruxelles  de  se  servir  des  tableaux 
dédaignés  par  les  commissaires  républicains,  pour  former 
une  collection  dans  laquelle  les  jeunes  artistes  trouvassent 
(les  moyens  d'instruction  et  qui  put  offrir  quelque  attrait  aux 
étrangers.  Le  promoteur  de  cette  idée  fut  La  Serna  Santan- 
der,  homme  instruit,  actif,  plein  de  zèle  pour  le  progrès  des 
sciences,  des  lettres  et  d(3s  arts,  qui  fut  le  véritable  fonda- 
teur de  la  bibliothèque  publique  de  Bruxelles  et  qui  donna 
le  plan  d'un  musée  national.  Ce  fut  à  cet  homme  distingué, 
dont  on  ne  saurait  trop  honorer  la  mémoire,  qu'on  dut  de 
ne  pas  voir  périr,  dans  les  magasins  où  ils  étaient  accu- 


—  ÔK)  — 

mules,  les  livres  et  les  tableaux  abandonnés  par  les  com- 
missaires français.  Voici  en  quels  termes  s'exprimait 
M.  Malaise,  un  des  conservateurs  du  Musée,  dont  il  sera 
parlé  plus  loin,  dans  un  rapport  adressé  à  l'autorilé  admi- 
nistrative sur  l'origine  du  dépôt  dont  la  direction  lui  était 
confiée  : 

«  M.  de  La  Serna  ne  se  borna  point  à  organiser  la  Biblio- 
llièque  ;  secondé  par  qu(;lques  amis  des  arts  et  des  sciences, 
il  proposa  successivement  la  création  du  Musée,  du  Jardin 
des  plantes  et  du  Cabinet  d'histoire  nalurello.  Les  tableaux 
qui  existaient  dans  les  bâtiments  de  I;i  Cbandjrc  des  comptes 
et  dans  les  locaux  de  l'Orangerie  de  la  cour  composèrent 
le  fond  de  la  collection.  Ils  avaient  été  réunis  par  les  soins 
de  M.  Janssens,  Tous  provenaient  des  anciens  couvents  des 
Pays-Bas  et  des  cabinets  des  personnes  réputées  émigrées. 
La  suppression  des  corporations  et  des  corps  de  métiers  en 
augmenta  le  nombre.  Les  agents  de  l'administration  supé- 
rieure expédièrent  sur  Bruxelles  environ  sept  cents  tableaux, 
plus  quebpies  statuts  et  d'autres  objets  d'art.  » 

La  Serna  avait  donc  conçu  le  plan  de  la  création  du  Musée; 
mais,  absorbé  ])ar  les  soins  que  réclamait  l'organisation  de  la 
Bibliothèque,  il  ne  pouvait  pas  s'occuper  du  soin  de  sa  réa- 
lisation. C'est  une  mission  qui  échut  à  Bosschaert.  Il  nous 
semble  convenable  de  consacrer  ici  quelques  lignes  à  cet 
homme  distingué,  dont  N.'  nom  se  lie  intiineineiil  ;i  l'histoire 
(l(î  la  fondation  du  Musée  de  Bruxelles. 

Né  à  Bruxelles,  en  17.')7,  et  appartiMianl  à  un(î  fiunille 
honorable,  Bosschaert  lit  de  boinies  éludes  et  obtint  le 
diplôme  de  licencié  en  droit,  i.e  coiiile  de  Cobenzl ,  aïKjiiel 
il  (Ml!  rocciisjoii  (r(''lre  ])r(''S(Mil<'',  le  prit  jjoiir  s(>er(''l;iire  et  lui 


—  547  — 

fît  visitnr  siiroossivomonl  la  Franco,  l'Anglolcrrc  el  l'AIIe- 
mao-no,  en  vue  d'inlrodiiiro  dans  dilTérents  scrvicos  publics 
do  la  Bolgiquo  les  amôlioralions  que  ])our'i'aient  suggérer  les 
renseignements  recueillis  par  ses  soins  à  l'étranger.  On  vit, 
en  elïet,  plus  lard,  appliquer  les  idées  do  Bosschaert  sur  la 
liberté  du  commerce  des  grains,  ainsi  que  ses  plans  pour 
l'encouragemenl  de  l'industrie. 

A  la  mort  de  Gobenzl,  Bosscbaert  quitta  les  affaires  publi- 
ques. Porté  par  instinct  vers  la  culture  des  beaux-arts,  il 
étudia  la  peinture  sous  la  direction  d'André  Lens  et  fit  des 
))rogrès  assez  rapides  pour  devenir,  en  assez  peu  de  temps, 
capable  d'exécuter  des  copies  de  tableaux  de  Rubens  des- 
tinées à  des  églises.  Il  passe  pour  avoir  aidé  Lens  dans  la 
rédaction  de  son  Traité  sur  le  costume  des  peuples  de 
rantiquité. 

La  compétence  de  Bosschaert  en  matière  d'art  était  assez 
bien  établie  pour  qu'en  1782  M.  d'Angevillers,  surintendant 
d(^s  bâtiments  de  France,  avec  qui  il  était  en  correspon- 
dance, le  chargeât  de  faire  à  Munich  des  acquisitions  de 
tableaux  pour  la  galerie  de  Versailles.  Sous  Joseph  II,  Bos- 
schaert reçut  une  mission  qui  le  préparait,  en  quelque  sorte, 
à  celle  qu'il  devait  être  appelé  à  remplir  plus  tard  comme 
organisateur  du  Musée  de  Bruxelles.  Il  l'ut  chargé  de  clas- 
ser les  tableaux  des  couvents  supprimés  et  de  vendre  ceux 
qu'il  considérerait  comme  indignes  de  figurer  dans  les  col- 
lections de  l'Etat.  Malheureusement  Bruxelles  n'avait  pas , 
à  cette  époque,  de  galerie;  ce  qu'on  appelait  les  collections 
de  l'Elat,  c'était  le  musée  de  Vienne,  et  bien  des  chefs-d'œu- 
vre qui  faisaient  la  gloire  de  l'école  flamande  nous  furent 
enlevés  pour  enrichir,  à  nos  dépens,  la  galerie  du  Belv('>- 


—  548  — 

dère.  En  1791,  Bosscliaert  visita  l'Italio;  il  séjourna  à  Flo- 
rence, à  Rome,  à  Venise,  et  ce  voyage  fut  en  quelque  sorte 
le  complément  de  son  éducation  d'artiste. 

Tel  était  l'homme  à  qui  l'autorité  locale  confia  le  soin  de 
présider  à  l'organisation  du  Musée.  Il  précise  lui-même 
l'époque  à  laquelle  la  création  de  ce  dépôt  fut  résolue,  dans 
une  note  qui  se  trouve  parmi  les  nombreux  écrits  de  sa  main 
conservés  aux  archives  de  la  ville  et  qui  est  ainsi  conçue  : 
a  L'administration  centrale  s'est  occupée,  dès  l'an  iv  (179o), 
de  faire  rassembler,  dans  le  local  de  l'Ecole  centrale,  les 
tableaux  restants  des  maisons  religieuses  supprimées.  Son 
but  était  de  procurer  aux  amis  de  l'art  un  faible  dédomma- 
gement des  pertes  que  l'enlèvement ,  sans  exception  ,  des 
objets  les  plus  précieux,  à  l'entrée  des  armées  républicaines, 
avait  fait  subir  à  la  Belgique.  » 

Bosscliaert  se  mit  activement  h  l'œuvre,  mais  le  premier 
travail  qu'il  avait  à  faire  était  long  et  délicat.  Tous  les 
tableaux  entassés  dans  les  locaux  de  la  Chambre  des  comptes 
et  de  l'Orangerie  n'étaient  i)as  des  chefs-d'œuvre;  il  s'en 
trouvait  beaucoup  de  médiocres  (;t  beaucoup  aussi  d'abso- 
lument mauvais,  auxquels  on  ne  pouvait  i)as  accorder  l'hon- 
neur de  figurer  dans  un  Musée.  Il  fallait,  avant  tout,  faire 
un  triage,  procéder  par  voie  d'élimination,  pour  former  le 
fond  d'une  collection  respectable.  Peut-être  Bosscliaert  ne 
se  souciait-il  pas  de  prendre  seul  la  responsabilité  de  celte 
opération.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'administration  centrale 
nomma  un  Jury  pour  le  seconder  dans  le  tra\ail  de  classe- 
ment. 

«  Considérant,  était-il  dit  dans  l'arrêté,  (jue  dans  le 
grand  nombre  d(^  tableaux  il  s'en  trouve  qui  ne  mérileitl  ))as 


—  ô/(.0  — 

d'étro  consorvés  pour  lo  Miiséo,  cl  qiio  le  moyen  1(^  pins  pro- 
pre de  s'assurer  qu'aucun  bon  tableau  ne  soit  mis  au  rebut 
est  de  confier  cette  opération  à  un  jury  composé  d'artistes 
et  d'amateurs,  arrête  : 

»  Article  1".  Un  jury  composé  de  neuf  membres  fera  le 
triage  des  tableaux  déposés  à  l'Ecole  centrale.  Ses  Ibnclions 
seront  gratuites. 

»  Art.  2.  Sont  nommés  membres  de  ce  jury  les  citoyens  : 
Lens  aîné,  peintre  ;  François,  peintre,  professeur  à  l'École 
centrale;  Janssens,  sculpteur,  membre  du  jury  des  arts; 
Foteyil,  rentier;  Debiefve  père,  rentier;  Le  Roy,  peinire; 
Marneffe,  marchand  de  tableaux;  Thys,  restaurateur  de 
tableaux;  Bosschaert,  peintre, 

»  Art.  5.  Le  jury  mettra  au  rebut  les  tableaux  indignes 
d'être  placés  dans  le  Musée  et  qui,  sous  aucun  rapport,  ne 
peuvent  servir  à  l'instruction  ou  à  la  curiosité  publique,  soit 
comme  monument  d'antiquité  ou  d'histoire. 

»  Art.  4.  Un  tableau  ne  pourra  être  rebuté  que  par 
décision  du  jury ,  composé  de  la  moitié  phis  un  de  ses 
membres. 

»  Art.  5.  Il  sera  fait  un  inventaire  des  tableaux  jugés 
dignes  d'être  conservés.  Ils  y  seront  classés  suivant  leurs 
genres  distinctifs,  que  le  jury  pourra,  s'il  le  juge  convenable, 
subdiviser  en  plusieurs  classes ,  pour  distinguer  le  mérite 
relatif  des  tableaux. 

»  Il  sera  ftiit  également  un  inventaire  des  tableaux  mis 
au  rebut.  » 

Dans  la  lettre  adressée  aux  membres  du  jury  pour  leur 
faire  part  de  leur  nomination,  il  était  dit  :  «  La  formation 
d'un  musée  près  de  l'École  cenlrab^  est  désirée  depuis  long- 


—  r,5o  — 

lomps  par  les  amis  des  arts,  et  nous  sommes  persuadés  qu'à 
ce  titre  vous  remplirez  avec  plaisir  une  tàehe  qui  doit  en 
préparer  rétablissement.  Des  ])roiirès  ))lus  rapides  dans 
l'instruclion  et  une  nouvelle  jouissance  i)rocurée  à  vos 
concitoyens  sont  la  douce  récompense  qui  couronnera  vos 
travaux,  » 

Les  membres  du  jury  acceptèrent  tous  le  mandai  qui  leur 
était  donné.  Comme  détail  des  mœurs  du  temps,  nous  con- 
signerons ce  fait  qu'ils  adressèrent  une  pétition  à  l'autorilé, 
à  cette  fin  d'èlre  exemptés  du  logement  militaire,  pour  pou- 
voir se  livrer  activement  à  leurs  travaux ,  et  que  ce  qu'ils 
demandaient  leur  fut  accordé,  parce  que  leurs  fonctions 
étaient  gratuites.  C'est  que  c'était,  à  cette  époque,  une 
lourde  charge  pour  les  habitants  que  celle  des  logements 
militaires! 

L'arrêté  que  nous  venons  de  citer,  et  qui  porte  la  date 
de  1797,  établit  bien  nettement  (pie  la  foi'mation  d'un  Musée 
à  Bruxelles  était  décidée  longtemps  avant  que  l'institution 
des  galeries  départementales  ïùl  décrétée  par  le  |)remier 
consul,  sur  la  proposition  du  ministre  Chaptal.  Peu  de 
temps  après,  Bosschaert  fut  nommé  conservateur  de  ce 
Musée. 

Le  jury  institué  par  l'administration  locale  se  mit  en  de- 
voir d(M'emplir  la  lâche  qui  lui  avait  été  confiée.  Il  s'v  con- 
sacra avec  zèle;  mais  nous  n'oserions  pas  allirmer  qu'il  ait 
toujours  pris  ses  décisions  avec  disc(>rnement  et  en  pleine 
connaissance  de  cause.  Nous  avons,  au  contraire,  de  fortes 
raisons  de  croire  qu'il  subit  involontairement  l'inlluence  des 
prijugés  de  son  teni|)s  et  que  ces  préjugés  lui  firent  com- 
niclln'  des  erreur-;  don!    jec;  miiles  fiii-etil  des  ])lii>^  funestes 


—  ôol    — 

pour  le  Muséo.  L'admiiiislralion  avait  été  inspirée  par  une 
juste  appréciation  dos  clioses,  on  disant  dans  son  arrêté  (pio 
les  tabl(^aux  mis  au  rebut  seraient  ceux  qui  ne  pourraient 
pas  servir  à  l'instruction  ou  à  la  curiosilé  publique,  ou  qui 
ne  seraient  pas  considérés  comme  des  monuments  d'anti- 
quité ou  d'bistoire.  L'idée  exprimée  dans  ce  dernier  membre 
de  pbrase  semble  loute  naturelle  de  notre  temps;  mais  il 
est  extraordinaire  de  la  rencontrer  dans  un  document  admi- 
nislratif  de  cotte  époque.  Celui  qui  songeait  à  consacrer,  il 
y  a  soixanle-dix  ans,  la  valeur  liistorique  des  objets  d'art, 
était  en  avance  sur  ses  contemporains.  La  preuve,  c'est  qu'il 
ne  fut  pas  compris  des  artistes  mômes  auxquels  il  s'adressait 
et  qui  n'observèrent  que  médiocrement  ses  sages  recomman- 
dations. 

On  ne  comprenait  pas,  à  la  lin  du  siècle  dernier,  qu'une 
reuvre  d'art  pût  être  précieuse  à  d'autres  titres  que  ceux  qui 
résultent  de  l'application  de  certaines  règles  considérées 
comme  les  meilleures  à  un  moment  donné;  on  ne  compre- 
nait pas  qu'il  y  eût  pour  un  tableau,  pour  une  statue  deux 
sortes  de  mérite,  l'un  absolu,  l'autre  relatif  cà  l'état  général 
des  connaissances  techniques  dans  le  temps  où  vivait  l'ar- 
tiste auteur  de  ce  tableau  ou  de  cette  statue.  Il  est  vrai  que 
de  nos  jours  c'est  le  mérite  absolu  que  de  certaines  personnes 
contestent,  en  méconnaissant,  en  niant  même  les  lois  fonda- 
mentales du  beau.  Chaque  époque  a  ses  travers.  Quoi  qu'il 
en  soit,  les  maîtres  primitifs  n'étaient  point  en  crédit  à  la  fin 
du  siècle  dernier.  Mensart  et  Descamps,  dans  les  descrip- 
tions qu'ils  ont  données  des  objets  d'art  que  possédaient  en 
si  grand  nombre  les  églises  et  les  monastères  de  nos  pro- 
vinces, daignent  à  peine  ciler  quelques-unes  des  (ouvres 


—  5o2  — 

capitales  des  maîtres  de  l'ancienne  école.  Bossehaert  et  ses 
collègues  lémoignèrent  également,  comme  nous  en  fourni- 
rons bientôt  la  preuve,  peu  d'estime  pour  les  curieux  monu- 
ments des  premiers  âges  de  la  peinture  llamando.  En  même 
temps  qu'il  était  conservateur  du  futur  Musée,  Bossehaert 
remplissait  les  Ibnclioiis  de  directeur  de  l'Association  de 
peinture,  sculpture  et  architecture  ;  en  faisant  le  choix  des 
tableaux  destinés  à  former  la  galerie  i)ublique,  il  n'avait 
qu'une  pensée,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  une  foule  de  passages 
de  ses  rapports  ofliciels  et  de  sa  correspondance  :  c'était  de 
conserver  des  tableaux  (jui  lussent  de  nature  à  ])ouvoir 
servir  à  l'instruction  des  élèves.  Il  semblait  ignorer  qu'un 
Musée  doit,  autant  que  possible,  présenter  dans  son  ensem- 
ble l'histoire  de  la  peinture  représentée  par  des  œuvres 
caractéristiques  de  toutes  les  époques.  Son  erreur  à  cet  égard 
n'est  pas  une  supposition  ;  des  faits  consignés  dans  la  suite 
de  cette  notice  le  démontreront  d'une  manière  irrécusable. 
Il  est  de  toute  évidence  pour  nous  que  la  collection  des 
tableaux  de  l'école  primitive  que  possède  le  Musée  de 
Bruxelles,  bien  que  déjà  fort  intéressante,  aurait  pu  être 
beaucoup  plus  riche  encore,  si  le  jury  chargé  d'opérer  le 
triage  des  objets  d'art  provenant  des  maisons  religieuses  sup- 
primées avait  rempli  sa  tâche  avec  j)lus  de  discernement 
et  se  fût  conformé  aux  recommandations  contenues  dans 
l'arrêté  de  l'administration  locale. 

Vers  la  lin  de  171)7,  le  jury  avait  tcnniné  ses  opéj'ations, 
et  Bossehaert  avait  rédigé  un  inventaire  général  des  objets 
d'art  contenus  dans  les  dépôts  où  ils  étaient  entassés  d(*puis 
leur  arrivée  à  lîruxelles.  Nous  avons  eu  entre  les  mains  une 
copie  (le  cet  inventaire,  qui  nous  a  (''t(';  d'une  grande  nlilil('' 


—  -roo  — 

|)(»ur  cuiislalci'  la  i»ro\  ciiaïux'  iruii  ciu'laiii  nombre  tic 
tableaux.  Toules  les  fois  iiiie  iiosscbéierl  a  )>u  se  procurer 
un  reiiseii;iieiiieiil  jH-écis  sur  l'origine  de  l'un  des  ol)jels  d'art 
qui  passaient  entre  ses  mains,  il  l'a  soigneusement  consigné; 
mais  il  eu  est  beaucoup,  mallieureusemenl,  sur  lesquels  il 
n'a  j)as  obtenu  et  n'a  i>u  nous  transmettre  d'indications  de 
ce  genre.  L'inventaire  général  des  tableaux  comprend  treize 
cent  et  un  numéros.  Plusieurs  tableaux  étant  souvent  réunis 
sous  le  même  numéro,  on  peut  |iortcr  à  environ  quinze  cents 
le  nombre  total  des  toiles  et  des  panneaux  que  renlérmaiimt 
les  magasins  dont  le  contenu  avait  été  examiné  par  le  jury 
et  inventorié  par  Bosschaert. 

L'administration  locale  avait  fait  transporter  dans  les  bâti- 
ments de  l'Ancienne  Conr  les  tableaux  déposés  d'abord  à  la 
Chambre  des  comptes  et  à  l'Orangerie,  et  c'était  là  que  devait 
s'ouvrir  le;  Musée.  Bosschaert  se  plaignit  de  l'insulïisance  des 
locaux  assignés  au  dépôt  considérable  ((ui  lui  était  confié. 
Ce  dépôt  avait  reçu  de  nouveaux  accroissements.  L'autorité 
avait  fait  faire  de  nouvelles  perquisitions  dans  les  maisons 
religieuses  supprimées,  afin  d'en  retirer  les  objets  d'art  que 
les  commissaires  républicains  pouvaient  y  avoir  laissés  lors 
de  leur  première  tournée.  Ainsi  que  l'écrivait  Bosschaert  à 
l'administration  :  «  On  s'est  assuré  que  tous  les  tableaux  des 
grands  maîtres  avaient  disparu  ;  mais  ceux  de  la  deuxième 
et  de  la  troisième  classe  se  sont  trouvés  en  grand  nombre , 
et  comme  la  plupart  sont  de  grandes  compositions  exécutées 
pour  des  églises,  la  nécessité  d'avoir  un  vaste  local  est 
deveime  impérieuse.  » 

Ce  local,  Bosschaert  crut  l'avoir  trouvé  dans  l'église  des 
Jésuites.  Il  proposa  de  faire  enlever  de  cet  édifice  les  é(iui- 


peniciils  inililaircs  <iui  y  cUiiciil  déposés,  pour  y  Iransporter 
les  ol)jc(s  d'art  accuniulcs  dans  les  salles  derAncienne  Cour. 
Il  élail  d'aulaiil  plus  indispensable,  ajoutait-il,  de  prendre  la 
mesure  (pi'il  sollicilail,  (pic  la  vente  du  mobilier  des  paroisses 
de  la  conniiune  allait  avoir  lieu,  et  que,  les  tableaux ,  les 
statues,  les  bas-reliefs,  etc.,  de  ces  éiiliscs  ayant  été  accordés 
,'iu  Musée,  il  fallait  avoir  un  emplacement  propre  à  les 
recevoir. 

La  demand(î  de  Bosscbaert  fut  prise  en  considération.  Il 
fut  autorisé  à  aller  avec  un  arcbitecte  visiter  réglise  des 
Jésuites,  pour  s'assurer  du  parti  (|u'on  en  pourrait  tirer. 
Toutefois  il  paraît  rpie  la  combinaison  rencontra  des  dilll- 
cultés.  Elle  fut  abandonnée,  et,  peu  de  temps  après,  Bos- 
schaerl,  a]»puyé  par  La  Serna  et  i)ar  les  membres  du  jury  des 
arts,  demanda  l'église  des  Minimes  en  remplacement  de  celle 
des  Jésuites.  Il  ne  fut  pas  plus  heureux  dans  cette  seconde 
négociation  que  dans  la  première.  Bon  gré  mal  gré,  il  fallut 
(pi'il  se  contentât  des  bâtiments  de  l'Ancienne  Cour  et  qu'il 
trouvât  le  moyen  d'y  organiser  le  Musée,  tout  en  conservant 
le  dépôt  des  tableaux  considérés  comme  indignes  de  ligurer 
dans  la  collection  publique.  Il  i)arait  que  la  pénurie  des  locaux 
est  à  Bi'uxelles  un  mal  cbronicpie;  on  a  même  été  quelque- 
fois t('nl('  de  croire  (ju'il  était  incurable. 

Le  résultat  des  pi'cmières  o|térations  du  jujy  avait  été  un 
choix  d'environ  cent  tableaux  jugés  dignes  de  ligurer  dans 
l<;  Musée.  Toutefois  Bosscbaert  convint,  dans  le  l'appoi'tcpi'il 
adressa  à  l'autorité,  que  des  œuvres  de  mérite  pouvaient 
avoir  échappé  aux  rcclierches  de  ses  collègues,  attendu  que, 
les  toiles  étant  entassées  les  unes  sur  les  autres,  on  n'avait 
pu  |irocéder  que  très-dillicilement  à  leur  examen.  «Il  n'a 


.)0.) 


été  l'ait  aucune  luontiou  des  antiiiucs  ,  ajoutait  Bosschacrl, 
par  la  raison  que  la  plupart  do  cos  tableaux  sont  très-médio- 
cros  el  ne  rempliraient  pas  même  le  l)u(,  qui  serait  de  rap- 
peler le  eommenc(Miient  et  les  })rogrès  de  l'art.  »  Ce  que  le 
conservateur  du  futur  Musée  appelait  les  antiques,  c'étaient 
les  tableaux  des  peintres  antérieurs  à  la  seconde  moitié 
du  \\f  siècle.  L'expression ,  tout  impro])re  qu'elle  lut, 
resta,  et  l'on  s'en  servait  encore  naguère  pour  désigner 
les  œuvres  de  nos  vieux  peintres.  Cette  phrase  trahit  les 
pré^'ugés  de  Bosschaert;  elle  atteste  que,  tandis  qu'il  se 
montrait,  d'une  part,  plein  de  zèle  pour  les  intérêts  de 
rétablissement  dont  les  destinées  avaient  été  remises  entre 
ses  mains,  il  le  desservait,  d'un  autre  côté,  par  esprit  de 
système. 

Ces  antiques,  dont  il  avait  cru  ne  devoir  faire  aucune 
mention,  forment  une  des  parties  les  plus  intéressantes  du 
Musée.  A  la  vérité,  des  acquisitions  récentes  ont  beaucoup 
accru  l'importance  de  notre  collection  de  tableaux  des  an- 
ciens maîtres  ;  mais,  si  l'on  veut  accorder  quelque  attention 
aux  indications  de  provenance  données  dans  le  catalogue, 
on  verra  que  la  série  des  productions  de  notre  vieille  école 
llamande  s'est  trouvée  très-riche  et  très-intéressante,  le  jour 
où  l'on  a  bien  voulu  les  tirer  de  l'obscurité  à  laquelle  les 
avaient  condamnées  d'injustes  préventions. 

A}U'ès  avoir  dit  que  ce  qui  restait  de  tableaux  dans  les 
magasins  ne  pouvait,  à  l'exception  d'un  très-petit  nombre, 
servir  à  la  formation  du  Musée,  Bosschaert  ajoutait  qu'on 
réaliserait,  en  les  vendant,  une  assez  grosse  somme  qu'on 
emploierait  utilement  à  faire  restaurer  et  encadrer  ceux 
qui    avaient  été  choisis.   Celte   proposition  ne  fut  point 


—  ôoC)  — 

accueillie,  Jieureuseiiieiil  ;  mais  nous  verrous  plus  larcl  ([ue 
l'aulorilé  ne  suL  pas  toujours  résister  à  des  ouvertures  de  ce 
liciire. 

Non-seulement  l'autorité  locale  avait  pris  l'initiative  de  la 
création  du  31usée  de  Bruxelles  longtemps  avant  qu'il  lut 
question,  à  Paris,  de  former  des  collections  départementales; 
mais  encore  des  sollicilations  fui-ent  adressées  au  gouverne- 
ment, àl'elîet  d'en  obtenir  ce  que  Chaptal  accorda  plus  tard 
à  quinze  grandes  villes.  Il  est  permis  de  supposer  que  les 
demandes  que  ce  ministre  reçut  de  Bruxelles  ne  furent  pas 
sans  influence  sur  la  conception  du  plan  des  collections 
départementales.  En  1798,  Bosschaert  faisait  parvenir  à  l'ad- 
ministration la  copie  d'une  lettre  adressée  au  ministre  par 
le  jury  du  déi)artement  de  la  Dyle,  touchant  diftërentes  (jues- 
tions  de  son  ressort,  et  dans  laquelle  la  cause  du  Musée  de 
Bruxelles  était  plaidée  chaleureusement.  Le  jury  commen- 
çait i)ar  rappeler  qu'à  l'entrée  des  armées  réi)ublicaincs  en 
Belgique,  des  commissaires  nommés  pour  la  recherche  des 
objets  d'art  et  de  science  avaient  enlevé  tout  ce  qui  se  trou- 
vait dans  ce  pays.  «  L'école  flamande,  jadis  si  célèbre,  est 
dépouillée  des  productions  de  ses  meilleurs  maîtres.  11  ne 
reste  plus,  pour  servir  à  l'instruction  publique,  un  seul 
tableau  deRubensnideVan  Dyck.  Daignez,  citoyen,  donner 
à  notre  sol  les  productions  (pii  lui  sont  nécessaires.  La 
iKiture,  de  tout  temps,  l'avait  destiné  à  la  culture  des  arts. 
Vous  ne  j>crmettrez  pas  que  l'abandon  et  la  stérilité  prennent 
la  ])lacc  des  moissons  abondantes  (|ue  cette  terre,  vivifiée 
par  1(;  génie  bienfaisant  de  l'enseignement,  peut  ])roduire 
encore.  »  Ainsi  s'exprimait  le  jury  dans  sa  lettni  au  minis- 
tre. Mettant  à  part  l'emphase  du  style,  qui  était  un  travers  de 


—  357  — 

l'époque,  on  no  pciiL  nier  qu'il  n'ait  dit  des  choses  fort  justes 
et  fort  bonnes. 

Au  mois  de  frimaire  an  vin  (1799),  La  Serna  Santander 
écrivait  au  représentant  de  l'autorité  départementale ,  au 
nom  du  conseil  d'administration  de  l'École  centrale  :  «  Nous 
vous  prions  de  vouloir  faire  tous  vos  efforts  auprès  du  minisire 
de  l'intérieur,  afin  de  l'engager  à  seconder  l'établissement 
du  Musée,  si  nécessaire  aux  progrès  des  arts.  Cet  établisse- 
ment ajoutera  certainement  un  nouvel  éclat  à  notre  École 
centrale  et  servira  d'encouragement  aux  jeunes  artistes,  » 

Au  même  moment  (26  frimaire),  Bosschaert  adressait 
à  l'administration,  au  nom  du  jury  des  arts,  la  note  des 
tableaux  destinés  à  former  un  Musée  dans  le  local  de  la 
ci-devant  Cour.  «  Le  comité  de  salut  public,  disait-il,  a  fait 
enlever  ce  que  nous  avions  de  plus  précieux;  mais  si,  aux 
objets  que  nous  avons  eu  le  bonheur  de  conserver,  le  gou- 
vernement permettait  d'ajouter  une  quarantaine  de  tableaux 
à  prendre  parmi  ceux  qui  n'ont  pas  été  choisis  pour  le  Musée 
de  Paris,  nous  ne  doutons  pas  que  celui  de  Bruxelles  ne  pût 
s'ouvrir  avec  distinction.  » 

Nous  pensons  avoir  démontré  que  l'initiative  de  la  créa- 
tion d'un  Musée  à  Bruxelles  appartient  h  La  Serna  et  à 
Bosschaert,  secondés  par  l'administration  locale.  Les  der- 
niers documents  dont  nous  venons  de  citer  des  extraits 
sont  du  mois  de  frimaire  an  viii,  et  c'est  seulement  le 
14  fructidor,  plus  de  huit  mois  après,  que  paraissait  le  décret 
relatif  à  l'organisation  des  collections  départementales. 

Le  Musée  de  Bruxelles  allait  s'ouvrir;  en  attendant  qu'on 
fit  droit  à  ses  réclamations,  Bosschaert  avait  rédigé  un  cata- 
logue, dont  nous  avons  le  manuscrit  sous  les  yeux,  quand 

i23 


—  558  — 

parut  le  déercl,  du  14  fructidor  qui  instituait,  dans  les  quinze 
iirandes  villes  que  nous  avons  mentionnées  plus  liaul,  des 
collections  de  tableaux  dont  les  éléments  devaient  être 
fournis  par  le  Musée  d(!  Paris,  qui  regorgeait  d'objets  d'art 
enlevés  à  tous  les  pays  conquis  par  les  armées  françaises. 
Il  fut  décidé  que  l'inauguration  de  l'élablisscmenl  fondé  par 
la  commune  serait  retardée  jusqu'à  ce  que  Bruxelles  eût 
oblenu  le  lot  qui  lui  était  destiné. 

A  peine  le  décret  avait-il  paru,  que  Bosschaert  écrivait 
à  l'administration  locale  et  l'engageait  à  faire  de  vives 
instances  auprès  du  gouvernement  pour  obtenir,  en  faveur 
de  Bruxelles,  une  large  part  dans  la  distribution  des  objels 
d'art  qui  devait  avoir  lieu  entre  les  quinze  grandes  villes  : 
«  Comment  excuser,  disait-il,  le  zèle  de  ces  artistes  étran- 
gers qui,  regardant  la  Belgique  comme  un  pays  de  conquête, 
sollicitèrent  auprès  du  comité  de  salut  ])ublic  l'autorisation 
de  nous  dépouiller  sans  réserve  et  sans  ménagement?  S'il  est 
juste  que  Paris,  comme  centre  commun,  réunisse  les  meil- 
leures choses,  il  l'est  également  qu'après  avoir  fixé  son 
choix,  il  accorde,  en  restitution  ou  en  remplacement  aux 
départements  réunis,  la  surabondance  de  ses  richesses.  Et 
(juci  département  a  ])lus  de  droits  ([uv  le  nôtre  à  ces 
i-icliesses?  N'est-ce  point  à  nos  artistes  que  le  Musée  de  la 
capitale  doit  son  pi'incij)al  éclat?  » 

Bosschaert  écrivit  dans  le  même  sens  au  j)réfetdu  dépar- 
tement, et  voici  la  i'é|)ouse  ({u  il  reçut  :  «  J'ai  transmis  au 
ministre  de  l'intérieur  la  réclamation  (jue  vous  m'avez 
adressée  pour  obtenir  que  le  Gouvernement  rende  à  la  ville 
de  Bruxelles  quelques-uns  des  tableaux  qui  lui  furent  en- 
levés à  une  éj)oque  où  la  Belgique  dut  être  traitée  en  pays 


—  559  — 

coïKjuis.  J'ai  insiste  sur  les  rcgi'cls  des  artistes  et  des  amis 
des  arls  de  ne  plus  trouver,  dans  la  patrie  de  Rubens  et  de 
Van  Dyck,  un  seul  monument  de  leur  gloire,  une  seule  trace 
de  l'existence  de  ces  grands  Iionmics...  » 

Il  ne  suflisait  pas  que  le  décret  du  14  fructidor  fût  rendu, 
il  fallait  encore  qu'on  le  mît  à  exécution  ;  or  on  sait  qu'il  faut 
s'armer  de  patience,  quand  on  est  aux  prises  avec  les  len- 
teurs administratives.  Les  mois  s'écoulaient  et  l'on  n'enten- 
dait parler  de  rien.  Une  occasion  parut  se  ])résenter  ])our 
faire  parvenir  au  gouvernement  une  réclamation  qui  eût 
chance  d'être  écoutée.  Un  délégué  du  département  de  la 
Dyle  allait  se  rendre  à  Paris  pour  assister  à  la  fête  nationale 
du  1"  vendémiaire  an  ix.  Le  conseil  d'administration  de 
l'école  centrale  eut  l'idée  de  faire  plaider  de  vive  voix  la 
cause  du  Musée  de  Bruxelles.  Nous  trouvons  dans  les 
archives  du  Musée  un  curieux  document  relatif  à  cette 
inission.  Il  est  intitulé  :  «  Note  remise  par  le  conseil  d'ad- 
ministration de  l'École  centrale  au  citoyen  de  la  Puente, 
président  du  conseil  général  du  département  de  la  Dyle  et 
député  à  Paris  pour  assister  à  la  fétc  du  1"  vendémiaire 
an  IX.  »  Cette  note  est  un  véritable  mémoire;  nous  ne  la 
transcrirons  pas  entièrement,  à  cause  de  son  étendue;  mais 
nous  en  citerons  quelques  passages,  soit  parce  qu'ils  ren- 
ferment des  faits  intéressants  pour  l'histoire  du  Musée,  soit 
parce  qu'ils  attestent  les  vues  justes  et  élevées  des  hommes 
qui  avaient  entrepris  la  noble  tâche  de  faire  refleurir  en 
Be]gi(iue  la  culture  des  bcaux-arls. 

Les  auteurs  de  la  note  commençaient  par  rappeler  com- 
ment, la  Belgique  ayant  été  dépouillée  par  les  commissaires 
républicains  de  toutes  les  productions  des  maîtres  qui  avaient 


—  5G0  — 

clé  jadis  la  gloire  de  l'école  flamande,  radniinistralion  cen- 
trale ,  «  pour  remplir  autant  que  possible  un  vide  aussi 
funeste,  avait  fait  rassembler  dans  le  local  de  la  ci-devant 
Cour  les  tableaux  restants  des  maisons  supprimées.  »  Ils  ajou- 
taient :  «  Si  un  grand  nombre  de  tableaux  pouvaient  fonder 
la  réputation  d'un  Musée,  celui  de  Bruxelles  n'aurait  rien  à 
désirer;  mais,  dans  ce  (pi'il  possédait,  la  qualité  était  loin 
d'égaler  la  r(uantité.  Bruxelles  avait  des  droits  à  invoquer 
pour  obtenir  qu'on  lui  laissât  faire  un  choix  parmi  les  tableaux 
restés  sans  destination  dans  les  dépôts  de  Paris  ;  mais  les 
instances  du  jury  des  arts,  celles  du  conseil  général  du 
département  et  du  préfet  sont  restées  sans  effet.  » 

Il  ressort  des  termes  de  la  note  que  non-seulement  ou  ne 
se  presse  pas  de  donner  suite  au  décret  du  14  fructidor, 
mais  qu'on  cherche  même  à  en  éluder  l'exécution.  On  n'a 
obtenu  du  ministre  qu'une  réponse  évasive;  il  a  renvoyé  à 
des  moments  plus  favorables  l'envoi  des  tableaux  demandés 
par  le  Musée  de  Bruxelles ,  à  cause  de  la  dépense  qui  en 
résulterait.  Le  conseil  d'administration  estime  que  cette 
dépense  ne  s'élèverait  pas  au-dessus  de  deux  mille  francs  et 
dit  qu'au  besoin  on  y  ferait  face  par  une  souscription.  «  On 
peut  affirmer,  ajoute-t-il,  que  si  l'on  veut  conserver  parmi  les 
Belges  un  talent  qui  leur  est  particulier,  il  est  indispensable 
de  leur  restituer  les  tableaux  dont  on  les  a  dépouillés.  En 
effet,  il  n'en  est  pas  de  la  ])einlure  comme  des  autres  sciences, 
dont  les  éléments  se  reproduisent  à  l'aide  de  l'inqiression. 
Chaque  bon  tableau  n'existe  qu'en  lui-même.  Il  faut  que 
l'artiste  le  voie,  l'étudié  en  personne,  si  l'on  peut  s'exprimer 
ainsi.  Dira-t-on  (pie  les  modèles  puisés  dans  la  nature 
suffisent  à  l'artiste  intelligent  ?  Non  :  l'art  d'imiter  la  nature 


—  561   — 

est  le  fruit  d'une  longue  expérience.  Cette  expérience 
s'acquiert  en  copiant,  en  méditant  profondément  les  ouvrages 
des  grands  peintres.  C'est  donc  d'abord  l'intérêt  des  artistes 
qui  veut  qu'on  donne  de  l'importance  au  Musée  de  Bruxelles  ; 
c'est  aussi  l'intérêt  de  la  ville,  où  les  voyageurs  ne  trouvent 
plus  rien  qui  les  retienne.  »  —  «  Le  gouvernement,  disent 
encore  les  rédacteurs  de  la  note,  en  accédant  à  notre 
demande,  se  souviendra  que  le  charme  des  arts  est  l'attrait 
le  plus  puissant  qu'on  puisse  offrir  aux  étrangers.  » 

C'étaient  là  d'excellentes  idées,  des  vérités  qni  n'ont  mal- 
heureusement pas  été  toujours  reconnues  et  à  l'évidence 
desquelles  il  y  a  encore  des  personnes  qui  refusent  de  se 
rendre.  Les  auteurs  de  la  pièce  dont  nous  venons  de  citer 
quelques  passages  terminaient  en  exprimant  le  vœu  que  le 
conservateur  du  Musée  de  Bruxelles  fût  bientôt  autorisé  à  se 
rendre  à  Paris,  pour  recevoir  les  tableaux  accordés  par  le 
ministre  et  pour  présider  à  leur  expédition.  Au  bas  de  celte 
pièce  se  trouvent  les  signatures  de  La  Serna,  Heuscliling 
et  Roffin. 

Un  peintre  nommé  Le  Monnier,  Belge  de  naissance  et  fixé 
à  Paris,  avait  été  chargé  par  Bosschaert  de  le  prévenir  du 
moment  où  sa  présence  semblerait  nécessaire  pour  hâter , 
par  ses  démarches  personnelles  ,  l'octroi  de  la  faveur  que 
Bruxelles  sollicitait  avec  une  constance  digne  d'un  meilleur 
succès.  Il  reçut  de  son  correspondant  l'avis  que  plusieurs 
délégués  des  autres  villes  appelées  à  recueillir  le  bénéfice  de 
l'arrêté  du  14  fructidor,  se  trouvaient  déjà  à  Paris.  On  le 
pressait  d'arriver  au  plus  vite,  s'il  voulait  obtenir,  dans  la 
distribution  des  tableaux,  une  part  proportionnée  aux  justes 
prétentions   de  Bruxelles  et  que   des  compétiteurs  actifs 


—  562  — 

allaient  lui  disputer.  Il  partit  muni  de  recommandations  des 
autorités  de  la  ville  et  du  département  pour  le  ministre,  ainsi 
que  pour  des  personnages  dont  on  supposait  que  l'influence 
pouvait  lui  être  utile. 

Dès  son  arrivée  à  Paris,  Bosscliaerl  se  met  en  devoir  de 
remplir  ses  fonctions  de  solliciteur  ;  il  voit  les  autorilés,  il 
multiplie  les  visites  oflicielles  et  officieuses.  Il  ne  tarde  |">as 
à  donner  de  ses  nouvelles  au  maire  de  Bruxelles,  (pii  les 
attend  avec  im|iatience,  car  le  Musée  est  une  affaire  impor- 
tante pour  les  magistrats  de  la  commune,  aussi  bien  que 
pour  les  amis  des  arts.  Bosschaert  annonce,  avec  bonheur, 
qu'il  a  obtenu  du  ministre  la  promesse  d'une  collection  nom- 
breuse et  bien  choisie.  Il  s'est  occupé  aussi  d(^  bien  disposer 
en  faveur  de  Bruxelles  la  commission  chargée  de  faire  la 
répartition  des  lots  qui  devaient  échoir  aux  quinze  villes  dési- 
gnées dans  le  décret  du  14  fructidor.  Il  a,  du  reste,  éprouvé 
déjà  certaines  diflicultés  auxquelles  il  fallait  s'attendre.  Le 
préfet  d'Anvers,  mécontent  que  sa  ville  n'eût  pas  été  com- 
prise parmi  celles  qui  devaient  jouir  de  l'avantage  de  posséder 
un  Musée,  a  employé  tous  les  moyens  en  son  pouvoir  pour 
prouver  qu'Anvers,  la  patrie  de  Rubens  et  de  Van  Dyck, 
avait,  parle  mérite  de  ses  anciens  artistes,  des  droits  à  la 
préféi'ence  accordée  à  Bruxelles.  Pour  appuyer  sa  réclama- 
tion, il  avait  rappelé  le  grand  nombre  de  tableaux  précieux 
dont  le  Musée  de  l^aris  était  redevable  à  la  ville  d'Anvers. 
Bosschaert  a  cru  devoir  ne  pas  combattre  les  réclamations 
du  préfet  d'Anvers,  M.  d'Erbouvillc,  mnis  plutôt  se  liguer 
avec  lui.  Il  a  seulement  fait  observer  que  Bruxelles  :  «  vantée 
jadis  comme  les  f/c//V'c.s' de  la  lît^lgitpie ,  privée  m.'iiutenant 
de  tous  ses  anciens  avantages,  ne  jtouvnit  reii;iîlre  (|ue  jinr 


—  563  — 

la  culture  dos  beaux-arts.  »  Il  a  cité  aussi  les  artistes  remar- 
quables auxquels  Bruxelles  avait  donné  le  jour. 

L'adininislration  du  Musée  de  Paris  est  occupée  depuis 
plusieurs  mois,  suivant  ce  que  Bosschacrt  fait  connaître,  à 
))asser  en  revue  les  tableaux  déposés  dans  ses  magasins; 
mais  ces  tableaux  sont  au  nombre  de  quinze  cents;  il  faudra 
du  temps  pour  acbover  un  pareil  travail.  Du  reste,  il  y  a 
jiromesse  formelle  que  Bruxelles  et  Anvers  seront  traitées 
jilus  favorablement  que  d'autres  villes  auxquelles  on  ne  peut 
reconnailre  ni  les  mêmes  avantages  de  situation,  ni  le  même 
amour  pour  les  arts.  Bosscliaert  annonce  qu'il  a  formé  une 
demande  tendante  à  obtenir  par  anticipation  le  tableau 
(le  Saint  Martin)  peint  jiar  Van  Dyck  pour  Saventbem.  A 
l'appui  de  sa  demande,  il  a  invoqué  cette  circonstance  que 
le  citoyen  d'Erbouville,  préfet  d'Anvers,  venait  d'obtenir, 
également  par  anticipation  ,  deux  beaux  tableaux.  «  Cette 
faveur  ne  manquera  pas  de  faire  beaucoup  de  bruit,  dit  le 
zélé  conservateur  du  Musée  de  Bruxelles,  etje  crains  que  nos 
babitants  n'en  soient  jaloux,  qu'ils  n'imputent  à  ma  mala- 
dresse de  n'avoir  pas  pu  obtenir  un  don  semblable;  mais 
comment  aurais-je  pu  balancer  le  crédit  d'un  liomme  lié 
d'ancienne  amitié  avec  le  consul  Lebrun  et  jouissant  d'un 
facile  accès  auprès  du  ministre  de  l'intérieur?  » 

Le  maire  répondit  à  Bosschaert  qu'il  s'était  empressé 
d'écrire  au  préfet  pour  l'engager  à  appuyer,  auprès  du 
ministre,  la  demande  de  la  restitution  du  Saint  Martin  de 
Van  Dyck.  Seulement,  on  peut  conclure  du  passage  suivant 
di;  sa  lettre  que  c'est  au  Musée  de  Bruxelles,  et  non  à  l'église 
de  Saventhcm,  qu'était  destiné  le  tableau  de  Van  Dyck ,  si 
l'on  en  avait  obtenu  la  restitution  :  «  Vous  apprécierez  corn- 


—  364  — 

bien  il  importe,  pour  la  prospérité  de  cette  ville,  d'enrichir 
son  dépôt  d'objets  de  peinture  de  ce  qu'il  y  a  de  plus 
remarquable.  » 

Deux  mois  se  passent,  et  Bosschaerl  n'a  pas  vu  le  plus 
mince  succès  couronner  ses  efforts.  Découragé,  il  écrit  au 
maire":  «  Il  faut  avoir  sollicité  à  Paris  pour  apprécier,  je 
ne  dis  pas  le  bonheur  de  réussir,  mais  seulement  celui  d'ob- 
tenir une  décision.  »  Il  attendait  avec  impatience  la  réponse 
du  ministre  à  la  lettre  du  préfet.  Elle  arrive  enfin;  mais  il 
n'y  aurait  pas  lieu  de  se  féliciter  de  son  contenu,  car  le 
tableau  de  Saventhem  est  refusé,  si  l'on  ne  recevait  en  même 
temps  l'assurance  que  Bruxelles  jouira  d'une  belle  et  nom- 
breuse collection,  Bosschaert  arevu  les  commissaires  charQ;és 
de  la  distribution  des  tableaux  et  il  a  eu  soin  de  leur  faire 
remarquer,  dit-il  :  «  que  Bruxelles,  placée  au  centre  des 
communications,  entre  l'Allemagne,  l'Angleterre,  la  France 
et  la  Hollande,  doit  pouvoir  offrir  à  la  curiosité  des  voya- 
geurs des  objets  intéressants.  »  C'était  bien  comprendre  le 
rôle  dévolu  à  la  ville  de  Bruxelles  par  sa  situation  géogra- 
j)hique.  On  ne  s'exprimerait  pas  mieux,  à  cet  égard,  en  1803, 
que  ne  le  faisait  Bosschaert,  le  G  brumaire  an  x  (1802)  , 
dans  la  lettre  dont  nous  venons  de  citer  un  extrait. 

Pendant  que  Bosschaert  veillait  activement  aux  intérêts 
du  Musée,  lui-même  n'était  pas  oublié  par  l'administration 
de  Bruxelles.  Elle  avait  écrit  au  ministre  pour  solliciter  sa 
bienveillance  et  sa  justice  en  faveur  de  ce  zélé  fonctionnaire. 
Le  conseillerd'ÉtatRegnault  de  Saint-Jean  d'Angely  envoya 
au  maire  de  Bruxelles,  M.  Rouppe,  la  copie  d'une  lettre  du 
ministre  de  l'intérieur  où  il  était  dit  que  ,  «  d'après  l'arrêté 
des  consuls  établissant  un  Musée  à  Bruxelles,  il  était  à  peu 


—  565  — 

près  certain  qno  le  conservateur  actuel  ne  serait  pas  changé 
et  qu'il  recevrait  un  traitement.  » 

On  en  était  toujours  aux  promesses  d'une  part,  aux  espé- 
rances mêlées  de  craintes  et  de  découragements  de  l'autre. 
La  corres})ondance  de  Bosschaert  enregistre  jour  par  jour, 
en  quelque  sorte,  les  péripéties  d'une  mission  qui  semblait 
ne  devoir  aboutir  jamais.  Du  reste,  les  obstacles  ne  faisaient 
qu'ajouter  à  l'énergie  et  à  la  ténacité  du  délégué  de  l'admi- 
nistration de  Bruxelles.  Nous  trouvons  des  preuves  de 
l'activité  déployée  par  Bosschaert,  non-seulement  dans  ses 
lettres,  mais  encore  dans  celles  d'une  foule  de  personnes  avec 
lesquelles  il  s'était  trouvé  en  relation,  qu'il  avait  intéressées 
au  succès  de  son  entreprise  et  qui  lui  rendaient  compte  du 
résultat  de  leurs  démarches.  Ces  lettres,  qui  furent  sans  doute 
envoyées  à  Bruxelles  par  Bosschaert  comme  pièces  à  l'appui 
de  ses  rapports  ofticiels,  existent  dans  les  archives  du  Musée. 
Le  général  Eblé,  inspecteur  de  l'artillerie,  qui  était  au  nombre 
des  protecteurs  de  Bosschaert,  avait  écrit  au  général  Duroc 
])0ur  le  prier  de  solliciter  le  premier  consul  en  faveur  du 
Musée  de  Bruxelles.  Il  reçut  cette  réponse  : 

«  Je  n'ai  pas  oublié ,  mon  cher  général ,  ce  que  vous 
m'avez  dit  au  sujet  des  tableaux  de  Bruxelles.  Il  n'est  pas 
encore  venu  à  ma  connaissance  que  le  premier  consul  ait 
donné  des  ordres  comme  vous  le  désirez.  Je  lui  rappellerai 
volontiers  la  demande  que  vous  lui  avez  faite;  mais  je  crois 
qu'il  serait  nécessaire  aussi  que  vous  voulussiez  bien  en 
parler  au  ministre  de  l'intérieur.  » 

On  ne  se  doutait  pas  que  le  maréchal  Duroc  se  fût  jamais 
occupé  du  Musée  de  Bruxelles.  Le  général  Eblé  écrivit  lui- 
mèni!'  (juokjues  jours  après  à   notre  obstiné  solliciteur  : 


—  oGC  — 

«  Quoique  je  sois  très-occupé,  mon  cher  monsieur  Bos- 
seliaert ,  il  faut  que  je  vous  annonce  que  le  premier  consul 
va  donner  l'ordre  aux  commissaires  chargés  de  la  répartition 
des  tableaux,  de  l'aire  un  bon  choix  pour  Bruxelles  et  d'en 
faire  l'envoi  sans  délai.  Bonaparte  m'a  accordé  cette  faveur 
de  la  meilleure  grâce  du  monde.  J'ai  préféré  m'adresser  à 
lui  qu'à  tout  autre  ;  vous  voyez  que  j'ai  l)icn  fait.  »  Au  lieu 
d'aller  trouver  le  ministre,  comme  le  lui  avait  conseillé  Duroc, 
le  général  Ehlé  avait  donc  été  porter  directement  au  premier 
consul  la  réclamation  du  Musée  de  Bruxelles,  sans  doute  en 
vertu  de  cet  axiome,  qu'il  vaut  mieux  avoir  affaire  à  Dieu 
qu'à  ses  saints. 

Bosschaert  frappait  à  toutes  les  portes,  se  faisait  des  amis 
el  des  protecteurs  dans  toutes  les  classes.  Nous  venons  de 
voir  qu'il  avait  fait  agir  en  sa  faveur  l'influence  d'un  oflicier 
très  en  crédit  auprès  du  premier  consul;  il  obtint  égahMiient 
l'appui  du  médecin  de  celui-ci.  Nous  avons  sous  les  yeux  une 
lettre  de  Corvisart,  qui  annonce  au  conservateur  du  Musée 
de  Bruxelles  la  prochaine  réalisation  de  ses  espérances.  Une 
autre,  du  curé  de  Saint-Sulpice,  est  conçue  dans  les  mêmes 
termes.  L'armée,  la  Faculté  et  l'Église  se  liguaient  pour  faire 
triomplier  la  cause  que  Bosschaert  s'était  chargé  de  défendre. 
Lui-même,  voyant  que  les  choses  traînaient  en  longueur, 
était  revenu  à  Bruxelles,  laissant  aux  amis,  qu'il  avait  eu  l'art 
de  se  faire  en  peu  de  temps,  le  soin  d'agir  pour  lui.  Le  motif 
de  son  retour,  comme  nous  le  voyons  dans  une  de  ses  lettres, 
était  une  délicatesse  très-rare.  Il  ne  voulait  pas,  écrivait-il 
à  radiiiinistratioii ,  être  à  charge  à  la  cominime  et  lui  faire 
faire  des  dépenses  inutiles. 

De  rolour  :i  lîrnxollo^.  ])eiidan(  qii"  ^e^  fondé.-;  (]o  pouvoirs 


—  5G7  — 

agissaient  pour  lui  à  Paris,  Bosschacrt  s'occupa  activement 
(lo  faire  terminer  les  travaux  d'appropriation  des  locaux  des- 
tinés au  Musée;  car  il  élait  dit  dans  l'arrêté  du  14  fructidor 
rpie  :  «  les  tableaux  ne  seraient  envoyés  aux  villes  désignées 
(pi'après  qu'il  aurait  été  disposé,  aux  frais  de  la  commune, 
une  galerie  pour  les  recevoir.  »  Déjà,  précédemment,  Bos- 
schaei'l  avait  adressé  à  la  commune  un  rapport  sur  les 
mesures  qu'il  avait  prises  pour  placer  la  collection  que 
Bruxelles  possédait,  indépendamment  de  ce  qui  pouvait  lui 
venir  de  Paris.  Ce  rapport  nous  apprend  qu'outre  les  églises 
des  Jésuites  et  des  Minimes  dont  il  avait  été  question  pour 
y  établir  le  Musée,  celles  du  Grand-Béguinage  et  de  la  Gba- 
pelle  avaient  été  proposées,  mais  qu'on  avait  renoncé  à  se 
servir  de  ces  édifices,  à  cause  du  froid  liumide  qui  y  régnait 
et  qui  eût  compromis  la  conservation  des  tableaux.  Bos- 
schacrt annonça  à  l'autorité  qu'il  avait  fait  disposer  dans  le 
local  de  l'Ancienne  Cour  : 

«  1"  Cinq  salles  de  vingt  pieds  de  haut  et  de  trente  pieds 
de  profondeur  :  ensemble  cent  quarante-cinq  pieds  de 
développement; 

»  2"  Cinq  autres  belles  salles  ; 

»  5"  Quatre  autres,  dont  une  en  forme  de  galerie  ; 

»  4"  Une  salle  souterraine  de  deux  cent  trente  pieds  de 
longueur.  »  —  Celle-ci  plus  particulièrement  destinée,  sans 
doute,  à  recevoir  les  objets  de  sculpture. 

Bosschacrt  a  présidé  aux  derniers  préparatifs  d'organi- 
sation. Le  local  est  prêt;  viennent  les  tableaux  attendus  de 
Paris  et  le  Musée  pourra  s'ouvrir;  mais  quand  viendront-ils? 
lîosschaert  apprend  qu'il  y  a  chance  de  voir  terminer  l'inter- 
minable affaire- de  la  répartition  ;  on  lui  dit  que  sa  présence 


—  368  — 

est  nécessaire  :  il  part.  Ses  premières  lettres ,  adressées  au 
maire,  prouvent  que  les  choses  étaient  moins  avancées  qu'on 
ne  le  lui  avait  foit  espérer  II  annonce  que  les  trois  artistes, 
chargés  par  le  gouvernement  de  présider  à  la  distribution 
des  tableaux  entre  les  quinze  villes  dotées  des  collections 
départementales,  procèdent  avec  lenteur  à  leurs  opérations, 
d'al)ord  à  cause  des  difficultés  qu'elles  présentent,  et  puis  par 
suite  de  certaines  circonstances  particulières  :  ils  ont  dû 
quitter  les  logements  qu'ils  occupaient  au  Louvre  et  sont 
absorbés  par  les  soins  de  leur  déménagement.  Ils  s'occupent 
de  leurs  affaires,  plutôt  que  d'une  mission  non  réiribuée. 
Dans  le  nombre  des  huit  cents  tableaux  qu'ils  ont  à  distribuer, 
deux  tiers  au  moins  sont  endommagés  au  point  de  ne  pas 
pouvoir  être  transportés  sans  restauration.  Or,  comme  la 
restauration  est  une  opération  délicate  et  lente,  il  se  passera 
des  années  avant  qu'un  seul  des  musées  qu'il  s'agit  de  fonder 
ne  soit  complet.  Le  gouvernement  a  décidé  qu'il  ne  so  char- 
gerait pas  des  frais  de  la  remise  en  état  des  tableaux  ;  ils 
seront  supportés  par  chaque  commune ,  pour  les  toiles  qui 
tomberont  dans  leur  lot.  Bosschaert  espère  que  Bruxelles 
ne  se  refusera  pas  à  prendre  ces  frais  à  sa  charge,  pour 
ce  qui  la  concerne,  et  qu'elle  ne  renoncera  pas,  dans  des 
vues  d'économie ,  aux  objets  précieux  qui  pourraient 
lui  être  offerts.  Il  invite  le  maire  à  écrire  de  nouveau 
au  ministre.  «Il  serait  trop  juste,  dit-il,  qu'après  l'enlè- 
vement de  nos  meilleurs  tableaux  ,  on  songeât  à  nous 
dédommager  de  huil  années  de  privation.  Les  villes  de 
l'intérieur  ,  qui  n'ont  pas  les  mêmes  réclamations  à 
faire  valoir,  ne  sauraieni  regarder  comme  un  préjudice 
porté    à   leurs    droits    le   remplacemenl    d'une    vingtaine 


—  369  — 

de  tableaux  accordés  sans  aulrc  délai  au  Musée  de 
Bruxelles.  » 

Pour  expli(iuer  les  retards  dont  se  plaint  Bosscliaert , 
radniiuislratiou  du  Musée  de  Paris  lui  fait  remarquer  qu'on 
ne  peut  pas  presser  les  artistes  qui  se  sont  chargés  gratui- 
tement d'inventorier  huit  cents  tableaux.  Il  aurait  pu  répon- 
dre qu'il  fallait  payer  ces  artistes  et  les  mettre  en  demeure 
de  remplir  leur  tâche.  Il  se  contente  de  dire  qu'il  y  a  déjà 
quatre  cents  tableaux  inventoriés  et  que  rien  n'empêche  de 
les  distribuer,  en  commençant  par  les  villes  qui  ont  un  local 
prêt  pour  leur  Musée.  Sa  proposition  n'est  pas  accueillie.  Il 
faut  attendre.  «  L'attente  est  longue,  écrit-il;  mais  à  Paris 
on  est  obligé  de  se  soumettre  à  la  contrariété  des  lenteurs, 
et  s'estimer  heureux  de  réussir  enlin.  »  Il  n'a  pas  manqué 
de  faire  observer  que  Bruxelles  possède  des  restaurateurs 
capables  ;  mais  il  y  a  des  toiles  qui  tombent  en  lambeaux 
et  qu'il  est  absolument  impossible  de  transporter.  Gomme 
il  se  trouve  dans  le  nombre  d'excellents  tableaux  italiens,  il 
faudra  bien  prendre  son  parti  sur  l'inconvénient  d'une  res- 
tauration à  Paris.  «  Du  reste,  la  commune  ne  devra  pas  sup- 
porter seule  les  frais  qui  en  résulteront ,  puisque  le  Musée 
est  pour  l'ensemble  du  département.  » 

Dans  la  lettre  suivante,  Bosschaert  écrit  qu'il  est  au  déses- 
poir :  les  commissaires  ont  ajourné  indédniment  la  continua- 
tion de  leur  travail.  Autre  contre-temps,  le  Sénat  a  demandé 
les  tableaux  de  Rubens  qui  ornaient  la  ci-devant  galerie  du 
Luxembourg  et  dont  une  partie  est  actuellement  au  Musée. 
Ils  seront  remplacés  par  d'autres  que  l'on  doit  choisir  parmi 
les  meilleurs  destinés  aux  villes.  »  Si,  comme  on  me  l'a  fait 
entendre,  dit-il,  les  ministres  et  les  autres  magistrats  supé- 


~  370  — 

rieurs  veulent  .s'entourer  de  tableaux,  que  restcra-t-il  i)uur 
les  Musées?  » 

Fatigué  d'uiK!  nouvelle  attente,  Bosschaert  repart  pour 
Bruxelles  au  mois  de  germinal  an  x.  Le  11  thermidor, 
quatre  mois  après,  il  reeoit  de  Renaut,  peintre  et  commis- 
saire près  le  Musée  de  Paris,  la  nouvelle  que  les  lots  sont 
formés  enfin  et  l'invitation  d'aller  recevoir  celui  qui  est  des- 
tiné à  la  ville  de  Bruxelles.  Il  demande  au  maire  l'autorisa- 
tion de  se  rendre  immédiatement  à  Paris  pour  cet  objet.  Le 
maire  lui  éci'it  (pi'il  l'autorise  à  faire  ce  voyage  «  à  l'effet 
d'aller  recevoir  les  tableaux  accordés  au  Musée  de  Bruxelles 
par  le  gouvernement,  le  chargeant  d'en  délivrer  récépissé, 
ainsi  que  d'assurer  leur  transport  par  tous  les  moyens  qu'il 
jugera  utiles.  » 

Dans  sa  ])remière  lettre  datée  du  24  thermidor,  Bosschaert 
annonce  qu'il  a  reçu  du  citoyen  lîarbier-Neuvillc,  chef  de  la 
division  des  beaux-arts,  l'assurance  positive  qu'avant  huit 
jours  il  sera  en  possession  des  t;djleaux  échus  au  Musée  de 
Bruxelles.  Il  s'était  i)résenté  des  obstacles  au  sujet  de  tableaux 
d'une  grande  valeur,  mais  considérablement  endommagés. 
Le  gouvernement,  effrayé  de  la  déj)ense  des  restaurations  , 
d'une  part,  et  de  l'autre,  craignant  d'en  confier  le  soin  aux 
villes,  Jic  décidait  rien.  Bosschaert  rédigea  uih!  note  ({u'il 
adressa  aux  commissaires,  et  dans  laquelle  il  leur  indiquait 
les  moyens  de  lever  les  difticultés.  D'après  les  idées  qu'il 
Icursoiniietlait,  on  l'oriucrait  trois  catégories  :  P'ics  tableaux 
intacts  ;  2"  ceux  (|ui  n'avaient  (juc  niédioci-enient  .souffert; 
5"  ceux  qui  étaient  tellement  endommagés,  (\h"i\s  ne  pou- 
vaient être  transportés  avant  d'avoir  été  restaurés.  Bos- 
schaert proposait  de  délivrer  innnédiatement  les  tableaux 


—  571  — 

tics  deux  premières  calégorics.  Quant  à  ceux  de  la  troisième, 
les  villes  attendraient  qu'ils  eussent  subi  les  restaurations 
jugées  indispensables.  «  La  conmume  de  Bruxelles,  disait-il, 
se  voyant  en  possession  d'un  certain  nombre  de  beaux 
tableaux,  seprètera  volontiers  à  supporter  les  frais  qu'il  fau- 
dra faire  pour  réparer  successivement  les  tableaux  endom- 
magés qui  formeront  le  supplément  de  son  lot,  au  lieu  que 
ne  recevant  rien  et  ne  pouvant  point,  par  conséquent,  fixer 
son  idée  sur  le  mérite  des  œuvres  qu'on  lui  destine,  elle  ne 
contractera  aucun  engagement  pour  les  restaurations,  d'où 
il  ré'sulterait  que  la  promesse  d'un  Musée  ne  serait  pour  elle 
qu'une  promesse  illusoire.  » 

En  voyant  ces  détails  sur  l'état  où  se  trouvaient  près  de 
huit  cents  tableaux  dont  beaucoup  étaient  des  premiers  maî- 
tres et  d'un  prix  inestimable,  on  ne  peut  s'empêcher  de  faire 
de  tristes  réflexions  sur  les  conséquences  de  ce  qu'on  appe- 
lait jadis  le  droit  de  la  guerre,  droit  qui  consistait  à  détruire 
les  plus  précieux  monuments  des  beaux-arts,  plutôt  que  de 
les  laisser  intacts  à  leurs  légitimes  possesseurs.  Tous  ces 
tableaux  qui  se  trouvaient  dans  les  magasins  du  Louvre, 
délabrés  au  point  de  ne  pouvoir  pas  être  transportés,  étaient 
vierges  de  toute  altération,  purs  de  toute  souillure,  quand 
on  les  enleva  aux  églises  et  aux  musées  d'Italie,  d'Allemagne, 
de  Belgi(pic.  Arrachés  de  leurs  cadres  et  de  leurs  châssis, 
roulés  par  douzaines,  ou,  si  c'étaient  des  panneaux,  empilés 
dans  des  caisses,  sans  précaution,  sans  ménagement,  sans 
respect  pour  la  mémoire  des  maîtres,  on  les  dirigeait  par 
fourgons  sur  Paris,  où  ils  arrivaient  frottés,  froissés,  écaillés, 
fendus  ou  déchirés  même,  comme  on  le  verra  plus  loin  par 
des  détails  précis.  Une  fois  à  Paris,  ils  étaient  remis  aux 


—  572  — 

liiuiiis  d'iioiiiuios  capal)los  de  les  a|)])r6cicr  uL  de  les  traiter 
comme  ils  le  méritaient  ;  mais  il  était  trop  tard,  le  mal  était 
fait  ;  on  peut  dire  qu'il  était  iiTéparable;  car  personne  n'ignore 
quelle  distance  sépare  la  j)einture  i)riinitive,  telle  qu'elU;  est 
sortie  des  mains  du  maître,  de  celle  sur  laquelle  s'est  exercée 
la  ])ratiqae  du  restaurateur  chargé  de  masquer  de  graves 
détériorations.  On  a  aujourd'hui  d'autres  idées  sur  les  droits 
de  la  guerre  :  un  sentiment  unanime  a  soustrait  les  monu- 
ments des  arts  à  l'action  de  son  pouvoir  destructeur. 

«  Je  ne  suis  pas  encore  en  possession  de  nos  tableaux , 
écrivait  Bosschaert,  le  4  fructidor.  Comme  le  ministre  ne 
donne  sa  signature  qu'une  fois  })ar  semaine  pour  les  affaires 
courantes,  il  en  résulte  des  relards  inévitables;  mais  je  serai 
trop  heureux  si,  aj)rès  avoir  éprouvé  les  angoisses  d'une 
cruelle  attente,  je  parviens  à  renq)Iir,  comme  je  le  désire , 
l'objet  de  ma  mission,  »  ;,v  -„<• 

Le  ministre  ayant  donne  sa  signature,  Bosschaert  n'avait 
plus  qu'à  prendre  livraison  des  lahleaux  dont  se  composait 
le  lot  échu  à  la  ville  de  Bruxelles.  Ce  lot  formait  deux  listes. 
La  première,  conq)renant  douze  tableaux  ,  était  conçue 
comme  il  suit  : 

VouET,  Saint  Charles  Borroniée. 

lU'itENS,  Chasse  aux  tigres. 

Philippe  de  Champagne,  la  Présentation  an  Temple. 

(jDEHCHiN,  la  Vierge  el  l'Knl'ant  Jésus  clans  une  gloire,  aceompagnés  de  deux 

anges;  au  bas  quatre  saints  et  un  adolescent. 
Uapuaei,,  la  Vierge  cl  l'Enfant  Jésus,  des  anges  et  plusieurs  saints. 
15ASSAN,  Cuisine. 
GuiDo  Ueni,  Fuite  en  Egypte. 
Ferdinand  Bol,  un  Philosophe  à  son  bureau. 
RuitENs,  Christ  à  la  Croix. 

I>ALMA  IL  Vecchio,  Joseph  d'Arimathie  emportant  le  Christ  au  toinltcau. 
JoLVENET,  Elévation  en  croix. 
CoL'iiiiN,  le  Christ  mort  sur  les  genoux  de  la  Vierge. 


--  375  — 

Lu  seconde  lisle  se  composait  des  tableaux  suivants  : 

CoxciE,  le  Coiiromicnieiit  d'épines. 
Blanciiet  de  Lyon,  le  Baptême  de  roiiimque. 
Carl  Van  Loo,  la  Visitation  de  la  Vierge. 

Id.  la  Naissance  do  Jésus. 

Id.  la  Salutation  angéliquc. 

Id.  la  Présentation  au  Temple. 

Paul  Vérokèse,  Adoration  des  hery;ers. 
Inconnu,  Saint  Sébastien  pansé  par  des  femmes. 
Philippe  de  Champagne,  Saint  Joseph. 

Fd.  Sainte  Geneviève. 

RuBENS,  Entrée  de  Jésus  dans  Jérusalem. 
Otto  Venius,  la  Sainte  Famille. 
RuBENS,  Lavement  des  pieds. 
Rose  d'Italie,  Berger  et  Animaux. 
Brauwer,  Tabagie  et  Dispute  de  joueurs. 

D'après  Léonard  de  Vinci,  la  Vierge,  rEnfant  Jésus  et  saint  Jean. 
D'après  Raphaël,  la  Vierge,  l'Enlanl  Jésus  et  le  petit  saint  Jean. 
LivENS,  Mars  et  Vénus. 
Inconnu,  Saint  Pierre  pénitent. 
))        Portrait  vénitien,  ovale. 
»        Portrait  vénitien,  ovale. 
Restout,  Saint  François  Xavier. 
JouvENET,  Apollon  et  Thétis. 
Inconnu.,  Diane  endormie. 
Vélasquez,  Portraits  de  deux  enfants. 
Écolevénitienne,  la  Madeleine  aux  pieds  du  Christ,  à  table  avec  des  personnages 

dans  un  jardin. 
Carlo  Mauatti,  Apollon,  Daphné  et  autres  figures. 
École  vénitienne,  le  Christ  mort  en  croix,  la  Madeleine  au  pied  de  la  ci'oix  et 

saint  Jean. 
D'après  le  Poussin,  la  Mort  de  la  Vierge. 

Tel  était,  en  deux  parties,  l'ensemble  du  lot  échu  à  la 
ville  de  Bruxelles,  plus  un  Jordaens  (Adoralion  des  rois)  et 
un  J.-F.  HalIé  (Salutation  angélique)  que  Bosscliaert  mi 
porte  pas  sur  sa  liste,  mais  qui  figurent  sur  l'état  du  Louvre  : 
en  tout  quarante-trois  tableaux. 

Bosschaert  fut  cruellement  désappointé,  lorsqu'il  vit  les 

24 


—  374  — 

tableaux  dont  on  gratiliail  le  Musée  de  Bruxelles,  auquel  on 
avait  lait  espérer  un  lot  particulièrement  important,  ]iour 
dédonnnager  la  Belgique  de  la  ])ertc  de  tant  de  chefs-d'œu- 
vre enlevés  par  les  commissaires  réjmblicains.  Il  n'était  ])as 
homme  à  se  contenter  de  ce  don  dérisoire  et  à  reprendre  le 
chemin  de  Bruxelles  sans  faire  de  nouveaux  efforts  pour 
qu'on  réparât  une  criante  injustice.  Ilrecommcnceses  visites, 
ses  sollicitations,  frappe  à  toutes  les  portes,  écrit  lui-même 
au  premier  consul  et  lui  fait  parler  par  des  personnes  en 
crédit.  Il  charge  Lambrechts  de  présenter  au  ministre  une 
note  dans  laquelle  il  expose  ses  plaintes  et  indique  nettement 
ce  qu'il  faut  faire  pour  donner  satisfaction  aux  légitimes 
désirs  de  la  ville  dont  il  a  mission  de  défendre  les  intérêts. 
Un  lui  a  promis  des  Rubens;  il  faut  qu'on  lui  en  donne;  il  ne 
peut  retournera  Bruxelles  sans  en  emporlcr.  Si  l'on  ne  veut 
pas  augmenter  le  nombre  des  tableaux  qui  lui  son!  dévolus 
en  partage,  que  l'on  fasse  des  échanges.  Ce  n'est  pas  à  la 
(piantité  qu'il  tient;  c'est  à  la  qualité.  Quelques  jours  après, 
il  reçoit  cette  lettre  de  Lambrechts,  son  conqiatriote  :  «  Mon 
cher  Bosschaert,  je  viens  de  ])arler  au  ministre  de  l'inté- 
rieur. Je  vous  annonce  avec  ]>laisir  (ju'il  a  reconnu  que  le 
Musée  de  Bruxelles  était  mal  jiarlagé  et  qu'il  m'a  jiromis 
qu'on  allait  lui  procurer  des  Rubens  et  des  Yan  Dyck  par  le 
moyen  que  vous  avez  indiqué  dans  votre  mémoire.  »  Ce 
moyen,  c'était  l'échange  avec  d'autres  villes  qui  n'avaient  i)as 
les  mêmes  raisons  que  Bruxelles  de  tenir  à  la  possession  des 
œuvres  des  grands  maîlres  de  l'école  llaiiiaiide.  Tendant  (jue 
Bosschaert  négocie,  il  lui  lombe  sous  les  yeux  un  journal  de 
Bruxelles  dans  lequel  on  fait  une  description  pompeuse  des 
quarante-trois  tableaux  accordés  au  Musée  de  celte  ville.  Il 


—  ô7ô  — 

écrit  au  maire  quccctarliclo  lui  cause  le  plus  vil'  chat'rin, 
parce  qu'il  craint  qu'on  n'en  conclue  que  Bruxelles  est  satis- 
fait de  son  lot  et  que  ses  réclamalions  ne  manquent,  en  con- 
séquence, tout  Icui-  effet.  Heureusement  il  n'en  est  point 
ainsi.  Ce  n'est  plus  à  la  commission  des  artistes  non  rétri- 
bués qu'il  a  affaire.  Le  ministre  a  donné  des  ordres,  et  ils 
sont  exécutés.  Bosschaert  s'entend  avec  la  direction  du 
Musée  de  Paris  j)our  les  échanges  qu'il  a  proposés  et  qui  sont 
admis. 

La  prétendue  Chasse  aux  tigres  de  Rubens  n'était  qu'une 
copie.  On  la  remplace  par  la  Vocation  de  saint  Pierre  de 
Baroccio.  Bosschaert  abandonne  un  petit  Christ  en  croix  de 
Rubens,  tableau  douteux,  un  Blanchet  de  Lyon,  un  Carie 
Vanloo,  Y  Entrée  de  Jésus  dans  Jérusalem  et  le  Lavement 
des  pieds  de  Rubens,  œuvres  secondaires  du  maître,  un 
Rcstout,  un  Jouvenet,  la  Salutation  anfjélique  de  Ilallé.  En 
échange  de  ce  qu'il  abandonne,  on  lui  remet  les  grandes 
compositions  suivantes  de  Rubens  :  Y  Adoration  des  rois, 
Saint  François  préservant  le  monde,  le  Couronnement  de  la 
Vierge,  le  Martyre  de  saint  Liévin;  et  de  Van  Dyck  :  Y  Élé- 
vation en  croix  et  Y  Adoration  des  bergers.  Ces  six  tableaux, 
donnés  en  manière  de  su])plément,  valaient  à  eux  seuls  dix 
fois  autant  que  tous  ceux  qui  étaient  portés  sur  les  premières 
listes. 

Bosschaert  triomphe.  Il  écrit  au  maire,  le 26  vendémiaire 
an  XI  :  «  Tout  est  fini.  Depuis  deux  jours,  nous  emballons 
nos  tableaux.  Je  ne  ])uis  exprimer  assez  la  satisfaction  {(uc 
j'éprouve  d'avoir  terminé  une  négociation  aussi  contrariée.  » 
Il  annonce  qu'il  restera  jusqu'à  ce  qu'il  ait  vu  les  caisses  sur 
le  chariot  qui  doit  les  transportera  Bruxelles. 


—  57G  — 

Il  va  sans  dire  que  l'administration  locale  de  Bruxelles 
félicita  Bossciiacrt  de  la  manière  dont  il  avait  rempli  sa  mis- 
sion. Il  eût  été  diflicile  d'y  employer  plus  de  zèle,  d'activité 
et  d'énergie.  Nous  lui  avons  déjà  reproché,  nous  lui  repro- 
cherons encore  de  certains  prtsjugés,  qui  ne  lui  ont  pas 
permis  d'apprécier  l'intérêt  offert  ])ar  une  catégorie  de 
tableaux  auxquels  on  attache  aujourd'hui,  avec  raison,  une 
grande  importance  et  dont  il  ne  tenait  qu'à  lui  de  former  une 
galerie  précieuse  ;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  c'est  à  lui 
que  nous  devons  de  posséder  les  grandes  pages  de  Rubens 
(pii  sont  la  gloire  de  notre  Musée.  Les  services  qu'il  a  rendus 
■étaient  tombés  dans  l'oubli;  nous  sommes  heureux  d'en 
réveiller  le  souvenir. 

Bosschaert  revint  donc  à  Bruxelles  avec  ses  Rubens,  ses 
Van  Dyck  et  la  j)lupart  des  autres  tableaux  portés  sur  la 
liste  que  nous  avons  donnée  plus  haut.  Quelques-uns  avaient 
dû  être  laissés  à  Paris  pour  être  restaurés.  Dans  le  nombre 
se  trouvait  le  Raphaijl.  Ce  jjauvre  tableau,  pris  par  les  com- 
missaires français  à  Florence,  dans  la  galerie  Pitti  où  il  était, 
sans  doute,  dans  le  meilleur  état  de  conservation,  comme 
toutes  les  peintures  de  cette  célèbre  collection,  souffrit  cruel- 
lement durant  son  transport  à  Paris.  Voici  la  note  dans 
laquelle  Bosschaert  a  constaté  sa  condition,  lorsfpi'il  en  reçut 
livraison  :  «  Ce  tableau ,  sur  bois ,  a  été  restauré  à  Paris.  II 
(îst  couvert  de  repeints,  jauni,  et,  pour  tout  dire  en  deux 
mots,  entièrement  délabré.  Le  panneau  est  fendu  dans  toute 
la  hauteur  du  t(djleau.  »  Plusieurs  des  tableaux  rapportés 
par  Bosschaert  étaient  aussi  fort  délabrés  et  avaient  dû  être 
restaurés.  De  ce  nombre  était  X Ex-volo  du  Guerchin.  Voici 
la  note  qui  le  concerne  dans  la  liste  dressée  par  Bosschaert  : 


—  377  — 

«  Nous  avons  reçu  ce  tableau  dans  un  état  pitoyable,  déchiré 
en  plusieurs  endroits.  Il  a  été  rentoilé  et  restauré  ;i  Bruxelles 
par  le  peintre  Thys.  »  On  attendit,  pour  inaugurer  le  Musée, 
que  ces  restaurations  fussent  achevées.  Enfin  tous  les  pré- 
paratifs se  trouvèrent  terminés  vers  la  fin  de  messidor  an  xi, 
et  les  portes  de  la  galerie  de  tableaux  purent  être  ouvertes 
au  public. 

Le  premier  catalogue  comprenait  deux  cent  cinquante  et 
un  numéros.  La  moitié  seulement  des  tableaux  qui  s'y  trou- 
vaient décrits  étaient  visibles  au  moment  de  l'inauguration 
du  Musée;  l'arrangement  des  salles  qui  devaient  contenir  les 
autres  n'étant  pas  entièrement  terminé,  l'ouverture  en  fat- 
ajournée,  ainsi  que  l'annonce  un  avertissement  de  la  pre- 
mière édition  du  catalogue  :  elle  eut  lieu,  en  effet,  quelque 
temps  après.  Un  astérisque  était  placé,  dans  la  notice 
imprimée,  devant  les  titres  des  tableaux  venus  de  Paris,  afin 
de  signaler  les  dons  du  gouvernement  à  la  reconnaissance 
des  amis  des  arts.  Après  avoir  donné,  dans  l'avertissement, 
l'explication  du  signe  dont  ils  étaient  marqués,  on  exprimait 
l'espoir  d'obtenir  bientôt  du  ministre  la  faveur  d'un  nouvel 
envoi.  Le  Musée  était  ouvert  au  public  le  jeudi  et  le  samedi 
de  chaque  semaine.  Des  cartes  d'entrée  devaient  être  accor- 
dées, pour  les  autres  jours,  aux  artistes  qui  auraient  l'inten- 
tion d'y  venir  travailler. 

Bosschaert  allait  pouvoir  reprendre  à  loisir  la  révision  de 
l'énorme  quantité  de  tableaux  qui  se  trouvaient  entassés  dans 
les  magasins  de  l'Ancienne  Cour,  et  parmi  lesquels  il  devait, 
avec  un  peu  d'attention,  en  découvrir  un  bon  nombre  qui, 
non-seulement,  ne  dépareraient  pas  le  Musée,  mais  encore 
seraient  un  jour  classés  parmi  les  plus  précieux  morceaux 


—  578  — 

(le  la  colloclion.  Nous  avons  dit  qncBosscliaort  n'avait  aucun 
penchant  pour  les  œuvres  des  peintres  de  notre  ancienne 
école.  Il  admit  à  figurer  dans  le  Musée  quelrpies-uns  des 
tableaux  désignés  sous  le  nom  (\  antiques  ;  mais  il  crut  devoir 
s'en  excuser  dans  une  note  du  catalogue  où  il  s'exprimait 
en  ces  termes  :  «  Quelques  tableaux,  dignes  à  peine  d'être 
exposés,  figurent  ici  comme  les  premières  données  d'un  art 
lent  et  diflicile.  Insensiblement  la  ])einture  se  perfectionna. 
On  aperçut  des  plans  mieux  raisonnes,  des  intentions  plus 
clairement  expliquées.  Cependant  l'estime  qu'on  avait  portée 
jusque-là  aux  anciennes  peintures  cessa  presque  entière- 
ment à  l'époque  où  la  brillante  Ilalie  donna  le  jour  à  des 
artistes  mieux  inspirés.  » 

Le  dédain  de  Bosschaert  pour  les  productions  des  anciens 
maîtres  tenait  à  ce  qu'il  ne  les  avait  pas  étudiées  et  à  ce  qu'il 
était,  par  conséquent,  incapable  de  les  juger.  Pour  se  rendre 
compte  de  la  valeur  des  œuvres  appartenant  à  l'une  des 
formes  que  l'art  a  revêtues  en  passant  par  les  phases  succes- 
sives de  son  développement,  il  faut  se  pénétrer  des  idées  du 
temps  où  cette  forme  a  pris  naissance;  il  faut  se  faire,  par 
la  pensée,  le  contemporain  des  artistes  (jui  l'ont  euiployée; 
autrement  la  vue  des  monuments  d'un  autre  âge  serait 
comme  la  lecture  d'un  texte  écrit  dans  une  langue  dont  on 
ne  connaîtrait  ni  les  mots  ni  la  grammaire.  Quand  Bos- 
schaert introduisit  quelques  tableaux,  dits  antiques,  dans  les 
galeries  du  Musée,  ce  fut  uniqu<Mnent  pour  faire  nombre , 
et  encore  fût-ce  d'après  le  conseil  que  lui  donna  Malaise, 
ainsi  que  nous  l'apprend  celui-ci,  qui  devait  lui  succéder  un 
jour,  dans  un  ra])port  adressé  au  conseil  communal.  Du 
reste,  il  les  prit  un  peu  au  hasard,  car  plusieurs  de  ceux 


—  579  — 

qu'on  rnngo  aujoiircriiui  parmi  les  joyaux  do  la  collection 
man(|uai{'nl  au  prcniior  caUiloguo,  quoiqu'ils  fussent,  dès 
l'oi-igine,  dans  les  magasins.  La  comparaison  des  premières 
notices  imprimées  avec  l'inventaire  et  avec  la  liste  des  rares 
acquisitions  laites  ))ar  la  commune  dans  les  années  qui  sui- 
virent l'installation  du  Musée  démontre  avec  quelle  légèreté 
avait  été  faite  l'opération  du  triage  des  tableaux  rassemblés 
dans  les  dépôts  de  la  ville  ])our  former  une  galerie  publique. 
On  voit  successivement  apparaître  des  pages  négligées  ou 
dédaignées  à  un  premier  examen  et  dont  K;  mérite  aurait 
dû  sauter  aux  yeux  des  conniiissaires. 

Diverses  circonstances  amenèrent  Bosschaert  à  fair(^  une 
nouvelle  révision  des  tal)leaux  en  magasin.  Nous  avons  dit 
que  les  églises  avaient  été  complètement  dépouillées  par  les 
commissaires  républicains  des  objets  d'art  de  tout  genre 
qu'elles  possédaient.  Ayant  appris  qu'il  existait,  dans  les 
greniers  de  l'Ancienne  Cour,  une  masse  considérable  de 
tableaux  qui  ne  devaient  point  trouver  place  dans  le  Musée, 
les  fabriques  de  plusieurs  églises  de  Bruxelles  et  des  envi- 
rons adressèrent  au  préfet  des  demandes  à  l'effet  d'obtenir 
qu'un  certain  nombre  de  ces  tableaux  leur  fussent  accordés, 
pour  rendre  quelques  ornements  aux  temples  dont  l'an- 
cienne ricbesse  avait  été  remplacée  par  une  indigence  qui 
répondait  mal  aux  besoins  des  cérémonies  pompeuses  du 
culte  catliolique.  Avant  de  statuer  sur  l'objet  de  leurs  solli- 
citations, le  préfet  consulta  Bosschaert.  Ce  dernier  com- 
mença par  établir  qu'il  ne  pouvait  èlre  question,  pour  les 
églises,  de  faire  valoir  des  droits  et  que  toute  idée  de  restitu- 
tion devait  être  écartée,  attendu  que  le  Musée  était  légale- 
ment ])ossesseur  de  lous  les  objets  d'art  rpii  se  trouvaient 


—  380  — 

dans  SCS  magasins.  Ces  réserves  faites,  il  déclara  ne  pas  voir 
d'inconvénient  à  prêter  aux  églises  les  tableaux  qu'on  ne 
jugerait  pas,  pour  le  moment,  à  propos  de  placer  dans  la 
galerie  publique.  C'est  dans  ces  termes  que  les  demandes 
des  fabriques  d'église  furent  accueillies.  Chaque  faveur  de 
ce  genre,  qui  fut  octroyée,  donna  lieu  à  un  arrêté  du  préfet 
ainsi  conçu  : 

«  Le  préfet,  vu  la  i)élition  des  receveur  et  régisseurs  de 

l'église  de ,  tendante  à  obtenir  le  placement  dans  ladite 

église  de  quelques  tableaux  déposés  au  Musée  de  l'École  cen- 
trale; vu  l'avis  du  citoyen  Bosschaert,  conservateur  du 
Musée;  considérant  que,  dans  le  nombre  de  ces  tableaux,  il 
en  est  plusieurs  qui  se  trouvent  placés  dans  la  sixième  classe 
et  ne  peuvent  en  aucune  manière  contribuer  aux  progrès  de 
l'art  ou  à  l'ornement  du  Musée,  et  désirant  accéder  au  vœu 
des  pétitionnaires  autant  que  le  ))ermet  le  vœu  de  la  loi 
qui  déclare  acquis  à  la  république  tous  les  objets  d'art  et 
de  science  qui  ont  appartenu  ci-devant  aux  établissements 
religieux , 

»  Arrête  que  les  tableaux  ci-dessous  désignés  seront  con- 
fiés aux  pétitionnaires,  à  charge  par  eux  d'être  personnelle- 
ment responsables  de  leur  conservation,  ainsi  que  de  leur 
restitution  au  Musée,  à  la  ])remière  réquisition  qui  leur  en 
sera  faite.  » 

Voici  quelle  fut  la  forme  des  reçus  donnés  par  les  per- 
sonnes auxquelles  des  tableaux  furent  confiés  en  vertu  de  cet 
arrêté  : 

«  Les  soussignés,  receveur  et  régisseur  de  l'église  de , 

reconnaissent  avoir  reçu  du  citoyen  Bosschaert,  conserva- 
teur du  Musée,  les   tableaux  suivants Les  soussignés 


—  381  — 

s'engagent  à  conserver  ces  tableanx  sous  leur  responsabilité 
et  à  les  restituer  au  dépôt  du  Musée  lorsqu'ils,  en  seront 
requis.  » 

Les  emprunts  faits  ]iar  ])lusieurs  églises  aux  magasins 
du  Musée  furent  considérables.  Sainte-Gudule  obtint  cent 
vingt-cinq  tableaux  ;  la  Chapelle,  cent  cinquante-six;  Notre- 
Dame  des  Victoires  au  Sablon ,  cinquante-trois;  les  Augus- 
tins,  cinquante-huit;  la  Madeleine,  quarante-trois;  les  lots 
des  autres  furent  plus  modestes. 

Indépendamment  des  tableaux ,  on  accorda  des  statues  et 
des  bas-reliefs  en  marbre,  en  pierre  ou  en  bois  à  ces  mêmes 
églises,  car  les  greniers  du  Musée  étaient  encombrés  d'objets 
d'art  de  tout  genre. 

Ce  ne  sont  pas  seulement  les  églises  qui  obtinrent  de 
pouvoir  emprunter  des  tableaux  aux  dépôts  du  Musée.  Les 
administrateurs  des  hospices  sollicitèrent  la  même  faveur, 
et  elle  leur  fut  accordée.  Un  grand  nombre  de  peintures  de 
tout  genre,  sujets  religieux, portraits,  paysages,  etc.,  furent 
donc  encore  extraites  de  la  réserve  et  distribuées  entre  les 
hospices  de  Sainte-Gertrude,  des  Alexiens,  des  Ursulines  et 
de  Saint-Jean.  La  remise  en  fut  faite  également  à  titre  provi- 
soire et  à  charge  de  les  réintégrer  à  la  première  réquisition. 
Leur  destination  était  de  servir  à  la  décoration  des  réfectoires 
et  autres  salles  des  hospices  en  question. 

Bosschaert  était  consulté  sur  toutes  les  demandes  de  ce 
genre,  et  c'est  lui-même  qui  désignait  les  tableaux  accordés 
aux  églises  et  aux  hospices,  comme  n'étant  pas  dignes  d'entrer 
dans  les  galeries  du  Musée.  Cette  déclaration ,  qui  accom- 
pagne tous  les  arrêtés  de  concession,  ne  nous  rassure  en 
aucune  façon  sur  les  résultats  que  dut  avoir,  ])0ur  le  Musée 


—  582  — 

de  Bruxelles,  la  dispersion  d'une  partie  notable  des  œuvres 
d'art  qui  étaient  accumulées  depuis  la  suppression  des  com- 
munautés religieuses  et  des  corporations  civiles.  Les  listes 
qui  accompagnent  les  reçus  délivrés  par  les  pétitionnaires 
auxquels  l'aulorité  avait  accordé  rol)jel  de  leur  demande 
sont  malheureusement  très-sommaires  ;  les  tableaux  y  sont 
le  plus  souvent  inscrits  sans  noms  de  ))eintres;  mais  en  les 
comparant  avec  l'inventaire,  nous  avons  acquis  la  certitude 
que  bien  des  productions  de  notre  ancienne  école  avaient  été 
distraites  ainsi,  sous  prétexte  d'indignité,  de  la  collection  où 
elles  auraient  pu  figurer  avec  honneur.  Nous  en  citerons  un 
exemple  qui  prouvera  en  même  temps  comment  les  fabriques 
d'église  usaient  des  dép(Ms  qui  leur  avaient  été  conliés  et 
comment  elles  exécutaient  l'engagement  qu'elles  avaient 
pris,  par  écrit,  d'être  toujours  en  position  de  les  restituer, 
si  elles  en  étaient  requises.  Peu  de  temps  après  la  mise  à 
exécution  des  arrêtés  par  lesquels  les  églises  de  Bruxelles  et 
des  environs  avaient  reçu  en  prêt  des  objets  d'art  tirés  des 
magasins  du  Musée,  le  maire  apprit  que  deux  des  tableaux 
accordés  à  l'église  de  Sainle-Gudule  étaient  jtubliquement 
exposés  en  vente  dans  la  salle  d'un  crieur  nommé  lîombaul, 
demeurant  sur  la  Grand'Place.  Il  lit  signilier  immédiate- 
ment à  ce  crieur  la  défense  de  })rocéder  à  l'adjudication  des 
tabh'aux  en  question,  qui,  par  une  disjmsition  postérieure  de 
l'autorité  départementale,  furent  reportés  au  Musée.  Or  l'un 
de  ces  tableaux  était  la  Ccnc  de  Michel  Coxcie,  que  Bos- 
scliaert  avait  jugé  indigne  de  la  collection  formée  par  ses 
soins  et  qui  ])ourtaut  ne  déshonore  pas,  nous  semble-t-il, 
notr(»  galerie  nationale.  Il  ])arait  (|U(i  les  fabriciens  deSainte- 
Guduh;  ne  furent  pas  les  seuls ([ui  se;  montrèrent  dépositaires 


— •  585  — 

iiifidèl(^s,  car,  pou  do  fomps  après  lu  déeouvortf!  du  fait  que 
nous  venons  do  rapporter,  lo  pré^H  prit  un  arrêté  conçu 
dans  cos  torinos  :  «  Informé  que  jilusieurs  paroisses  ne  sont 
pas  à  l'abri  du  soupçon  d'avoir  vendu  des  tableaux  prove- 
nant du  Musée  de  cette  ville,  qui  hun-  avaient  été  confiés  pour 
orn(>r  l'intérieur  de  leurs  églises;  considérant  que,  parmi  les 
tableaux  dont  il  s'agit,  deux,  ])einls  par  le  Goxcie,  qui  se 
trouvaient  du  nombre  de  ceux  accordés  à  la  paroisse  de 
Sainte-Gudule,  ont  été  soustraits  de  celte  église  pendant  le 
courant  de  l'été  dernier,  pour  être  exposés  en  vente  publique 
cbez  le  crieur  Rombaut,  d'où  ils  ont  été  enlevés  et  reportés 
au  Musée,  le  préfet  arrête  qu'il  sera  fait  un  récolement  des 
tableaux  du  Musée  qui  ont  été  confiés  aux  différentes 
paroisses.  »  En  exécution  de  cet  arrêté,  le  maire  désigna 
Bosscliaert  pour  procéder,  avec  son  adjoint,  au  récolement 
ordonné  par  l'autorité. 

Le  penchant  du  clergé  et  des  fidjriques  d'église  à  se  défaire, 
à  prix  d'argent,  de  leurs  objets  d'art,  était  un  mal  ancien, 
qui  avait  attiré  déjà  l'attention  du  gouvernement  autrichien 
et  dont  le  prince  Charles  de  Lorraine  s'était  attaché,  en  1777, 
à  empêcher  les  elïels  désastreux.  De  nos  jours  encore,  il  a 
fallu  que  l'administration  supérieure  prit  des  mesures  pour 
])révenir  l'aliénation  de  ce  qui  restait,  dans  les  églises,  de 
précieux  témoignages  du  génie  de  nos  anciens  artistes,  car 
on  y  faisait  argent  de  tout. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  ressort  de  ce  qui  vient  d'être  dit  que 
Bosscliaert  avait  compris  la  Cène  de  Michel  Goxcie  parmi 
les  tableaux  provisoirement  cédés  à  l'église  de  Sainte-Gudule, 
parce  qu'il  ne  la  trouvait  pas  digne  d'être  placé  dans  les 
galeries  du  Musée,  Ce  fait  prouve  combien  les  |)réjugés  de 


—  384  — 

son  époque  inflnaionl  sur  ses  jugements  et  nous  autorise  à 
supposer  que  l)onucoup  d'reuvres,  qu'on  serait  heureux  de 
voir  ligurer  dans  noire  collection  publique,  en  furent  dis- 
traites en  vertu  des  mêmes  préjugés  et  des  mêmes  erreurs 
d'appréciation. 

Le  Musée  prêtait  des  tableaux  aux  églises  :  il  n'en  donnait 
pas.  Le  principe  de  la  restitution  invoqué  contre  cet  établis- 
sement n'était  pas  admis.  L'évèque  de  Gand  réclama,  au 
nom  de  la  ville  de  Courtrai,  VElêvaUon  en  croix  de  Van 
Dyck  qui  provenait  de  sa  cathédrale  et  qui  se  trouvait  parmi 
les  tableaux  envoyés  de  Paris  au  Musée  de  Bruxelles.  Il  l'ut 
répondu  k  cette  réclamation  qu'en  décrétant  la  formation  d'un 
Musée  à  Bruxelles,  on  s'était  proposé  d'y  réunir  le  plus 
grand  nombre  possible  d'obj(!ls  d'art,  sans  avoir  égard  aux 
prétentions  que  différentes  localités  auraient  à  faire  valoir 
sur  leur  propriété.  Si  ce  principe  n'était  pas  maintenu , 
ajoutait-on,  le  Musée  serait  bientôt  dépouillé  au  détriment 
de  l'intérêt  ymblic. 

Pareille  réponse»  fut  faite  à  l'église  de  la  commune  do 
Lennick-Sainl-Quentin,  qui  réclamait  un  tableau  de  Crayer 
représentant  le  Martyre  de  saint  Quentin.  On  lui  accorda 
seulement  une  copie  de  ce  tableau  par  Verhaegen,  que  pos- 
sédait également  le  Musée.  Le  Saint  Guidon  de  Crayer  fut 
rendu  à  l'église  d'Anderlecht,  parce  qu'il  se  trouvait,  au 
Musée,  des  œuvres  du  maître  supérieures  k  celle-là;  mais 
on  déclara  qu'il  était  confié  au  maire  de  la  commune  sous  sa 
responsabilité,  c'est-à-dire  à  titre  de  dépôt. 

Des  réclamations  étaient  faites  également  par  des  particu- 
liers qui  avaient  émigré  et  dont  les  tableaux,  saisis  en  même 
tr-mps  que  leurs  autres  biens,  avaient  été  transportés  au 


—  385  — 

Musée.  C'est  ainsi  ([u'uii  rendit  ù  un  sieur  llugs,  de  Bois- 
Saint-Jcan,  une  Cliassc  aux  ours,  une  Chasse  au  sanglier  et 
une  Chasse  au  cerf  de  Sneyders.  Toutefois  on  ne  se  croyait 
pas  obUgc  d'accueillir  toutes  les  réclamations  de  ce  genre. 
Une  dame  Del  Marmol  Blacrthem  adressa  à  l'autorité  une 
pétition  à  l'effet  d'obtenir  qu'on  lui  restituât  des  tableaux  qui 
avaient  été  enlevés  de  chez  elle  à  l'époque  de  l'émigration. 
Les  tableaux  en  question  lui  furent  restitués ,  parce  qu'il 
résultait  du  rapport  du  conservateur  «  qu'ils  n'étaient  pas 
d'une  assez  grande  valeur  pour  contribuer  au  progrès  des 
arts  et  à  l'ornement  du  Musée.  » 

Parmi  les  réclamations  de  ce  genre  que  des  particuliers 
adressèrent  à  l'administration  locale,  il  yen  eut  de  plaisantes 
et  d'autres,  au  contraire ,  de  nature  à  faire  naître  de  tristes 
pensées.  On  ne  peut  s'empêcher  de  sourire  en  lisant  la  péti- 
tion d'un  sieur  de  Catoire  qui  prie  qu'on  lui  permette  de 
reprendre,  dans  les  magasins  de  l'Ancienne  Cour,  son  por- 
trait qui  doit  s'y  trouver  déposé.  «  Ce  portrait,  qu'on  dit 
très-ressemblant,  écrit-il,  est  réclamé  par  mon  épouse.  Le 
prix  qu'elle  y  attache  est  trop  flatteur  pour  moi,  pour  que  je 
me  refuse  à  ses  instances.  »  Il  va  sans  dire  que  l'adminis- 
tration accorda  au  naïf  pétitionnaire  l'objet  de  sa  demande. 

En  revanche,  ({uelle  impression  pénible  ne  fait  pas  éprouver 
la  lecture  de  la  supplique  dans  laquelle  sont  exposés  les  faits 
que  voici  :  «  Le  sieur  Clops  et  la  demoiselle  de  Pape 
demandent  à  être  remis  en  possession  de  quatre  figures  en 
marbre  blanc  et  de  deux  bustes  qui  faisaient  partie  des 
mausolées  de  leur  famille,  vendus  avec  le  mobilier  de  l'église 
des  Dominicains.  Ils  se  sont  rendus  acquéreurs  de  ces  mau- 
solées. Le  préposé  à  l'adjudication  leur  a  dit,  au  moment  de 


—  580  — 

la  vente,  que  loul,  ce  qui  en  avait  fait  partie  et  pourrait  s'en 
trouver  détaché  serait  remis  aux  acquéreurs.  Gei)endant 
on  ne  leur  a  pas  restitué  les  figures  en  question ,  car  elles 
sont  dans  les  magasins  du  Musée.  »  Il  est  foit  droit  à  cette 
requête,  à  la  condition  que  les  postulants  feront  rétablir  les 
mausolées  dans  une  édise  de  Bruxelles.  La  condition  était 
de  trop;  il  fallait  s'empresser  d'accueillir  une  demande  si 
légitime.  Ainsi  donc,  des  tombeaux  ont  été  arrachés  du  })ieux 
asile  delà  mort,  on  les  a  vendus  à  l'encan  sur  la  place 
publique  ;  aux  familles  qui  les  ont  rachetés,  on  a  promis  de 
leur  en  remedre  les  débris  dispersés,  et  les  agents  préposés 
à  ces  immorales  exécutions  n'ont  pas  même  tenu  leur  enga- 
gement ;  ils  ont  manqué  aux  conditions  de  la  vente  et  frustré 
les  acheteurs.  Triste  et  caractéristique  é])isodc  des  mœurs 
du  temps! 

On  voit  que  les  magasins  du  Musée  contenaient  bien  des 
objets  différents.  Pour  nous  l'apjirendre,  il  n'était  pas  besoin 
des  |)élitions  que  nous  venons  de  citer.  L'inventaire  nous 
fournit  des  renseignements  précis  sur  l'étrange  amalgame 
de  ce  dépôt.  Les  tableaux  sont  au  nombre  d'environ  quinze 
ct'iils,  ainsi  (jue  nous  l'avons  dit|>lus  haut.  Viennent  ensuite 
des  scul])tures  en  mar])re,  en  })icrre  et  en  bois:  statues, 
groupes,  bas-reliefs,  retables,  fragments  de  mausolées, 
l)ierres  tombales.  Puis  ce  sont  des  boiseries  sculptées  pro- 
venant de  jtlusieurs  maisons  religieuses  et  cpi'on  a  déposées 
dans  les  greniers  de  l'Ancienne  Cour,  en  attendant  qu'on  en 
fasse  usage.  Il  y  a,  entre  autres,  les  boiseries  de  la  biblio- 
thèque de  l'abbaye  d'Evcrbode,  celles  de  la  bibliothèque 
et  de  l'église  de  Villers ,  celles  des  abbayes  de  Bois- 
Seigneur-Isaac  et  d'Auderghem.    De  ces   mêmes  maisons 


—  o»/  — 

viennent  des  vilj-aux  peints  et  des  arilles  en  fer  d'un  heau 
travail. 

Ce  n'est  pas  tout  :  l'inventaire  conlicnt  encore  une  longue 
liste  des  objets  réservés  pour  le  Musée  de  Bruxelles,  mais 
(jui  n'y  ont  point  encore  été  transporlés.  Les  statues  de 
Jésus-Christ,  de  la  Vit^-ge  et  des  apôtres,  lixées  contre  les 
piliers  de  la  grande  nef  de  l'église  fw/er«)i/ Sainte-Gudule; 
la  chaire  de  vérité,  l'autel  de  la  chapelle  de  la  Vierge,  les 
mausolées  de  cette  même  chapelle  et  de  celle  du  Saint- 
Sacrement  figurent  en  tète  de  cette  liste.  D'autres  églises  de 
Bruxelles,  les  églises  de  Louvain,  de  Diest,  de  Nivelles  ont 
fourni  à  l'inventaire  des  objets  réservés  au  Musée,  des  lots 
également  importants,  également  variés.  Aux  statues,  aux 
groupes,  aux  bas-reliefs,  s'ajoutent  les  tabernacles,  fonts 
baptismaux,  stalles,  confessionnaux,  etc.  Tout  objet  façonné, 
en  ({iielque  matière  et  de  quelcpie  dimension  (pi'il  soit,  est 
porté  à  l'inventaire  pour  être  donné,  jtlus  tard,  au  Musée, 
qui  en  fera  ce  qu'il  pourra.  Si  le  transport  en  a  été  ajourrié, 
c'est  que  les  fonds  ont  manqué,  comme  nous  ra})prend  une 
note  mise  au  bas  de  la  liste  en  question.  Pour  le  même 
motif;  sans  doute,  des  tableaux  inscrits  dans  l'inventaire  sont 
restés  en  place  ou  bien  ont  été  déposés  en  divers  endroits, 
pour  être  transportés  par  la  suite  à  Bruxelles.  Nous  trouvons 
les  mentions  suivantes  :  un  cylindre  cacheté  contenant  cinq 
tableaux,  déposé  à  la  municipalité  de  Wavre;  un  cylindre 
contenant  huit  tableaux,  provenant  deFabbaye  d'Everbode, 
déposé  entre  les  mains  du  concieige  de  la  munici})alité  de 
Louvain;  un  autre  cylindre  de  treize  tableaux,  même  dépôt. 
Quand  on  voit  comment  s'y  prenaient  les  commissaires  répu- 
blicains, on  ne  s'étonne  pas  que  la  plupart  des  tableaux 


—  588  — 

enlevés  par  eux  en  Belgi(|ue ,  en  Allemagne ,  en  Italie,  et 
expédiés  par  leurs  soins,  soient  arrivés  à  l*aris  dans  le  déplo- 
ral)Ie  état  où  ils  se  trouvaient  lorsqu'on  en  fit  la  remise  aux 
villes  désignées  pour  recevoir  descoliectionsdépartementales. 
On  s'explique  encore  la  disparition  de  beaucoup  de  tableaux, 
dont  on  a  perdu  la  trace  depuis  leur  enlèvement.  Plus  d'un 
de  ces  cylindres,  contenant  des  douzaines  de  toiles,  n'aura 
pas  été  retiré  de  l'endroit  où  on  l'avait  déposé;  plus  d'un  git 
encore ,  peut-être,  dans  une  cave  ou  dans  un  grenier  et  ne 
renferme  plus ,  sous  son  enveloppe  cachetée,  que  des  frag- 
ments de  peintures  décomposées.  Des  tableaux  en  bois 
étaient  aussi  restés  déposés  chez  le  concierge  de  la  munici- 
palité de  Louvain ,  et  bien  que ,  d'après  la  liste  qui  en  est 
donnée,  plusieurs  fussent  des  œuvres  de  prix,  aucune  mesure 
ne  parait  avoir  été  prise  pour  leur  conservation.  Il  en  est 
que  nous  retrouvons  au  Musée;  donc  tous  ne  se  sont  jias 
égarés  en  route;  mais  on  ignore  le  destin  de  beaucoui) 
d'autres. 

La  commune  dut  songer  à  doter  le  Musée  de  Bruxelles. 
D'après  un  état  de  dépenses  dressé  par  Bosschaert  pour  l'an 
XIII,  nous  voyons  que  le  budget  de  cet  établissement  fut 
originairement  de  six  mille  francs.  Dans  le  rapport  qu'il  joint 
à  cet  état  en  l'adressant  à.  l'autorité  locale,  Bosschaert  se 
félicite  d'avoir  pu  faire  dix-sept  cents  francs  d'économies.  Il 
annonce  que  l'année  suivante,  les  frais  de  réparations  devant 
èlre  moins  considérables,  le  crédit  alloué  au  Musée  pourra 
être  réduit  de  six  mill(3  francs  à  quatre  mille.  Singulière 
façon  d'agir  de  la  part  du  directeur  d'une  collection  nais- 
sante !  Le  conservateur  d'un  dépôt  public  doit  dépenser  au 
moins  les  crédits  qui  lui  sont  accordés  ;  il  ne  remplit  pas  des 


roiiclioiisd'i'coiiomc  ;  sa  iiiissioiic^l  (rciiricliir  le  i)lusj)().ssibl(; 
sa  collcelioii.  Au  lieu  du  l'aire  des  écoiiuiiiics,  poiiniiioi  lios- 
schaerl  u'ajoiilail-il  pas  ({iicl<nios  bons  (abicaux  au  Musée.  ? 
Les  occasions  d'en  acheter  n'étaienl  pas  rares  alors,  el  les 
meilleurs  élaienl  à  vil  prix. 

En  1804,  environ  deux  ans  après  l'ouverlni-e  du  Musée, 
le  luaire  do  Bruxelles,  (jui  élail  alors  M.  de  ÎMérode,  écril  à 
Bosscliaerl  relalivemcnl  à  la  direclion  du  Musée,  et,  ajti'ès 
l'avoir  félicité  de  son  zèh.',  il  ajoute  :  «  Je  désire  (pie  vous 
vous  occupiez,  dans  vos  momenls  de  loisii',  d'un  niénioii'e 
au  ministre  do  l'intérieur,  à  l'elfet  d'en  obtenir  des  tableaux 
pour  le  Musée  de  Bruxelles,  car  vous  savez  que  le  loi  de  notre 
ville,  bien  (pie  renfermant  des  tableaux  de  prix,  n'a  point 
été  îivautageux.  Le  moment  est  peut-être  venu  où,  par  des 
demandes  réitérées,  on  parvieiidraà  nous  faire  indemniser.  » 
Bos>5eliaert  était  tout  ])rèt  à  solliciter  \o,  iiouvernement  en 
faveur  du  Musée;  il  l'avait  déjà  fait,  sans  attendre  l'invitation 
du  maire.  Il  wud  compte  à.  celui-ci  du  peu  de  succès  de  ses 
instances.  «  Depuis  (piehpie  temps,  écrit-il,  je  m'abstiens, 
parce  que  la  guerre  préoccii})e  tous  les  esprits.  Le  directeur 
général  du  ]\ïusée  Napoléon  ayant  demandé  à  èli'e  einj^loyé 
à  l'armée,  son  absence  aurait  rendu  inutiles  les  démarches 
(ju'on  aurait  pu  faire.  Son  retour,  annoncé  depuis  peu,  donne 
plus  de  chance  de  réussir.  » 

Bosschaert  avait  eu  une  idée  assez  originale,  pour  solaire 
envoyer  au  moins  un  tableau  de  Paris  :  «  J'avais  été  chargé, 
écrit-il  à  M.  doMérode,  d'acheter  à  la  vente  du  brasseur 
l'auwelsun  beauel  grand  Berchem  |)our  S.  M.  l'impéralrice. 
Ma  commission  s'étendait  jus(prà  douze  mille  francs.  L(3 
tableau  me  fut  îuljugé  pour  sepl  mille.  Je  l'envovai  à  Paris, 


—  590  — 

soiuiu'usc'iiicni  i-uuk'  .sur  un  do  nuscyiindiivs,  (juc  je  priai  i\c 
nous  ronvoycr  avec  un  tableau  pour  le  Musée.  M.  Denon  s'y 
est  refusé,  sous  le  préle.xle  <|ue  li-  3lusée  de  Paris  n'esl  pas 
au  complet.  » 

Bosscliaert  terminait  sa  lettre  au  maire  de  Bruxelles  en 
rengageant  à  écrire  au  minislr(>  et  h  faire  eu  sorte  que  le 
préfet  du  département  tentât,  de  son  côté,  une  démarclie 
auprès  du  gouvernement.  AI.  de  Mérode  adresse ,  en  effet, 
une  demande  pressante  au  ministre  de  l'intérieur.  Les  motifs 
qu'il  invoque  pour  obtenir  de  nouveaux  tableaux  sont  ceux 
qu'avaient  déjà  fait  valoir  ses  prédécesseurs,  lors([u'il  s'était 
agi  du  premier  envoi.  Il  est  inutile  de  les  reproduire  ici.  Nous 
citerons  seulement  le  passage  où,  en  j»arlantde  Bosscliaert, 
le  maire  dit  :  «  C'est  à  son  zèle,  à  ses  connaissances ,  à  son 
amour  pour  l'art  que  la  ville  de  jiruxelles  doit  le  rétablisse- 
ment de  son  antique  Académie  de  peinture  et  de  sculpture, 
ainsi  que  la  conservation  des  lableaux  provenant  des  abbay<'S 
et  couvents  supj)rimés ,  (pii  forment  la  majeure  ])artie  de  la 
collection  du  Musée.  »  Ces  lignes  s'accordent  parfaitement 
avec  ce  que  nous  disions  plus  Iiaul  de  l'origine  du  Mu.sée  de 
lîruxelles. 

Bosscliaei't  a  jugé  eniin  le  momeni  laNorable  :  il  ot  paili 
l)Our  Paris.  Il  écrit  à  M.  de  Mérode  (|u'il  a  larde  à  lui  doimei- 
des  nouvelles  de  sa  mission,  j)ar('e  (pi'il  aurail  eraiiil,  ]>ar 
trop  d'empressement,  de  faire  regarder  connue  exagérées  les 
espérances  qu'il  est  fondé  à  expriiiier.  .MM.  d'Arenberg  et 
J^and)reclits  l'ont  conduit  à  l'audience  du  minisire  le  lende- 
main même  de  son  arrivée.  L(*  ministre  se  montra  bien 
disposé  ;  mais  il  lit  observer  que  rien  ne  ])Ouvait  se  faire  en 
l'absence  du  di)'(;cteur  général  du  Musé<.',  alors  éloiané  de 


—  5«)1   — 

l'aris.  Bosscliacrl  avait  prévu  cette  réponse  et  ne  s'en  est 
pas  laissé  décourager.  Il  sait  que  M.  Denou  a  remis,  en 
partant,  l'adminislralion  entre  les  mains  d'une  personne  dont 
il  a  déjà  reçu  des  services  il  y  a  quatre  ans  et  sur  les  bons 
olïices  de  laquelle  il  croit  jjouvoir  encore  compter.  En  effet , 
un  musée  de  département,  celui  de  Rennes,  se  trouve, 
depuis  trois  ans,  en  relard  de  payer  la  restauration  de  douze 
tableaux  qui  lui  étaient  écbus.  L'administrateur  ad  intérim 
propose  à  Bosscliaert  de  prendre  pour  le  Musée  de  Bruxelles 
les  douze  tableaux  au  prix  de  deux  mille  quatre  cents  francs, 
lixé  pour  les  restaurations.  Bosschaert  annonce  à  M.  de 
Mérode  qu'il  a  accepté,  à  la  condition  de  voir  préalablement 
les  tableaux  et  de  faire  ratifier  ensuite  le  marcbé  par  la 
commune  de  Bruxelles.  Cinq  jours  après  (20 octobre  1806), 
Bosscliaert  écrit  ((u'il  a  eu  occasion  de  voir  les  tableaux 
destinés  à  la  ville  de  Rennes  et  qu'il  serait  à  souhaiter  qu'elle 
renonçât  définitivement  à  en  prendre  livraison.  Il  en  est  un 
<{ui,  à  la  vente  des  tableaux  provenant  des  couvents  suppri- 
més sous  Joseph  II ,  fut  acheté  à  Bruxelles ,  pour  le  roi  de 
France,  au  prix  de  trois  mille  six  cents  francs,  c'est-à-dire 
douze  cents  francs  de  ])lus  qu'on  ne  demande  pour  la  restau- 
ration et  l'encaissement  des  douze  dont  se  compose  la  liste 
(lu  lot  de  Rennes.  N'ayant  pas,  pour  le  moment,  autre  chose 
à  faire  à  Paris,  Bosschaert  annonce  qu'il  va  partir,  non  sans 
s'être  assuré  que  les  intérêts  du  Musée  de  Bruxelles  seront 
chaudement  défendus  auprès  du  directeur  général. 

Un  an  se  passe  sans  qu'il  vienne  de  Paris  une  bonne 
nouvelle  ]»our  le  Musée.  L'affaire  des  tableaux  de  Rennes 
reste  elle-même  assoupie.  Au  mois  d'octobre  1807,  Bos- 
schaert retourne  tenter  de  nouveau  la  fortune  des  sollicita- 


lions.  Au  iiioiULMiL  où  il  ari'iva  h  Paris,  on  ouvrait  IV-xposilion 
dos  ol)jels  d'arl  rapporlés  ci'AUcmaguc ,  à  la  suite  de  la 
campagne  de  Prusse.  Bosschaert  lémoigne  à  M.  de  Mérode, 
avec  lequel  il  coi"r('sj)ond  au  sujet  de  sa  mission,  radmii-aliou 
(pie  lui  cause  la  vue  des  nouveaux  cliefs-d'ieiivre  dont  s'i^st 
accru  le  Musée  Nai)oiéon  ;  mais  ce  qui  le  charme  surtout 
dans  la  vue  de  ces  i-ichesses,  c'est  que  les  salles  du  Louvre 
ne  peuvent  jtlus  suffire  à  contenir  les  nouveaux  tableaux 
îijoulés  aux  anciens  et  qu'on  a  dû  éliminer  un  certain  nombre 
de  ceux-ci,  dont  on  fera  vraisendilablement  une  distribution 
entre  les  musées  de  province.  Cet  espoir  se  change  en  cer- 
titude dans  une  audience  que  Bosschaert  obtient  du  directeur 
général.  Grâce  à  l'abondance  d'univrcs  capitales  cpi'il  a 
maintenant,  le  Louvre  pourra  se  défaire  des  tableaux  d'un 
moindre  mérite,  bien  (|ue  dv  grands  niititres,  et  Bruxelles  en 
aura  sa  part.  Fort  de  cette  promesse,  Bosschaert  reprend  la 
route  de  la  Belgi({ue. 

L'idée  fixe  de  Bosschaert  était  d'oblenii'  des  tableaux  de 
Paris.  Il  néglig(.'ail  trop  les  autres  moyens  d'enrichir  le 
Musée.  Au  lieu  de  faire  des  économies  sur  son  budget,  il 
aurait  dû  le  déclarer  irisuflisant,  faire  com]>i'endre  ;t  l'admi- 
nistration locale  (pie  créer  une  collection  pnblifpie  dont  on 
s'est  d'ailleurs  efforcé  de  démontrer  l'ulilité,  c'est  prendre 
l'engagement  de  lui  fournir  les  moyens  de  s'accroître,  de 
répondn^  à  sa  destination.  On  restaurait  les  tableaux  endom- 
magés ,  mais  on  faisait  jx'U  (rac(piisitions,  et  la  manière  dont 
liosschacrl  formule  ses  j^i'oposilions  à  l'aulorilé,  les  précau- 
tions (ju'il  |)rend  pour  aborder  la  question  d'mie  déi)cnsc 
n)énie  insignifiante,  prouvent  qu'on  avait  des  idées  très- 
fausscs  et  très-étroites  sur  l'administration  des  établissements 


-    âî).-, 

(l'ulililé  piibliijiK'.  i}ii('I(Hios  oxlrails  do  la  coiTCspondanco 
do  Bosschaort  eu  feront  juger. 

Voyons  d'abord  la  lettre  où  il  est  {|uestion  de  l'achat  d'un 
tableau  de  Ruysdaol.  Bosschaert  écrit  que  le  peintre-restau- 
rateur Thys  lui  a  montré  un  paysage  de  ci;  maître,  du  prix 
(le  (rente  à  quarante  louis,  qu'il  laisserait  au  Musée  jiendant 
un  an  et  reprendrait  ensuite  avec  un  léger  dédommagement, 
si  l'on  n'en  était  pas  content.  «  Je  pense,  ajoutait  Bosscliaerl, 
que  cette  mesure  de  précaution  préviendrait  les  propos  que 
la  jalousie  des  marchands  pourrait  opposer  à  mes  acquisi- 
tions. »  La  proposition  fut  apj)rouvée  et  l'achat  du  Ruysdael 
eut  lieu,  en  même  temps  que  celui  d'une  Chasse  au  Cerf,  de 
Devries.  Les  deux  tableaux  furent  payés  huit  cent  vingt- 
neuf  francs  soixante-deux  centimes.  Assurément,  ce  n'était 
l^as  ruineux. 

Une  autre  fois,  c'est  d'un  tableau  de  Jordaens  qu'il  s'agil. 
Bosschaert  annonce,  dans  son  i'a])})ort,  qu'un  artiste  distin- 
gué de  Paris,  ancien  membre  de  l'Académie,  M.  Lemonnier, 
lui  a  écrit  que  des  circonslances  parliculières  le  décident  à 
vendre,  en  faisant  un  sacrifice,  une  grande  esquisse  de  Jor- 
daens, représentant  l'entrée  triomphah»  du  prince  d'Orange 
à  La  Haye.  «  Le  Musée  de  Bruxelles  ne  possède  rien  de  ce 
peintre,  émule  de  Rubens  comme  coloriste.  Il  y  a  quelques 
années  que,  le  voyant  à  Paris,  Bosschaert  avait  ]mr 
M.  Lemonnier  de  lui  céder  ce  tableau  pour  le  Musée;  mais 
il  ne  voulait  pas  alors  s'en  défaire.  La  nécessité  l'oblige  à 
revenir  sur  cette  détermination,  et  il  l'offre  pour  le  ju'ix  qu'il 
le  paya,  il  y  a  trente  ans.  »  Quel  était  ce  prix?  Six  cents 
francs.  Il  n'était  pas  nécessaire  de  faire  de  grands  frais 
d'éloquence  pour  démon! rer  l'avanlage  d'un  pareil  marché. 


—  59/i.  — 

Du  reste,  ce  prix  de  six  cenis  frai)cs,  si  inférieur  à  la  valeur 
réelle  de  la  belle  esquisse  de  Jordaens,  paraissait  alors  très- 
respectable.  Il  n'avait  pas  encore  été  fait  d'acrpiisition  aussi 
importante  pour  le  Musée  de  Bruxelles.  On  croit  l'èver  lors- 
qu'on parcourt  les  comptes  de  cette  époque  (de  1802  à  1810) 
et  lorsqu'on  voit  payer  trois  cent  cinquante-cinq  francs  la 
grande  Noce  flamande  de  Van  Tbulden;  cent  quatre-vingt- 
dix  francs  la  Da^ne  lioUandaise  à  sa  toilelle,  attribuée  à 
J.-B.  Weeninx  et  dans  tous  les  cas  une  des  perles  du  Musée; 
deux  cent  quarante-deux  francs  un  paysage  d'Artliois  avec 
des  figures  de  Teniers  le  Vieux,  etc.  Encore,  dans  le  rapport 
où  il  fait  mention  de  ce  dernier  tableau,  Bosscbaert  s'en 
excuse-t-il  comme  d'une  folie  en  disant  :  «  Le  Musée  n'ayant 
rien  de  ce  maitre,  dont  les  tableaux  sont  très-cbers,  je  me 
suis  décidé  à  cette  acquisition,  »  Quelle  collection  n'aurions- 
nous  ]tas,  si  la  commune  avait  lixé  dès  lors  à  vingt  mille 
francs  l'allocation  annuelle  accordée  au  Musée  j^our  ses 
acbats  et  si  cette  somme  avait  été  dépensée  par  un  bommc 
de  goût! 

Par  lettre  du  l*"''  avril  181 1 ,  le  préfet  fit  connaître  au  maire 
(jii'il  venait  d'être  officiellement  informé  que  trente  et  un 
tableaux  ])rovenant  de  la  collection  du  Louvre  venaient 
d'être  accordés  au  Musée  de  Bruxelles  et  que  le  cbevalier 
Denon  était  autorisé  à  les  mettre  à  sa  disposition. 

Il  ne  restait  plus,  d'a|)rès  la  déi)êcbe  du  ])réfet,  (pi'à  les 
faire  preiulre  à  Paris  i)ar  \\m\  personne  possédant  assez  de 
(■()miaissances  pour  en  soigner  renibnilauc  et  !<>  li-ansjxjrl. 
Cette  personne  ne  pouvait  être  que  liosscbaert  :  il  fut, 
en  effet,  chargé  par  le  maire  d'aller  à  Paris  recevoir  les 
tableaux  dont  le  Musée  de  Jiruxcllcs  venait  d'être  gralilié 


—  595  — 

inopinc'menl.  Après  avoir  viv(Miioiil  sollicité  pour  les  ol)lonir, 
ciiKi  ans  atiparavanl,  il  s'était  sans  doute  lassé  d'attendre  et 
d'espérer,  car  il  non  était  plus  question  depuis  longtemps,  ni 
dans  ses  rapports,  ni  dans  sa  correspondance. 

Le  corps  municipal  de  Bruxelles  adressa  au  ministre  de 
l'intérieur  une  lettre  de  remercimenls  pour  l'octroi  des 
trente  et  un  tableaux  :  «  C'est  à  la  patrie  de  Rubens  et  de 
Van  Dyck,  écrivait-il,  rpi'il  appartient  de  s'enorgueillir  des 
cbels-d'œuvn^  de  la  |)einture.  Nulle  part  on  n'en  sentira 
mieux  le  prix.  » 

Voici  la  liste  i\o^  tableaux  accordés  au  Musée  de  Bruxelles 
par  le  décret  du  la  février  1811,  ordonnant  une  nouvelle 
disti'ibution  des  l'icbesses  sural)ondanles  du  Louvre  entre 
les  villes  de  Lyon,  Dijon,  l^iruxelles,  Grenoble,  Caen  et 
Toulouse 


Ecole  ilii  .SciiiAvoNE,  Siiiiit  Séhaslioii. 
TiNTORET,  1111  Martyre,  esquisse. 
Sam.aert,  une  Procession. 

Iil.        antre  Procession. 
(Aipie  (le  Jlkes  Romain,  nue  r)alaill('. 
École  (In  (;arava(".e,  le  Clirisl  mort. 
Titien,  Portrait  en  pied  iriiii  i^uerrier. 
Michel  Coxcie,  le  D(3luge. 
Rur.ENs,  Saint  Bavon. 

Jordaexs,  Saint  Martin  guérissant  un  possiuk'. 
Vandermeulen,  la  Vue  de  Tournay. 
J.-C.  Procaccini,  Saint  Sébastien  secouru  par  les  anges. 
Paui.  Véronèse,  Junon  versant  ses  trésors  sur  Venise. 
Dit  du  Soyaro,  le  Christ  au  tond)eaii. 

Paul  Véronèse,  la  Vierge,  l'Enfant  Jésus  et  sainte  Catherine. 
(iAUDEN/io  Eerrari,  Jésus  a(UM'é  par  les  anges  et  un  cardinal. 
Albane,  Adam  et  Eve. 
P.  iiE  CiiAMPAC.NE,  Saint  Etienne. 

Id.  Saint  Ambroise. 

CiiuF,.  Saint  .térùme,  saint  Thomas  el  la  Vierge, 

id.     une  Sibvllc. 


Ô^C. 


I.F.AMmo  Bassan,  rAssomption. 
TtNTOFtET,  un  Sonateur  vihîition. 
FRANf.  P'lorts,  trois  tt'tos  sur  un  pannoan. 

Kcol(>  llorentino,  Yulcain  dénonçant  aux  dieux  rinliJélité  de  S(in  (■pouse. 
Cif.NANi,  la  Vierge,  Jésus  et  les  Auges. 
Sass  Fekâta  (Sasso  Fcrrato),  une  Tète  de  Vierge. 
Cru  de  Faxolus,  la  Vierge,  Jésus  et  un  Ange 
Maria  Tiktorlt,  un  Repas. 
Canaletti,  rintérieur  de  Saint-Marc, 
Id,        une  Vue  de  Venise. 


Nous  avons  transcrit  cotlc  liste  d'après  Tl'ImI  original  do 
transmission  accompaixnanl  renv(ud(ï  181 1  ;  mais  ilcstnécos- 
s.'iiro  d'y  joindre  (|nel(jues  explications  ]X)nr  les  ))ersonnos 
(pii,  ne  retrouvant  plus  au  Musée  plusieurs  des  tableaux 
portés  sur  la  liste,  se  demanderaient  ce  qu'ils  ont  pu  devenir, 
car  il  n'y  a  pas  eu,  comme  en  1802,  dix  tableaux  retenus 
ou  écliangés.  Les  (renie  et  une  toiles  annoncées  sont  bien 
effectivement  arrivées,  et  lîosscliaert  en  délivra  un  reçu  en 
règle.  Il  reste  à  dire  ce  qui  est  advenu  d(^  (piebpies-unes 
depuis  leur  réception. 

Le  Saint  Sébaslioi,  de  l'écoN,'  de  Sclii;i\oiie,  a  élé  placé, 
depuis  longtemps, parmi  les  productions  d'aulcurs  inconnus; 
{aDéliifje,  de  Micbel  Coxcie,  a  été  resliliié  à  Cossiers,  son 
véril;ible,  ;iiileni';  le  Kaxoliis  (  F;i/olo)  est  devenu  mi  (ligoli  ; 
les  deux  Canaletti  ont  élé,  ;i  juste  litre,  déb;iplisés  pour 
deNcnii',  l'ini  ini  (luardi,  r;iiilre  ini  Bellolo. 

Ouniit  ;!ii  Jicpa.s ,  de  Maria  Tinlor(!t,  nous  renvoyons, 
polir  ce  qui  le  concerne,  aux  Xofcs  de  (Àuia  d'Andréa  de 
Micliieli.  Lo  S('ii(((('in'  vriiilirii.  de  Tinlorel;  le  Polirait  en 
jned  (l'an  f/iicrricr,  de  Titien;  le  ,SV/////  Jvmmc  et  saint 
Thomas,  du  (luide;  la  Xicnic,  l'Iùifaiit  J<'.siis  et  tes  anges, 
de  Cignani,  ont  él(''  rendus,  ;ivec  le  j^'ipliai'l  provennni  de 


renvoi  do  1802,  au  Papo,  au  grand-duc  do  Toscane  et  au  roi 
ih  Prusse,  qui  les  firent  réclamer  di])lomnti(|uement  en  181(5, 
ainsi  qu'on  le  verra  ])lus  loin.  Le  Saint  Bavon,  de  Paibens, 
est  retourné  à  Oand,  comme  la  Nativité,  de  Van  Dyck,  et 
y  Elévation  en  croi.r.  du  UKMno  maître,  sont  relournés, 
après  1815,  l'un  à  Termondo  et  l'autre  à  Courtrai. 

Les  taljleaux  arrivés,  il  fallut  les  mettre  en  état  d'ètn; 
exposés,  et  il  parait  que  ce  ne  fut  pas  une  petite  affaire. 
Bosschaert  informa  l'adminislration  (jue  tous  avaient  du 
subir  des  réparations,  sans  lesquelles  il  eût  été  impossihhï 
de  les  placer  dans  les  galeries  du  Musée.  Les  frais  faits  pour 
leur  restauration  s'élevèrent  à  la  som^me  de  1 ,477  francs.  Un 
nouveau  catalogue  fut  imprimé,  à  l'occasion  des  nouveaux 
accroissements  du  Musée.  C'était  le  quatrième  publié  depuis 
l'inauguration  de  la  collection.  Los  précédents  avaient  |)aru 
en  1802,  180G  et  1809.  Le  catalogue  de  1811  comprenait 
224  numéros  pour  les  tableaux  des  écoles  modernes  et 
81  numéros  pour  les  tableaux  aniériours  à  la  seconde  moili*' 
du  xvi'' siècle  et  qualifiés  d'anciens. 

Il  y  a,  vers  cette  époque,  stagnation  dans  les  accroisse- 
ments du  Musée.  Bosscbaort  paraît  être  satisfait  de  l'état  de 
la  collection  :  les  acquisitions  s'arrêtent.  Il  n'est  fait  dcî 
déjjenscs  que  pour  les  restaurations.  En  fouillant  dans  les 
magasins,  on  Irouve  encore  des  toiles  très-dignes  de  lîgunM* 
dans  le  Musée  et  qui  avniont  écbappé  à  de  i)récédenles 
recbercbes.  De  là  vient  que  plusieurs  tableaux  dont  l'ac(iui- 
sition  n'est  menlionnée  dans  aucun  compte,  apparaissent 
(ont  à  coup  dans  de  nouvelles  éditions  du  catalogU(\  Nous 
on  avons  reconnu  ainsi,  au  moyen  do  l'inventaire,  un  corlain 
nond)re  qui  venaient  des  couvents  siq^primés.  Cela  explifjuo 


—  508  — 

(îoiiimcnl  il  se  fail  que  dos  lal)leaux  sont  indiqués  ])lns  loin 
conniK'  provenant  de  l'ancien  fonds,  tandis  (juils  lie  sont 
])oint  renseignés  dans  les  premières  éditions  du  catalogue. 

Si  Ton  n'achète  plus  de  tableaux,  on  continue  à  en  donner. 
A|)rès  les  églises  et  les  hospices,  vient  le  Jardin  botain'que 
qui  sollicite  la  faveur  de  puiser  dans  les  magasins  du  Musée. 
On  se  demande  probablement  quel  besoin  le  Jardin  bota- 
nique pouvait  avoir  de  tableaux.  Une  lettre  du  siein-  Delliin, 
directeur  de  cet  établissement,  le  fait  connaître  :  «  Il  existe 
au  dépôt  du  Musée,  écrit-il  au  maire,  quelques  vieux  et  mau- 
vais tableaux  qui  ne  peuvent  pas  servir  à  enrichir  la  collec- 
tion, mais  qui  pourraient  être  avantageusement  utilisés  pour 
garnir  les  châssis  destinés  à  couvrir  les  seri'es  du  Jardin 
botanique.  »  En  conséquence  le  sieur  Delliin  demande  que 
Bosschaerl  soit  autorisé  à  lui  délivrer  ces  tableaux,  ainsi  que 
quelques  fragments  de  verre  coloré  qu'il  jugera  ne  pouvoir 
))as  être  utiles  au  Musée. 

Tout  étrange  qu'elle  est,  cette  demande  est  favorablement 
accueillie,  Bosschaert  ayant  été  consulté.  Nous  ne  mettons 
j)as  en  doute  que  les  tableaux  appelés  à  l'honneur  de  couvrir 
les  cbàssis  du  Jardin  botanique  ne  fussent  trop  médiocres 
pour  être  placés  au  Musée;  nous  voulons  croire  qu'on  a 
clioisi  les  plus  mauvais;  mais  encore  pouvait-on  en  faire  un 
meilleur  usage.  Ne  fût-ce  que  pour  les  princi|)es  et  par  res- 
])ect  pour  la  dignité  de  l'art,  il  ne  fallait  par  leur  iiiHiger 
cette  deslinîilion  vulgaire.  Nous  ne  pouvons  toutefois  nous 
défendre  de  (puïlque  arrière-pensée  sur  la  qualité  des  tableaux 
en  (piestiou.  L'autorisation  de  les  délivrej-  porte  qu'ils  sont 
inscrits  sous  le  n"  12()4  de  l'inventaire  général.  Si  nous  con- 
sultons ce!   invenlairi!,   nous  voyons  (igurei-  au  n"   I^<I4  : 


—  599  — 

«  Ti'cnlG  et  un  (iihleaiix  nyanl  sorvi  de  cinlros,  roprésenlanl 
dos...  »  le  reste  de  la  phrase  resta  malheureusement  dans  la 
plume  du  rédacteur.  11  s'agissait  évidemment  des  comparli- 
meiils  d'un  plafond;  or,  comme  on  n'a  jamais  chargé  de 
travaux  de  ce  genre  des  artistes  sans  aucun  mérite,  il  y  a 
lieu  de  supposer  que  les  tableaux  accordés  légèrement  par 
Bosschaert  à  son  confrère  du  Jardin  botanique  auraient  pu 
recevoir  une  meilleure  destination.  Et  les  fragments  de  verre 
colorés?  C'étaient  des  vitraux  arrachés  aux  fenêtres  d'une 
église,  très-précieux  peut-être?  On  ne  faisait  alors  aucun  cas 
(le  ces  débris  d'un  art  flétri  de  l'épithète  de  gothùiuc,  car  ce 
Jiiol  (pii  est  devenu  l'équivalent  d'un  éloge,  en  servant  à 
désigner  un  style  remis  en  honneur,  était  une  flétrissure  au 
commencement  de  ce  siècle.  Les  fragments  de  verrières 
déposés,  avec  tant  d'autres  objets  d'art,  dans  les  greniers 
du  Musée  ont  disparu  sans  qu'on  sache  ce  qu'ils  sont  deve- 
nus. On  les  a  donnés  ou  jetés;  cela  ne  valait  pas  la  peine 
d'être  vendu.  Un  employé  de  l'administration  du  Musée  de 
Paris  qui  avait  rendu  quelques  services  à  Bosschaert,  à 
l'époque  de  ses  démarches  de  solliciteur,  exprima  le  désir 
d'obtenir  de  ces  vitraux  peints  dont  il  se  plaisait  à  orner  sa 
demeure,  ainsi  que  nous  l'apprend  une  lettre  conservée  dans 
un  des  dossiers  des  archives  du  Musée.  Bosschaert  demanda 
à  l'autorité  locale  et  obtint  de  pouvoir  lui  en  expédier.  Il  n'y 
a  pas  de  trace  d'aucun  autre  emploi  des  verrières  qui  exis- 
taient dans  les  magasins  de  l'Ancienne  Cour. 

Le  Musée  vivotait  sous  une  administration  pleine  de  bonne 
volonté,  mais  dépourvue  d'initiative.  La  chute  de  l'enqiire 
français  et  la  constitution  du  royaume  des  Pays-Bas  vim-enl 
lui  imprimer,  comme  à  toutes  choses  dans  l'Rtat,  une  vio- 


—  100  — 

lonlo  secousso.  il  lil  ik'spnrios,  (.rime  pari,  des  aeqiiisilions, 
de  l'autre;  il  eul  de^*  craintes,  des  espérances  et  liiialeinenl 
il  se  retrouva,  après  une  vive  agitation,  dans  une  situation 
peu  différente  de  cell(,'  où  il  était  aiii)aravant. 

Dès  1<;  milieu  du  mois  d'août  181."),  on  s'occupa  des 
mesures  à  prendre,  concurremment  avec  les  puissanc(\s 
îdliées,  pour  rentrer  en  possession  des  œuvres  d'art  enle- 
vées à  la  B(!lgi(pie  par  les  commissaires  républicains.  Le 
18  août,  le  baron  d'Anctlian,  intendant  départ(Mnental  de  la 
Dyle,  écrivit  au  chef  du  bur(?au  des  arcliives  générales  pour 
lui  demander  «  des  renseignements  propres  à  former  un  étal 
des  objets  d'art,  sciences  et  documents  nationaux  ])ris  par 
les  armées  étrangères  dej)uis  leur  première  invasion.  »  — 
«  J'ai  l'honneur  de  vous  informer,  répondit  le  fonctionnaire 
auquel  s'adressait  M.  d'Anetlian,  (pie  les  arcliives  du  gou- 
vernement (pii  me  sont  eonliéi^s  i"eiiferment  peu  de  notions 
à  cet  égard,  par  la  raison  que  les  repi'ésentanls  du  ))eiiple 
et  les  commissaires  français  ont  enlevé  de  nos  églises  et 
édilices  publics,  de  nos  bibliollièqu(\s  et  des  abbayes,  les 
tableaux,  statues,  nK'daiiles,  maiiusei-ils,  livres  des  plus  pi'é- 
cieux,  sans  en  dresser  inventaire  ou  en  laisser  des  récépissés 
détaillés  aux  persomuis  qui  en  avaient  la  garde.  »  En 
l'absence  des  renseignements  que  n'avait  pu  fournir  le  dé|)ôt 
(\Q!i  archives,  on  avait  formé,  en  s'adi-essant  aux  autorités 
locales,  une  liste  des  objets  d'ai-l  (pi'avail  pcM'dus  la  Belgi(jue 
à  I;i  siiile  de  finvasioii.  Cetlii  liste  était  sans  doute  bien 
ineoiiiplète  ;  mais  il  s'agissait  moins  de  saNoir  exaelenieiit  ci; 
(pii  avail  éh'  enlevé  de  nos  provinces,  (pi(^  de  (toniiailre  ce 
(|ui  se  trouvait  dans  les  colieclions  publi(pies  de  France 
d'objets  d'arl  (pie  la  Belgi(|iie  élail  en  droit  de  revendiipier. 


—  iOI    — 

C'est  ce  i|a'oi)  s'allachu  à  l'iiiro.  L'iic  coiiiiuissioii  coiiiitosiki 
tic  MM.  Odcvacre,  A[)oslool,  Omnicganu-,  Yan  liai,  Vaii 
Rcgemorlor ,  Stier  cl  Gainhici'  l'ut  chargée  d'aliiu'  recoii- 
naitrc  les  objets  réclamés  diplomaliqueinent  par  MM.  de 
Fagel  cl  de  Gaucrn  cl  de  présider  à  leur  oilcAeineiil,  aiiisi 
qu'à  leur  rée.\))édilioii.  Nous  n'avons  i)as  à  nous  occuper  ici 
de  la  manière  doid  lui  remplie  celle  mission  ni  des  diffi- 
cu.llés  qu'elle  rencontra.  Ses  résultats,  relativement  au 
Musée  de  Bruxelles,  sont  seids  actuellemcnl  de  noire 
compétence. 

Les  négociations  suivies  ii  I*aris  par  les  conmn'ssaires  ont 
abouti  à  la  restitution  de  ceux  des  tableaux  enlevés  à  la 
Belgique  qui  liguraient  au  Louvre.  Nous  dirons  i)lus  tard 
comment  leur  mission  échoua  en  partie,  en  très-grande 
partie,  el  ce  qui  résulta  ])0ur  \q  Musée  de  Bruxelles  de  cet 
insuccès.  Les  tableaux  repris  au  Louvre  ont  été  emballés 
cl  dirigés  sur  la  Belgique.  Ils  l'oianent  un  convoi  de  quatre 
chariots  lourdement  chargés,  dont  deux  ont  Bruxelles  i)oui' 
destination,  tandis  que  les  deux  autres  doivent  continuer 
leur  voyage  vers  les  provinces  septentrionales.  Le  trajet  se 
l'ail  l(Mitement  et  diflicilement.  La  saison  est  avancée,  on 
louche  à  l'hiver,  les  roules  sont  mauvaises,  et  la  dimension 
des  caisses  ne  ]>ermettant  pas  de  fj-anchir  les  portes  des 
villes  fortiliées,  les  chariots  sont  souvent  obligés  de  faire  de 
longs  détours.  Enfin  ils  touchent  au  terme  du  voyage.  Le 
18  novembre  le  commandant  de  ])lace  de  Mons  informe  son 
collègue  de  Bruxelles  de  l'envoi  de  dix  voitures  chargées 
d'objets  d'art,  sous  une  escorte  de  (juinzc  carabiniers  du 
régiment  n°  2,  commandés  par  un  officier. 

Par  la   même   dépêche    le  comuiandant    d(^    ])lace    de 


—  U)"!  — 

liru.xi'llL's  cUiil  iiivilù  à  prescrire  eu  (jui  devrait  être  l'iiil  des 
voitures  destinées  à  cette  ville,  desquelles  il  donnerait 
décharge,  et  à  l'aire  placer  les  autres  à  la  Grand'Placc, 
devant  la  garde  des  pompiers,  où  elles  stationneraient 
jusqu'à  leur  départ,  qui  aurait  lieu  dans  un  court  délai.  Le 
pi'écicux  convoi  lit  son  entrée  à  Bruxelles,  le  20  novembre 
et  les  disposition^  indiquées  furent  prises. 

Les  voitures  chargées  des  tableaux  atti-ibués  aux  |)j-o- 
vinces  méridionales  furent  conduites  au  Musée  et  les  autres 
restèrent  sur  la  place  de  l'Hôtel  de  Ville,  ainsi  que  l'avait 
])rescr.it  l'autorité  militaire  à  laquelle  était  confié  le  soin  de 
les  faire  parvenir  à  leur  destination  et  qui  les  oubliait  un 
peu,  connue  le  prouve  une  dépêche  du  maire  de  Bruxelles, 
M.  Vanderlinden  d'Hoouhvorst,  au  comte  de  Mercy-Argen- 
teau,  gouverneur  du  BrabanI,  en  date  du  26  novembre. 
Le  magistrat  municij)al  invite  l'administration  compétente, 
«  à  faire  en  sorte  que  les  chariots  qui  stationnent  sur  la 
Grand'Place  soient  mis  en  lieu  de  sûreté  avant  l'entrée  des 
troupes  étrangères,  attendu  qu'alors  il  n'en  pourrai!  i)lus 
répondre,  les  ponq)iers  qui  gardent  ces  chariots  ne  jiouvant 
résister  à  des  troupes  qui  vont  se  répandre  en  grand  nombre 
sur  la  ])lace.  »  Ces  troiq)es  étrangères  étaient  celles  des 
puissances  alliées  qui  traversaient  la  Belgique  en  regagnant 
le  Nord. 

L'administration  municipale  de  Bruxelles  avait  pris  des 
mesures  pour  recevoir  les  tableaux  dont  le  dépôt  allait  lui 
être  confié.  Son  premier  soin  avait  été  de  nommer,  à  cet 
effet,  une  commission  dont  la  présidence  revenait  de  droit  à 
Bosschaert;  mais  le  conservateur  du  Musée  de  Bruxelles  ne 
(leviiit  pas  cire  témoin  des  cliang(,'meiits  (pii  .illaiciil  avoir 


—   405  — 

lieu  dans  Iclablissonicnt  qu'il  dirigeait  depuis  sa  création. 
Il  mourut  au  moment  où  l'adminislration  municipale  le 
chargeait  des  soins  à  prendre  pour  la  réce])tion  des  tableaux 
arrivés  de  France.  Son  successeur  fut  le  sieur  Malaise  aîné, 
chef  de  division  à  la  Ville,  (jui  avait  eu  longt(Mn])s  la  surveil- 
lance du  Musée  dans  ses  attributions  administratives  et  qui 
remplaçait  Bosschaert  dcjniis  sa  maladie.  Nous  ti'ouvons 
dans  les  archives,  relativement  au  décès  do  ce  dernier,  une 
indication  assez  curieuse  et  qu'il  ne  nous  a  pas  été  possible 
de  compléter  à  l'aide  d'autres  documents.  Le  bourgmestre 
de  Bruxelles  éci'it  que  :  «  les  tableaux  appartenant  à  feu 
M.  Bosschaert  seront  expertisés  et  le  montant  de  l'expertise 
sera  versé  enlrc  les  mains  du  représentant  des  héritiers  du 
défunt.  »  liosschîiert  avait  donc  déposé  au  Musée  des 
lableaux  (jui  luia])i>arteiiaieut?  La  lettre  du  bourgmestre  ne 
saurait  s'expli(iuer  autremenl.  Qu(.'ls  étaient  ces  tableaux? 
C'est  ce  qu'il  ne  nous  a  pas  été  donné  de  découvrir. 

Les  lenteurs  administratives  ont  parfois  de  graves  incon- 
vénients. Elles  eurent  des  résultats  funestes  dans  le  cas  dont 
il  va  être  question.  Les  lableaux  arrivés  de  France  avaient 
été  déposés,  le  20  novembre  181o,  dans  la  cour  du  Musée. 
Un  mois  après,  le  21  décembre,  l'autorité  locale  en  infoi-me 
le  gouverneur  de  la  province,  en  demandant  l'autorisation 
de  faire  procéder  à  l'ouverture  des  caisses.  Le  gouverneui' 
en  rélere  au  commissaire  général  de  l'instruction,  des  arts 
et  des  sciences  à  La  Haye,  et  c'est  seulement  le o janvier  1810 
(fu'il  transmet  au  maire  de  Bruxelles  la  décision  prise  par 
ce  dernier.  Voici  les  termes  de  la  lettre  :  «  M.  le  commis- 
saire général  de  l'instruction,  etc.,  à  qui  j'ai  cru  devoir  sou- 
mettre la  demande  que  vous  m'en  avez  faite  le  21  décembre 


—   i04  — 

(leriiiiT,  lie  s'oppose  point  it  ce  (juc  j(;  lasse  di'eaisser  les 
lal)leau\  recouvrés  de  France  et  ajiparlcnanl  au  ]ii'abant 
nuTidioual  qui  se  lrouv(;nl  niainiiniaiil  sons  ma  surveillance 
au  Musée  de  Bruxelles,  si  la  conservai  ion  de  ces  lablcaux 
exige  celle  opération.  »  Il  était  un  jieu  tard  po m*  songer  à  lu 
conservation  des  laljle;iux  (pii  de])uis  cinq  semaines  étaient 
exjiosés  aux  intempéries  de  la  mauvaise  saison,  dans  des 
caisses  mal  jointes. 

Le  ')  janvier  h;  maire  écrit  à  Malaise,  le  nouveau  conser- 
vateur du  Musée,  pour  (pi'il  ait  à  l'aire  ouvrir  les  caisses. 
.Malaise,  qui  ne  se  soucie  pas  de  prendre  seul  la  responsa- 
liililéde  celte  opération,  se  doutant  bien  sans  doute  de  l'étal 
dans  lequel  vont  se  trouver  les  tableaux,  demande  la  nomi- 
nation d'une  commission.  Le  maire  prend,  le'J,  un  arrêté  qui 
désigne,  pour  faire  partie  de  celte  commission,  les  sieurs  Gode- 
cliarles,  Paelinck  et  Tliys.  11  est  décidé  qu'un  procès-verbal 
(tonstalant  l'étal  dans  le(piel  auront  été  trouvés  les  tableaux, 
sera  tenu,  par  le  conservateur  du  Musée.  Le  lendemain,  10, 
les  caisses  sont  ouvertes  en  présence  des  commissaires  délé- 
gués ]>ar  la  ville,  et  Malaise  constate  soigmnisemeiil  dans 
son  procès-vei'bal  toiiîes  les  eirconslanees  de  l'opéralion. 
Ce  (pie  nous  avons  de  mieux  ii  faire  est  de  citer  (juehjues 
passages  de  ce  document. 

La  première  caisse  ouverte  conleiiail  la  (îméahxjk'  de  la 
Vierge,  de  Quentin  Metsys  :  «  .Nous  avons  constaté,  disent 
les  commissaires,  que  l'eau  a  pénétré  dans  la  caisse,  a  coulé 
sur  les  peintures  et  y  a  formé  différentes  lâches  blanches. 
J'ji  outre  rpielques  jointures  des  panneaux  ont  travaillé  jiar 
riiumidité.   » 

fja  deuxième  caisse  contenait  le  SaiiU  Martin ,  d(}  Van 


—  W)  — 

l)yck,ctla  Mort  île  la  Vien/e,  de  Coxcie.  Lesdcux  lal)leaux 
élaiciit  sans  cadres.  En  parlant  du  Saint  Marlin,  les  com- 
missaires consiiïnùnMil  l'observation  suivante  :  «  Ce  tableau 
a  suulTerl  |)ar  riiuniiditc,  et  son  impression  à  la  craie  a  été 
soulevée  en  trois  endroits  différents.  » 

Dans  la  troisième  caisse  se  trouvaient  les  Ermites  nourris 
par  le  corbeau,  de  C rayer,  et  les  Doyens  du  serment  de  l' ar- 
balète, du  même  maître;  ces  deux  tableaux  également  sans 
cadres.  Le  })remier  était  endommagé  :  «  L'eau  a  pénétré 
dans  la  caisse,  dit  le  procès-verbal,  et  une  grande  partie  de 
la  peinture  est  tachée.  » 

L'ouverture  des  caisses ,  la  constatation  de  l'état  des 
tableaux,  leur  mise  en  lieu  sûr  exigeaient  des  précautions 
et  du  temps.  On  fut  obligé  de  suspendre  après  l'ouver- 
ture de  la  troisième  caisse  et  de  remettre  au  lendemain 
la  reprise  de  l'opération  accomplie  avec  les  mêmes  soins 
et  les  mêmes  formalités.  La  quatrième  caisse  renfermait 
un  grand  cylindre  sur  lequel  étaient  roulés  le  Portement 
de  la  croir,  de  Rubens,  et  Y  Assomption  de  sainte  Catherine, 
de  Crayer.  Il  n'y  eut  d'avaries  constatées  ni  h  l'un  ni  à 
l'autre. 

La  cin(|uième  caisse  contenait  le  Christ  sur  les  genoux  de 
la  Vierge,  de  Rubens,  Voici  comment  se  sont  exprimés  les 
experts  :  «  Nous  avons  constaté  que  ce  tableau  est  totalement 
cbangé  par  l'humidité,  (jue  le  bas  de  la  toile,  détrempé  par 
l'eau  qui  a  coulé  dans  la  caisse ,  semble  pourri  et  qu'une 
graisse  générale  couvre  la  peinture.  » 

Dans  la  sixième  et  dernière  caisse  se  trouvait  V Assomption 
de  la  Vierge,  de  Rubens.  «  L'humidité  qui  a  pénétré  dans 
la  caisse  a  causé  à  cette  peinture  plusieurs  grandes  bosses 


—   i(IC)   — 

pai'  lu  cuiili'iiclioii  de  la  loilc,  (|iii  a  l'ail  jdicr  le  châssis,  ic(j(i(.;l 
est  prèl  à  t'clalcr,  (|iioi((iril  soit  lrès-l'ui-l.  >< 

En  IransmcUaiil  col  ariligeaiil  i)ro(*ès-V('i'l)al  au  uoinci-- 
iiL'ur,  le  maire  ajoiilail  (iucl(jues  détails  jiai-licuiiers.  Il 
n'avail  é(é  pris  aucune  précaiiliun  jiour  renihallatic  des 
tableaux;  les  fentes  des  caisses  n'avaient  pas  été  boueliécs  et 
on  ne  les  avait  pas  recouvertes  de  loilc  cirée.  Et  c'est  dans 
cet  état  rpi'on  les  avait  fait  voyager  au  mois  de  novembre! 
Le  Jiiaire  lei'niiiiîiit  en  disant  (ju'on  avait  déposé  momciila- 
némeut  les  tableaux  dans  (\q^  salles  ilu  Petit-Quartier  du 
Musée  où  l'on  entretenait  un  feu  modéré  pnur  qu'ils  séchassent 
lentement. 

Pour  l'honneur  des  commissaires  chaïués  d'aller  recueillir 
à  Paris  les  chefs-d'œuvre  de  nos  anciens  maîtres,  nous 
aurions  voulu  i)asser  ces  tristes  détails  sous  silence;  mais 
nous  ne  le  pouvions  pas.  Comment  carhei'  (jue  h;  Christ 
sur  les  genoux  de  la  Vierge  et  ÏAssompliondc  la  Vierge,  de 
Jlubens,  ont  sinuulièrement  souffert?  Et  si  la  cause  de  leur 
altération  n'est  |)as  connue,  n'en  accusera-t-on  ])as  l'ancienne 
administration  du  Musée,  cpii  aui'a  laissé  fart  destructeur 
d'un  maladroit  restaurateur  s'exercer  sur  les  belles  paues  du 
maître?  Plutôt  que  de  laisser  accuser  ôqs  innocents,  nous 
nommons  les  cou])ables.  L'équité  nous  en  faisait  un(^  loi. 
Nous  avons  dit  dans  (piel  misérable  état  se  trouvaient  les 
tableaux  lransj)ortés  à  Paris  par  les  suius  des  commissaires 
Irançais  après  leui-  enlèvement  de  Heliziipie,  d'Italie  et  d'Alle- 
magne. Nos  conqinti'ioles  ne  se  sont  montrés  ni  plus  adi'oits 
ni  ])lus  soigneux,  lorsipi'on  les  a  envoyés  pour  veiller  à  l'heu- 
reux retour  des  chefs-d'œuvre  de  l'école  nationale.  Odevaere 
cl  ses  collègues  étaient  de  fort  braves  gens,  pleins  de  bonne 


—  407  — 

voloiilr  ;  mais  ils  oui  mal  rcmpii  leur  mission,  en  itc  |ir('iiaiil 
j»as  les  pi'écaulioiis  iiiditjiKJcs  par  le  |)lus  viiluairo  bon  sens. 
Kl  le  maire  (|ni  siuiiah;  rinciiric  des  commissaires  esl-il 
excusable  d'avoir  laissé  phis  d'un  mois  les  tableaux  dans  les 
caisses  où  ils  pourrissaient,  avant  de  songer  à  demander  la 
l)eniiission  de  les  ouvrir?  A  cpioi  bon,  d'ailleurs,  allendre 
celle  permission?  Est-ce  qu'il  n'y  a  pas  des  cas  où  il  faut 
savoir  éluder  les  formalités  administratives?  Nous  ne  com- 
)»renons  pas  que  le  conservateur  ail  Iiésilé  à  ])rendre  sur  lui 
de  sauver  les  tableaux,  quitte  à  demander  ensuite  l'autorisa- 
tion de  le  faire.  Bosscbaert  n'y  cùtims  manqué,  et  le  ministre, 
s'il  était  homme  d'espril,  l'en  eût  félicité. 

Plusieurs  mois  s'écoulèrent  avant  qu'une  résolution  lui 
prise  sur  la  destination  des  tableaux  revenus  de  France  et 
formant  la  i)art  du  Brabanl  méridional.  Un  arrêté  du 
15  août  1810  détermina  ce  qui  serait  fait  à  cet  égard.  Voici 
comment  eut  lieu  la  répartition  :  au  Musée  de  Bruxelles  ,  le 
Porlement  de  lu  Croix,  de  Rubens,  le  Chris!  mort  sur  les 
;jcnou,v  de  la  Vierge  et  l' Assomption,  du  même  mailre,  ainsi 
(pie  les  Ermites  nourris  par  le  Corbeau,  de  Crayer;  à  l'église 
du  Sablon,  la  Mort  de  la  Vierge,  de  Michel  Coxci(\  et  les 
Doyens  du  serment  de  l'arbali'tc,  de  Crayer;  à  l'église  de 
Sainte- Catherine,  V Assomption  de  sainte  Catherine,  de 
Crayer;  à  l'église  deSavenlhern,  le  Saint  Martin  ,  de  Van 
Dyck  ;  à  l'église  de  Saint-Pierre  de  Louvain ,  la  Généalogie 
de  la  Vierge,  de  Quentin  Melsys.  Hélait  ])ris,  dans  l'arrêté 
qui  réglait  cette  répartition,  des  dispositions  très-sages,  pour 
])révenir  le  retour  de  l'abus  et  du  scandale  dont  tant  de 
fabriques  d'église  avaient  donné  l'exemple  par  la  vente  de 
leurs  objets  d'art.  11  était  dit  que  l'acte  de  la  remise  des 


~   108  — 

|[iljl(';iii.\  rcnroniierail  une  clause  sjiéciliaiil  ([u'ils  ik,'  ))uui"- 
raient  être  aliénés  sans  l'anlorisation  du  gouvernement.  Les 
maires  de  Bi'uxclles,  de  I.ouvaiii  et  de  Saventliem  devaient 
veillei'  à  ee  que  les  tal)leaii\  lussent  tenus  dans  un  bon  étal 
de  conservation.  Un  article  de  l'arrêté  prescrivait  encore 
qu'une  commission  d'artistes  serait  nommée  par  le  gouver- 
neur de  la  province,  poursiirveillei-h?  placement  des  tableaux 
dans  les  locaux  qui  leur  avaient  été  assignés.  Le  gouver- 
neur désigna,  comme  jnembres  de  cette  commission,  les 
sieurs  Malaise,  Paelinck,  De  Landsbeere,  François  et  Tliys 
père. 

La  Belgi(iue  avait  adressé  des  réclamations  ;  elle  en  reçut 
à  son  tour.  Ces  réclamations  lui  vinrent  du  pape  pour  la 
Vocation  de  mini  Pierre ,  de  Bîtroccio,  et  pour  la  Vie) (je, 
saiïit  Thomas  et  saint  Jérôme,  du  Guide;  du  grand-duc  de 
Toscane  pour  le  Raphaël  enlevé  à  la  galerie  Pitti  ;  du  roi  de 
l'russe  pour  Y  Allégorie  de  la  Nature,  dcCignani,  pour  un 
})ortrait  de  Titien  et  pour  un  autre  de  Tintoret  provenant 
des  collections  de  Berlin  et  de  Cassel.  Une  longue  corres- 
pondance s'engagea  au  sujet  de  ces  réclamations,  l^e  conser- 
vateur du  Musée  rédigea  de  volumineux  mémoires,  dans 
lesquels  il  invoqua  l'opinion  de  plusieurs  jurisconsultes, 
pour  établir  que  la  ville  de  Bruxelles  avait  n.'çu  de  la  France, 
à  titre  onéreux,  les  tableaux  qui  étaient  devenus  pour  elle 
une  proj)riété  légitime.  Les  diplomates  cliai'gés  dr  la  négo- 
ciai ion  riaient  jtn.'ssants,  le  ministre  écrivait  à  l'administra- 
tion locale  lettre  sur  lettre  i)Our  (jue  la  restitution  eût  beu  ; 
mais  le  conservateur  persistait  à  soutenir  les  droits  delà  ville. 
La  volonté  du  roi  des  Pays-Bas  tranclia  la  question.  Les 
tableaux  furent  rendus.   La    Vocation  de  saint  Pierre,  de 


—  409  — 

Barorcio,  fut  seule  conservée,  i)aree  que  le  pape  n'avait  pas 
suflisammenl  jusliné  de  la  |>i'ov(Miaiice  de  ce  lal)leau  cl  ]iar 
conscqueni  du  bien-fondé  d<'  sa  demande.  Quanl  à  la  récla- 
inalion  qui  venait  du  côté  de  l'Allemagne,  on  aurait  pu  lui 
ojjposer  cet  excellent  argument  que  le  Musée  de  Mayence 
possédait  cinq  tableaux,  di»nt  deux  beaux  Jordaens,  i)rove- 
nant  de  la  Belgique,  (|ui  lui  avaient  été  donnés  par  la  France 
et  sur  lesquels  il  avait  exactement  les  mêmes  droits  que  le 
Musée  de  Bruxelles  sur  les  tableaux  provenant  d'Allemagne 
et  reçus  également  de  la  France.  Il  y  avait  donc  lieu  de  ce 
c()té,  non  pas  à  une  restitution,  mais  à  un  échange.  Ainsi  le 
voulait  la  justice;  mais  nous  venons  de  dire  que  la  volonté 
du  roi  des  Pays-Bas  en  décida  autrement. 

Le  gouvernement  français  Ht  aussi  jtarvenir  des  récla- 
mations à  celui  des  Pays-Bas.  Il  i-edeniandait  les  tableaux 
envoyés,  en  1802  et  en  1811,  au  Musée  de  Bruxelles.  Il  y 
avait  une  réponse  bien  simple  à  lui  faire  :  elle  fut  faite.  Les 
éléments  en  furent  fournis  par  le  conservateur  du  Musée  de 
Bruxelles  dans  un  long  mémoire  où  la  question  était  traitée 
d'une  manière  nette  et  précise.  La  Belgique  avait  fait  récla- 
mer à  la  France  deux  cent  trente  et  un  tableaux.  Sur  ce 
nombre  (piatre-vingt-douze  seulement  avaient  été  rendus  : 
c'étaient  ceux  qui  se  trouvaient  au  Louvre.  A  l'égard  des 
autres ,  répandus  dans  les  dillérents  musées  de  France  et 
même  des  provinces  d'Italie  et  d'Allemagne  qui  avaient  fait 
quelque  temps  ])artie  de  remj)ii-e  IVançais,  ils  devaient  être 
i-estitués  plus  lard;  M.  Denon  en  avait  pris  l'engagement 
formel  vis-à-vis  des  commissaires  belges.  On  savait  où  ils 
étaient;  le  conservateur  du  Musée  de  Bruxelles  le  rappelait 
dans  son  mémoire.  Ils  étaient  à  Bordeaux,  à  (ïaen,  à  Dijon, 


—  410  — 

à  Gronoblo,  à  Lille,  à  Lyon,  ù  Mayenco,  à  Marseille,  ;i  Milan, 
à  Nancy,  à  Nantes,  à  Rennes,  à  Rouen,  à  Strasbourg,  à 
Tours  et  à  Toulouse,  à  Paris  même,  dans  des  éiiiises. 
C'étaient  les  œuvres  des  ])remiers  maili-es  de  notre  école.  Le 
conservateur  du  Musée  de  Rruxelles  Taisait  observer,  avec 
juste  raison,  qu'avant  de  demander  la  restitution  de  ce  qui 
avait  été  donné  à  la  Belgique  connue  une  mince  compensa- 
tion de  ce  qu'elle  avait  perdu  ,  il  lallail  commencer  par  lui 
rendre  ce  qu'on  avait  à  elle.  Ces  raisonnements,  appuyés  par 
le  témoiiïuaue  irrécusable  des  laits,  lirent  envisager  la  ques- 
tion sous  son  véritalde  as])ect.  Le  gouvci-nement  des  Pays- 
lias  réj)ondit  dans  le  sens  des  observations  contenues  dans 
1(!  rapport  dont  nous  venons  de  parler.  Malbeureusement  les 
clioses  en  restèrent  là.  Le  Musée  de  Bruxelles  aurait  bien 
volontiers  écbangé  contre  les  œuvres  des  maîtres  (lamands 
gardées  ])ar  les  musées  de  France,  au  préjudice  des  droits 
de  la  Bolgi(jue,  les  tableaux  (jn'il  avait  reçus  de  Pai-is,  sans 
compter  qu'il  avait  déjà  restitué  au  pape,  au  grand-duc  de 
Toscane  et  au  roi  de  l*russe  plusieurs  des  plus  j)récieux  de 
ces  tal)leaux. 

Le  Musée  de  Piruxelles  lit  ciicoi'c  (pu'hpies  perles  ;  mais 
cène  l'ut  |tas,  du  njoins,  l'étranger  (pii  en  profila.  .Se///// 
Baron  distrihuanl  ses  biens  aux  pauvres,  de  Rubens,  la 
Nalimlé  de  Jésiis-Chrisl,  de  Van  Dyck,  X Ercdinn  en  rroi.r, 
du  mèm(>  maître,  furent  rendus  aux  villes  de  (land,  Ter- 
monde  el  (lourirai,  coinnie  ou  Ta  vu  |)liis  haut. 

Dans  le  j'aj)porl  ipTil  ad)'(^ssa  à  radiiiiiii>lralion  commu- 
nale un  an  cnvirou  après  avoir  pris  possession  {\v<,  fondions 
de  C(jnservaleur  du  Musée,  Malaise  dit  que,  |iour  remplir  les 
vides  cau.sés  dans  les  galei'ies  p;u'  les  rcslilulions  ,  ou   eut 


^.  411   — 

recours  au  dépôt,  où  l'on  retrouva  encore  de  bons  tableaux, 
nolamment  le  Calcaire,  d'Olto  Yenius.  On  l'avait  cependant 
bion  mis  à  conlrijjulion ,  ce  nuilbeureux  (irpôt,  dans  lequel 
on  aflirniail,  depuis  quinze  ans,  qu'il  ne  restait  plus  ri(Mi  qui 
IVil  digne  du  Musée?  Dans  ce  même  rapport.  Malaise  s'atla- 
clieà  jU'ouver  (pie,  par  les  dépenses  qu'a  laites  la  ville  pour 
la  mise  en  étal  et  pour  l'entretien  des  tableaux  du  Musée, 
elle  en  est  devenue  véritablement  proj»riétaire.  A  quoi  sert 
la  peine  qu'il  prend  là?  Qui  songe  à  disputer  à  la  ville  la  pos- 
session du  Musée?  Une  pbrase,  qui  termine  ce  passage  du 
rapport,  nous  ap])rend  dans  quelle  intention  Malaise  s'est  livré 
à  une  argumentation  que  nous  regardons  comme  superflue 
et  qui  répond  à  une  pensée  de  l'autorité  dont  il  relève.  Cette 
preuve  est  contenue  dans  les  lignes  que  nous  transcrivons 
textuellement  :  «  On  |)eut  donc  conclure  de  ce  qui  précède 
que  la  ville,  possédant  à  titre  onéreux,  a  le  droit  de  se  con- 
sidérer comme  propriétaire  de  tons  les  tableaux  de  la  galerie, 
surtout  dans  les  circonstances  actuelles  où  il  est  question 
d'en  faire  bommage  à  Sa  ^Majesté.  » 

La  ville  de  Bruxelles  avait  donc  l'intention  de  l'aire  bom- 
mage du  Musée  au  roi  des  Pays-Bas.  C'est  un  fait  curieux 
(pie  nous  n'uvions  vu  consigné  nulle  part  et  dont  l'inuque 
trace  se  trouve,  peut-être,  dans  le  rapport  du  sieur  Malaise. 
On  aura  fait  conqirendre  aux  magistrats  communaux,  aux- 
quels était  venue  cette  étrange  idée,  que  leurs  droits  sur  le 
Musée  n'allaient  pas  jus(prà  pouvoir  en  aliéner  la  possession  ; 
que  les  collections  de  ce  genre  appartiennent  à  la  nation  , 
font  partie  de  son  patrimoine  et  n'en  sauraient  être  distraites, 
fût-ce  pour  être  offertes  comme  un  bommage  au  prince.  Ces 
dépenses  faites  pour  le  Musée  et  (pie  Malaise  invoquait  pour 


—  M'2  — 

éluhlir  la  (jualilé  do  propriétaire  de  la  ville,  qui  les  avait 
j)ayées?  Les  coniribiiables  :  or  c'est  à  eux  que  le  Muséea))par- 
tenait,  et  l'on  n'avait  )ias  le  droit  de  disposer  de  leur  bien. 
Nous  avons  la  conviction  que  le  roi  des  Pays-Bas  adressa 
lui-même  ces  objections  aux  magistrats  de  la  ville  de 
Bruxelles,  si  l'on  pressentit  ses  intentions  au  sujol  de  la 
(lémarcbe  (ju'on  se  proj)osait  de  faire. 

Malaise  s'occupa  de  remettre  en  ordre  l(i  Musée  un  p(ni 
bouleversé  par  les  événements  que  nous  venons  de  rapporter. 
Son  premier  soin  fut  de  faire  restaurer  les  tableaux  revenus 
de  Paris  dans  le  misérable  état  qu'on  a  vu.  C'était  une  beso- 
gne dillicile  et  délicate.  Elle  fut  exécutée  avec  prudence  et 
aussi  bien  qu'on  pouvait  l'attendre  de  l'bommo  réputé  le  plus 
liabile  dans  l'art  de  la  restauration,  art  dangereux  j)resque 
autant  (pùililc,  (jui  a  conservé  quelques  tableaux,  mais  (pii 
en  a  perdu  plus  encore  el  que  bien  peu  pratiquent,  aujour- 
d'hui encore ,  avec  le  tact  et  le  discernemcnl  qu'il  exige. 
C'était  M.  ïliys,  le  père,  qui  était  habilueliement  chargé  de 
la  restauration  des  tableaux  du  Musée.  Les  travaux  de  ce 
genre  qu'il  eut  à  faire  furent  nombreux;  on  a  vu  (pu.'l  c(>n- 
cours  de  circonstances  les  avait  multipliés.  Tirés  des  maga- 
sins où  ils  avaient  été,  pour  ainsi  dire,  jetés  pèle-mèle, 
envoyés  de  France  où  ils  avaient  été  soumis  à  des  causes 
semblables  de  détérioration,  exposés  à  de  j)lus  grands  dom- 
mages encore  par  l'incurie  des  commissaires  et  de  l'adminis- 
Iialitju  centrale,  en  181.'),  la  plu|>arl  des  tableaux  (jui  (''(aient 
entrés  successivement  dans  la  galerie  avaient  dû  passer  par 
l'épreuve  de  la  réparation.  Beaucoup,  ceux  d(,'  la  ])lus  grande 
dimension  particulièrement,  avaient  même  été  renloilé's. 
Titul  cela  élait  coril(Mi\,  et,en\  r(''néclii>sanl,  on  ne  doil  ji.-is 


—  4io  — 

s'étonner  que  le  maigre  budget  accordé  par  la  ville  (de  six 
à  sept  mille  francs)  ait  été  j)r('sque  enlièrement  absorbé 
cbaque  année  par  les  dépenses  d'entretien  et  qu'il  soit  resté 
fort  peu  de  chose  à  consacrer  aux  acquisitions.  C'était  par 
douzaines  (pi'on  enlevait  les  tableaux  pour  les  restaurer, 
surtout  de})uis  la  mort  de  Bosscliaerl,  qui  se  montra,  de  ce 
côté,  plus  réservé,  plus  prudent  que  ses  successeurs.  Nous 
trouvons,  parmi  les  comptes  du  Musée,  une  réclamation  du 
peintre  Tbys,  ayant  pour  objet  d'obtem'r  le  payement  d'une 
somme  qui  lui  est  due  pour  la  restauration  de  trente-sept 
tableaux  dans  le  courant  de  l'année  1817.  C'était,  nous 
venons  de  le  dire,  le  meilleur  restaurateur  de  l'époque.  Bos- 
scliaerl reiiq)loyait  presque  exclusivement.  Le  nom  d'un 
autre  restaurateur ,  nommé  Alexandre,  a))parait  rarement 
dans  les  comptes  et  pour  des  travaux  de  peu  d'importance. 
Une  fois,  l'administration  centrale  voulut,  de  sa  propre  ini- 
lialive,  recourir  aux  services  d'un  praticien  auquel  le  con- 
servateur n'avait  point  accordé  sa  confiance,  et  elle  n'eut  pas 
la  main  heureuse.  Le  26  pluviôse  an  xiii,  le  maire,  M.  Van 
Langenhoven,  adressa  à  Bosschaert  une  lettre  ainsi  conçue  : 
«  Je  désire,  d'après  le  compte  que  je  me  suis  fait  rendre, 
tpie  M.  Van  Begemoorter,  peintre  d'Anvers,  répare  le  beau 
tableau  de  Bubens,  représentant  V Adoration  des  Mages,  qui 
existe  au  Musée,  après,  toutefois,  qu'il  aura  été  rentoilé  par 
M.  Alexandre,  dont  les  talents  me  sont  connus.  »  Le  maire 
était  peut-être  bon  juge  en  affaires  administratives;  mais  il 
n'en  était  pas  de  même  dans  les  clioses  d'art,  à  l'égard  des- 
quelles il  aurait  beaucoui)  mieux  fait  de  s'en  rapporter  à 
l'avis  de  gens  {)lus  compétents  que  lui  en  pareille  matière. 
En  dé|)it  du  compte  qu'il  s'élaif  fait  ivndre,  M.  Van  Bege- 


—  K\h  ~ 

iiioorler  (il  do  déloslabk'  besogne.  Peu  do  tomps  n))rùs,  il 
lallul  roooinmonoer.  Bosschaert  proposa  do  oonlior  à  Tli\  s  lo 
soin  de  réparer  les  fautes  du  reslauraleur  anvorsois  :  «  Il 
s'auit,  disait-il  dans  son  l'apport,  d'enlever  des  masses  de 
l'ojK'ints  sur  un  tableau  (pi'une  mauvaise  restauration  a 
rendu  niéconnaissablo.  »  Le  maire  lui  répondit  :  «  Vous 
recommanderez  à  M.  Tbys  d'employer  les  ]tlus  grandes  pré- 
cautions. Lorstpril  s'agit  de  la  conservation  d'une  ))roduc- 
lion  du  grand  Rubons,  elles  sont  indispensables.  «  Pounfuoi 
l(!  magistj'at  municijial  n'avait-il  pas  l'ait  cette  judicieuse 
réflexion  avant  de  cunlier  la  restauration  de  YAdoration  des 
M(if/es  à  un  peintre  incapable  de  la  bien  faire?  Quand  le  mal 
eut  été  réparé,  Bosscliaert  écrivit  au  maire  :  «  La  restaura- 
tion a  ou  l'effet  désiré.  Les  repeints  sont  enlevés  et  le  tableau, 
débarrassé  iVun  voile;  qui  l'obscurcissail ,  a  re])ris  tout  son 
éclat.  » 

Dans  une  autn^  circonstance,  on  eut  encore  l'occasion  de 
reconnaître  combien  il  est  imprudent  de  conlier  la  restaura- 
tion d'(euvros  de  maitresà  des  praticiens  dont  l'iiabiloté  ol  la 
discrétion  n'ont  ))as  c'-té  éprouvées.  Plusieurs  tableaux  de 
pi-ix  avaient  ét(''  i-emis,  |iour  être  restaures,  à  un  certain 
Gippers.  Dans  le  nondu-ese  ti-oiivait  It^  Christ  porté  nu  tofii- 
lif'du.  de  l^dma  l'ancien,  un  des  plus  beaux  spécimens  delà 
peinture^  italiemie  (|ue  iiossédàt  l(i  Musée.  Cet  bomme  lit  de 
mauvai.sos  alTaires,  se  cacba  pendant  quelque  temps  pour 
écba])])or  aux  poursuites  de  ses  créanciers,  et  les  nombreuses 
lettres  (pie  lui  ('crivait  Tadministration  coiinnunale  pour  lui 
|';iire  restiliiei' le  Palnia  l'cslaienl  sans  iv'ponse.  Il  le  rapporta 
enlin,  mais  d.uis  un  tel  état,  qu'il  fut  depuis  lors  inq)0ssij)l(! 
(le  |(»  re]il;icer  (l;in>  le>^  galei'ies  du  lMu<(''e.  O  mémo  liabile 


lioiiiiiio  avail  ivnvoyé  précécleinmciil  deux  auliTS  lahlcuux 
qu'oïl  lui  l'cprocliail  d'avoii'  fort  mal  reslaurôs.  Il  eul  l'iiii- 
pi'udciKM^  de  répondre  au  bourgiuoslre  :  «  Si,  coiumo  ou  1(î 
dit,  rt''lùv(*  (pii  a  ivparé  ces  dcnix  lablcaux  les  a  gàlôs  j)ai'  des 
j-epcints,  j'enlèverai  ces  repeints  et  je  les  rendrai  tels  qu'ils 
étaieni  »  On  aurait  i)u  lui  demander  pourquoi  il  imaginait 
qu'ils  lui  avaient  été  remis. 

Des  accidents  semhlahles  ne  sont  plus  à  craindre.  Les 
travaux  de  restauration  du  Musée  de  Bruxelles  sont  exécutés 
maintenant  par  un  artiste  dont  le  talent  et  l'expérience  lais- 
sent l'administration  dans  une  sécurité  jiarfaite  sur  le  résul- 
tat des  missions  qui  lui  soni  confiées.  La  restauration  des 
Rubens  de  la  cathédrale  d'Anvers  a  l'ait  à  M.  Etienne  Leroy, 
dans  le  monde  artiste,  une  réputation  qui  rend  superflu  tout 
('loge  de  sa  manière  de  pratiquer  un  art  dont  l'importance  et 
la  difficulté  sont  appréciées  par  les  personnes  qui  savent 
combien  de  productions  de  grands  maîtres  ont  été  anéanties 
par  l(!  l';n'tde  restaurations  maladroiles. 

Malaise  avait  renq)lacé  Bosscliaert  à  la  fin  de  l'année  ISK}: 
le  o  mai  1810,  il  donna  sa  démission,  qui  lui  accept(''e. 
Nous  ignorons  quels  furent  les  motifs  de  sa  retraite.  L'ad- 
ministration communale,  ne  sachant  par  qui  le  remplacer, 
s'adressa  à  Yan  Hulthem  en  le  priant  de  vouloir  acceptei', 
ne  lut-ce  que  provisoirement,  les  fonctions  de  conservateur 
du  Musée,  qu'il  pourrait  fort  bien  remplir  concurremment 
avec  celles  de  l)ibliolhécaire  et  de  secrétaire  perpétuel  de 
l'Académie.  Yan  liulthem  y  consentit,  et  le  bourgmestre 
informa  le  ministre  de  sa  nomination.  A  partir  de  ce  moment, 
en  elîcl,  il  reçut,  dans  la  correspondance  oflicielle,  le  titi-e 
de  conservateur  du  Mns('c  de  Bruxelles.  Yan  Uullhem  élaii 


—  i16  — 

1111  liomme  de  goût  ;  mais  il  manquait  des  connaissances  spé- 
ciales nécessaires  pour  diriger  un  Musée,  et  la  mulliplicilé 
(lèses  occupations  ne  lui  permettait  pas,  d'ailleurs,  de  don- 
ner à  la  surveillance  de  cet  établissement  tous  les  soins  qu'il 
réclamait.  Les  ac(piisili(Mis  lurent  ])lus  rares  que  jamais,  et 
il  ne  se  (it  plus  guère  de  restaurai  ions.  La  ville  ne.  s'en  plai- 
gnit pas;  c'était  pour  elle  une  économie  toiile  claire,  el  les 
économies  étaient  de  son  goût. 

A  cette  même  époque  (18 18),  iiikî  correspondance  s'éta- 
blit entre  le  conseil  des  hos))ices  et  l'administration  commu- 
nale au  sujet  d'un  tableau,  un  beau  tableau,  à  ce  qu'il  parait, 
(\\i\  a  élé  trouvé  dans  le  local  dit  de  l'Infirmerie.  Le  conseil 
(\o^  bospices  demande  que  la  ville  le  lui  aclièle  ou  qu'elle 
l'autorise  à  le  vendre.  Il  a  déjà  tenté  des  démarcbes  jiour 
obtenir  (pie  l'acquisition  en  soit  faite  par  le  roi.  La  ville 
répond  qu'elle  n'a  pas  d'argent  disponible  pour  payer  le 
tableau,  mais  qu'elle  s'oppose  à  ce  qu'il  soit  vendu.  N'a-t-elle 
pas,  chaque  année,  à  combler  le  déficit  des  hospices?  Le 
tableau  doit  être  conservé  à  Bruxelles  et  placé  au  xVIusée, 
sauf  à  conclure  sur  ce  jiied  que  la  ville  paierait,  après  exper- 
tise, l'intérêt  du  (capital  à  raison  de  cinq  pour  cent.  Il  est 
vraisemblable  que  cette  affaire  n'eut  aucune  suite,  car  nous 
n'avons  trouvé  dans  les  archives  ni  cxperlis(%  ni  convention, 
ni  mention  de  l'entrée  du  tableau  au  Musée.  La  ville  était, 
du  reste,  parfaitement  fondée  à  répondre  comme  elle  l'avait 
fait.  Payant  cha(pie  année  aux  hospices  une  somme  consi- 
dérable, elle  jiouvait  regarder  comme  un  juste  ('change  le 
lilacement  du  tableau  en  (pieslion  dans  le  Musée  communal. 
D'ailleurs,  i)eul-clni  bien  la  ville  aurait-elle  eu  plus  de  droits 
(|u'('ll('  ne  le  pciisail,  ;i  l'aire  valoir  (*onlr(^  les  prélentions  du 


—  417  — 

cuiiscil  (l(!S  ho.sj)icos.  D'où  venait  ce  labh^au  relruuvé  dans 
le  local  de  l'iniirmerie?  N'étail-cc  pas  un  de  ceux  qui  avaient 
été  prêtés  aux  hospices  par  le  Musée,  à  la  condition  de  les 
réintégrera  la  première  réquisition?  S'il  en  était  ainsi,  pou- 
vait-on admettre  (juc  la  ville  dût  i-aclieter  une  chose  (pii  lui 
apparlenaitV  II  n'y  avait  plus  personne  ,  mallieureusemeiit , 
qui  pût  fournir  à  l'administration  communale  des  renseigne- 
ments sur  la  question  soulevée  par  le  conseil  des  hospices. 
Le  Musée  de  Bruxelles  était  fort  mal  administré,  ses  archives 
étaient  dans  le  plus  grand  désordre,  et  le  lil  des  traditions 
était,  en  quelque  sorte,  rompu  par  la  retraite  de  Malaise. 
Van  Hulthcm  ne  connaissait  pas  ])lus  l'histoire  de  la  collec- 
tion qu'il  ne  se  connaissait  en  tableaux. 

Au  mois  de  mars  1819,  M.  Falck,  ministre  de  l'instruc- 
tion publique,  de  l'industrie  nationale  et  des  colonies,  informa 
le  bourgmestre  de  Bruxelles  que  le  roi,  ayant  fait  l'acquisi- 
tion du  Musée  Lupus,  désirait  qu'il  fût  placé  dans  la  ville  de 
Bruxelles.  Attendu  ([u'il  n'y  a  pas  dans  cette  ville  de  local 
où  le  Musée  en  question  puisse  être  convenablement  installé, 
le  ministre  s'adresse  aux  bourgmestre  et  échevins,  «  qui 
|)ossèdcnt  de  vastes  bâtiments  consacrés  aux  arts  et  aux 
sciences,  et  dont  ils  j)Ourraient  peut-être  céder  quelque  par- 
tie. »  Il  termine  en  demandant  si  l'on  ne  pourrait  ])as  trou- 
ver également,  jirès  des  salies  qui  seraient  affectées  au 
Musée  Lupus,  un  logement  pour  le  conservateur.  Le  bourg- 
mestre répond  au  ministre  (jue  dans  les  bâtiments  de  l'An- 
cienne Cour,  où  se  trouvent  déjà  le  nuisée  de  tableaux,  un 
cabinet  de  pliysique,  des  écoles  de  médecine,  de  chant  cl  de 
danse,  il  y  a  une  immense  salle  ayant  jadis  servi  de  biblio- 
thèque aux  princes  autrichiens,   gouverneurs  généraux, 


--  ils  — 

I.'i'iucllc  )i(imi-;iil  icccvoir  le  (Irpul  du  .Miim-i!  Lii|)U>.  QiiaiiL 
uu  l()!i,eiiient  du  conservaleur,  les  magislrats  coinniunaiix 
expriiucnt  le  rogretdc  «nojtuuvuirricii  fain-pourM.  Lupus.  » 
Ce  dernier  avail  doue  vendu  sa  ('(illocliuii  au  rui  des  l*ays- 
lîas  à  la  eoiidilioM  d'eu  cire  le  conservateur? 

M.  le  baron  de  Tliysebacrl,  (jui  venait  d'être  nommé  con- 
servaleur du  Musée,  en  remplacement  de  Van  llultliem,  fui 
invité  ;i prendre  des  mesures  pour  iaire  approprier  ranciemie 
hihiiotlièque  (ks  ii'ouverncnirs  ixéiu-raux  à  la  nouvelle  desli- 
nalionqui  lui  était  donnée.  On  n'allait  pas  vile  en  besogne  à 
l'administration  du  Musée,  à  moins  que  les  lenteurs  ne  soient 
venues  de  l'autorité  supérieure.  Toujours  est-il  que  les  j)re- 
inières  négociations  relatives  au  placement  du  Musée  Lupus 
eurent  lieu  au  mois  de  mars  18it),  et  (pu;  c'est  seulement  au 
mois  de  juillet  18*25  que  se  lit  la  cérémonie  officielle  de  sa 
l'cmise  aux  magistrats  communaux.  Le  collège  avail  délégué 
M.  Van  Gameren,  éclievin,  assisté  de  M.  Thys,  peintre  res- 
taurateur du  Musée,  pour  cette  cérémonie;  le  gouvernement 
était  représenté  par  M.  Dugniolle. 

Nous  ne  savons  pas  au  juste  de  quoi  se  comjiosait  la  col- 
Irciion  Lupus,  dont  le  sonveuii-  s'est  complétenuMit  effacé, 
et  nous  avouons  n'avoir  pas  fait  de  grands  efl'orts  pour  nous 
en  instruire.  Il  nous  sullisîu't  d'être  renseigné  sur  ce  qui  cou- 
cei'nait  les  tableaux;  oi',  sous  ce  rapport,  nous  avons  eu  tous 
les  éclaircissements  désirables  j)ar  un  catalogue  qu'avait 
rédigé  rancien  possesseur  de  la  collection,  f^n  tète  de  ce 
catalogue  se  trouve  une  indication  de  laciuellc;  il  résulte  que 
les  tableaux  forn)aienl  la  dixième  classe  de  l'ensemble  de  la 
collection.  Le  chevalier  Liq)us  s'était  fait,  ou  voulait  faire 
nailrc,  d'étranges  illusions  sur  la  valeur  des  objets  d'art  qu'il 


—  4 lu  ^^ 

iivail  iciiiiis.  S'il  rallaiU'ii  ci-oirc  les  auiiulali\)iis  de  l'iiivcii- 
taire  ({u'il  avait  dresse  avec  plus  d'endioiisiasiiie  (|iii'  de 
scienee,  il  n'y  avait  pas,  dai)s  sa  [lelite  galerie,  un  tableau 
qui  ne  lui  un  clief-d'univre  ou  (|ui  ne  dût  cxeilcr  le  plus  vil' 
intérêt  par  sun  aneiennelé.  Ses  (»i)inions  ou  ses  ])i"ét('ntions 
Liaient  ce[)endant  fort  éloignées  de  la  vérité.  Les  tableaux 
déei-its  dans  le  catalogue  du  ebevalier  Lupus  étaient  au  noni- 
bi-c  de  (piatrc-vingt-dix.  Presque  tous  apjjartenaient  aux 
écoles  llaniande  et  allemande  du  xv'  et  du  xvi"  siècle.  11  en 
était  peu,  dans  le  nombre,  qui  eussent  (pielquc  méi'ile  ou 
qui  olîrisseni  un  certain  intérêt  historique.  11  en  est  resté  (oui 
au  ])lus  une  dizaine  dans  le  Musée,  ainsi  qu'on  pourra  le  voir 
par  les  indications  de  provenance  du  catalogue.  La  plupart 
lurent  relégués  dans  les  gi-eniers,  et  nous  pouvons  certifier, 
a|)rès  les  avoir  examinés,  qu'on  ne  leur  a  pas  fait  d'injustice 
en  les  exilant  de  la  galerie. 

On  avait,  il  y  a  quarante  ans,  de  singulières  idées  sur  la 
manière  d'administrer  les  dépôts  itublics.  Nous  en  avons  cité 
dê\jà  des  exemples;  nous  en  citerons  encore,  outre  celui  (pie 
voici.  Le  nouveau  conservateur  du  Musée,  le  baron  de  ïliy- 
sebaert,  écrit  au  boui-gmestre,  en  1821,  que  })armi  les 
tableaux  qui  existent  au  ^lusée,  mais  (jui  n'ont  point  été 
jdacésdans  les  galeries,  à  cause  de  leur  peu  de  mérite  comme 
objets  d'art,  se  trouve  un  portrait  de  l'impératrice  Marie- 
Thérèse  d'Autriche.  Un  Viennois  qui  a  élé  chargé  de  reeher- 
chei-  une  elïigie  de  cette  princesse  serait  disjtosé  à  en  faire 
Tacquisition.  Le  conservateur  aftirme  que  jtareille  occasion 
de  se  débarrasser  de  ce  tableau  ne  se  présentera  plus.  Des 
artistes  l'ont  évalué  à  cent  francs;  le  Viennois  en  offre  trois 
cents.  C'est  un  marché  d'or  pour  le  Musée;  le  baron  de 


—  4^20     - 

'rii\S('i)uci'l  cspùn;  (|ir(»ii  rauluriscra  à  le;  coiicluni.  Il  pi'o- 
j)Ose,  ))ai'  la  luènK;  occasion,  de  lain;  droil  à  la  requclc  du 
curé  de  Saiiit-Jacquos  (Caudeiiberg),  leudante  à  oblenir  le 
mécanisme  du  carillon  de  la  ci-devant  abbaye  d'Aftlighcm, 
avec  le  cylindre  (jui  le  metlait  en  mouvement.  Quant  aux 
clochettes  du  carillon ,  elles  avaient  été  fondues  par  les 
Fi'ançais  pour  en  faire  des  gros  sous  ou  des  canons.  Ce  méca- 
nisme se  trouvait  déposé  dans  les  magasins  du  Musée,  |)armi 
les  innombrables  objets  non  |)ortés  à  l'inventaire.  Après 
avoir  exposé  au  conseil  communal  la  demande  du  curé  de 
Saint-Jacques,  M.  de  Thysebaert  ajoutait  :  «  Il  se  ibnd(î  sur 
l'économie  qu'il  ferait  en  se  passant  d'un  carillonnibur  qu'il 
doit  payer  à  chaque  solennité  et  sur  l'agrément  <ju'il  ])rocu- 
rerait  à  ses  paroissiens,  en  leur  donnant  de  la  nmsi(jue  tout 
le  long  du  jour  et  même  la  nuit.  » 

Le  collège  des  bourgmestre  et  échevins  donna  son  assen- 
liment  aux  deux  propositions  du  baron  de  Thysebaert.  Il 
n'y  avait  nulle  dilliculté  à  accueilhr  favorablement  la 
demande  de  ce  bon  curé,  qui  croyait  faire  le  bonheur  de  ses 
paroissiens  en  leurdoiniant  de  la  musique  (et  quelle  musi- 
que!) tout  le  long  du  jour,  et  même  la  nuit;  mais  comment 
pouvait-on  consentir  à  ce  que  le  conservateur  duMuséi;  ven- 
dit un  tableau  dont  on  ne  prenait  pas  même  la  précaution 
de  lixer  la  valeur  par  une  expertise? 

L'administration  du  Musée  allait  de,  mal  en  pis.  A  Bos- 
schaert,  qui  avait  des  préjugés,  mais  qu'une  éducation  tech- 
nifjue  avait,  du  moins,  pi'éparé  à  remplir  ses  fonctions, 
avaient  succédé  un  homme  d'administration.  Malaise,  puis 
un  bibliophile,  puis  un  personnage  fort  honorable  .sans  doute, 
mais  (ju'aucuiic  connaissance  spéciale  ne  |)arail  avoir  pu 


—  4!2I   — 

rccominander  au  elioi.x  de  rautorité  coriiiiumalc.  On  cii  vient 
à  n'avoir  i)lu.s  ni  eonservaleur,  ni  administrateur  jiuur  le 
Musée,  dont  le  plus  haut  fonelionnairesc  trouve  être  le  con- 
cierge. Au  mois  de  sei)tend)re  1822,  le  peintre  restaurateur 
Tliys  écrit  au  collège  échevinal  (|ue  par  la  maladie  du  baron 
de  Tliysebaert,  suivie  de  sa  mort,  le  Musée  est  resté  sans 
surveillance  et  réduit  aux  soins  d'un  concierge.  «  Voyant  cet 
établissement  ainsi  abandonné,  il  a  ci'u  pouvoir  prendre  sur 
lui  de  le  surveiller,  bien  que  n'y  étant  pas  autorisé,  dans 
l'intention  de  bien  faire  et  pour  cpie  tout  y  restât  en  bon 
ordre.  »  Non-seulement  Tlivs  s'est  constitué  le  surveillant 
du  Musée,  mais  il  s'occupe  de  radministration  de  ce  dépôt. 
Dans  sa  lettre  au  collège  échevinal,  il  fait  remarquer  que  les 
fonds  alloués  pour  le  service  de  l'établissement  sont  restés 
disponibles  depuis  le  commencement  de  la  maladie  de  M.  de 
Thysebaert.  On  pourrait  les  employer,  dit-il,  à  l'entretien 
des  tableaux,  à  l'amélioration  des  locaux  et  à  des  acquisitions. 
Il  est  de  fait  qu'on  ne  pouvait  guère  les  employer  à  autre 
chose.  Le  conservateur  officieux  ajoute  qu'on  se  procurerait 
facilement  les  moyens  d'acquérir  beaucoup  de  bons  tableaux, 
en  faisant  une  vente  des  toiles  de  rebut  qui  se  trouvent  en 
grand  nombre  dans  les  greniers  du  Musée. 

Dans  une  seconde  lettre,  datée  du  25  novembre  1822, 
Thys  ècril  au  collège  échevinal  :  «  Le  concierge  du  Musée 
m'a  fait  rapport  que  le  désir  des  membres  de  la  régence 
était  que  la  vente  des  tableaux  de  rebut  soit  faite  incessam- 
ment. »  II  en  a  parlé,  di!-il,  à  MM.  François  et  Coene,  mem- 
bres de  la  commission,  qui  lui  laissent  le  soin  d'organiser 
cette  vente.  Il  sera  nécessaire  qu'il  fasse  insérer  une  annonce 
dans  les  gazettes  et  imprimer  des  alfiches.  Des  ouvriers  lui 


—  422  — 

seront  nécessaires  pour  Iransporter  les  tableaux  jiesants  et 
«  pour  défaire  les  cloisons  qui  ont  été  faites  des  grands 
tableaux  du  dépôt.  »  Il  demande  d'être  autorisé  à  tout  cela. 

On  éiirouve  un  profond  étonnement  à  la  lecture  de  cette 
lettre.  Elle  donne  une  singulière  idée  de  la  façon  dont  la 
chose  publique  était  administrée  en  1822.  Il  y  avait  une 
commission  au  Musée,  puisque  Tliys  dit  avoir  parlé  à  deux 
de  ses  membres,  et  il  se  trouve  (pi'après  la  mort  du  conser- 
vateur,  l'établissement  reste  saijs  surveillance,  à  ce  point 
que  le  peintre-restaurateur  se  croit  autoiisé  à  en  prendre  la 
direction,  Tliys  apprend  que  les  membres  de  la  régence  dési- 
rent que  la  vente  des  tableaux  de  rebut  ait  lieu  prochaine- 
ment et  c'est  par  le  concierge  qu'il  en  est  informé.  C'est  lui 
qui  choisira  les  tableaux  destinés  à  la  vente,  et  sous  le  con- 
trôle du  concierge,  sans  doute,  car  nous  ne  voyons  aucune 
autorité  intervenir  dans  l'administration  du  Musée.  Que  fai- 
sait donc  la  commission,  pourquoi  l'avait-on  nommée  et 
quelles  étaient  ses  attributions? 

Une  autre  particularité  bien  étrange  nous  (îst  révélée  par 
le  dernier  paragra])he  de  la  lettre  du  peintre  Thys,  celui  où 
il  est  parlé  de  «  défaire  les  cloisons  ipii  ont  été  faites  des 
grands  tableaux  du  dépôt.  »  On  avait  donc  employé  des 
tableaux  à  faire  des  cloisons,  de  même  qu'on  en  avait  donné 
j)Our  couvrir  les  châssis  du  Jardin  botanique.  Nous  n'incri- 
minons ni  les  intentions  ni  les  actes  de  nos  devanciers;  mais 
il  n'est  pas  possible  de  ne  point  consigner  des  faits  aussi 
bizarres  dans  une  histoire  du  Musée.  Il  est  bon  de  connaître 
les  idées  et  les  usages  de  chaque  époque.  C'est  en  voyant 
ce  qui  a  été  fait,  qu'on  apprend  ce  qu'il  faut  faire  et  aussi 
ce  qu'il  faut  éviter. 


—  4-23  — 

Thys  a  reçu,  vj-aiseinblablcineiit,  l'autorisation  qu'il  avait 
deniandcc;    il  a   pris  tous   ses   arrangements,    défait  les 
fameuses  cloisons,  et  il  informe  le  collège  échevinal  de  l'état 
des  choses  dans  la  ielti-e  que  voici  :  «  Maintenant  que  la 
vente  des  livres  de  la  Bibliotiièque  est  remise  pour  un  autre 
temps,  la  vente  des  tableaux  de  rebut  du  Musée  pourrait 
être  accélérée.  Grand  nombre  de  ces  tableaux  sont  déjà 
])lacéset  numérotés.  Il  me  paraît  que  l'annonce  de  cette  vente 
pourrait  être  faite,  pour  (lue  les  étrangers  en  soient  infor- 
més. »  Quelle  était  cette  vente  de  livres  de  la  Bibliotiièque 
dont  parlait  Tliys?  Il  en  est  également  question  dans  le  pas- 
sage suivant  d'une  lettre  adressée  au  bourgmestre,  par  un 
certain  M.  Picard,  secrétaire  de  la  Société  royale  des  Beaux- 
Arts  de  Bruxelles  :  «  M.  Plaisant,  avocat,  demeurant  rue  de 
Ruysbroeck,  coin  de  celle  de  la  Paille,  consent  volontiers  à 
faire  partie  de  la  commission  chargée  d'épurer  la  bibliothè- 
que du  Musée.  Il  se  connaît  en  livres.  »  Cette  lettre  est  anté- 
rieure de  six  mois  à  celle  de  Thys.   De  quelle  épuration 
s'agissait-il?  Il  y  avait  donc  une  bibliothèque  au  Musée?  Elle 
devait  être* composée  d'ouvrages  relatifs  aux  arts.  Peut-être 
est-il  question  de  la  Bibliothèque  communale.  Que  n'a-t-on 
pas  vendu,  si  M.  Plaisant  et  ses  terribles  collègues  ont  exécuté 
leur  menace  d'épuration?  Encore  une  fois  nos  pères  avaient 
d'étranges  caprices. 

On  eut  pourtant  des  scrupules  sur  ce  qui  pourrait  advenir 
d'une  vente  des  tableaux  dits  de  rebut,  faite  avec  trop  de  pré- 
cipitation et  sans  contrôle.  Le  collège  échevinal  ajourna  sa 
décision.  L'aiïaire  fut  reprise  l'année  suivante  et  celte  fois 
avec  plus  de  régularité.  L'administration  du  Musée  avait  été 
reconstituée.    Le  ''Ï7  juin  1825,    le  bourgmestre  écrit  à 


—   i!24  — 

MM.  Doviiick-d'Orp  cl  lleniiessy,  cunsorvalcurs  du  ccl  cta- 
blisscineiit  :  «  Vous  voncz  d'informor  le  collège  qu'il  se 
trouve  dans  les  bàliinciits  de  rAncieiine  Cour  à  peu  près 
douze  cents  tableaux,  l)as-reliefs ,  ])aslels,  miniatures  et 
cslami)es  (jui  n'ont  pas  assez  de  mérite  pour  être  placés  dans 
les  salles  du  Musée,  et  vous  lui  proposez  de  mettre  lesdits 
objets  en  vente  publique,  afin  d'en  appliquer  le  produit  en 
acliats  d'autres  tableaux  de  bons  maîtres.  Vous  demandez 
en  outre  (pic  cette  vente  ait  lieu  au  local  du  Musée,  dans  la 
galerie  Lupus,  et  à  pouvoir  y  comprendre  aussi  quelques 
tableaux  et  ))astels  provenant  des  familles  Audenaerde  et 
autres.  Cette  vente  a  été  décidée  par  résolution  du  conseil 
de  régence,  du  25  août  1821.  »  Le  bourgmestre  ajoute  que 
la  vente  pourra  se  faire  dans  la  galerie  Lupus;  seulement  il 
faudra  qu'elle  ait  lieu  publiquement.  Les  conservateurs 
devront  faire  les  démarclies  nécessaires  pour  retrouver  les 
auteurs  des  dépôts  anonymes  et  excepter  provisoii-ement  de 
la  vente  les  objets  ])rovenant  de  la  famille  Audenaerde  ou 
d'autres  familles  connues. 

De  certaines  mesures  d'ordre  étaient  prises,  du  moins, 
jiour  cette  vente  dont  il  avait  été  tant  de  fois  question  et  qui 
avait  failli  se  faire  de  la  manière  la  |)lus  ii'régulière,  la  plus 
'■onlr.'iini  aux  principes  d'une  bonne  adminislralion,  ainsi 
(pi'aux  intérêts  du  Musée.  Les  objels  qui  devaient  èli'C  mis 
en  réserve  comme  provenant  de  différentes  familles  étaient, 
sans  doute,  ceux  (jui  avaient  jadis  appartenu  à  des  émigrés 
ou  (jui  formaient  les  dépôts  parliculicrs  doiil  nous  avons  vu 
(pic  plusieurs  Ini-cnl  réchmiès  el  l'csiilut's.  Kn  interdire  la 
vente  était,  de  l;i  p;irt  du  collège  éclievinal,  une  preuve  de 
tact  et  (rè(piil(''.  Il  eût  été  d'un  grand  intérêt  de  pouvoir 


—  42o  — 

roenoillii'  quelques  indices  sur  l'importance  et  la  valeur  des 
lableaux,  dessins,  morceaux  de  sculpture,  au  nombre  de 
douze  cents,  dont  les  conservaleurs  du  Mus('e  sollicitèrent  et 
obtinrent  la  mise  en  vente.  La  salislaclion  d'éclaircir  ce  point 
curieux  ik^  nous  a  pas  été  donnée.  Un  moment,  nous  avons 
cru  y  parvenir  en  partie,  quand  nous  avons  trouvé,  dans  les 
arcbives  du  Musée,  un  gros  caliier  poj-lant  cette  inscription  : 
Catalogue  des  vieux  tableaux  à  vendre.  —  1823;  mais  ce 
prétendu  catalogue  n'est  qu'une  liste  informe,  sans  noms  de 
peintres,  où  les  tableaux  sont  désignés  sommairement,  de  la 
façon  la  plus  ridicule,  par  une  personne  qui,  outre  qu'elle 
était  étrangère  à  toute  notion  d'art,  n'avait  pas  même  l'intel- 
ligence des  sujets  représentés.  Nous  avons  pu  constater  seu- 
lement, par  le  mot  réservé  mis  en  marge  d'environ  soixante 
numéros,  qu'il  a  été  fait  une  sorte  de  révision  ,  de  contrôle 
de  l'opération,  et  que  les  tableaux  dans  lesquels  un  juge  plus 
ou  moins  compétent  avait  cru  trouver  un  certain  degré  d'in- 
térêt, furent  exceptés  de  la  vente.  Le  résultat  même  de  l'ojié- 
ration  nous  aurait  fourni  quelques  lumières;  en  voyant  le 
prix  auquel  les  tableaux  furent  vendus,  nous  aurions  pu 
nous  former  approximativement  l'idée  de  leur  mérite.  Nos 
recherches  de  ce  côté  ont  été  vaines,  quoique  secondées  avec 
la  plus  grande  obligeance  par  M.  A.  Wauters,  le  savant 
archiviste  de  la  ville  de  Bruxelles.  Il  n'est  fait  mention,  dans 
les  comptes  de  la  commune,  d'aucune  somme  encaissée  à  la 
suite  de  la  vente.  Peut-être  le  produit  total  en  fut-il  laissé  au 
Musée,  pour  être  converti  en  acquisitions  de  tableaux,  bien 
qu'une  telle  mesure  ne  s'accordât  point  avec  les  règles  éta- 
blies en  matière  d'administration  financière.  Les  comptes 
particuliers  du  Musée,  déposés  à  l'iiôtel  de  ville,  avaient  dû 


—  4.26  — 

relater  cette  circonstance.  Nous  les  avons  parcourus,  sans 
rencontrer  aucune  pièce  (jui  s'y  rapportât.  Il  est  certain 
pourtant  que  la  vente  de  douze  cents  objets  d'art,  même 
médiocres,  a  dû  produire  une  somme  assez  Ibrte.  L'impossi- 
bilité de  vérifier  un  fait  aussi  important  dans  l'histoire  du 
Musée,  d'un  fait  (jui  s'est  passé  à  une  époque  si  rai)i)rocliée 
de  nous,  est  vraiment  inexplicable.  C'est  au  point  qu'on  doute- 
rait que  la  vente  ail  eu  lieu,  si  un  document  que  nous  avons 
rencontré  dans  les  archives,  et  dont  il  sera  bientôt  fait  mention, 
n'attestait  qu'elle  s'effectua  conformément  à  la  décision  ])i'ise. 
Un  grand  danger  menaça  le  Musée  en  1827.  Un  incendie, 
allumé  par  l'imprudence  des  plombiers  occupés  à  la  répara- 
tion des  toitures,  dévora  un  certain  nombre  de  tableaux  dans 
les  greniers  et  se  communiqua  à  la  galerie  inférieure,  à  l'en- 
droit où  se  trouvaient  précisément  les  chefs-d'œuvre  de 
Rubens.  Au  premier  signal  du  danger,  on  les  avait  trans- 
portés dans  d'autres  salles  et  pas  un  ne  fut  atteint.  On  par- 
vint heureusement  à  se  rendre  maître  du  feu;  mais  on  ne 
profita  |)oint,  comme  on  aurait  dû  le  faire,  de  la  leçon  don- 
née par  cet  accident.  Le  local  du  Musée  présente,  ])ar  la 
nature  de  sa  construction  et  par  l'absence  d'isolement,   un 
danger  permanent  d'incendie  qui  inquiète  les  amis  des  arts, 
qui  a  fixé  l'attention  du  gouvernement  et  aucpiel  on  s'occu- 
pera })ro{'hainement  de  le  soustraire,  il  y  a  lieu  de  l'espérer. 
S'il  faut  s'étonner  d'une  chose,  ce  n'est  pas  que  le  feu  ait  pris 
au  Musée  en  1827  ;  c'est  (juc  la  collection  n'ait  i)as  été  brûlée 
vingt  Ibis  pour  n\ui.  On  eut  jadis  l'imprudence  d'accorder  à 
plusieurs  personnes  la  jouissance  d'un  logement  dans   les 
bâtiments  d(ï  l'Anciemie  Cour.  Il  y  a  plus  ;  Tai-tilicier,  entre- 
preneur des  fêles  oflic'ielles,  y  avait  son  habitation  et  son 


—  427  — 

atelier  an  commencement  de  ce  siècle.  Nous  sommes ,  en 
vérité,  plus  sages  que  nos  pères,  quoiqu'on  nous  dise  souvent 
le  contraire. 

A  (liri'érentes  rc|)rises  il  s(^  présente  des  incidents  dont  la 
correspondance  entre  la  commission  administrative  du  Musée 
et  l'autorité  communale  a;ardo  la  trace,  et  qui  prouvent  qu'à 
aucune  époque  le  Musée  n'a  renoncé  à  ses  droits  sur  les 
tableaux  confiés  aux  églises  et  aux  hospices.  Le  15  décem- 
bre 1827,  la  commission  du  Musée  écrivit  au  conseil  com- 
munal pour  lui  rappeler  dans  quelles  circonstances  et  à 
quelles  conditions  avaient  eu  lieu  les  prêts  de  tableaux.  Elle 
est  fondée  à  croire,  dit-elle,  que  les  mesures  de  conservation 
n'ont  pas  été  prises  par  tous  les  établissements  religieux  ou 
civils  dont  les  engagements  à  (îct  égard  étaient  formels.  Elle 
demande,  en  conséquence,  l'autorisation  de  se  livrer  à  une 
ins])('ction  qui  lui  permettra  de  constater  l'état  de  tous  les 
tableaux  remis  par  le  Musée  à  litre  de  dépôts.  Cette  autori- 
sation lui  est  accordée.  Du  reste,  les  droits  du  Musée  n'étaient 
pas  contestés ,  et  si  certaines  fabriques  d'église  les  avaient 
violés  frauduleusement  par  des  ventes  clandestines,  d'autres 
se  soumettaient  franchement  aux  clauses  des  contrats  qu'elles 
avaient  signés.  Trois  ans  avant  la  démarche  faite  par  la  com- 
mission du  Musée  pour  être  autorisée  à  ouvrir  l'enquête  dont 
nous  venons  de  parler,  le  conseil  de  fabrique  de  la  paroisse 
de  Saint-Nicolas  écrivit  àl'administration  communale  qu'ayant 
(Mitrepris  de  faire  exécuter,  dans  l'intérieur  de  l'église,  des 
changements  (jui  ne  permettraient  plus  d'y  placer  des 
tableaux  dont  le  dépôt  lui  avait  été  confié  par  un  arrêté  en 
date  du  25  vendémiaire  an  xiii,  il  demandaitoù  il  pourrait  les 
aire  transporter. 


--  i'2S  — 

Quelques  années  après,  le  conseil  communal  renvoya  à  la 
commission  du  Musée  une  réclamation  du  bourgmestre  de 
Oembloux,  tendante  à  obtenir  la  restitution  de  quatorze 
tableaux  provenant  de  l'ancienne  abbaye  de  Gembloux  et  ((ui 
devaient  se  trouver  dans  les  magasins  de  l'Ancienne  Cour. 
La  commission  répondit  que  ces  tableaux  existaient,  en  effet, 
au  Musée,  mais  qu'ils  étaient  sa  propriété,  en  vertu  de  dis- 
positions légales  qui  avaient  conservé  toute  leur  force  et 
toute  leur  autorité.  Cependant  les  tal)leaux  en  question  ayant 
peu  de  valeur  et  la  connnune  de  Gembloux  paraissant  dis- 
posée à  les  racheter  au  Musée,  la  commission  exprima  le 
désir  d'être  autorisée  à  entrer  en  négociation  sur  ce  point,  à 
charge  de  convertir  en  acquisitions  nouvelles  la  somme  pro- 
venant du  marché  qu'il  s'agissait  de  conclure.  A  cette  pièce 
était  joint  le  double  d'un  acte  passé  entre  la  commission  du 
Musée  et  la  commune  de  Gembloux  pour  la  vente  à  celte  der- 
nière, moyennant  la  somme  de  cent  francs  ,  de  quatorze 
tableaux  représentant  le  Christ,  la  Vierge  et  les  Apôtres, 
par  Dchaese.  Cette  proposition  reçut  l'assentiment  du  conseil 
communal. 

L'attention  de  la  commission  administrative  du  Musée 
s'était  portée  du  côté  de  l'amélioration  des  locaux  qui  étaient 
insuflisants  et  qui  le  sont  encore,  car  1(^  mancpie  de  bàli- 
menfs  convenables  pour  l'inslallalion  des  collections  publi- 
ques est  pour  Bruxelles  ui!  mal  jiermanent  (\\\\  attend  des 
remèdes  eflicaces.  La  galerie  actuelle,  éclairée  par  le  haut, 
fut  établie,  en  1828,  sur  l'emiilacement  de  ])lusieurs  salles 
qui  recevaient  leur  jour  de  fcnélres  latérales.  C'était  imc 
amélioration;  mais  l'économie  (pi'on  fui  obligé  d'y  mettre 
empêcha  de  donnera  la  conslriiclion  lonle  la  soli(li((''  dési- 


JJiill  <l,irl  n-  ,/ .lrr/i.'-/nf/i\-.ïoii,<     II. 


Imp   Simonau    'à.  Tjovev 


FiOLE   F.N    l-CRME    DF    GRAPPE    DE    RAISIN 
troiu/ée  dans  les  fouilles  faif:esâ    Freshu 


—  /i.20  — 

rahlo.  Sa  léiièrolù  avait  le  double  iiiconvéïiioni,  do  l'oxposor 
aux  chances  d'incendie  et  de  ne  pas  la  prolég'cr  contre  les 
infiltrations  d'eau,  si  préjudiciables  à  la  conservation  des 
(Guvrcs  de  peinture.  Il  est  fortement  question  aujourd'hui 
de  doter  le  Musée  d'un  local  digne  de  recevoir  ses  richesses 
actuelles.  C'est  une  mesure  dont  tous  les  amis  dos  arts  sau- 
ront infiniment  de  gré  au  gouvernement. 

Les  acquisitions  du  Musée  n'avaient  pas  été  nombreuses 
dans  les  années  qui  précédèrent  la  révolution  de  1850; 
cependant  le  Musée  s'était  enrichi  de  quelques  bons  tableaux. 
Il  est  inutile  d'en  donner  ici  la  liste,  attendu  que  le  catalogue 
fait  connaître  la  date  de  l'entrée  do  la  plupart  des  tableaux 
dans  la  collection.  Plusieurs  changements  avaient  eu  lieu 
dans  l'administration  du  Musée.  On  a  vu  plus  haut  qu'il  y 
avait  été  nommé  doux  conservateurs  après  la  mort  du  baron 
de  Thysebaert,  MM.  De  Vinck-d'Orp  et  Hennessy.  Le  pre- 
mier fut  remplacé,  on  1827,  par  M.  de  Wellens,  fils  du 
bourgmestre  de  Bruxelles.  Outre  les  conservateurs,  il  y 
avait  un  conseil  composé  de  MM.  Navez,  Van  Assche  et 
Odevaere.  On  avait  voulu,  sans  doute,  par  cette  combi- 
naison, réunir  l'élément  administratif  à  l'élément  artiste 
dans  la  commission  à  laquelle  était  confié  le  soin  de  veiller 
sur  les  intérêts  du  Musée. 

En  1850,  le  gouvernement  ])rovisoire  nomma  M.  Eugène 
Verboeckhoven  directeur  du  Musée  de  Bruxelles.  Ce  décret 
ne  reçut  pas  son  exécution.  Le  conseil  communal  contesta 
la  légalité  de  la  mesure  et  soutint  que  le  gouvernement  n'avait 
pas  le  droit  d'imposer  un  directeur  à  un  établissement 
a])partenant  à  la  ville.  Cotte  o])jection  était  trop  fondée 
))our  n'être  )ias   accueillie.    Le   décret  du    gouvernoment 


—  430  — 

provisoire  fut  regardé  comme  non  avenn,  et  le  Musée 
conliiiua  d'être  administré  par  la  commission  d'origine 
communale. 

Une  résolution  prise  par  la  commission  duMusée,en  1850, 
prouve  qu(3  la  vente  de  1825  cul  lieu  réellement,  bien  que 
la  trace  des  résultats  qu'elle  j)roduisit  ait  écl)a])pé  à  nos 
reclierches.  La  commission  décida  qu'on  vendrait  encore  un 
résida  de  tableaux  et  que  le  sieur  Tliys  s'entendrait  avec  le 
sieur  Maestraeten  pour  en  dresser  le  catalogue.  Puisqu'il 
s'agit  de  vendre  encore  un  résidu  de  tableaux,  c'est  qu'une 
première  et  grande  opération  de  ce  genre  avait  été  réalisée 
précédemment.  D'ailleurs,  nous  avons  vu  qu'en  1825  on 
avait  dressé  un  inventaire  de  douze  cents  objets  d'art,  tandis 
que  cette  fois  la  liste  ne  comprend  que  quarante-neuf 
tableaux.  C'est,  comme  on  le  dit,  un  résidu  et  il  est  réduit 
à  de  minimes  proportions  par  l'incendie  de  1827.  Voici 
l'intitulé  de  la  liste  en  question  :  «  État  descriptif  d'une 
(juantité  de  vieux  tableaux  déposés  dans  les  greniers  de 
l'Ancienne  Cour,  qui  ont  fait  partie  ci-devant  du  Musée  de 
cette  ville,  qui  n'ont  point  été  jugés  propres  à  être  conservés 
pour  ledit  service  et  dont  la  vente  est,  par  suite,  proposée.  » 
Les  tableaux  que  l'on  va  vendre  cette  fois  ont  donc  fait  pré- 
cédemment i)artie  du  Musée;  ils  proviennent  d'une  épura- 
tion. Nous  voudrions  croire  qu'ils  ont  été  éliminés  en  con- 
naissance de  cause  et  (pi'aucun  n'était  digne,  en  effet,  de 
rester  sous  les  yeux  du  public;  mais  nous  avons  vu  Irop 
souvent  Ui  ca))rice,  l'esprit  de  système  présider  à  ces  préten- 
dues épurations,  pour  être  complètement  rassuré  sur  les 
effets  de  c(;lle-ci.  La  liste  dressée  en  manière  d'état  descriptif 
est,  comme  les  précédentes,  très-sobre  de  renseignements; 


—  /*51   — 

sauf  en  deux  cas  que  nous  allons  citer  et  qui  condamnent 
les  épurations,  elle  ne  permet  de  former  que  de  vagues  sup- 
positions. Le  n"  17  porte  cette  indication  :  «  Paj'sage  d'Adrien 
Vande  Velde.  »  C'est  une  erreur,  sans  doute;  qui  donc 
aui'ait  i)u  songera  vendre  un  paysage  d'Adrien  Van  de  Velde? 
Non,  ce  n'est  pas  une  erreur.  Il  s'agissait  bien  véritablement 
d'une  œuvre  du  maître  hollandais.  D'où  venait  ce  paysage? 
Nous  n'avons  pas  rencontré  la  mention  de  son  acquisition. 
Peut-être  avait-il  été,  comme  tant  d'autres  bons  tableaux, 
retrouvé  dans  un  coin  du  magasin.  On  le  voit  apparaître 
pour  la  première  fois  dans  le  catalogue  de  1819,  relégué  au 
supplément  et  décrit  ainsi  :  «  Paysage  esquissé;  vue  d'une 
partie  du  bois  de  La  Haye;  le  devant  est  orné  de  quelque 
bétail,  plus  loin,  passe  le  carrosse  du  prince  statbouder. 
L'horizon  indique  les  dunes  de  la  mer.  »  On  vendait  ce  pré- 
cieux échantillon  d'un  peintre  dont  on  n'avait  pas  d'autre 
production,  parce  qu'il  n'était  pas  terminé!  Peut-être  cette 
circonstance  lui  donnait-elle  plus  de  prix  encore.  Qui  sait  si 
ce  n'était  pas  le  dernier  ouvrage  de  l'artiste.  Et  qui  donc 
ignore  l'intérêt  qui  s'attache  à  l'esquisse  d'un  maître?  La 
preuve  que  le  paysage  d'Adrien  Van  de  Velde  n'était  pas 
aussi  indigne  que  l'avaient  pensé  les  épurateurs,  c'est  qu'il 
fut  acheté,  si  les  informations  que  nous  avons  prises  sont 
exactes,  par  un  amateur  de  Bruxelles,  qui  le  possède  encore, 
pour  la  somme  d'environ  seize  cents  francs,  dans  un  temps 
où  les  tableaux  ne  montaient  point  à  des  prix  élevés,  et  dans 

une  vente  où  l'on  avait  annoncé  d'avance  qu'il  ne  se  trouverait 
que  des  œuvres  de  rebut. 

Sous  le  n"  46  de  la  même  liste  se  trouvaient  indiquées  : 

«  Neuf  dilTérenles  esquisses  représentant  la  Passion  du  San- 


—  /(52  — 

veur,  «  5;ans  nom  do  poinlrc.  Gos  esquissos  sont  vraisonibla- 
IjIfMiicnt  colles  qui  figuroiit  à  l'invonUiiro  i^ônoral  sous  cotto 
(lésignaliou  :  «  Sallaert,  nouf  pclils  Uibleaux  roulés  et  sans 
châssis,  sujets  de  la  Passion  du  Seigneur.  —  Esquisses  faites 
l)ar  Sallaert,  exécutées  par  les  élèves  de  Rubons  sous  sa 
direction.  »  Voilà  encore  ce  (luo  les  épuralcurs,  qui,  décidé- 
ment, n'aimaieni  pas  les  esquisses,  ne  (rouvaienl  pas  propre 
à  être  conservé  dans  le  i\Iusé(\  On  avait  la  manie  dos  ventes. 
Nous  tenons  d'un  témoin  oculaire  que  le  Calvaire  d'Ollo 
Venins  fut,  un  jour,  descendu  dans  la  cour  du  Musée,  ainsi 
que  les  admirables  retables  en  bois,  provenant  de  Louvain, 
et  aujourd'hui  dans  la  collection  des  antiquités  de  la  porte- 
do  Hal,  pour  être  envoyés  à  la  vente,  et  que  ce  fut  le  peintre 
Paelinck,  membre  de  la  commission,  qui,  survenant  par 
hasard,  empêcha  qu'on  no  s'en  défit  à  vil  prix.  Ces  faits  sont 
tristes  à  rappeler;  mais  ils  font  partie  do  l'histoire  du  Musée 
que  nous  avons  entrepris  d'écrire;  il  ne  dépend  pas  de  nous 
de  les  passer  sous  silence.  Ce  n'est  pas  moins  mentir,  (\o 
caclior  la  vérité  que  de  l'altérer. 

A  une  faute,  nous  pouvons  henrousomoni  opposer  une 
excellente  mesure  comme  compensation.  L'année  où  l'on 
vendait  un  Van  do  Voldo  MHôO),  on  acholait  le  Gérard  Don, 
un  des  joyaux  du  Musée.  Nous  n'avons  pas  cité  chacune 
des  acquisitions  on  particulier,  dans  le  courant  de  celte 
notice;  mais  celle-ci  mérite  une  mention  spéciale.  Elle 
marque,  pour  ainsi  dire,  une  ère  nouvelle  dans  l'histoire  des 
accroissements  du  Musée.  Jusqu'alors  on  s'était  conlonlé 
d'acheter  des  œuvres  d'un  prix  médiocre.  Pour  enrichir  la 
cjaleric  du  tableau  de  Gérard  Dou,  on  osa  aller  jusqu'à  six 
mille  fr'.'inr'S   Tl  '^o  vendrai!  aujourd'hui  farilomoul  quatre  fois 


'JOO    — 


aiiUuil;  mais  à  celle  cjioque  et  rclalivciueiiL  surluul  aux  Ira- 
dilioiis  du  Musée,  six  mille  francs  élaiciil  une  grosse  somme. 
A  dater  de  ce  momenl,  il  faut  le  dire,  la  commission  du 
Musée  entrait  dans  la  bonne  voie.  Les  beaux  tableaux  coûtent 
cher;  mais  il  faut  bien  se  décider  à  les  payer  leur  prix,  (juand 
on  veut  en  avoir;  or  un  Musée  ne  doit  pas  viser  à  en  |)0S- 
sédcr  d'autres.  La  (piantité  n'est  rien  pour  lui  ;  c'est  à  la 
qualité  seule  qu'il  doit  prétendre. 

Le  Musée  a  failli  devenir  possesseur  d'une  collection 
d'estampes,  en  1855.  Voici  dans  quelle  circonstance  :  Le 
ministre  de  l'intérieur  (M.  Rogier)  écrit  au  conseil  com- 
munal qu'une  occasion  s'offre  au  gouvernement  d'acquérir, 
à  des  conditions  favorables,  un  cabinet  d'eslampes  qui  pour- 
rait être  utilement  adjoint  à  l'un  des  établissements  publics 
de  Bruxelles.  Il  serait  disposé  à  faire  jouir  la  ville  de  cet 
avantage,  si  elle  pouvait  mettre  à  la  disposition  du  gouver- 
nement :  l"  une  salle  pour  le  placement  de  la  collection; 
2^  un  logement  pour  le  conservateur.  L'État  prendrait  tous 
les  frais  à  sa  charge. 

L'administration  communale  répond  qu'elle  ne  peut  pas 
accueillir  la  proposition  du  ministre,  à  cause  de  la  résolution 
qu'elle  a  prise  de  ne  plus  accorder  de  logement  au  Musée  et 
que,  d'ailleurs,  il  lui  est  impossible  de  disposer  d'aucune 
salle  pour  le  dépôt  des  estampes.  La  résolution  de  ne  plus 
accorder  de  logements  au  ^lusée  était  fort  sage  ;  la  prudence 
commandait  de  no  pas  s'en  départir,  à  cause  des  dangers 
d'incendie  que  présentait  cet  ancien  abus;  mais  la  ville  aurait 
dû  ne  i)as  repousser  si  nettement  l'offre  du  ministre  et 
s'informer  si  la  condition  du  logement  ne  pouvait  pas  être 
écartée.  Il  était  diÛicile  de  croire,  d'ailleurs,  qu'elle  n'eût 


—  454  — 

])as  ihi  salle  à  îiCfectcr  au  dépôt  des  estampes  qu'on  lui  ])ro- 
posait.  Si  la  commission  du  Musée  avait  été  consultée,  elle 
aurait  dit  assurément  que  l'adjonction  d'une  pareille  collec- 
tion à  la  i^alcrie  de  tableaux  offrait  de  c;rands  avantaojes.  La 
Bibliotlièque  royale  n'existait  pas  alors;  il  n'y  avait  pas  de 
cabinet  d'estampes  à  Bruxelles  et  les  artistes  regrettaient 
qu'un  moyen  d'étude  aussi  essentiel  leur  manquât.  Trois  ans 
après  (183G),  un  comte  de  Straszewicz  offrit  à  la  ville  de  lui 
céder  une  collection  d'estampes,  dont  il  était  propriétaire, 
pour  l'annexer  au  Musée.  Cette  collection,  dont  il  deman- 
dait (piinze  mille  francs,  devait  être  fort  belle,  si  elle  répon- 
dait à  la  longue  énumération  qu'il  en  faisait.  Elle  contenait 
de  nombreuses  séries  d'œuvres  des  anciens  maîtres,  parti- 
culièrement de  l'école  allemande.  A  l'offre  du  comte  de 
Straszewicz  était  jointe  une  pétition  signée  de  MM.  Wappers, 
De  Keyser,  Leys,  Madou  et  Lauters  qui  engageaient  la  ville 
à  faire  cette  acquisition,  en  disant  que,  faute  d'avoir  à  leur 
disposition  un  cabinet  d'estampes  en  Belgiipie,  les  artistes 
étaient  obligés  d'aller  faire  à  Paris  les  recherches  nécessaires 
à  leurs  travaux.  L'administration  communale  nonnna  une 
commission  pour  examiner  s'il  y  aurait  lieu  de  faire  l'acqui- 
sition proposée  par  le  comte  de  Straszewicz,  puis  elle  finit 
par  donner  une  réponse  négative  pour  cause  d'absence  de 
fonds.  Nous  ignorons  s'il  y  a  connexité  entre  la  proposition 
du  gouvernement  et  celle  du  comte  de  Straszewicz,  et  s'il 
s'agit  dans  toutes  deux  de  la  même  collection  d'estampes. 
Nous  dirions  que  le  refus  de  la  ville  fut  regrettable,  si  depuis 
lors  on  n'avait  j)as  vu  s'ouvrir  à  la  Bibliothèque  royale  un 
cabinet  d'eslanqjes,  dont  l'importance  grandit  chaque  jour 
et  qui  ouvre  aux  artistes  d'abondantes  sources  d'études. 


—  455  — 

Une  seconde  proposition  du  gouvernement  au  conseil 
communal  eut  une  meilleure  issue  que  celle  ayant  pour  objet 
la  création  d'un  cabinet  d'estampes.  Le  M  août  1854,  le 
ministre  de  l'intérieur  écrivit  au  collège  échevinal  pour  lui 
demander  s'il  lui  serait  agréable  que  les  tableaux  modernes 
dont  il  avait  fait  l'acquisition,  soit  aux  expositions,  soit 
directement  aux  artistes,  fussent  déposés  au  Musée  de 
Bruxelles.  Non-seulement  le  collège  répondit  allirmative- 
inent  à  cette  ouverture,  mais  il  adressa  des  remerciments  au 
ministre  pour  l'initiative,  qu'il  avait  prise,  d'une  mesure  à 
laquelle  le  Musée  serait  redevable  de  nouvelles  richesses. 
Le  6  octobre,  le  ministre  Ht  connaître  à  la  ville  qu'il  avait 
donné  des  ordres  pour  que  les  tableaux  désignés  dans  sa 
dépêche  précédente  fussent  transportés  au  Musée,  en  môme 
temps  que  les  modèles  des  frontons  du  palais  de  Laeken  et 
de  celui  de  la  Nation,  par  Godecharles. 

Le  Musée  se  trouvait  donc  en  possession  d'un  commen- 
cement de  collection  de  tableaux  modernes,  pour  faire  suite 
à  la  galerie  des  œuvres  d'anciens  maîtres.  A  vrai  dire,  il  avait 
reçu  déjà,  sous  l'ancien  gouvernement,  les  premiers  éléments 
do  cette  collection;  mais  ce  n'avait  été  que  par  occasion,  et 
sans  idée  d'un  développement  futur.  Le  2  octobre  1817, 
le  commissaire  général  de  l'instruction ,  des  arts  et  des 
sciences  informa  le  bourgmestre  de  Bruxelles  qu'il  avait  plu 
au  Roi  que  les  tableaux  achetés  par  son  ordre,  à  l'exposi- 
tion de  Gand,  fussent  placés  au  Musée  de  Bruxelles,  (pii  les 
recevrait  par  l'entremise  de  M.  VanHultheni.  Ces  tableaux, 
au  nombre  de  douze,  la  plupart  de  peintres  aujourd'hui 
inconims,  furent,  en  effet,  envoyés  au  Musée,  après  la  clô- 
ture de  l'exposition  de  Gand.  La  commission  fît,  de  son  cùlè, 


—  iô(;  — 

(juehjiii'S  acquisiliuiis  de  lal)lcaax  de  j)eiiitivî5  sisaiil^.  el  elle 
cul  lorl,  car  sa  mission  était  de  travailler  exclusivement, 
à  la  formation  d'une  galei-ie  de  productions  des  anciens 
niaitres.  C'est  au  gouvernement  ({u'il  a|)|)artenait  de  créer 
un  nuisée  moderne.  Cette  vérité  avait  été  comj)rise  par 
l'administration  sui)érieui'e,  lorsqu'elle  avait  pris  la  résolu- 
tion de  déposer  au  Musée  de  Bruxelles  les  tableaux  qu'elle 
avait  acquis  aux  expositions  ou  commandés  directement 
aux  artistes.  Le  7  janvier  1855  parut  un  arrêté  royal  décré- 
tant l'établissement  d'un  Musée  national  ,  exclusivement 
consacré  aux  productions  les  plus  remarquables  des  artistes 
belges.  Par  une  disposition  transitoire  de  cet  arrêté,  le 
ministre  de  l'intérieur  était  autorisé  à  faire  déposer  dans  la 
galerie  de  tableaux  du  jMuséc  de  Bruxelles  les  ouvrages  déjà 
acquis  pour  le  comjUe  de  l'État  et  ceux  cpii  pourraient  l'être 
à  l'avenir,  en  attendant  qu'ils  fussent  en  nombre  suftisant 
l)our  former  une  collection  séparée.  C'était  encore  le  manque 
de  locaux  qui  obligeait  le  gouvernement  à  chercber  dans 
un  établissement  communal  un  asile  pour  la  galerie  natio- 
nale qu'il  voulait  créer.  Il  y  av-ait  peut-être  aussi  cette  consi- 
dération (pie  le  nombre  des  tableaux  appartenant  à  l'Etat 
étant  encore  peu  considérable,  ils  auraient  formé  une  l)ien 
maigre  collection,  si  on  les  avait  rassemblés  dans  un  local  à 
part.  D'un  autre  côté,  leur  adjonction  au  Musée  des  tableaux 
anciens  avait  quelque  cliose  d'irrationnel  el  cette  fusion  a  été 
critiquée,  non  sans  motif,  ])ar  la  jjUqiart  des  écrivains  qui  se 
sont  occupés  du  Musée  de  Bruxelles. 

Nous  n'avons  pas  indiqué,  au  fur  el  à  mesure  qu'ils  se 
présentaient,  h's  cbangemenls  survenus  dans  l'administra- 
tion du  Musée,  soit  par  la  retraite,  soit  par  le  décès  des 


—  437  — 

incml)i'es  de  la  couiinission  directrice.  II  suiïira  de  rappeler 
les  noms  des  personnes  qui  furent  appelées  à  en  faire  partie 
dans  la  dernière  période  de  l'histoire  du  Musée  considéré 
comme  établissement  communal.  En  1850,  la  commission 
se  composait  de  MM.  le  baron  Gliarlé,  Ilennessy,  Jules  de 
Wellcns,  Odevaere,  Navez  et  Van  Assclie.  On  y  vit  entrer 
successivement  MM.  Paelinck,  Doucet,  de  Beauffort,  Philippe 
Van  Brée  et  Hellemans. 

L'état  embarrassé  des  iinances  de  la  ville  de  Bruxelles  ne 
permettait  pas  à  la  commission  du  Musée  de  faire  de  nom- 
breuses acquisitions  ;  mais  elle  persévérait  dans  l'excellente 
voie  où  nous  avons  dit  qu'elle  était  entrée  en  enrichissant  la 
collection  du  précieux  tableau  de  Gérard  Dou.  Négligeant 
les  objets  d'un  mérite  secondaire,  elle  employait  toutes  ses 
ressources  à  l'achat  d'œuvres  capitales,  de  ces  morceaux  de 
choix  qui  seuls  peuvent  faire  la  réputation  d'un  Musée  et  qui 
seuls  doivent  y  trouver  accès.  Le  portrait  de  Bembrandt, 
acquis  en  1859  de  M"""  veuve  Dansaert-Engels,  remplissait 
certes  ces  conditions.  Le  conseil  communal  était  animé 
d'excellentes  intentions ,  mais  il  se  décidait  difficilement  à 
faire  les  sacrifices  nécessaires  pour  les  réaliser.  Au  mois 
d'août  1859,  le  collège  échevinal  adressait  à  la  commission 
du  Musée  un  exemplaire  du  catalogue  de  la  riche  collec- 
tion de  M.  Schamp  d'Averschoot,  de  Gand,  dont  la  vente 
devait  avoir  lieu  le  14  septembre  suivant,  en  le  })riant 
de  l'examiner  et  de  lui  faire  des  propositions  d'achat 
s'il  y  avait  lieu.  On  comprend  avec  quelle  satisfaction  fut 
accueillie  celte  communication.  La  commission  fit  quelques 
choix  dans  le  beau  cabinet  dont  la  dispersion  était  pro- 
chaine, et  soumit  au  collège  échevinal  les  propositions  que 

28 


—  458  — 

celui-ci  l'avail  cugagcc  à  lui  l'aire.  Il  lui  lui  ic]i()ii(lu  (juc  la 
ville  n'avait  pas  de  fonds  disponibles,  i)ai'  suite  de  l'adjuisi- 
liou  du  porirait  de  Rembrandt,  (pii  avait  chargé  le  budget 
du  Musée  jiour  plusieurs  exercices. 

Les  intérêts  du  Musée  allaient  être  remis  en  d'autres 
mains;  il  allait  recevoir  une  nouvelle  organisation  et  mar- 
cher plus  rajiidement  désormais  vers  le  développement  qui 
est  le  but  en  même  temps  que  la  condition  d'existence  des 
collections  publiques.  L'événement  auquel  nous  faisons  allu- 
sion ici  est  la  convention  du  5  novembre  1841 ,  conclue  par 
le  gouvernement  avec  la  ville  de  Bruxelles,  pour  l'acquisi- 
tion d'immeubles  et  de  collections  scientifupies  appartenant 
à  celle-ci.  La  commune  avait  fait  faire  une  évaluation  de  ces 
collections,  et  le  Musée  de  peinture  fournissait  le  chiffre  le 
plus  élevé  au  bilan  des  propriétés  dont  elle  se  proposait  de 
faire  la  cession  à  l'État.  Il  était  porté  pour  six  millions 
de  francs  dans  un  compte  montant  à  la  somme  globale  de 
douze  millions  sept  cent  mille  francs.  Le  gouvernement 
nomma  des  commissions  d'expertise  ))Our  procéder  à  la 
contre-évaluation  des  propriétés  en  question.  Les  exjjerts 
pour  le  Musée  des  tableaux  furent  MM.  Iléris  et  Van  Nieu- 
wcnhuyscn.  Le  résultat  de  leurs  opérations  fut  de  réduire 
de  six  millions  à  douze  cent  cinquante  mille  francs  l'estima- 
tion des  tableaux  du  Musée.  Les  autres  collections  avaient 
subi  également  un(3  dépréciation  considéiahle de  la  part  des 
commissions  gouvernementales.  La  commune  ne  pouvait  pas 
consentir  à  ce  que  ces  derniers  calculs  fussent  pris  pour  ba^e 
de  la  convention  à  intervenir.  Il  fut  conveiui  que  tous  les 
o})jets  à  céder  |iar  la  ville  sei-aient  évalués  de  nouveau  par 
des  commissions  mixtes.  En  ce  qui  concernait  le  Musée,  les 


—  45V)  — 

coiiiiiiissuircs  rurciil  :  pour  le  i^'<)uverii(3inoiil,  M.  Goorgc, 
expert  des  Musées  royiiux  de  France,  et  ])our  la  ville, 
M.    Navcz,    directeur  de  l'Académie    des   beaux-arls    de 
Bruxelles.  Ces  messieurs  s'adjoignirent,  de  conniiun  accord, 
en  qualité  de  tiers  cx])crt,  M.  Pérignon,  peintre  d'histoire 
à  Paris,  ancien  expert  des  Musées  de  France,  Les  commis- 
saires exposèrent  dans  leur  rajiport  que  l'objet  le  plus  inq)or- 
tant  de  la  collection  étant  l'ensemble  des  sept  tableaux  d(! 
Rubens,  il  leur  avait  paru  convenable  de  commencer  leur 
travail  par  l'estimation  de  ces  tableaux.  Pour  en  établir  la 
valeur,  ils  avaient  choisi  comme  termes  de  comparaison  les 
prix  de  certaines  œuvres  du  maître  adjugées  en    vente 
publique  :  par  exemple,  le  Chapeau  de  Paille,  vendu  à 
Anvers,  80,000  francs,  et  la  Sainte  Famille,  du  cabinet 
Lapcyrière,  portée  à  60, 000  francs.  Jugeant  ])ar  compa- 
raison, ils  estimèrent  le  Calvaire,  225,000  francs;  le  Mar- 
ii/re  de  saint   Liéven ,   200,000   francs;    Y  Adoration  des 
Mages,  160,000  francs;  le  Christ  s' apprêtant  à  foudroyer  le 
monde,  150,000  francs.  Quant  aux  trois  autres  tableaux  de 
Rubens,  les  commissaires  h'rent  connaître  que,  les  considé- 
rant comme  inférieurs  aux  précédents,  soit  ])ar  l'époque  de 
la  carrière  du  maître  à  laquelle  ils  se  rapportaient,  soit  à 
cause  des  altérations  qui  s'y  faisaient  remarquer,  ils  en 
avaient  fixé  la  valeur  de  la  manière  suivante  :  le  Conronne- 
ment  de  la  Vierge,  80,000  francs  ;  Y  Assomption,  80,000  fr.; 
le  Christ  au  tombeau,  00,000  francs.  La  somme  totale  des 
évaluations  des  commissaires  fut  d'un  million  six  cent  mille 
francs  pour  les   tableaux  anciens  et  de   quarante- quatre 
mille  francs  pour  les  tableaux  modernes.  C'était  beaucoup 
moins  que  l'estimation  des  experts  de  la  commune;  mais 


—  440  — 

celait  plus  que  celle  des  experts  du  guuveriienienl.  Les 
commissaires  firent  connaître  qu'ils  avaient  fixé  la  valeur 
vénale  de  chaque  tableau  ])ris  séparément;  «  mais,  ajou- 
tèrent-ils, il  existe  une  considération  importante  à  faire 
valoir,  celle  de  l'ensemble  (pie  présente  le  Musée  par  la  réu- 
nion de  plusieurs  chefs-d'œuvre  introuvables  et  de  tableaux 
dont  l'intérêt  s'accroît  en  raison  de  la  connaissance  qu'on  a 
de  leur  origine.  »  Les  commissaires  avaient,  il  faut  le  dire, 
apporté  une  extrême  réserve  dans  leurs  estimations.  Même 
aux  prix  ordinaires  des  ventes  à  cette  époque,  la  plupart  des 
tableaux  auraient  atteint,  dans  une  adjudication  publique, 
un  chiffre  supérieur  à  celui  qu'ils  avaient  indiqué  comme 
représentant  la  valeur  vénale.  Aujourd'hui  un  grand  nombre 
irait  au  double  de  leur  évaluation. 

Quoiqu'il  en  soit,  la  convention  du  5  novembre  1841  fut 
ratifiée  par  les  Chambres,  après  des  incidents  qui  en  ajour- 
nèi-ent  l'adoption  jusqu'au  51  décembre  1842,  et  le  gouvei- 
nement  devint  propriétaire  du  Musée.  L'ancienne  adminis- 
tration fut  i)rovisoirement  maintenue.  Le  51  mars  1840, 
parut  un  arrêté  royal  donnant  au  Musée  de  peinture  et  de 
sculpture  de  Belgique  son  organisation  définitive. 

A  dater  de  ce  moment,  radminislralion  du  Musée  devient 
plus  régulière  et  plus  active.  Les  accroissements  de  ce  dépôt 
sont  plus  importants  et  plus  rapides.  Le  gouvernement  com- 
})rend  (ju'il  se  doit  à  lui-même  et  au  pays  d'élever  la  galerie 
nationale  au  rang  qui  lui  appartient  dans  la  patrie  de  tant 
d'artistes  fameux.  On  manque  d'abord  d'initiative,  n'ayant 
pas  l'habitude  de  faire  pour  les  arts  ce  qu'on  appelle  des 
sacrifices.  On  met  en  avant  les  principes  d'économie,  sans 
songer  (jue  pour  un  gouvernemeiil  l'écononue  consiste  moins 


—  Ui  — 

à  ne  pas  dépenser  qu'à  bien  dépenser;  mais  peu  à  peu  les 
idées  se  reclifienl,  s'élèvent,  et  l'inslant  arrive  où  le  mouve- 
ment d'impulsion  se  fait  vivement  sentir.  L'important  était 
que  le  Musée  cessât  d'être  un  simple  dépôt  communal  pour 
devenir  un  établissement  de  l'État.  Si  l'on  fit  encore  trop 
peu  d'acquisitions  dans  le  principe,  si  on  laissa  échapper  des 
occasions  qu'il  fallait  saisir,  les  choses  prirent  une  tout  autre 
tournure  que  sous  l'administration  de  la  ville.  On  n'hésite 
plus  à  mettre  à  l'achat  de  tel  tableau  une  somme  dont  on 
n'aurait  pas  même  osé  jadis  énoncer  le  chiffre.  Non-seule- 
ment le  gouvernement  a  des  ressources  qui  manquaient  à  la 
commune;  mais  encore,  et  c'est  là  le  point  capital,  il  peut 
avoir  des  vues  plus  larges,  parce  qu'au  lieu  de  représenter 
une  seule  ville,  la  première  du  pays,  il  est  vrai,  il  représente 
le  pays  entier  ;  il  ne  s'agit  plus  du  Musée  de  Bruxelles,  mais 
du  Musée  de  Belgique.  Insensiblement  cette  idée  gagne  du 
terrain,  le  gouvernement  trouve  plus  d'appui  pour  la  réali- 
sation du  plan  qu'il  a  dû  former,  et  les  accroissements  de  la 
galerie  nationale  suivent  une  progression  constante.  Nous 
donnerons,  pour  terminer,  la  liste  des  acquisitions  faites 
depuis  que  l'administration  du  Musée  est  passée  dans  les 
mains  de  l'État,  jusqu'à  l'impression  de  ce  catalogue,  en 
indiquant,  pour  chaque  année,  le  nombre  des  tableaux  et  la 
somme  qu'ils  ont  coûtée  : 


Année. 

Tubioaux 

;t('i| 

|iiis. 

Somme  dt'pcnsée. 

•1844 

y 

11,474  fr.. 

1845 

5 

1,500 

184G 

7 

7,317 

1847 

2 

3,000 

1818 

^ 

19,500 

Report  !23  4-2,791 


112  — 


Vnni''e. 

ïabl 

eaux  aequis. 

Somme  dépensée, 

A  reporter 

25 

42,791 

1849 

2 

5,700 

1850 

3 

51,810 

1851 

2 

15,219 

1832 

1 

500 

1853 

7 

42,710 

18î)4 

2 

3,515 

18oS 

2 

6,000 

1856 

10 

19,506 

1857 

■  ) 

14,357 

1858 

'i 

1-2,198 

18o9 

4 

6,000 

18G0 

1 

17,850 

18G1 

13 

88,550 

1862 

29 

80,285 

106  409,791  fr. 

Nous  n'avons  pas  compris  dans  ce  rolevé  Adam  et  Kve 
(lo  Van  Eyck,  parce  que  l'acquisition  de  ces  deux  pro- 
ductions capitales  de  la  première  école  flamande ,  qui 
siiOiraient  à  faire  la  réputation  d'un  Musée,  a  été  l'objet 
d'une  négociation  particulière  entre  l'administration  cen- 
trale et  le  conseil  de  fabrique  de  l'église  de  Saint-Bavon, 
à  Gand. 

Nous  voici  arrivé  au  Icrme  de  l'iiistoire  du  Musée.  Quand 
nous  en  avons  écrit  les  premières  pages,  nous  n'avions  pas 
pensé  qu'elle  aurait  cette  étendue  ;  mais  l'abondance  des 
documonls  inédits  (pie  nous  avions  entre  les  mains  nous 
a  entraîné,  j)Our  ainsi  dire,  malgré  nous.  l)';iill(Mirs,  Fliisloire 
du  Mu.sée  de  Bruxelles  a  élé,  à  la  fin  du  siècle  dernier  cl  au 
commencement  de  celui-ci,  l'histoire  des  arts  en  Belgi([ue, 
puisque  c'est  sur  ce  dépôt  central  qu'ont  été  dirigés  la  ])lu- 
parl  des  l;iblenu\'  enlev(''S  |).ir  l(^s  C(in)missair(\s  républicains 


—  i4ô  — 

nnx  ('glisos  e(  niix  ciirpornlioiis  snppriin<'os.  Il  nous  a  sonihlé 
((110  los  dôlails  que  nous  clions  à  même  ih  donner  .sur  eeUo 
l'poquc  crilique,  et  qui  sont  pul)liés  ici  pour  la  première 
fois,  seraient  lus  avec  quel(|ue  intérêt. 

Edouard  Fétis, 


NOTICE 


LA  DÉCORATION  DE  LA  GlUNDE  SALLE 


L'HOTEL  DE  VILLE  D'ANVERS. 


Depuis  que  FÉtat  cl  la  ville  m'ont  confié  la  décoration 
(le  la  grande  salle  de  l'iiôtel  de  ville  d'Anvers,  j'ai  étudié 
le  genre  et  le  caractère  des  oj-nements  qu'il  convient 
d'employer  pour  une  maison  communale. 

L'Iiôlcl  (l(i  ville  est  1(>  palais  de  la  connnune;  c'est  le  siège 
des  députés  des  habitants.  Connue  tel,  il  doit  avoir  un  cachet 
])arli('nlier ;  chaque  tahleau,  chaque  ornement,  chaque 
emblème  doit  être  en  rapj)ort  avec  l'histoire  de  nos  institu- 
tions civiles;  à  mon  avis,  ce  monument  doit  être,  pour  ainsi 


—  /I-/J.5  — 

dire,  un  livro  ouvert  dans  Icqiiol  cliaqiic  ciloycn  puisse 
apprendre  à  connaître  ses  droits  et  s'inspirer  des  nobles 
exemples  de  nos  ancêtres. 

Aux  siècles  passés,  lorsqu'il  s'est  agi  d'orner  ou  de  pein- 
dre l'intérieur  des  hôtels  de  ville,  les  artistes  ont  choisi 
dans  l'histoire  sacrée  ou  profane  des  sujets  en  rai)pûrt  avec 
les  fonctions  des  magistrats.  C'est  ainsi  que  le  célèbre  peintre 
Rogier  Van  der  Weyden  orna,  à  l'hôtel  de  ville  de  Bruxelles, 
la  salle  où  les  bourgmestres,  les  échevins  et  les  conseillers 
se  réunissaient  pour  rendre  la  justice  et  administrer  les 
affaires  de  la  commune,  de  peintures  dont  les  sujets  étaient 
expliqués  au  bas  des  tableaux  et  qui  représentaient  des 
scènes  empruntées  à  la  vie  de  l'empereur  Trajan,  à  celle  du 
pape  Grégoire  I^et  à  la  légende  d'Herkenbald;  c'est  encore 
ainsi  qu'un  peintre  non  moins  illustre,  Thierry  Stuerbout, 
orna  une  des  salles  de  l'hôtel  de  ville  de  Louvain  de  pein- 
tures représentant  des  scènes  de  la  légende  de  l'empereur 
Othon  III.  Tous  ces  tableaux  avaient  trait  à  la  justice 
qu'autrefois  les  échevins  étaient  appelés  à  rendre. 

De  pareils  exemples  donnés  par  des  maîtres  que  l'on 
considère  à  bon  droit  comme  les  chefs  de  l'école  flamande 
suflisent  pour  tracer  la  route  du  peintre  moderne.  Mais 
Van  der  Weyden  et  Stuerbout  n'ont  eu  à  traiter  que  quelques 
sujets  isolés.  Le  gouvernement  et  l'administration  commu- 
nale d'Anvers,  en  me  confiant  le  décor  de  la  salle  principale 
de  notre  hôtel  de  ville,  m'ont  mis  à  même  de  donner  à 
mon  travail  un  caractère  d'ensemble.  Je  me  propose 
donc  d'y  représenter  une  série  de  faits  qui  résumeront, 
je  l'espère  ,  le  code  des  droits  et  des  privilèges  de  notre 
commune. 


—  4/.G  — 

Un  mot  préliminairo.  Tout  on  fliorchnnt  pour  los 
siijols  des  faits  consignés  dans  les  annales  des  siècles 
l)assés,  j'ai  choisi  des  exemples  qui  ne  s'appliquent  pas 
seulement  à  noire  époque,  mais  qui  ]iouiTont  èîre  suivis 
à  l'avenir. 

L'Iiùlel  do  ville  d'Anvers  a  été  construit  de  IliGO  à  Difii; 
il  appartient  à  l'époque  de  la  Renaissance;  j'ai  été  assez  heu- 
reux de  trouver  tous  mes  sujets  dans  noive  propre  histoire 
locale  pendant  le  court  espace  de  cinquante  ans,  de  1")14 
à  1.j62,  c'est-à-dire  pendant  les  années  qui  virent  introduire 
dans  nos  provinces  le  style  de  la  Renaissance,  et  qui  furent 
aussi  l'époque  de  la  grandeur  politique,  artistique  et  com- 
merciale de  notre  ville  (i). 

PREMIER  SUJET. 

Le  souverain,  avant  d'entrer  dans  la  ville  d'Anvers,  fait, 
entre  les  mains  du  premier  bourgmestre,  le  serment  d'ob- 
server les  lois  en  vigueur  et  de  respecter  les  privilèges  de 
ses  futurs  sujets.  Exemple  :  La  joyeuse  entrée  de  l'archi- 
duc Charles,  plus  lard  (Mupereur  sous  le  nom  de  Charles- 
Quint  [1514]  (2). 

L'inauguration  de  nos  souverains,  coiiihk»  dans  l'histoire 
sous  le  nom  da  joyeuse  entrée,  donnait  à  nos  ancêtres  l'occa- 

(i)  Pour  la  lédaction  do  cette  notice,  je  iiio  suis  servi  des  notes  que  m'a  com- 
iniini(|iiées  M.  1>.  Génard,  arcliiviste  delà  ville  d'Anvers. 

(i)  Itood/hdvn'lcn  pririlef/ie-boel,-  et  Traclaet  van  de.  Ofj'icicri'n ,  en/.,  van 
Aiitmeipcn,  ilaor  dcu  sfrrctaris  If.  de  Moi/.  K\i'ni|i|;iiiv  iniisi'i'vi-  ii  l:i  lîililiolln'- 
i|Ui'  d'AiivciN,  \).  -2. 


—  447  — 

sion  do  fairo  con.stalor  ofliciollcmoiit  par  leurs  princes  leurs 
droits,  leurs  privilèges  et  leurs  libertés. 

La  ville  d'Anvers  et  son  territoire  formaient  anciennement 
une  seigneurie  à  part,  appartenant  aux  ducs  de  Brahant, 
mais  cependant  indépendante  du  duché,  de  telle  sorte  qu'elle 
}Kissa  au  xiv"  siècle,  pendant  plusieurs  années,  entre  les 
mains  des  comtes  de  Flandre. 

Avant  d'entrer  dans  le  marquisat  du  saint-empire,  dont 
la  ville  d'Anvers  était  le  chef-lieu,  le  souverain  était  tenu 
dejurer  d'observer  les  lois  en  vigueur  dans  sa  seigneurie  et 
de  respecter  les  privilèges  de  ses  futurs  sujets. 

Le  12  février  1514-,  l'archiduc  Charles  d'Autriche,  plus 
lard  empereur  sous  le  nom  de  Charles  V,  fit  sajotjeuse  entrée 
à  Anvers.  Cette  cérémonie  eut  lieu  à  une  heure  de  relevée. 

Le  prince,  accompagné  de  ses  deux  sœurs,  les  princesses 
Eléonore  et  Marie,  plus  tard  reines  de  France  et  de  Hongrie, 
arrivait  de  Bruxelles  par  Matines. 

Le  magistrat  d'Anvers  avait  fait  placer  au  cîiamp  de 
Bcrchem,  près  de  la  chapelle  de  Ter-Siecken,  un  nombre 
considérable  de  soldats,  qui  y  restèrent  rangés  en  bataille 
jusqu'à  la  fin  de  la  cérémonie  d'inauguration. 

L'ècoutète  d'Anvers,  à  cheval,  alla  au-devant  de  son 
maître,  jusqu'à  la  barrière  du  marquisat  du  saint-empire. 
Lorsque  le  prince  y  fut  arrivé,  le  magistrat  d'Anvers  se 
présenta  devant  lui,  accompagné  du  clergé,  et  le  premier 
bourgmestre,  messire  Jean  Van  de  Werve,  lui  offrit  les  clefs 
de  la  ville. 

Cette  cérémonie  terminée,  l'archiduc  descendit  de  cheval 
et  entra  dans  une  chapelle  construite  pour  la  circonstance, 
dcvniil  le  couvent  de  Tcr-Siprkcn.  Lecture  v  fui  donnée  au 


—  448  — 

peuple  du  serment  que  le  prince  allait  prêter,  après  quoi  ce 
dernier  prêta  serment  sur  les  saints  évangiles  devant  le 
premier  bourgmestre. 

Je  me  propose  de  traiter  ce  dernier  sujet;  il  me  semble 
que  je  ne  pourrai  trouver  un  exemple  ))lus  frappant  des 
droits  de  nos  ancêtres  qu'en  représentant  le  puissant  archi- 
duc-roi, qui  plus  tard  ceignit  la  couronne  impériale,  au 
moment  même  où  il  jure  de  respecter  les  privilèges  du 
peuple  anversois. 

DEUXIÈME  SUJET. 

Ae  droit  de  hoiircjeoisie.  Exemple  :  Admission  à  la  bour- 
geoisie d'Anvers  de  Battista  Palavicini,  de  Gênes,  en  pré- 
sence des  bourgmestres  et  des  écbevins  [1541]  (i). 

Peu  de  villes  possédaient  au  moyen  âge  autant  de  privi- 
lèges que  la  cité  d'Anvers.  Ses  habitants  avaient  des  droits 
(pic  leur  enviaient  les  citoyens  de  mainte  république;  aussi 
voyait-on  les  représentants  des  plus  grandes  maisons  de 
l'étranger  tenir  à  lionneur  de  devenir  bourgeois  d'Anvers. 

Les  cérémonies  de  la  réc(!ption  d'un  bourgeois  étaient 
simples  et  graves. 

Le  récipiendaire  était  conduit  au  Vierschaer  du  bourg 
d'Anvers;  là,  en  plein  air,  devant  l'écoutête,  représentant 


(0  Ui'chten  ende  costumen  van  Antwerpen,  édition  de  Piaiitiii,  p.  142,  et 
A.  V\N  Vaixkknissk,  Généaloi/ies  des  familles  patriciennes  d'Anvers,  nianuscrit 
conservé  à  la  Bibliothèque  iiul)li(}ii('  d'Anvers,  j).  525.  V.  également  les  Vier- 
sciiaerhoeken. 


—  449  — 

le  marquis  souverain,  et  eu  présenec;  des  éclicvius,  assistés 
d'un  de  leurs  secrétaires,  il  prétait  sernicul  de  fidélité  au  duc 
de  Brabant,  en  sa  qualité  de  marquis  du  saint-empire,  et 
jurait  de  veiller  à  la  sécurité  du  bourg-,  conjointement  avec 
le  burgrave  et  les  bourgeois. 

Le  serment  prêté,  la  courte-verge  sonnait  publiquement 
du  cor,  en  témoignage ,  disent,  nos  coutumes,  que  telle 
personne  était  admise  à  la  bourgeoisie  d'Anvers. 

Ainsi  que  je  l'ai  dit,  les  représentants  des  plus  importantes 
maisons  de  l'étranger  tenaient  à  honneur  d'être  admis  au 
droit  de  bourgeoisie  d'Anvers. 

J'ai  choisi  pour  mon  sujet  le  moment  où  Battista  Palavi- 
cini,  fils  de  Paolo,  noble  négociant  de  la  république  de 
Gênes,  fut  admis  en  154-1,  à  la  bourgeoisie  par  Guillaume 
Van  de  Werve,  marquis  du  pays  de  Ryen  et  écoutèle 
d'Anvers,  en  présence  des  bourgmestres  Corneille  Van 
Spanghen  et  Jean  Grombach,  chevaliers,  et  des  échevins 
Lancelot  Van  Urscl,  François  Van  der  Dilft,  chevaliers, 
Arnould  Schoyte,  Gabriel  Triapin,  maître  Nicolas  de  Scher- 
mere  ,  Pierre  Van  Halmale  ,  Corneille  Van  Berchem , 
Jean  Draeck  ,  Corneille  Happacrt,  Costin  Van  Halmale, 
maître  Pierre  Vledinckx ,  Jean  Van  der  Heyden ,  Henri 
de  Berchem,  Corneille  de  Vos  et  Jean  Rockox,  assistés 
du  célèbre  secrétaire  de  la  ville ,  Cornélius  Scribonius 
Grapheus. 

J'ai  choisi  ce  sujet,  non-seulement  parce  qu'il  consacre  un 
fait  important  de  nos  annales,  mais  encore  parce  qu'il  met 
en  scène  quelques-uns  des  personnages  les  plus  distingués 
du  XVI''  siècle,  et  aussi  parce  qu'il  se  rattache  à  l'époque 
la  plus  florissante  du  commerce  d'Anvers. 


—  m) 


TROISIÈME  SUJET. 


Le  ùoiu'jpiie.strc  cl  les  écheeins  uni  le  droil  de  conro(jner  Id 
(jarde  bourgeoise.  Exemple  :  La  dclensL'  de  la  ville  coiilrc 
Marliii  Van  Rosseiii  [1342]  (i). 

Los  serments  (gildes  armées)  étaient  aux  siècles  passés 
ce  que  la  garde  civique  est  de  nos  jours;  ils  devaient  veiller 
au  maintien  de  l'ordre  ;  en  temps  de  guerre,  ils  contribuaient 
à  la  défense  du  i^ays. 

Comme  la  garde  civique,  la  garde  bourgeoise  se  divisait 
en  autant  de  corps  (pi'il  y  avait  d'armes  diverses  :  on  comp- 
tait le  vieux  et  le  jeune  serment  de  l'arbalète  (Saint-Georges), 
le  vieux  et  le  jeune  serment  de  l'arc  (Saint-Sébastien),  celui 
des  escrimeurs  (Saint-Miclicl) ,  enlin  celui  des  arquebusiers 
(Saint-Antoine). 

«  De  tout  temps,  dit  le  secrétaire  de  Moy,  le  premier 
bourgmestre  (Jjuitcn-burfjemeesler)  a  été  le  chef  des  gildes 
et  des  gardes  bourgeoises;  il  reçoit  le  serment  de  fidélité  des 
doyens,  des  centeniers  et  des  décemvirs;  lui  et  les  cclicvins 
ordonnent  la  défense  de  la  ville  contre  les  ennemis  du 
deliors.  » 

Les  privilèges  du  bourgmestre  d'Anvers  furent  confirmés 
d'une  manière  éclalan[e,Iors(pie, en  lo42,laville  fut  assiégée 
par  Martin  Van  Ilosscm.  Dans  ce  moment  su})réme,  le 
bourgmestre  convoqua  les  gildes  à  la  grande  place  et  leur 

(i)  De  Mov,  Op.  cil.  p.  115. 


—   4ol   -- 

ordonna  de  ddcndrc  ki  cilc  coiilrc  les  projets  du  cajulaiiie 
giieldrois.  L'éclicviii  Van  Spanglien,  dil  lo  sccrélaii'c  de  Moy, 
cl  non  pas  récoulèle,  fut  autorisé  par  rompereuj-  Charles  V 
à  prendre  le  commandement  de  la  garde  bourgeoise;  sa 
sage  conduite  sauva  la  ville  des  horreurs  d'un  assaut. 

Je  me  propose  de  reproduire  ce  beau  lait  de  notre 
histoire  locale;  j'ai  choisi  le  moment  où  le  bourgmestre 
Lancelot  Van  Ursel  harangue  les  gildes  assemblées  sur  la 
Grand'Place  et  remet  le  commandement  des  gardes  au 
chevalier  Van  Spanghen. 

QUATRIÈME  SUJET. 

Ix  bourgmestre  est  le  chef  de  la  police.  Exemple  :  La 
duchesse  de  Parme  remet,  en  temps  de  troubles,  au 
magistrat  les  clefs  de  la  ville  (i). 

Un  des  privilèges  auxquels  nos  ancêtres  tenaient  le  plus, 
et  qu'ils  eurent  à  défendre  plus  d'une  fois  contre  les  préten- 
tions des  officiers  du  duc,  c'était  celui  de  se  voir  gouver- 
ner par  leurs  bourgmestres  et  leurs  échevins.  Suivant  eux, 
le  premier  bourgmestre  ou  ses  délégués  étaient  les  chefs  de 
la  police  de  leur  ville. 

Un  fait  important  vint,  suivant  \i  témoignage  du  sccré- 
laire  de  Moy,  consacrer  les  droits  de  nos  concitoyens.  Après 
les  premiers  troubles  causés  par  la  Réforme,  dit  le  judicieux 

(0  De  Moy,  Op.  cit.,  p.  )jO. 


—  452  — 

écrivain,  la  duchesse  de  Parme  viiil  à  Anvers;  les  clefs  de  la 
ville  lui  ayant  été  présentées  par  le  magistrat.  Sa  Seigneurie 
les  lui  rendit ,  après  quoi  elles  lurent  conservées  à  l'hôtel 
de  ville,  par  l'échevin  M''  de  Pape,  sans  que  l'écoutète  eût 
à  intervenir.  «  11  en  résulte  clairement,  ajoute  notre  secré- 
taire, que  l'officier  supérieur  pour  les  affaires  criminelles 
n'est  pas  le  chef  de  la  police  ;  bien  plus,  il  n'y  a  aucun 
droit  et  n'a  rien  à  faire  concernant  la  police  (pie  lorscpi'il 
s'agit  de  publier  des  ordonnances.  » 


CINQUIÈME  SUJET. 

Les  hoimjmcslres  et  les  échevins  protéfjent  les  arls  el  les 
lettres.  Exemple  :  Le  Landjuweel  de  1501  (i). 

Au  xvi"  siècle,  l'école  d'Anvers  avait  pris  un  dévelop- 
pement considérable.  Depuis  Quentin  Metsys,  notre  ville 
avait  remplacé  Bruges  comme  siège  principal  de  l'art 
flamand. 

A  côté  de  la  gilde  des  j)eintres  ou  de  Saint-Luc,  s'étaient 
élevées  les  chandjres  de  i'iiélori(jue  la  Violette,  le  Souci  et 
la  Branche  d'Olivier. 

En  lo()l,  le  bourgmestre  Antoine  Van  Straelen  et  l'éche- 
vin Melchior  Schets  remplissaient  les  fonctions  de  chef- 
homme  et  de  |)rince  de  la  Violette.  Ces  protecteurs  éclairés 
des  arts  et  des  lettres  résolurent  de  convoquer  à  Anvers, 

(i)  Speleu  van  sinue,  150:2. 


—  4:)5  -- 

poui-  une  lùU)  appelée  Lamljaiccel,  tous  les  lilléraleui's  et 
lous  les  artistes  des  Pays-Bas, 

Leur  projet  eut  un  plein  suecès.  Qualorze  elianibrcs 
do  rliétori(|uc  répondirent  à  l'appel ,  et  pendant  plusieurs 
semaines  les  lelcs  se  succédèrent  sans  interruption.  On 
y  dépensa  des  millions.  L'agent  de  la  reine  Elisabeth  d'An- 
gleterre, sir  Richard  Clough,  qui  assista  à  ces  solennités, 
dit  que  de  mémoire  d'homme  on  n'avait  déployé  un  luxe 
pareil  à  celui  de  nosrhétoriciens. 

J'ai  choisi  le  moment  où  le  bourgmestre  Yan  Slraclen  et 
l'échcvin  Scliets,  accompagnés  du  magistrat,  remettent  aux 
vainqueurs  du  Landjuiceel  les  vases  d'argent  tjui  leur  sont 
destinés. 

SIXIÈME  SUJET. 

Acv  bourgmcslrcs  cl  les  cchecins  prolégenl  le  cononenc  et 
^industrie.  Eocemple  :  Ouverture  de  la  grande  foire 
de  1562  (i). 

Suivant  ses  i)riviléges,  la  ville  d'Anvers  avait  annuellement 
deux  foires  :  la  ))remière  s'ouvi'ait  le  deuxième  dimanche 
avant  la  Pentecôte;  la  seconde  commençail  le  deuxième 
dimanche  après  la  mi-août.  Ces  deux  foires,  protégées  par 
les  empereurs  d'Allemagne  et  par  les  ducs  de  Brabant  et 
aux(]uelles  les  magistrats  de  la  ville  donnaient  un  dévelop- 


(i)  De  Moy,  Oi).   cil.,  p.  171,  cl  llcchkn  en  cosltimen  van  Aiilwerpeii, 
ImI.  Phuitiii,  i».  'Jio, 


—  /|.o4  — 

pumeiit  considérable,  devinrent,  en  quehiue  surle,  la  soiii-ee 
de  la  grandeur  eoniniereiale  de  notre  cité.  Au  \\f  siècle, 
toutes  les  nations  de  l'Europe  y  envoyaient  leurs  produits. 

L'ouverture  de  ces  foires,  pour  lesquelles  les  gouverne- 
ments étrangers  nous  envoyaient  souvent  des  délégués,  se 
faisait  avec  solennité. 

La  publication  en  avait  lieu,  suivant  les  coutumes,  aux 
jours  susmentionnés,  parla  ])lus  ancienne  des  courtes-verges, 
dans  une  maison  près  de  l'iiùtel  de  ville,  nommée  encore 
de  nos  jours  de  Maegd  van  Anlwerpen.  On  y  faisait 
connailre  les  privilèges  des  empereurs  et  des  ducs  de 
Brabant,  défendant  d'arrêter  les  marchands  (|ui  se  rendaient 
à  la  foire  d'Anvers;  on  y  lisait  les  chartes  qui  déclaraient 
les  marchandises  libres  de  toutes  inqx^sitions ,  puis  celles 
qui  accordaient  des  saufs-conduits  aux  voyageurs  et  à  leurs 
fann'lles,  etc. 

J'ai  choisi  le  moment  où  les  bourgmestres  Lancelot  Van 
Ursel  et  Nicolas  Rockox,  le  vieux,  précédés  des  musiciens 
de  la  ville  et  accompagnés  de  la  Pucelle  d'Anvers,  des 
échevins  et  de  différents  délégués  étrangers,  procèdent  en 
15G2  à  l'ouverture  de  la  foire,  après  la  publication  faite  par 
la  courte-verge. 

On  remarque  dans  h;  cortège  de  nos  jiremiers  magistrats, 
les  Fugger,  les  llochstetter,  les  Schetz,  célèbres  négociants; 
les  consuls  des  différentes  nations,  les  doyens  de  la  Hanse, 
l'agent  de  la  reine  Elisabeth  d'Angleterre,  sir  Thomas 
Gresham,  le  fondateur  delà  bourse  de  Londres;  puis 
plusieurs  membres  des  familles  patriciennes  d'Anvers  : 
les  Van  de  Werve,  les  Berchem,  les  Van  Innnersecle, 
les  Schoonhove,  les  Ilalmale,  etc. 


—  455 


DISPOSITIONS  GÉNÉRALES. 

l'ORTUAlTS   DES    SOUVEUAl.NS.    —   TEXTES    DES    PllIVlLÉGES.   — 
BLASONS    DES   SERMENTS  ET   DES   CORPS    DE    MÉTIERS. 

Poui'  donner  ;iux  compositions  des  proportions  convena- 
bles, j'ai  cru  devoir  prendre  les  dispositions  suivantes  : 

La  salle  a  la  l'orme  d'un  carré  long  ;  au  centre  se 
trouvera  la  cheminée  en  style  renaissance  ,(\onl  les  supports, 
composés  de  pilastres  et  de  colonnes  de  marbre  rouge 
et  noir,  seront  couronnés  d'un  entablement  en  marbre 
noir.  La  frise  en  marbre  blanc  contiendra  un  bas-relief. 
Le  manteau  sera  orné  d'un  baul-relief  en  marbre,  iiguranl 
les  armoiries  d'Anvers  avec  leurs  anciens  tenants ,  un 
homme  et  une  femme  sauvages,  le  tout  terminé  par 
une  voussure  ornée  d'un  bas-relief.  Le  bas-relief  de  la 
voussure  représentera  le  Commerce  ;  celui  de  la  frise  , 
les  Arts. 

De  chaque  côté  de  la  cheminée  ,  il  y  aura  un  grand 
pan  de  mur  destiné  à  recevoir  les  peintures  à  fresque; 
au-dessous  il  y  aura  un  lambris,  au-dessus  une  frise 
avec  les  blasons  des  principaux  bourgmestres  d'Anvers. 

Le  mur  à  droite  et  celui  à  gauche  contiendront  chacun 
une  grande  composition;  des  deux  côtés  de  la  peinture,  il 
sera  établi  une  porte  sculptée  ;  au-dessus  de  chaque  porle 
seront  peints  les  portraits  en  pied  de  trois  souverains  qui 
ont  régné  avant  l'époque  de  la  construction  de  l'hôtel  de 


ville  cl  qui  oui  accuidé  tic  iii-aiuls  privilèges  à  iiulrc  cilc, 
savoir  : 

\.  GodcfroitUleBouilIon,  marquis  du  sainl-ciiqureflOOC)). 

2.  Henri,  due  de  Lolliicr  (1220). 

ô.  Jean  P%  duc  de  Bi'abanl  (121)0). 

i.  Jean  II,  duc  de  Bi'abant  (1500). 

').  Henri  VII,  enqiercur  (1309). 

0.  Jean  III,  duc  de  Brabanl  (132G). 

7.  Anloine  de  Bourgogne,  duc  de  Brabanl  (111 1). 

8.  Sigisniond,  roi  des  Romains  (1415). 

9.  Pliilipi)e  le  Bon,  duc  de  Bourgogne  {\iô^). 
10.  Marie,  duchesse  de  Bourgogne  (1478). 

M.  Maximilien,  enqtereur  (14-78). 
12.  Philippe  le  Beau   (1491). 

Les  chartes  originales  accordées  par  la  plupart  de  ces 
souverains  se  trouvent  encore  aux  archives  de  h\  ville  : 
je  pourrai  utiliser  les  sceaux  dont  elles  sont  munies  , 
pour  reproduire  exactement  les  costumes  que  portaient  nos 
pi'inces. 

Entre  les  l'enelro  du  côlé  de  la  (jrand'Place,  deux  suj(Ms 
peints. 

l)i;s  panneaux  contiendront  le  Icxtc  des  ))i'incipaux  privi- 
lèges d'Anvers.  J'en  Iranscj-is  (pi(.'l(pi('S-uns  (pii  m'onl  parli- 
culièrement  Ira|»p('.  Toussonl  exli-aits  de  nos  anciennes  luis 
{'[  ('tiilinncs,  (édiiion  du  xvT'  siècle),  niiiis  il  conviendi'a 
d'enq)loyer  le  tcxle  incjne  et  roi'lhogi"q)lie  i\vs  chailes 
lirimitives  conservées  aux  archives  de  la  ville  :  ce  travail 
reste  à  faire. 


—    i.'ij    — 

1 ,  in  de  siadl  ofl  vrj/hei/ill  van  Anttcerpen  ayn  aile  men- 
srlicn  vri/.  cnde  er  sj/n  fjecne  slaven  (Art.  des  anciennes 
Coron  du  XIll^siè^le.  Voir  Eun.  Gens,  Hist.  d'Anvers,]).  81). 

Dans  la  ville  el  franchise  dWnvers.  tous  les  hommes  sont 
Hhres,  el  il  ??'//  a  point  d'esclaves. 

2.  Mie  pcrsoonon  die  (jehoren  syn  binnen  de  stadl  o/ï 
vryhei/dl  van  Anliverpen  sijn  poorlers,  iveder  hunne  ouders 
aldaer  poorlers  ofl  ivoonachliy  syn  ofl  niel  (i). 

Tous  ceux  (jui  sont  nés  dans  la  ville  el  sa  franchise  sont 
bouryeois  d'Anvers,  que  leurs  parents  y  aient  ou  non  demeuré 
ou  joui  des  droits  de  bourycoisie. 

5.  )]'?>  een  poorter  van  Antwerpen  misdaen  heeft  en 
mach  t'Anlu-erpen  yeen  poorter  vorden ,  Ity  en  hebbe  den- 
selven  poorter  daervan  yenoech  yedaen  ende  tevreden  yesteit, 
7  sy  met  der  minne  ofl  met  den  rechte  (a). 

Celui  (pli  a  offensé  un  bouryeois  d'Anvers  ne  pourra  pas 
decenir  bouryeois  d'Anvers  avani  (/u'il  n'ait  donné  satisfac- 
tion à  ce  bouryeois  et  rpie  la  paix  n'ait  été  rétablie  soit  à 
l'amiable,  soit  en  justice. 

A.  Geen  poorter  van  Antwerpen  mach  van  synen  naluer- 
l  y  II  en  rechter  afyetrokken  worden  (5). 

Personne  ne  peut  distraire  an  tmuryeois  d'Anrers  de  ses 
juyes  naturels. 


(1)  Gliecomplleerde  Costuiimen  vaii  ÀiiliVi'rpL'ii ,  nianusctil  eonservt'  ii  la 
Dibliotlièqiie  piililique  d'Anvers,  n"  9580,  p.  58,  et  Hechlcn  en  costnmen  van 
Antwerpen,  édit.  Plantin,  p.  14:2. 

(2)  Ghecompileerdc  Costinjmen,  p.  TiO. 

(-,)  Ibiil.  et  Bctlifi'n  m  c«isliniieii,  p.  1  i.")-l  K» 


—  458  — 

V).  Dp  u'ooning  van  cenen  poorler  van  Antircrpcn  is 
onschendbaer  (i). 

Le  doînicile  d'un  bourgeois  d'Anvers  est  inviolable. 

6.  Ah  een  poorter  trouwt  een  vremde  huysrrouice ,  7  sy 
jom/e  dochter  oft  wcdnice ,  deselve  vj^OKwe  irordl  ende  blyfl 
poorteresse,  iceduwe  syndc,  haer  leeffe  dagen  lanrk  i^i). 

Lorsqu'un  bourgeois  d'Anvers  ('pouse  une  femme  étran- 
gère, elle  devient  et  reste  bourgeoise  uu'uic  après  Ui  mori  de 
son  mari. 

7.  Eene  geborene  poorteresse  van  Antwerpen,  trouirenile 
buytendese  .stadt  eiute  vrgheydt,  verliest  hare  poorteryc  niel 
binncn  lief  leven  liaers  mans  noch  oock  daerna  (r,). 

Une  bourgeoise  née  à  Anvers,  se  mariant  à  l'étranger,  ne 
perd  pas  sa  qualité  de  bourgeoise  pendant  la  vie  de  son 
mari  ni  même  après  la  mort  de  ce  dernier. 

8.  Die  te  Anlwerpen  poorter  is ,  en  macli  daerna  nergens 
elders  meer  poorter  syn  (i). 

Un  bourgeois  d'Anvers  ne  peut  être  bourgeois  d'auvuiie 
autre  ville. 

9.  Schepenen  van  Antu-erpen  mogeu  aile  poinrlen  ende 
ordonnantien  der  voorseyder  stadt  oorboorlyck  tvesende 
maecken   ende    ordineren   met   den   Schoutelli  ,   deicelcke 


(i)  Ghecompileerde  cosliti/nirii,]).  M),  cl  l'eclitcu  en  cosl.,  p.  I  <(i. 

(■>)  Ibid.,  p.  GO. 

(r.)  UniL,  p.  (j:i. 

(i)  Ibnl.,  p.  (i-2. 


—  /poO  — 

moelen  oiulerhouden  ironlon.  alsofso  de  flcrtofje  selrc  hndde 
fjemaeckt  [1506]  (i). 

Les  ('chorius  d'Anvers  peuvent  faire,  eonjointement  avec 
l'écoutète,  toutes  sortes  d'ordonnances  concernant  leur  ville , 
lesquelles  seront  suivies  comme  si  le  duc  lui-mcme  les  avait 
faites. 

10.  Borr/ejneesteren  en  Schepenen  ^:ermof/lien  aile  of/icien 
van  Antwerpen  te  c/even  (2). 

Les  bourgmestres  et  les  échevius  peuvent  nommer  à  tous 
les  emplois  publics  à  Anvers. 

\  1 .  Borgemeesteren  en  Schepenen  van  Antwerpen  liebben 
in  de  iersteinstantie  kenni.'ise  endeherichtover  aile  poorteren 
ende  ingesetenen  der  stad  ende  vn/hegdt.  aengaende  aile 
civile  en  criminele  saecken  (5). 

Les  bourgmestres  et  les  échevins  ont ,  en  première 
instance ,  connaissance  de  toutes  les  affaires  tant  civiles  que 
criminelles  concernant  les  bourgeois  et  les  habitants  de  la 
ville  et  franchise  d'Anvers. 

12.  Sonder  voorgaenden  oorlof  van  Borgemeesteren  en 
Schepenen  en  mogen  geene  buytenrechters  binnen  de  stadl 
ende  vrijheydt  van  Antwerpen  eenige  rechterlycke  acten  of 
exploiten  doen  (4). 

Sans  la  permission  des  bourgmestres  et  des  échevins  aucun 
juge  étranger  ne  pourra  poser  des  actes  judiciaires  dans  la 
ville  et  franchise  d'Anvers. 

(1)  Ordonnance  du  duc  Jean  III ,  de  l'année  1506. 

(,2)  CItecompileerde  Costui/men  van  Antwerpen,  niaim-crit,  p.   10-17. 

(3)  //m/.,  p.  16-17. 

(i)  Ihid.,  \).  17. 


—  m)  — 

13.  lioiujcmce.slpreu  en  iScheponen  sijn  ovorroochtio})  van 
a/h  onhojacrde  kindcven  en  andere  vermonihoirdc  pcr- 
soonen  (i). 

Les  /jonrrjmeslref;  el  les  érherins  sont  premiers  In/enrs 
de  tous  les  mineurs  el  de  /miles  autres  personnes  sous 
tutelle. 

]  'i.  Horgemeesteren  en  Schepenen  is  toehehoorende  hesordi 
ende  toesiclil  le  hebhen  van  ende  opt  régiment  ende  onder- 
houdl  van  de  ijodtshuijsen  daer  arme  licden  onderlionden 
n'orden.  mitsgaders  op  aile  vergaderingen  ende  collégien 
soo  van  mannen  als  v(m  vromven  i^i). 

Les  bourgmestres  et  les  échevins  on!  la  haute  vïie  sur  l'ad- 
ministration des  hospices  dans  les(jiiels  les  pauvres  sont  entre- 
tenus, de  même  que  sur  les  assemblées  ou  collèges  d'hommos 
et  de  femmes. 

Lo  plafond  de  la  salle  sern  o  nu;  des  nrmoiriesdf^  la  vill<', 
entourées  dos  hlasons  dessermenls  ou  uildes  années  el  des 
corps  de  métiers  qui  parlieip;uent  anciennement  à  la  forma- 
lion  du  Grand  Cons(wl  (LJreeden  liaed)  d(!  la  ville;  ces 
derniers  divisés  en  trois  arands  uronpcs,  savoir  : 

PREMIER    GROUPE. 

Les  bateliers,  les  forp:erons,  les  fendenrs  de  bois,  les 
boulangers  et  meuniers,   les  pelldiers,  les  couvreurs  de 


(0  Ghecomi)ilec)<li'  Cofitnniiini  r/ni  Aitlicrrprn,  inaiiiisnit,  p.  IS. 
ii)  Iliiil.,  ]>.  IS. 


cliauino,  l(ïs  scieurs  c(  les  barijiors,  roi'j)()i*oli()iis  (jui  se  ivu- 
nissaienl  à  la  cliainbre  des  l)al('Ii(;)'s. 

DKUXIÈMK    GROri'E. 

Les  merciers,  les  boucliers,  les  poissomiiers,  l(>s  tanneurs 
et  les  boîtiers,  les  savetiers,  les  niîiçons,  les  menuisiers,  les 
portefaix  et  les  brouettiers,  corporations  qui  se  réunissaiciil 
à  la  cbambre  des  merciers. 

TROISIÈME    GROUPE. 

Les  (oiuleursde  drap,  les  tailleurs,  les  fripiers,  les  char- 
pentiers, les  porteurs  de  tourbe,  les  cordiers,  les  tisserands 
et  les  tonneliers,  corporations  qui  se  réunissaient  à  la 
cbambre  des  tondeurs  de  drap. 

Viendront  ensuite  les  blasons  des  cbaussetiers,  des  bras- 
seurs (cammers),  des  brasseurs  de  Van  Scboonbeke,  des 
fabricants  de  soie,  des  orfèvres,  des  ])lombiers,  des  vitriers, 
des  maîtres  d'école,  des  marchands,  des  marchands  de  blé 
et  des  monnayeurs,  enfin  ceux  de  la  gilde  de  Saint-Luc  ou 
des  peintres,  des  chambres  de  rliétorique  la  Violetle,  le 
Souci  et  la  Branche  d'Olivier,  c'est-à-dire  que  toutes  nos 
institutions  civiles,  toutes  nos  industries,  le  commerce, 
toutes  nos  associations  scientillques,  artistiques  et  littéraires 
y  seront  représentées. 

Anvers,  le  5  juin  18G2. 

IL  Leys. 


^x-o^-i 


LA  BOURSE  DE  TOURNAT. 


it  Bnixellcs,  le  1.'»  ni;irs  1805. 

»  Messieurs, 

»  Lu  lioiirse  (le.  Toiiniiiy  sur  Ia(|ii('llo  vous  nui  diMuaudoz 
mou  avis  est  uu  luouumeul  coiislruit  vers  l'au  l()00;sou 
archilecle  se  uoiiiinail  Queuliu  Halle.  Elle  csl  dans  uu  style 
de  rcuaissaucc  de  trausitiou  eulièrcmeut  aualogue  à  l'Jiôtel 
de  ville  d'Anvers,  et  sa  façade  principale,  qui  doinie  sur 
le  Forum,  pin'-seule  dans  le  has  {\rs  haies  ofiivahs  servant 
de  portique,  ainsi  (prime  li-ihuiieaiix  liaraiiiiues. 

»  L'inl(''ri(Hir  offre  uu  carré  long  entouré  sur  les  quatre 
faces  d'un  porliqueà  ]»l('in  cinlre,  connue  étaieul  les  hourses 
à  celle  épo((iic. 


—  465  — 

«  Toiilos  los  l'iicndos  iiifrricurcs  ol,  In  faraclo  donnani  sur 
la  grande  place  sont  construites  en  pierres  d'Ecaussincs, 
et  leur  conservation  est  telle,  que  les  pierres  tombées  dans 
la  cour  de  l'édifice,  lors  de  la  récente  chute  de  la  cheminée 
à  vapeur  voisine,  n'ont  pas  même  été  écornées  et  peuvent 
élre  remises  en  place  sans  avoir  besoin  d'être  retaillées. 

»  Si  les  pierres  de  construction  n'ont  subi  aucune  altéra- 
tion, les  rpiatre  façades  intérieures  de  la  bourse  ont  joué,  et 
leurs  murs  présentent  des  hors-d'aplomb  qui  feraient  naître 
des  craintes  sur  la  solidité  de  l'édifice.  Mais  la  chute  de  la 
cheminée  à  vapeur,  dont  j'ai  parlé,  a  montré  que  ces  craintes 
sont  sans  nul  fondement,  puisque  cette  cheminée,  dans  sa 
chute,  a  coupé  net  une  simple  Iranclie  de  l'édifice  et  que  le 
reste  n'a  pas  souffert  le  moindn'  ébranlement ,  malgré  une 
aussi  terrible  secousse. 

»  Cette  rude  épreuve  montre  donc  la  solidité  de  l'édifice. 

»  Au  point  de  vue  de  l'art  et  des  souvenirs  historiques, 
la  bourse  de  Tournay  est  d'une  importance  capitale,  puis- 
que, depuis  l'incendie  de  celle  d'Anvers,  elle  est  l'unique 
édifice  de  ce  genre  restant  en  Belgique  pour  témoigner  la 
puissance  de  l'industrie  et  des  pouvoirs  civils  à  l'époque 
communale. 

»  Son  style  offre  un  intérêt  d'autant  plus  grand  (pi'il 
appartient  à  la  transition  de  l'époque  ogivale  h  celle  de  la 
Renaissance  et  qu'on  sait  combien  sont  ranvs  et  précieux  les 
monuments  appartenant  à  cette  transition. 

»  Vous  vous  rappelez,  Messieurs,  que  lors  de  votre  réunion 
à  Tournay,  l'an  dernier,  sous  la  présidence  de  M.  Du  Jardin, 
pour  les  affaires  de  l'église  de  Saint-Quentin ,  vous  m'avez 
demandé  de  vous  conduire  voir  cet  édifice,  et  qu'en  y  entrant. 


—  M\i  — 

vous  avez  (''!(''  frappé  (réionneinent  cl  il 'ad  m  ir;»  lion  à  la  viio 
(le  la  seule  el  unique  bourse  reslanl  encore  en  Bclgicpie. 

»  Ce  serait  donc  un  acte  de  barbarie  et  de  vandalisme 
(|ue  la  deslnietion  d'un  monunienl  civil  aussi  imporlanl  an 
double  point  de  vne  de  l'art  et  des  souvenirs  liisloriques. 

»  C'est  pour  eni)iè('ber  de  tels  actes  que  la  Commission  des 
monuments  a  été  instituée  et  que  la  loi  communale  a  soumis 
à  la  publicité  obligatoire,  à  l'avis  de  la  dépulation  perma- 
nente et  à  l'approbation  royale  les  délibérations  des  conseils 
communaux  rel;ilives  à  la  deslruction  des  monuments  de 
l'anliquilé.  «  Par  là,  dil  le  ra|tport  de  la  loi  communale,  nous 
»  avons  voulu  arrêter  ces  ma2,istrats  iirnares,  indiiïnes  de 
»  ce  nom,  qui,  n'admirant  que  ce  qni  est  créé  d'hier, 
»  portent  à  cbaque  instant  la  hache  du  vandalisme  sur  les 
»  resles  précieux  de  l'antiquité  (|ui  font  jiai'tie  de  la  fiioire 
»  nationale  el  que  le  peuple  entoure  de  sa  vénération  et 
»  de  son  respect.  La  commune  qui  a  de  l'aracnt  i)onr 
»  détruire  de  tels  monuments  doit  en  avoii'  pour  les 
»  conserver!  » 

»  Non-seulement  la  bonrse  de  Tournny  est  un  des 
monuments  civils  les  plus  remarquables  de  la  Belgique, 
elle  offre  encore  cette  rare  ])arl!(ulai-it(''  que  c'est  un  monu- 
ment comph'l  et  créf'  d'ini  simiI  jet,  ce  qui  en  augmente 
le  mérite. 

Ce  monument  a  d'tiillcurs  nue  destination  importante, 
puisqu'il  est  l'académie^  des  bernix-ai'ts  de  Tournay,  conq^re- 
nant  à  la  fois  et  hi  musée  «les  tablc;uix  cl  les  (''colcs  de 
peinture,  de  sculpture,  de  dessin,  d'archileclure  et  de 
musiepie  de  cette  ville  si  éminemment  artistique.  Les 
;iiii;iteiirs  de  c'(.'ll(;  destruction,  en   voulant  le  renversement 


de  kl  buui'sc,  jclleiil  sur  le  pavé  une  école  ijui  l'ail  la  i^luire 
de  Touriiay,  car  la  ville  ne  i)Ossède  aucun  local  propice  si 
ce  n'est  celui-là.  El  si  l'on  construit  ailleurs  des  locaux 
pour  cette  iniporlanto.  destination,  la  ville,  loin  de  faire  une 
économie,  aura  créé  une  source  de  graves  déi)enses,  tout 
en  renversant  le  seul  monument  civil  qui  lui  reste. 

»  En  résumé,  la  bourse  de  Tournay  est  un  des  monu- 
ments civils  les  plus  intéressants  du  pays.  Elle  est  la  seule 
bourse  qui  nous  reste. 

»  Comme  style,  clleest  uns  des  monument  lesjdus  curieux 
de  la  transition  du  conmiencement  du  xvi"'  siècle.  Elle  forme 
un  tout  complet,  et  tous  ses  profils  sont  connue  s'ils  avaient 
été  faits  d'hier.  Sa  destruction  serait  un  acte  de  vandalisme 
([ui  déslionorerail  le  pays  tout  entier.  J'estime  donc  (pie  la 
Commission  des  monuments  ne  peut  assez  protester  contre 
un  tel  acte,  et  qu'elle  doit  prendre  sous  son  patronage  ce  rare 
et  précieux  édifice  pour  faire  rétablir  la  partie  renversée  par 
la  chute  de  la  cheminée  à  vapeur  voisine  et  y  faire  exécuter 
toutes  les  choses  nécessaires  à  sa  conservation. 

»  Veuillez  agréer.  Messieurs,  l'assurance  de  ma  considé- 
ration la  plus  distinguée. 


»   LJ.-C.  Du  MoiniKr,.  » 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


RESUME  DES  PROCÈS-VERBAUX. 


SEANCES 


dos  G,  S,  11,   12,   18,  21,  ±1  et  2.j  aoiil    I8()5. 


ÉDIFICES  ET  MONUMENTS   RELIGIEUX. 

ÉGLISES,  DÉPENDANCES,  AMEUBLEMENT. 

Suivanl  les  conseils  du  Cullcgc,  diverses  aiuéliuralions 
oui  élc  iiili'oduites  dans  les  dessins  de  ranieiihlcincnl 
ddcglise  d'Ucimunl  (Liixemhouru).  L'abat-voix  de  la  chaire 
de  vérité  devra  cependant  élre  encore  simplidé.  La  question 
de  s;ivoii-  s'il  y  a  lieu  de  dépenser  10, '280  francs  pour  l'aineu- 
blenieiil  d'un  édilice  (pii  n'est  guère  digne  de  sa  destination 


—  4()7  — 

reste  à  l'ésoudie  luir  riidiiiiiiisUulioii  supérieure.  Peul-ètre 
serait-il  o|)})ortun  de  réserver  tous  les  fonds  dis|)onibIes 
pour  l'érection  ultérieure  d'une  église  plus  convenable. 

L'adniinislr.'ition  communale  de  Montbliart  (Hainaut) 
ayant  pris  une  décision  conforme  à  l'avis  de  la  Commission, 
il  y  a  lieu  d'autoriser  l'exécution  immédiate  des  réparations 
urgentes  que  les  fenêtres  de  l'église  paroissiale  de  cette  com- 
mune exigent,  et  d'allouer,  à  cet  elTet,  des  subsides  sur  les 
fonds  de  la  j)rovince  et  de  l'État. 

La  Commission  approuve  :  1"  le  ]irojet  de  construire  une 
flècbe  sur  la  tour  de  l'église  de  Saint-Georges-ten-Distel 
(Flandre  occidentale),  à  la  condition  qu'il  sera  fait  une  nou- 
velleétudedecertaines  parties  du  plan.  Devis  :  2,518 francs; 
2"  les  j^ropositions  faites  pour  l'agrandissement  de  l'église 
de  Melsbroeck  (Brabant),  laquelle,  après  ce  travail,  pourra 
contenir  800  fidèles.  Devis  :  14,500  francs. 

Des  commissaires-inspecteurs  se  sont  rendus  à  Oetinghen 
(Brabant),  en  conformité  des  instructions  de  M.  le  Ministre 
de  la  Justice.  L'église,  le  presbytère  et  l'école  occu])ent  tout 
un  côté  de  la  place,  sont  symétriquement  disposés  et  forment 
un  ensendjle  satisfaisant.  Une  inspection  minutieuse  n'a  pas 
fait  découvrir  dans  ces  bâtiments  le  moindre  travail  superflu, 
et,  loin  d'avoir  à  signaler  des  dépenses  inutiles,  la  Commission 
regrette  qu'on  n'ait  pas  donné  plus  de  liautem*  aux  socles  en 
pierre  des  colonnes  et  que,  pour  assurer  la  conservation  du 
bas  des  murs,  on  n'ait  i)as  établi  une  i)lintbe  intérieure.  Au 
premier  abord,  les  proportions  du presb}tère peuvent  paraî- 
tre exagérées;  mais  il  est  à  remarquer  que  ce  bâtiment  a  été 
établi  dans  le  but  de  pouvoir  loger,  sous  le  même  toit,  le 
curé  et  le  vicaire,  ({ui  précédennnent  avaient  des  liubilalions 


—  /|.()8  — 

sépaivc's.  Une  grille  assez  iiiiportanle  règne  tlevanl  les  Irois 
hàtiinciils;  les  Irais  en  oui  été  couverls  au  moyen  de  dons 
jiarlieiiliers.  L'adininislration  communale  et  le  conseil  de 
labriquc  ont  déclaré  à  diverses  reprises  et  de  la  façon  la 
plus  formelle  :  1"  (pie  l'église  et  le  itresbytèrc  ont  été  bâtis 
en  1858,  tandis  que  l'école  n'a  été  commencée  qu'en  I8()0; 
•2"  (jue  la  moindre  confusion  n'a  jamais  existé  dans  la  comp- 
tabilité des  deux  premières  constructions  et  la  conq^tabilité 
de  la  troisième  (l'écohî).  Il  résulte  des  comptes  (pu) 
IV.  17,4:21-15  ont  été  dépensés  jusqu'à  ce  jour  pour  l'école 
et  (juc  5,400  francs  sont  nécessaires  encore  pour  terminer 
les  tj'avaux.  Rien  ne  |iorte  à  révoquer  en  doute  l'exactitude 
de  ces  cbilTrcs.  Les  tenains  (cour  et  jardin)  annexés  à  l'école 
sont  vastes;  le  prix  des  murs  de  clôture  est  compris  dans  la 
déjiensc  de  17,421  francs.  Un  local,  auquel  on  aura  accès  ])ar 
un  escalier  latéral,  entièrement  séparé  de  l'école,  est  réservé 
à  l'étage  pour  le  service  de  l'adnn'nistration  communale.  La 
construction  de  l'église  et  du  presbytère  a  coûté  70,291)  fr., 
tandis  que  les  devis  estimatifs  ne  s'élevaient  (|u'à  57,700  fr., 
dont  12,700  pour  le  iiresbylèi'c.  L'administration  commu- 
nale et  le  conseil  de  fabri(jue  aHIrment  que  les  dépendances 
établies  dans  la  cour  du  |iresbylère  ont  été  construites  aux 
Irais  personnels  du  curé.  L'avis  de  la  Connnission  est  (pu; 
la  dépense  du  presbytèi'e  a  déjtassé  de  7,000  francs  les  jiré- 
visions  et  (|ue  le  reste  du  délicit  (11,291)  francs)  provient 
(le  la  construction  de  l'église.  Comme,  en  résumé,  les  trois 
édifices  sont  établis  dans  d(!  boimcs  conditions  et  sans 
le  Jiioiiidre  luxe,  il  \  a  lieu  d'avoir  égard  à  la  fàclieuse 
l)osition  linancière  du  conseil  de  fabrique  et  de  l'adminis- 
tration communali',  ainsi  rpi'aux  bonnes  intentions  qui  les 


uni  guidés,  vA,  d'alluiicr  des  subsides  pour  couvrir  en  pjirlic 
le  délicit  cl  pcrmellre  raclièvenient  immédiat  de  l'école. 

L'exiguïlé  du  terrain  ne  p(!rmelUuit  pas  de  donner  plus  de 
largeur  à  la  nouvelle  église  de  Forzée,  commune  de  liuisson- 
villc  (Namur),  la  Commission  pense  qu'il  faut  renoncer  à 
élablir  (l'ois  nefs.  Du  reste,  ainsi  que  souvent  déjà  elle  a  eu 
l'occasion  de  le  dire,  il  n'est  pas  rationnel  de  donner  à  des 
bâtiments  aussi  restreints  la  disposition  des  grandes  églises. 

Le  })rojet  de  l'église  à  ériger  dans  la  commune  de  Vodeléc 
(i\amur)  donne  lieu  aux  observations  suivantes:  1"  les  piliers 
placés  à  l'intersection  du  transept  et  des  nefs  ne  sont  pas 
sufiisants  pour  su}>porter  la  poussée  qui,  en  cet  endroit,  sera 
considérable;  "2"  les  ondi  sont  trop  nombreux,  et  il  semble 
inutile  d'en  variei-  autant  les  proportions;  3"  la  forme  de  la 
sacristie  n'est  pas  heureuse,  et  la  combinaison  de  sa  toiture 
aurait  plus  d'un  inconvénient;  4"  la  somme  de  'âSj^Oo  francs, 
qui  forme  le  total  du  devis,  paraît  insufiisanle.  La  Commis- 
sion réclame  les  croquis  de  l'église  actuelle  et  désire  savoir 
si  cet  édiiice  ne  renferme  pas  de  pierres  tumulaircs  ou  d'autres 
objets  d'art  intéressants. 

La  Connnission  approuve  les  dessins  de  la  nouvelle  église 
de  Moustier  (Namur),  à  la  condition  que  l'auteur  ne  perde 
pas  de  vue  les  observations  formulées  précédemment  quant 
aux  absides  de  la  façade  et  qu'il  fasse  une  nouvelle  élude  delà 
sacristie.  Cet  édifice  pourra  contenir  900  personnes.  Le  devis 
s'élève  à  45,758  francs  et  sera  probablement  insuffisant. 

L'ordonnance  générale  du  ])rojel  de  la  nouvelle  église  de 
Snelleghem  (Flandre  occidentale)  est  approuvée;  maisdivers 
détails  laissent  à  désirer  :  les  dimensions  de  la  porte  principale 
sont  trop  exiguës,  et  la  décoration  du  tympan  ne  concorde 

Su 


—  470  — 

pas  avec  cl'IIc  des  H'iiùlres  tic  la  iaçatlc  ;  les  baies  suj^éiieiircs 
des  parlics  latérales  de  la  façade  seraient  utilement  reiii})la- 
cées  par  des  quatre-leuilles  ou  de  sinii)les  créneaux.  Il  est 
indispensable  de  remédier  aux  inconvénients  résultant  de  ce 
que  les  contre-forts  du  cliœur  ne  descendent  pas  jusqu'au  sol. 
Le  devis  s'élève  à  7-j,7oC  francs.  Cette  somme  semble 
insuflisante.  L'édilice  pourra  contenir  1,000  personnes. 

A  ju'opos  de  la  construction  d'une  nouvelle  église 
à  Saint-Josse-ten-Noode,  la  Connnission  a  eu  l'honneur 
d'écrire,  le  18  novembre  18()''2,  à  M.  le  Ministre  de  la  Justice: 
«  M.  Van  derRil  fera  bien,  le  cas  échéant,  d'étudier  de  nou- 
»  veau  l'emplacement,  en  conformité  du  dernier  i)aragr;qthe 
»  de  notre  rapportdu  14  novembrecourant.  »  L'un  des  para- 
graj)hes  du  rapport  du  14  juillet  suivant  est  ainsi  conçu  : 
«  11  est  bien  entendu  (juc  notre  intention  n'est  pas  d'ai)i)rou- 
»  ver  définitivement  les  dessins  de  M.  \'an  der  liit  et  ({ue  nous 
»  nous  réservons  de  lui  indicpier  les  changements  à  intro- 
»  duirc  encore  dans  son  travail.  »  De]niis,  aucune  com- 
munication n'ayant  été  faite  au  Collège,  concernant  cet 
édifice,  ce  n'est  pas  sans  sur])risc  qu'il  apprend  qu'une 
j)artie  des  travaux  est  sur  le  point  de  faire  l'objet  d'une 
adjudication.  Il  signale  lo  fait  à  M.  le  Ministre  de  la  Justice 
cl  propose  d'inviter  M.  rarchitecte  Van  der  Ilit  à  soumettre 
les  modifications  à  introduire  dans  les  dessins  de  l'église, 
ainsi  (jue  le  résultat  de  ses  nouvelles  études  (juant  à  l'enqda- 
ccment. 

La  Commission  rappelle  à  la  bienveillante  attention  de 
M.  le  Ministre  de  la  Justice  les  rjipports  (]u'à  diverses  épo- 
ques elle  a  adressés  au  Gouvei-nement,  afin  d'obtenir  la  res- 
tauration de  lachai'mante  chapelle  romane  de  h?ainl-Nicolas 


—   471    - 

fil  Giiiiii  (Liège).  Ce  |)clil  iiioiiuiiiciil,  (|ui  est  cité  thiiis  [)lu- 
sioiirs  ))tiblicalioiis  iialioiialcs  ol,  clraDgèrcs ,  mérite  d'èlrc 
sauvé  (le  la  deslruclioii.  Le  itropriétairc  eu  oiïn;  la  cession 
à  l'Elal,  à  des  condilions  luutlérées,  e(  depuis  lonuleiiips  les 
uoiulji-eu\  liabilauls  voisins  de  la  eliapelle  demaudeul  qu'elle 
soi!  rendue  à  sa  destination  primitive. 

Se  référant  à  l'avis  favorable  de  la  dépulalion  pernianenli* 
du  Conseil  provincial  du  BrabanI,  la  Connnission  j)ropose 
d'accueillir  la  demande  du  conseil  de  fabrique  de  l'éulise 
d'Aerscbot,  tendante  à  pouvoir  exécuter  en  régie  de  nou- 
veaux travaux  de  restauration,  ainsi  que  cela  s'est  pratiqué 
])récédemmeut. 

En  présence  de  la  dégradation  rapide  de  la  tour  de  l'église 
de  Roucourt  (Hainaut),  il  est  delà  plus  absolue  nécessité 
de  consolider  avant  l'Iiiver  ]trocliain  cette  partie  de  rédifice. 
L'angle  sud  se  détacbe  el  j)lusieurs  pièces  principales  de  la 
charpente  su})érieure  sont  pourries  au  point  qu'on  s'at- 
tend à  voir  toute  la  toiture  s'affaisser.  Le  belfroi  se  ti'ouve 
aussi  dans  un  état  périclitant.  Il  suffirait  d'une  dépense 
de  5,000  francs  pour  écarter  tout  danger  cl  empêcher 
le  progrès  des  infiltrations  pluviales.  Quekjues  membres 
du  Conseil  connnunal  voudraient  voir  démolir  une  }>artie 
de  la  tour,  alin  d'éviter  les  frais  de  restauration.  Cette  tour 
offrant  un  as})ect  assez  inqiosant,  la  Commission  regretterait 
une  telle  mesure.  Il  est  à  remarquer,  d'ailleurs,  que  la  démo- 
lition même  serait  onéreuse  et  que  les  matériaux  seraient 
de  nulle  valeur. 

La  nef  principale  de  réglise  de  Wiers  (Hainaut;  date  delà 
lin  du  XV'-  siècle;  mais  les  coloimes  intérieures,  ainsi  ({uc 
leurs  cha]>iteaux,  appartiennent  à  une  époque  plus  l'cculée 


—  M^i  — 

(XIV''  siècle),  cl  la  Ilèclic  qui  surmuiilc  la  f»raii(Jc  cl  belle  lour 
date  seulement  des  premières  années  du  xviii''  siècle;  les 
bas-côtes  ont  clé  reconstruits  vers  le  milieu  du  xvi*.  Une 
remarquable  cliarpente  ajjparentc  couvrait  ju'imitivement  la 
nef  principale;  il  serait  facile  et  jxhi  coûteux  de  la  rétablir, 
attendu  que  de  notables  parties  en  subsistent  encore  et  que 
plusieurs  belles  consoles  sculptées  sont  intactes.  Cet  édifice 
peut  à  peine  contenir  un  millier  de  personnes,  tandis 
que  la  paroisse  compte  aujourd'bui  4,000  âmes.  Des  idées 
divergentes  ont  été  émises  quant  aux  mesures  à  prendre 
pour  obtenir  la  surface  supplémentaire  (pii  est  devenue 
indispensable.  Après  avoir  entendu  le  rapport  de  ses  com- 
missaires inspecteurs,  le  Collège  pense  que  le  meilleur  pai'ti 
serait  de  prolonger  la  construction  vers  le  cbœur,  d'établir 
un  transept  d'une  certaine  inqjorlance  et,  plus  tard,  d'élargir 
les  nefs  latérales.  L'église  est  entièrement  isolée,  et  le  terrain 
se  prête  à  cette  combinaison.  On  serait  ainsi  obligé,  il  est  vrai, 
de  restreindre  l'étendue  du  cimetière;  mais  cela  n'aurait 
rien  de  fâcheux,  car  il  est  à  désirer  qu'on  éloigne  aussilùl 
que  possible  ce  cimetière  du  centre  d'une  comnjune  aussi 
importante. 

La  Commission  approuve  le  projet  de  M.  Van  Assclie 
(Aug.  ),  architecte  à  Gand,  pour  la  restauration  de  la  tour 
et  des  bâtiments  de  l'église  momimcntah!  de  Vosselaere 
(  Flandre  orientale  ) ,  tout  en  engageant  l'aulenr  à  prendre 
des  mesures  supplémentaires  de  consolidation,  aiin  de 
faire  face  à  la  poussée  de  la  charpente  sur  les  murs  de  la 
grande  nef.  Le  devis  s'élevantà  la  sonnne  de  1 8,405  francs 
ne  soulèvi!  aucune  objection.  MM.  Jiélhune  d'Ydewalle 
et  le  baron  de  Sainl-Genois,  membres  cojTespondants,  ont 


—  475  — 

rendu  compte,  dans  los  lormos  suivants,  dos   rochorchos 
qu'ils  ont  faites  au  sujet  de  eet  édifice  : 

«  CoinuKM'Iégance,  comme  consiruction  arcliitectoiiiqiie, 

«  la  tour  de  Vosselaerc  est  un  des  plus  intéressants  spéci- 

»  mens  d'architecture  ogivale  de  nos  contrées.  Il  existe  sur 

»  ce   remarquable  édifice   un    travail  étendu,  ])ul)lié   par 

»  M.  A.  Van  Hoorelieke,  dans  le  Messatjer  des  sciences  liisto- 

»  rî(/ues,  ^nnnée  1845.  Toutefois  nous  rectifions,  dans  ce  rap- 

»  port,  quehpies  données  sur  l'ancienneté  de  l'église  de  Vos- 

»  selaere,  lesquelles  manquent  d'exactitude.  On  sait  que 

»  dans  notre  pays  les  plus  anciennes  flèches  des  églises 

»  étaient  construites  en  bois,  peu  élevées  et  dépourvues  d'or- 

»  nemenis.  Ce  n'est  guère  que  vers  le  milieu  du  xif  siècle 

»  que  l'on  vit  surgir,  soit  au-dessus  du  transej)t,  soit  sur 

»  la  façade  antérieure,   ces  belles  tours  carrées,  rondes, 

»  puis  octogones,  surmontées  de  flèches  élégantes  qui  font 

»  encore  l'objet  de  notre  admiration.  La  tour  de  Vosselaerc, 

»  comme  elle  se  présente  aujourd'hui,  est  dans  un  triste  état 

»  de  délabrement.  Si  l'on  veut  conserver  ce  joli  monument 

»  dans  son  entier,  il  est  plus  que  temps  qu'on  en  entreprenne 

»  la  restauration.  Avant  d'émettre  notre  avis  sur  les  détails 

»  de  cette  restauration,   il  sera  utile  de  consigner  aussi 

»  quelques  renseignements  sur  la  construction  de  tout  l'édi- 

»  fice.  La  tour  est  bâtie  en  pierres  de  taille  blanches,  dites 

«  de  Baeleghem,  es]»èce  de  piei'res  qui  a  servi  à  la  construc- 

»  lion  de  la  ))lupart  des  églises  anciennes  de  l'arrondisse- 

»  ment  de  Gand,  entre  autres  à  la  cathédrale  de  Saint-Bavon. 

»  Sa  hauteur  est  de  56  mètres.  Elle  occupe  le  point  central 

»  de  l'église  ;  sa  forme  est  octogonale  surmontée  d'une  pyra- 

«  mid(^  bâiie  en  briques  à  l'intérieur  et  couvei-le,  jusqu'au 


—  Mh  — 

»  sommol,  (Viiii  l'ovèlonicnt  de  pioj'rcs  l)lanchcs.  Ln  lour 

»  est  ])orc('(\  à  liauleurs  iiK-galos ,  de  lucarnes  à  froiiious, 

»  Iréllés.  Une  rcuille  de  Irèlle  orne  le  sommet  à  l'ouesl.  A  la 

»  hase  de  la  llèche  on  voit  une  galerie  bordée  d'une  balus- 

»  trade  (ijui  csl  iiuiiiilcnaiil  lailc de  mauvaises  ))iè('esd<' bois) 

»  s'appuyaul,  aux  aniiles,  sur  des  piliei's  cai'i'c'-s,  dont  le 

»  sommet  forme  un  j^nacle  à  erocbels.  Ces  piliers  i-eposent 

»  sur  uni;  large  moulure  ornée   de  gargouilles .  De  lous 

»  les  côtés,  la  base  octogonale  de  la  tour  est  percée  de 

»  fenêtres   ogivales  très -simples,   fermées  d'abat-vents  en 

»  ruine  et  encadré(\s   dans  un  cordon  qui  fait  le  lour  de 

»  l'édilice.  Chaque  arête  ou  ligne  angulaire  de  la  flèche  est 

»  ornée  d'une  vingtaine  de  crochets  ayant  environ  O'",o0 

»  de  saillie  et  sculptés  en  guise  d(^  feuilles  de  chou  crispées, 

»  La  tour  est  portée,  à  l'intérieur  de  l'édifice,  sur  quatre 

»  |)ieds-droits  reliés  entre  eux  ])ar  des  arcs  en  ])leiii  cintre. 

»  Ces  pieds-droits  reposent  suj'  une  base  saillante  et  poly- 

»  gonale  et  sont  couronnés  j)ar  un  simple  tailloir;  sous  ce 

»  tailloir  on  voit,  sur  deux  côtés  et  dans  deux  des  entailles 

»  prismatiques  divisant  les  pieds-droits  en  (pialre  i)arlies,  une 

•>  tète  f;iisaiit  Console.  Quant  à  ré|)0(jue  de  la  coiislruclion 

;)  (le  la  llèche,  ;i  laquelle  M.  Van  llooreheke  assigne  l'année 

»  1087  (Messager  c\[(i),  nous  pensons,  d'après  deuxcharles, 

»  l'espectivement  des  années  lî2ÔO  et  15:20,  conservées  ;nix 

»  archives  de  rc'glise  et  où   il  s'agit  de  irparalions  de  char- 

»  pentes,  qu'il  y  avait  d'ahord  sur  IV-diliee  inie  loin'  en  bois. 

»  Celle (ji le  nous \' voNOUsaujourd "lui i  esl  d'une dale  beaucoup 

»  moins  aiiciemie.  Le  savant  arclK'ologiie    M.  (.le  Caumont 

»  déclare  (pie  les  loins  du  genre  ipii  nous  occiijk!  n'accusent 

>>  pas   de    (laie    de   conslniclion  aiih'rieMre   an   xiv'"  siècle. 


—  17;)  ~ 

»  Puisant  dans  les  inlérossantes  noios  quo  M.  l'abbé 
»  Lavavix ,  ancien  précoptour  au  cliàloau  de  M.  do  Kcrkhove 
»  d'Ousseltibem,  bourg'meslre  de  Vosselaere,  a  bifMi  voulu 
»  nous  eomnnini({uer,  nous  coniplélcrons  ces  dclaiis  arclii- 
»  tectoniques  sur  la  tour  par  quel((ues  éclaircissemenls  sur 
»   les  aulres  ))arties  anciennes  de  l'église. 

»  I,  Dans  le  (ranssept,  de  cbaque  côté  de  la  nef  du  milieu, 
»  on  remarque  Irois  arcalures  supportées  par  de  grossiers 
»  modillons  en  relraite.  Ces  arcatures  sont  ogivales,  à  l'ex- 
»  ceplion  de  la  première  dans  la  nef  gauche,  qui  est  en  ])lein 
»   cintre. 

«  II.  Au  fond  de  chaque  nef  latérale,  on  reirouve  encore 
»  les  anciennes  crédences  ou  piscines.  Celle  de  la  nef  droite 
»  est  ornée  d'une  simple  niche  ogivale  sans  ornemenis, 
»  celle  de  la  nef  gauche  est  trilobée  ;  au-dessus  est  une 
»  arcature  en  forme  de  fenêtre  ogivale.  La  présence  de  cré- 
»  dences  dans  les  églises  accuse  toujours  une  antiquité 
»  architecturale  respectable.  . 

»  III.  La  façade  de  l'église  est  en  grandes  pierres  blan- 
»  ches,  dites  de  Baeleghem  ;  elle  n'es!  pas  antérieure  au  xv^ 
»  ou  au  XVI*  siècle.  On  y  remarque  la  trace  de  l'ancienne 
»  toiture  des  bas-côtés  exhaussés  au  xviii'  siècle.  A  cette 
»  époque,  Irois  fenêtres  de  forme  ogivale  évasée,  hautes  de 
»  1  "',20  et  larges  de  0"',7o,  furent  bouchées,  de  chaque  côté, 
»   dans  la  partie  supérieure  de  la  nef  principale, 

»  Cette  église,  dédiée  à  saint  Eloi,  a  conservé  plusieurs 
»  belles  dalles  tumulaires.  La  plus  ancienne  date  de  loGS. 
»  Elle  se  trouve  di^vjmf  la  porte  d'entrée.  Trois  autres 
»  pierres  se  rapportent  aux  familles  Van  der  Meersch  et 
»   Van  der  Vennet,   qui,    au   xiv*"   et  nu  xv*"  siècle,  pour- 


—  /1.76  — 

»   raioni    l)ion    avoir   clé    les   généreux    constructeurs    de 
»  l'église  de  Vosselaere.    Les   vilaines  fenêtres  du  chœur 
»  actuel  étaient  occupées  aulrefois  par  trois  fenêtres  ogivales 
»   à  meneaux  ,    aujoin-d'hui   encastrées    dans   un   pavillon 
du  jardin  au  cliàleau  de  Vosselaere.  Nous  nous  pro])o- 
sons  de  faire  exécuter  plus  tard  les  frottis  des  dalles  les 
mieux  conservées.  Elles  représentent   des  chevaliers  en 
armure,  avec  leurs  femmes,  et  des  écus  armoriés  remar- 
(jiiahlemenl  hien  taillés.  Les  archives  de  l'église  renferment 
des  ])iêces  curieuses  qui  donnent  des  renseignements  sur 
les  consiructions,    réparations,   changements   o])érés   à 
diverses  époques  dans  l'ensendjle  de  l'édifice.  Voici  les 
dimensions  de  l'église   :   La  grande   nef  est  formée  de 
Irois  travées  ayant  5'", 50  d'ouverture  d'axe  en  axe;  la  nef 
du  miljeu  a  7"\50  d'axe  en  axe  ;  les  has-cùtés  ont  o"',l)o  de 
largeur,  indépendamment  de  labased(Ua  tour,  qui  est  sup- 
portée par  des  piliers  très-forts,  ayantdansleur  plus  grande 
épaisseur  2"\60.  Le  chœur  a  0'",90  de  profondeur  dans 
l'œuvre,  et  les  chapelles  collatérales  ont  7'", 00  de  profon- 
d(;ur,  avec  luminaires  j)olygonales.  « 
Après  avoir  examiné  les  nouveaux  dessins  cl  pi-is  connais- 
sance du  mémoire  explicatif  de  raicliilcclc  chaj-gé  de  res- 
taurer l'église  Notre-Dame  à  Deynze,  la  Commission  donne 
la  préférence  au  projet  qui  assigne  deux  versants  aux  loilures 
des  nefs  latérales.  Le  devis  s'élève ;i  74,804  IVancs.  Il  ne  faut 
pas  se  dissimulerqu'on  est  exposé  à  des  mécomptes  lorsqu'on 
louche  à  un  hàlinicnl  aussi  ancien,  (|ui  a  V('r\i  de  nombreuses 
transformations,  el  (piela  somme de5,ôi)2  IVancs  j»orléepour 
les  dépenses  inqirévues  sera  j)robahlen)enl  insufiisanle.  L'éta- 
lilissenient  de  paraloimerres  n'est  pas  conqu'is  d;ms  ce  devis. 


—  477   — 

C'est  In  une  dépense  qui,  cependnni,  ne  peni  être  ajournée. 
L'intérêt  qui  s'attache  à  cet  écliti(;e  a  été  signalé  dans  un 
rapport  de  MM.  les  membres  correspondants  Héthunc 
d'Ydewalle  et  le  baron  de  Saint-Génois  (voir  page  485). 

Conformément  au  ra))port  de  ses  commissaires  inspec- 
teurs, la  Commission  croit  devoir,  vu  la  situation  actuelle  des 
choses,  consentir  à  la  construction  du  deuxième  contre-fort 
(h  la  face  sud  du  transept  de  l'église  Saint-Martin  à  Liège, 
d'après  celui  qui  existe  à  l'angle  opposé.  C'est  à  regret  que  la 
Commission  se  voit  pour  ainsi  dire  forcée  de  modifier  l'avis  que 
contient  son  rapport  en  date  du  11  juillet  dernier;  mais  il 
est  impossible  d'ajourner  la  reconstruction  du  contre-fort,  qui 
a  été  radicalement  démoli,  sans  qu'on  ait  pris  toutes  les  pré- 
cautions usitées  en  semblable  circonstance.  Les  pierres 
nécessaires  pour  la  reconstruction  projetée  sont  à  pied  d'œu- 
vre,  tandis  (pi'il  serait  presque  impossible  de  rétablir  avant 
l'hiver  le  contre-fort  tel  qu'il  existait.  D'autres  monuments 
présentent  des  contre-forts  portés  en  encorbellement,  cl  la 
symétrie  n'est  nullement  exigée  par  le  style  ogival. 

Les  diverses  questions  relatives  à  la  restauration  de  la 
façade  de  l'église  Saint-Loup  à  Namur  ont  fait,  de  la  part  de 
a  Commission,  après  plusieurs  visites  des  lieux,  l'objet  d'un 
nu'ir  examen.  Les  graves  dillicultés  financières  qui  se  pré- 
sentent en  cette  circonstance  sont  connues  de  la  Commission, 
et  c'est  parce  qu'elle  a  la  conviction  que  tout  autre  parti  serait 
blâmé  avec  raison,  qu'elle  a  proposé  d'adopter  le  projet  le 
])lus  coûteux.  Le  Collège  ne  demande,  du  reste,  que  le  réta- 
blissement consciencieux  de  ce  qui  existe  aujourd'hui,  tandis 
(pi'on  modifierait  l'aspect  de  l'édifice  en  remplaçant  par 
la  pierre  blanche  certaines  parties  qui  actuelhMiient  existent 


—  478  — 

on  piorro  l)linio.  L'('p,lisc  Saint-Loup  osl  \o  monnmcnl  lo  plus 
iTinarquabh*  de  la  ville  de  Namur,  et  une  augnienlalion  do 
déponse  do  15,o57  francs  est  peu  considérable,  quand  ils'aiçit 
de  la  ('onservati(»ii  d'un  tel  édilico.  Ce  n'esl  p;is  sans  de 
puissantes  raisons  que  rarcjiilecte  a  (-ombiné  ici  la  jtierro 
l)lanebcet  la  pierre  bleue,  et  la  Gonnnission  nian(pierait  à  sa 
mission  en  admettant  une  jjroposilion  qui  aurai!  jiour 
résullalde  dénaturer  le  caractère  de  ce  beau  monument . 


PRESBYTERES. 

D'après  l'invitation  de  M.  le  Ministre  de  la  Justice,  des 
déléiïués  ont  visité  avec  un  soin  minutieux  le  presl)y(èro  do 
Roucourt  (Ilainaut).  Il  résulte  de  leur  rajiport  (|ue  ce  bâti- 
ment n'est  nullement  convenable  pour  l'babitation  du  curé 
de  la  paroisse,  attendu  :  1"  qu'une  distance  do  plus  de  400 
mètres  le  sépare  de  l'église,  tandis  que  la  maison  qui  actuel- 
lement sert  de  presbytère  se  trouve  au  pied  de  cet  édifice; 
2"  qu'on  ))()urrait  diflicilemenl  en  enlever  l'bumidité,  que 
la  |)lu]iarl  ihs  salles  (  il  n'existe  jtas  d'étage)  sont  établies 
dii'cclcmcnt  sur  la  terre  et  qu'une  seule  cliambre  est  pourvue 
d'un  i)lancber;  ">"  (pie  les  ré|>arali()ns  ivcenles  sont  incom- 
plètes ,  (pie  la  voûte  de  l'une;  iU'<:  salles,  construite  sur 
dos  poutrelles  de  bois,  s'alïaisse  et  i|ue  toute  la  loitui'e  est 
iiolaiiiiiieiil  j-estée  dans  un  état  déploi'able.  Le  loyer  du 
presbytère  actuel  s'élève  jtar  année  à  WA)  francs,  el  l'on 
pourrait  toujours  tirer  un  certain  parti  du  vieux  prosbytèro, 
au(|uel  un  terrain  d'un(»  certaine  étendue  est  annexé. 

Les   travaux    d'ap[>ropi-i;(lioii   el    d'aurandissemeiil    (ju'il 


—  170  — 

s'iigll  (le  faire  au  proshylèrc  d'IIellebecq  (Ilainaul)  ne  sont 
pas  siinisants  pour  éviter  (ie  nouvelles  dépenses  dans  un 
avenir  j)rocliain.  La  Conmiission  propose  une  conihinaison 
qui  semble  devoir  obvier  à  eel  inconvénient. 

Le  Collège  approuve  : 

Divers  travaux  d'appropriation  projetés  au  presbytère 
deBiébaries  (nainaut).  Devis  estimatil'  :  7,2()7  francs. 

Les  dessins  du  nouveau  presbytère  de  la  Xbavée,  coni- 
munedeWandre  (Liège).  Devis  eslimatif:  7, 84G  francs. 

La  Commission  persiste  à  considérer  comme  inacce))table 
le  projet  de  presl)ytère  ])réstMitè  par  l'administration  com- 
munale de  Watermael-Boilsforl  (Brabant).  Bépondant  aux 
observations  de  cette  administration,  elle  fait  remarquer  que, 
loin  de  désirer  que  les  pi-esbytères  soient  l)àtis  avec  le  luxe 
qui  caractérise  certaines  constructions  modernes,  elle  ne 
cesse  de  demander  qu'ils  soient  simples,  qu'ils  aient  un  certain 
cacbet  religieux  et  qu'on  ne  jouisse  ainsi  les  confondre  avec 
les  babita lions  particulières. 

ÉDIFICES  ET   MONUMENTS   CIVILS. 

ÉTABLISSEMENTS    DE   P.IEXFAISANCE. 

Les  plans  du  nouvel  bospice  de  la  Maternité,  à  Cand,  sont 
convenables  sous  le  rapport  de  la  dislril)Ution  intérieure; 
mais  l'auteur  ferait  bien  d'augmenter  l'importance  de  l'esca- 
lier et  d'en  mieux  faciliter  l'accès.  Quant  à  la  façade,  on 
devra  en  faire  une  nouvelle  étude,  vu  que  son  ordoimance 
n'offre  pas  le  caractère  sévère  qui  convient  à  un  tel  édifice. 
Il  semble  imj)Ossible  d'exécvil(M',  avec  tout  le  soin  désirabl(% 


—  /j.80  — 

los  fravaiixprojr'U'ss.'in.s  dépassorla  somrno do 48,595  francs, 
(lui  forme  le  total  du  devis. 

Le  projet  pour  rap])ropriation  et  ragrandissement  de 
l'hôpital  civil  delà  Biloque,  à  Gand,  est  bien  conçu  et  prouve 
que  son  auteur  a  fait  une  étude  approfondie  des  exigences 
d'un  tel  établissement.  La  vaste  salle  à  charpente  apparente, 
qui  aujourd'hui  contient  la  plus  grande  partie  des  malades, 
sera  maintenue  et  restaurée.  Cette  salle,  de  style  ogival, 
offre,  en  elfct,  un  vif  intérêt  sous  le  rapj)ort  de  l'archéologie. 
Toutes  les  autres  ])arties  anciennes  qui  sont  susceptibles 
d'être  utilisées  sont  égalemcMit  conservées.  On  obtiendrait 
sans  doute  un  résultat  plus  complet  en  faisant  pour  les 
Iiommes  une  construction  entièrement  neuve,  semblable 
au  quartier  des  femmes  ;  mais  les  ressources  disponil)les 
ne  ])ermettent  ])as  d'adopter  un  parti  aussi  radical.  La 
Commission  s'en  rapporte  à  l'architecte,  quant  aux  quelques 
détails  qui  ont  été  signalés  verbalement  à  son  attention. 
Les  différents  devis,  dont  le  total  s'élève  à  1,049,717  francs, 
sont  bien  établis. 

M.  le  Ministre  de  l'Intérieur  communique  une  déi)éche 
dans  laquelle  M.  le  Ministre  de  la  Guerre  s'ex|)rime  en  ces 
Icrrnf'S  :  «  J'ai  (lonn(''  les  oi'dres  nécessaires  poui-  (|u'il  ne 
»  soit  exécuté  provisoireuKMit,  à  la  façade  ]»rincij)al('  de  l'hù- 
»  pital  militaire  d'Anvers,  que  les  réj)arations  les  ])lus  indis- 
«  jicnsables  et  qui  ne  peuvent,  en  aucune  façon,  modilier  le 
»  style  architectural  du  bâtiment.  Quant  à  la  rcstiuii-ition 
»  complète  de  celte  façade,  telle  (|ue  l'entend  l;i  CcHunussion 
»  des  monuments,  le  DéparteuKMit  de  la  guerre  ne  peut  en 
»  supporter  la  dépense,  évaluée  à  20,000  francs,  parce 
»   (ju'elle  n'est  en  aucune  façon  nécessaire  au  ))oint  de  vue 


—  481   — 

»  de  leiilrelioii  ou  de  la  cuii-solidation  de  l'édilice.  L'iuLcrèt 
»  de  l'arl  et  des  coiisidéralions  d'arcliéulogie  pouvant  seuls 
»  légitimer  le  travail  proj)osé  par  la  Coinmissioii  des  iiionu- 
»  ments,  la  dépense  qui  en  résulterait  devrait  évid<'innient 
»  être  imputée  sur  les  fonds  spéeiaux  alloués  au  budget  de 
»  l'intérieur  pour  la  conservation  d(;s  monuments  du  pays.  » 
Cette  dépêche  est  transmise  au  comité  des  mendjres  corres- 
|)ondants  de  la  province  d'Anvers,  alin  d'obtenir  les  rensei- 
gnements nécessaires  pour  y  donner  suite. 

MAISONS  COMMUNALES,  BEFFROIS,  HALLES,  DONJONS,  etc. 

Le  nouveau  travail  cpie  la  Commission  a  reçu  au  sujet 
de  l'appropriation  et  de  l'agrandissemc^nt  de  la  porte  de  liai 
est  supérieur  à  celui  du  même  auteur  qui  lui  avait  été  soumis 
précédemment.  La  Commission  n'hésite  même  pas  à  déclarer 
que  ce  travail  ne  soulèverait  pas  de  graves  objections  s'il 
s'agissait  d'ériger  une  construction  entièrement  nouvelle  ; 
mais  elle  se  trouve  en  présence  d'un  principe  qu'il  lui  est 
impossible  de  perdre  de  vue,  et  son  premier  devoir  est  de 
veiller  à  ce  que  le  spécimen  le  plus  important  de  l'ancienne 
architecture  militaire  du  pays  ne  soit  pas  dénaturé.  Le  Col- 
lège pense  qu'il  faut  s'attacher  à  rétablir  autant  quejjossible 
la  porte  de  Hal  dans  son  état  primitif  et  isoler  les  bâtiments 
dont  le  service  du  Musée  d'armures  et  d'antiquités  exige 
l'édification ,  de  façon  à  ne  pas  absorber  les  lignes  architec- 
toniques  de  la  construction  ancienne  et  à  établir  une  dis- 
tinction entre  le  monument  actuel  et  ses  annexes.  L'auteur  a 
l'ait  de  louables  efforts  pour  rentrer  dans  cet  ordre  d'idées, 


—  482  ~ 

l'I,  vn  purtic  du  iiiuius,  ses  dernières  éludes  onl  été  coiirun- 
iiées  de  succès.  Toutefois  ses  }>ropositions  ne  ])euvent  satis- 
luire  encore,  en  ce  qui  concerne  lu  l'arade  vers  la  ville.  Là, 
en  effet,  il  persiste  à  confondre  les  constructions  nouvelles 
avec  l'aMcien  édifice,  il  établit  une  tour,  ainsi  que  de  irrands 
pavillons  destinés  à  faire  paiMie  inii'ui'aiile  du  monument,  et 
il  aiiiiionière  le  tout,  lamlis  (pièces  armexes  devaient  se  rac- 
corder au  bâtiment  central  sans  en  dénaturer  le  caractère 
et  le  style.  D'après  ces  considérations,  la  Commission  désire 
que  les  galeries  enlonraiit  le  monument  le  masquent  le  moins 
possible.  Afin  d'atteindre  C(!  but,  on  ))ourrait  déchausser 
le  pourtour  de  l'édifice  cl  établir  ])artiell('ment  les  galeries 
en  contre-bas.  Il  est  à  remarquer  ipie  la  largeur  de  li  mètres 
donnée  à  ces  galeries  sendjle  mesquine,  alors  surtout  qu'on 
a  l'intention  d'établir  des  conlre-forts  intéj'ieurs.  Des  salles 
destinées  au  dépôt  de  collections  publiques  doivent  offrir 
une  grande  simplicité,  et,  dans  le  cas  actuel,  il  vaut  mieux 
éclairer  latéralement  vers  la  cour  que  par  le  haut.  Plus 
d'espace  entre  ces  galeries  et  le  monument  serait  aussi 
nécessaire. 

l'EINTinE,  SCLLPTIHE,   ClSKLllU: ,   TAPISSERIES,   ltl. 

OUVRAGES   M0l>EnXES. 

Des  viii'aux  jxmiiIs  onl  l'écenmicnl  été  jtlacés  dans  la  elia- 
polle  (le  la  Vierge,  à  l'église  d'[|[rr  (Brabant).  Il  résulte  du 
l'iqjport  des  membres  (Ui  la  Coimnission  qui  se  sont  rendus 
dans  les  ateliers  du  peintre-verrier,  M.  Van  der  i*oorten,  (pie 
les  cartons  d'a]irès  les(piels  ces  ouvrages  ont  été  exécutés 


—  iH.")  — 

sont  satisi'aisaiils.  Il  est  à  rcgrctlcr,  loulcluis,  (jiio  la  j)ailic 
arcliilecluralcait  plus  de  rapport  avec  le  style  du  w"  siècle 
(lu'avec  celui  du  xiv%  au<juel  appartient  la  construction  de 
la  chapelle. 

OUVr.AGES   A>CIE.NS. 

Les  deux  verrières  du  transept  sud  de  l'église  Saint-Léo- 
nard (Anvers),  reju'ésenlant  l'Annonciation  et  la  Nativité, 
ont  été  restaurées  avec  un  soin  consciencieux  et  doivent  être 
actuellement  rangées  au  nombre  des  ouvrages  les  })liis  inté- 
ressants de  ce  genre  que  la  Belgique  possède.  Une  somme 
de  8,8G4  francs  est  nécessaire  encore  pour  réparer  et  appro- 
l)rier  les  quatre  autres  vitraux  de  l'époque  de  la  Renais- 
sance, appartenant  à  la  même  église.  Bien  que  cette  somme 
l)araisse  considérable,  elle  n'est  pas  exagérée ,  eu  égard  à 
l'importance  et  au  mérite  des  ouvrages  dont  elle  doit  assurer 
la  conservation  pour  un  temps  indéfini.  On  jiourrait,  du  reste, 
sans  inconvénient,  échelonner  la  déjjcnse  sur  six  exercices 
successifs ,  afin  de  rendre  le  sacrifice  moins  lourd  pour  les 
difl'érentes  administrations  intéressées. 

L'église  de  Sichem  (Brabant)  possède  un  remarquable 
vitrail,  datant  du  milieu  du  xn"  siècle,  dont  on  ne  pourrait 
ajourner  la  restauration  sans  compromettre  gravement  son 
existence.  La  dépense  est  évaluée  à  1,745  francs.  Gomme  les 
ressources  locales  sont  restreintes  et  que  d'importants  tra- 
vaux de  consolidation  doivent  être  exécutés  prochainement 
à  l'église,  le  Collège  propose  à  M.  le  Ministre  de  l'Intérieur 
d'allouer  la  moitié  de  ladite  somme  sur  deux  ou  trois  exer- 
cices successifs,  à  la  condition  que  la  i)rovince,  la  commune 


—  484  — 

cl  l'éi^iisc  prendront  à  leur  cliargo  le  restant  de  Ja  dépense. 
La  Commission  signale  à  l'attention  de  M.  le  Ministre  de 
rintéricur  le  grand  retable  en  bois  de  chêne  sculpté  qui 
appartient  à  l'église  de  Renlies  (Hainaut).  Cet  ouvrage  date 
du  milieu  du  xvi*  siècle,  a  !2'",7o  de  hauteur  sur  2™, 50  de 
largeur  et  représente  six  éjjisodes  de  la  Passion,  Les  frais  de 
peinture  et  de  dorure  non  compris ,  la  restauration  en  est 
évaluée  à  1,000  francs. 

Le  Secret  (lire  de  lu  Coinniission  rojiule  îles  }ioiinine)its, 

Jules  DugiMOlle. 
Vu  en  conformité  de  l'article  ^j  du  règlement. 

Le  Vice-I'résidenl, 

Baron  de  Roisin. 


RAPPORT 


L'EGLISE  NOTRE-DAME  A  DEYNZE. 


On  peut  considérer  celte  ville  comme  une  des  plus  an- 
ciennes localités  de  la  Flandre.  Elle  nous  apparaît  dans  les 
annales  du  viii'-"  siècle  sous  le  nom  de  Douza.  On  prétend 
môme  que  saint  Eloy  y  bâtit  la  première  église  et  que  le 
transept  de  l'église  Notre-Dame  actuelle  offrirait  des  vestiges 
de  cette  construction  primitive.  Quoiqu'il  en  soit,  sa  position 
intermédiaire  entre  Gand  et  Gourtrai  sur  la  rivière  la  Lys 
semble  indiquer  que  de  bonne  heure ,  dans  le  moyen  âge , 
Deynze  était  un  point  militaire  important.  Toutefois  nous 
n'attribuerons  pas  sa  fondation,  comme  le  fait  Sanderus,  à 
quelque  chef  barbare  du  \f  siècle.  G'est  là  une  assertion 
légendaire. 

31 


—  48()  — 

Coiiinic  loiiU;  la  Flandre,  celte  ville  lui  ravaiiée  jiar  les 
Normands  au  ix'  siècle.  Il  csl  probable  (|ue  e'esl  après  leur 
déj^art  qu'on  jeta  les  fondements  de  la  l)clle  église  qu'on 
y  voit  aujourd'hui  et  que  le  comte  de  Flandre  ])ril  sous  sa 
l)roleclion  au  commencement  du  xf  siècle.  Déjà  en  1152, 
le  comte  Thierry  d'Alsace  accorda  des  franchises  à  Deynze, 
qui  était  dès  lors  défendu  par  un  caslrum  ou  château  fort, 
où  ces  princes  residèrent  (piehpiefois,  et  qui,  selon  la  tradi- 
tion, s'élevait  à  l'endroit  dit  Kalkhof.  Au  xiii'siècle,  Marguerite 
et  Jeanne  de  Gonslantinople  entourèrent  celle  ville  d'une 
enceinte  murée.  On  en  voit  encore  des  traces.  Leur  succes- 
seur, Guy  de  Dampierre,  conlirma  le  privilège  d'un  mai'ché 
hebdomadaire  et  y  institua  une  foire  annuelle. 

Acquis  en  lôIO  par  Robert  de  Béthune,  Deynze  eul  suc- 
cessivement pour  seigneur  la  famille  des  sires  de  Nevele  el  la 
maison  de  Luxembourg.  La  ville  fut  éi-igée  en  manpiisat  par 
le  roi  d'Espagne  Phili])pc  IV,  en  faveur  de  Didier  ou  Didacc 
(le  Mexia  de  Guzman.  Gclui-ci  la  vendit  en  IGôl  à  la  lamille 
de  Mérode,  qui  conserva  de  ce  chef,  jusqu'à  la  lin  du  siècle 
dernier,  h;  litre  de  marquis  de  Deynze. 

Cell(!  ville  eul  beaucoup  à  soulTrii-  (\^'<^  guerr<'S  du  iiioven 
âge  et  des  tenq)S  poslerieuis.  Les  Gaulois  la  saccagèrent  entiè- 
rement en  1Ô82,  lors  du  soulèvement  dt;  la  Flandre  contre 
Louis  de  .Maie.  G'esl  près  de  Deynze  aussi,  nous  le  dirons  en 
]iassanl,  (|ue])éril  au  pont  de  Reckelingen  le  caiiilaine  gantois 
(Inilhiiiiiie  Weiiemare,  (pii ,  en  1525,  y  était  venu  livrer 
bataille  à  Robert  de  Cassel,  chef  des  insurgés  bi'ugeois. 

Deynze,  qui  dépendait  de  la  chàtellenie  de  Gourtrai,  se 
composait  autrefois  de  doux  parties  distinctes  :  Deynze  |)ro- 
prcment  dit  et   Pcteghem.   Peleghem  est  aujouj-d'hui  une 


—  487  — 

commune  sûparce  (quoique  conliguë  à  la  vilh;),  qui  a  1,000 
habitants  cl  une  église  enlièremenl  modernisée.  Sa  tour 
seule  est  ancienne. 

La  ))opulalion  de  Deynze  est  de  4,000  habitants.  Outre  sa 
belle  église  de  Notre-Dame,  dont  nous  parlerons  tout  à  l'heure, 
on  y  voit  deux  couvents  :  l'un  est  établi  dîuis  l'ancien  liùpital, 
dont  la  chapelle,  dédiée  à  saint  Biaise,  entièrement  rebâtie 
en  1G62,  est  d'une  construction  assez  élégante  ;  elle  renferme 
le  monument  funéraii'e  de  Catherine  Van  de  Woestyne, 
prieure  de  cet  établissement,  décédée  en  1G72.  La  fondation 
de  l'hospice  Saint-Biaise  remonte  au  xiii'"  siècle. 

Nous  arrivons  maintenant  à  l'objet  })rincipal  de  ce  rap- 
port, l'église  |)rimaire  de  Deynze,  dédiée  à  Notre-Dame. 
C'est,  dans  son  ensemble ,  un  remarquable  spécimen  de 
l'architecture  ogivale  du  xiif  et  du*xiv'  siècle,  quoique 
profondément  altéré  par  des  modifications  successives.  Une 
partie  des  bases  dos  murailles  est  en  pierres  grossières  ou 
moellons  irréguliers,  dits  opus  inccrlum.  La  façade  et  les 
tours  sont  en  pierres  de  taille  bleue  de  Tournay ,  ainsi  que 
la  nef  du  nord.  Le  chœur  est  construit  en  pierre  blanche 
dite  de  Baeleghem. 

Dans  la  nef  du  nord,  dont  il  vient  d'être  fait  mention,  il 
est  intéressant  d'étudier  les  motifs  de  l'architecture  prhni- 
tive.  Cette  nef  est  })ercée  de  cinq  fenêtres  ogivales  qui  éclai- 
rent les  bas-côtés  ;  chacune  de  ces  fenêtres,  (|ui  est  entourée 
d'un  large  chanfrein,  était  surmontée  d'un  j)ignon  et  d'une 
toiture  distincte,  dont  les  eaux  venaient  se  déverser  par  des 
gargouilles  placées  au  sommet  des  contre-forts  extérieurs. 
Cette  combinaison  laissait  libre  i'es})acc  nécessaire  j^our  les 
fenêtres  hautes  de  la  nef  du  milieu.  Les  cheneaux  établis  sur 


—  488  — 

les  murs  de  la  gTandc  iiel"  éluieiit  prubaljleiiieul  bordés  d'une 
balustrade  en  pierre  à  claire-voie,  à  laquelle  aboulissaieiil, 
par  une  moulure  qui  est  encore  visible,  les  deux  escaliers 
avis  qui  occupent  les  élégantes  tourelles  de  la  façade  occi- 
dentale. Cette  belle  disposition  a  été  mallieureusement  modi- 
fiée. Les  fenêtres  primitives  de  la  liaute  nef,  avec  leurs  mou- 
lures à  colonnetles,  dont  les  clia))itcaux  à  crocbets  et  les 
bases  sont  encore  en  bon  état  de  conservation,  onlété fermées 
dans  le  courant  du  dernier  siècle  ;  la  balustrade  a  disparu 
sous  le  prolongement  du  toit  principal;  les  cinq  pignons  du 
bas-côté  ont  été  nivelés  et  remplacés  |)ar  une  lourde  toiture 
en  sous-pente. 

Le  bas-côté  du  midi,  (pii  avait  sans  doute  })artieliement 
disparu  lors  des  dévastations  des  Gueux,  fut  reconstruit  au 
commencement  du  xyii*"  siècle.  On  y  employa  la  bri(iue.  On 
conserva  le  même  nondjre  de  fenêtres  ((u'à  la  nef  du  nord , 
mais  on  leur  donna  des  dimensions  plus  grandes  et  moins 
gracieuses ,  et  on  les  borda  de  moulures  dans  le  style  du 
temj)s,  qui  ne  s'harmonise  guère  avec  le  reste  de  l'édilice. 

Le  chevet  ou  abside  n'a  point  perdu  son  caractère  ogival. 
Composé  sur  le  contour  du  décagone  de  cinq  fenêtres  à 
meneaux,  aujourd'hui  bouchées,  il  jtourrait  aisément  être 
rétabli  dans  son  état  primitif. 

La  tour  est  octogonale  et  éclairée  ]»ar  de  belles  fenêtres  en 
tiers-point  bordées  de  colonnetles  avec  kîurs  bases  saillantes 
et  leurs  chapiteaux  à  crochets.  Elle  est  d'un  fort  bel  aspect. 

La  façade  occidentale  constitue  encore  une  jiarlie  bien  con- 
servée de  l'église.  Elle  est  flanquée  de  deux  tourelles  reliées 
autrefois,  au-dessus  de  la  porte  d'entrée,  ])ar  une  balustrade 
à  claire-voie.  Les  meneaux  de  la  grande  fenêtre  qui  décore 


—  i80  — 

collo,  fnoadfi  ont  été  renouvelés,  mais  les  reslaiirations  qu'on 
y  a  faites  récemment  en  altèrent  notablement  le  caractère 
architectural;  elles  appartiennent  par  leur  style  à  une  époque 
bien  moins  ancienne  que  cette  partie  de  l'édifice. 

Les  chroniques  du  temps  nous  disent  que  la  belle  église 
devint  la  ])roie  des  llammes  en  1582,  1482,  1580  et  1G05. 
Les  Gueux  en  ravagèrent  tout  l'intérieur  en  1578.  C'est 
grâce  à  la  libéralité  des  habitants  que  ce  beau  temple 
catholique  parvint  à  se  relever  à  la  longue  de  tant  de  désas- 
tres. Toutefois  rintéricur  de  l'église  a  été  si  souvent  modilié 
et  EMBELLI  (?)  qu'il  a  perdu  beaucoup  de  son  intérêt  au  point 
de  vue  architectonique.  Quant  à  sa  disposition  générale,  elle 
n'a  guère  été  modifiée,  à  l'exception  de  la  voûte,  qui  avait  été 
d'abord  établie  en  bois  de  chêne  et  maintenue  par  des  arcs  à 
nervures  dont  on  découvre  encore  quelques  détails.  Les  cha- 
piteaux des  piliers  intérieurs  sont  aussi  Irès-bien  conservés. 

Les  statues  des  apôtres  qu'on  y  voit  sont  de  l'année  1677, 
comme  les  archives  de  la  paroisse  le  prouvent. 

Les  principales  restaurations  modernes  faites  à  l'église 
de  Notre-Dame  et  qui  en  ont  gâté  l'extérieur  datent  de  l'an- 
née 1057.  Nous  voyons  également  dans  les  archives  qu'à 
cette  époque,  où  tant  de  temples  religieux ,  ruinés  par  les 
troubles  antérieurs,  furent  rétablis  sous  l'active  administra- 
tion de  l'évèquc  Triest,  les  habitants  de  Deynze  et  du 
hameau  de  Reckelingen  obtinrent  du  roi  d'Espagne  de  pou- 
voir exécuter  à  cette  église,  devenue  trop  petite  pour  le  nom- 
bre des  h'dèles ,  les  travaux  dont  nous  voyons  encore 
aujourd'hui  l'ensemble  bâtard. 

Il  paraît,  en  effet,  que  le  chœur,  un  peu  réparé ,  servait 
seul  au  culle  à  celle  ép(»()ue,  et  que  In  ])arti('  antérieure  avec 


—  490  ~ 

les  bas-cùlé.s,  —  l)rùl(3eet  dévasiéo,  —  était  resléc  privée 
de  toiture  et  menaçait  ruine. 

L'évêque  Triest  bénit  l'église  restaurée  en  164.5. 

Il  serait  à  désirer  que  désormais,  dans  les  réparations  qui 
seront  successivement  faites  à  l'église  de  Doynze,  on  tînt 
compte  du  slyle  primitif  de  cet  intéressant  édifice. 

Nous  espérons  que  les  détails  dans  lesquels  nous  venons 
d'entrer  pourront  aider  l'artiste  eharué  de  la  surveillance  des 
travaux  à  atteindre  ce  but.  C'est  aussi  dans  les  mêmes  inten- 
tions quenous  nous  proposons  de  faire  suivre procbainemenf, 
comme  annexe  au  présent  rapport,  des  plans  dont  nous  avons 
cru  pouvoir,  de  commun  accord  avec  les  administrations 
locales  intéressées,  confier  l'exécution  à  l'arcbitecte  Auguste 
Van  Assche,  plans  dans  lesquels  l'église  primaire  de  Deynze 
sera  figurée  dans  l'état  actuel  et  dans  son  étal  primitif. 


Les  nicniliros  délégués, 

B""  DE  Saixt-Genois  et  J.-B.  Béthune  d'Ydenvaeee. 


COMMISSION  ROYALE  DES  MONUMENTS. 


r>>*iC 


BKSUMÉ    DES    PROGÈS-VERBAaX. 


SÉANCES 


il.'s  1",  ri,  1-2,  lo,  18,  22  et  29  «.'[.Icmlire  18G3. 


ACTES  OFFICIELS,  AFFAIRES  INTÉRIEURES,  OBJETS  DIVERS. 

M.  lo  Ministre  cl(^  l'Inléricur  adrosso  une  oxpcklilion  do 
l'aiTélé  royal  par  lequel  MM.  Chauvin,  tlireeieur  de  l'Aca- 
démie des  beaux-arts  de  la  ville  de  Liège,  et  Ganneel, 
directeur  de  l'Académie  des  beaux-arts  de  la  ville  de  Gand, 
sont  nommés  membres  correspondants,  en  remplacement 
de  MM.  De  Wandre  el  Deviune,  décédés. 


—  /1-92  — 
ÉDIFICES   ET  MONUMENTS  RELIGIEUX. 

ÉGLISES,  DÉPENDANCES,  AMEUBLEMENT. 

Les  proi)osilions  l'ailcs  pour  le  placenieiil  d'un  dallage 
en  carreaux  de  Basècles,  dans  l'église  de  Schoonbroeck 
(Anvers),  ainsi  que  le  devis  s'élevanl  à  2,200  francs,  sonl 
approuvés.. 

Il  serait  regrettable  de  remplacer  par  une  voûte  le  plafond 
primitif  de  l'église  de  Saint-Pierre  (Luxembourg),  qui  date  du 
XII''  siècle.  Le  Collège  demande  des  explications  supplémen- 
taires au  sujet  de  ce  plafond  et  des  travaux  d'appropriation 
projetés. 

Les  dessins  des  autels  latéraux  et  du  banc  de  communion 
à  placer  dans  l'église  Sainte-Croix,  à  Liège,  n'ont  aucune 
analogie  avec  le  caractère  du  monument.  Le  Collège  réclame 
de  nouvelles  propositions,  signées  par  un  architecte  offrant, 
sous  1(!  rap])ort  des  études  et  de  rex])éi-ience,  les  garanties 
d'autant  ])lus  indispensables,  qu'il  s'agit  d'un  monument 
remar  (piable  en  faveur  duquel  le  Gouvcrnemenl  a  l'ail  cl 
compte  faire  encore  de  grands  sacrifices. 

L'architecte  de  l'église  de  Longchamps  (Naniur)  i)i-(>p(tse, 
dans  l'intérêt  de  la  solidité  de  l'édifice,  d'augnK'ulcr  les 
dimensions  des  tètes  de  murs  (pii  iiorleiit  l'arc-doubleau  du 
jubé.  Tout  en  rendant  justice  aux  motifs  qui  guident  cet 
architecte,  la  Commission  pense  (jue,  si  les  travaux  sont  faits 
avec  tout  le  soin  désirable  et  si  l'on  èlablil  convenablement 
l'ancrage  nécessaire,  dans  tous  les  cas  l'cxi-culion  riuouj-euse 


—  /^93  — 

du  plan  approuvé  par  lo  Gouvernement  no  peut  offrir  le 
moindre  danger. 

Bien  que  le  nouveau  projet  présenté  pour  la  reslauration 
et  l'appropriation  de  l'église  de  (lomblain-Ia-Tour  (Liège) 
ne  soit  pas  encore  complètement  satisfaisant,  le  Collège 
ne  croit  pas  devoir  s'opposer  à  son  exèculion,  attendu  que 
cet  édifice  n'offre  guère  d'intérêt  sous  le  rapport  de  l'art. 
Devis  :  4,492  francs. 

La  Commission  partage  l'avis  de  M.  l'architecte  provin- 
cial, quant  à  l'utilité  d'établir  en  une  seule  pièce  chaque 
seuil  de  fenêtre  et  chaque  tablette  de  contre-fort  de  l'église 
de  Desschel  (Anvers),  afin  d'éviter  l'infiltration  des  eaux- 
pluviales.  Elle  croit  devoir  faire  remarquer  que  toutes  les 
pierres  de  Rochcfort  ne  sont  pas  également  bonnes  et  que 
le  choix  de  la  qualité  exige  un  soin  particulier. 

Le  projet  d'élever  une  tour  à  la  façade  de  l'église  de 
Noordschote  (Flandre  occidentale)  est  approuvé,  à  la  condi- 
tion qu'on  donnera  plus  d'importance  à  la  porte  principale. 
Devis  :  7,845  francs. 

Avant  de  se  prononcer  sur  la  question  de  savoir  s'il  con- 
vient de  payer  à  l'entrepreneur  des  travaux  d'agrandissement 
une  indemnité  pour  la  reconstruction  d'une  partie  de  la  toi- 
ture et  de  la  voûte  de  l'église  de  Schilde  (Anvers),  endom- 
magée par  l'écroulement  de. la  tour,  la  Commission  désire 
connaître  les  circonstances  qui  ont  motivé  l'emploi,  pour  la 
démolition,  de  moyens  violents  qui  ont  causé  des  dommages 
d'une  certaine  importance  à  la  partie  de  l'édifice  dont  le 
maintien  était  décidé. 

Conformément  aux  instructions  de  M.  le  Ministre  de  la 
Justice,  des  délégués  ont  visité  l'église  de  Neder-over-Heeni- 


—  494  — 

ïuH'k  (Drîibanl).  Il  résullo  do  leur  rappori  que  colle  église 
csl  (rmio  uraiulo  siinplioilé,  et  qu'on  n'aurait  pu  opôror  la 
moindre  économie  sur  les  dépenses.  La  lour,  le  chœur  ol  la 
sacristie  sont  anciens;  la  nef  ])rinci|)ale  ol  los  collatéraux  ont 
été  complètement  reconstruits.  Les  jiarties  de  Tédillce  qui, 
d'après  !<>  projet  pi'imilif,  auraient  dû  être  conservées  se 
IrouvaionI  dans  un  étal  complet  de  vétusté,  et  il  était  impos- 
sible d'en  lirer  parli.  Aussitùl  que  les  dépenses  faites 
|)onr  la  l'oconslruclion  des  nefs  seront  li([uidéos,  il  sera 
op])ortun  de  s'occu]ior  :  A,  des  réparations  que  la  lour 
exige;  B,  du  renouvollement  de  la  cliarpenle  du  helTroi; 
C,  des  travaux  d'enirction  que  la  sacristie  réclame, 

La  Commission  approuve  les  projets  concernant  : 

1"  La  reconstruction  de  la  chapelle  d'Envoz,  commune 
de  Couihuin  (Liège)-  Y^Q'^'i^  :  11,218  francs.  Celle  chapelle 
|)Ourra  conlenir  210  personnes; 

2"  La  construction  d'une  église  à  Bourseigne-Vieille 
(Namur),  à  la  condition  que  les  colonnes  engagées  dans  les 
murs  du  pourtour  intérieur  seront  supprimées.  Devis  : 
22,907  francs.  L'église  pourra  contenir  225  personnes; 

3"  La  consiruction  d'une  église  à  Ciollo  (Luxcmhourg), 
pouvant  conlenir  5G0  personnes.  Devis  :  29,227  francs; 

4"  La  consiruction  d'une  église  à  Saulain,  commune 
de  Sivi'V  (Hainaut).  Devis  :  5.')-,G0G  francs. 

L'auteur  des  plans  ])résentés  pour  la  consiruction  d'une 
église  au  Kiel,  à  Anvers,  est  invité  à  indicpier,  au  moyen 
de  teintes,  la  condjiiiaison  des  matériaux  fju'il  comjite  melire 
en  usage.  L'emploi  du  l'ei-  pour  les  meneaux  n'est  jkis 
admissible.  L'amortissement  des  contre-foi'ts  ))lacés  aux 
anuios  de  l;i  tour  devra  élre  ninditié. 


—  10?)  — 

Los  (lélrgiiés  qui  ont  visité  l'égiiso  qui  s'élève  à  Curegliem- 
loz-Bruxolles  ont  constate  que  les  travaux  marchent  conve- 
nablonienl.  La  construction  a  atteint  2  mètres  ^iO  centimètres 
au-dessus  du  sol,  et  cette  hauteur  sem  au  moins  doublée 
avant  l'hiver.  L'élahlissement  d'un  châssis  en  bois  sous  la 
tour  et  d'ancrages  supplémentaires  destinés  à  relier  enti'e  elles 
toutes  les  parties  de  l'édifice  n'était  pas  ])révu  dans  le  devis 
et  a  coûté  8,788  francs.  Ce  travail  est  sufiisamment  justifié 
par  la  mauvaise  nalure  du  terrain  et  par  les  aeeidenis  arrivés 
à  divers  bâtiments  voisins. 

Après  avoir  entendu  le  rappori  des  délégués  qui  ont  visité 
l'église  Notre-Dame,  à  Aerschot,  la  Commission  pense  qu'il 
faut  rétablir  la  flèche  primitive  de  cet  édifice  et  renoncer, 
par  conséquent,  à  restaurer  le  couronnement  moderne, 
partiellement  incendié  par  la  foudre. 

Les  mesures  prises  par  l'administration  communale  de 
Charleroi,  jiour  l'exécution  des  travaux  de  restauration  que 
l'église  de  la  Ville-Haute  exige,  sont  bien  entendues.  La 
restauration  a  été  adjugée  pour  la  somme  de  20,117  francs. 

Le  projet  présenlé  pour  la  restauration  de  la  partie  exté- 
rieure de  l'abside  de  l'église  Notre-Dame,  à  Diest  (Brabanlj, 
est  approuvé,  à  la  condition  qu'on  ne  modifiera  en  rien  la 
construction  primitive.  Devis  :  10,074-  francs. 

Les  comptes  des  travaux  exécutés  dans  le  cours  des 
années  1800,  1801  et  1802  à  l'église  Sainl-Sulpice,  à  Diesl, 
ne  donnent  lieu  à  aucune  objection.  La  grande  fenêtre  de  la 
façade  est  renouvelée,  et  l'on  complète  en  ce  moment  la 
restauration  de  cette  façade.  Le  Collège  approuve  la  marche 
générale  de  l'entreprise  et  engage  l'architecte  à  reclamer  ses 
conseils  chaque  fois  qu'il  concevra  des  doutes  au  sujcl  des 


—  496  — 

ouvrages  dont  il  dirige  l'exécution.  Quelques  figurines  et 
ornements,  fouillés  avec  talent,  ont,  dans  l'intérieur  de  l'édi- 
fice, été  dégagés  des  nombreuses  couches  de  chaux  qui 
empêchaient  de  reconnaître  leur  finesse.  M.  le  Ministre 
de  la  Justice  est  prié  d'auti^riser  le  conseil  de  fabrique 
à  disposer  de  deux  ou  trois  cents  francs  sur  les  fonds  réunis 
])our  la  restauration,  afin  de  compléter  ce  travail  spécial. 

L'église  de  HoulTalize  (Luxembourg)  offre  un  vif  intérêt 
sous  le  rapport  de  l'archéologie  (voir  p.  81  du  compte  rendu 
de  la  séance  générale  de  18G1).  Malheureusement,  les  res- 
sources locales  sont  très-restreintes,  et,  en  dépit  des  bonnes 
intentions  de  l'administration  communale  et  du  conseil  de 
fabrique,  divers  travaux  urgents  ne  peuvent  s'exécuter.  C'est 
ainsi  que  l'église  manque  de  chéneaux,  que  diverses  parties 
de  la  toiture  sont  dans  un  triste  état  et  que  les  eaux  jilu- 
viales  s'intillront  dans  l'intérieur  de  la  maçonnerie.  En  outre, 
des  terres  accumulées  contre  le  pied  de  l'édifice  le  rendent 
très-humide.  La  Commission  prie  ^L  le  Ministre  de  la  Justice 
d'allouer  un  subside  sur  les  fonds  de  l'État,  afin  de  couvrir 
partiellement  la  dépense  peu  élevée,  du  reste,  que  la  con- 
servation de  ce  monument  exige. 

L'église  de  Bastogne  est  également  mentionnée  dans  le 
compte  rendu  de  la  séance  générale  de  186!  (.voir  p.  81). 
Cet  édifice,  de  style  ogival,  réunit  les  conditions  voulues 
|iour  iustilier  l'intervention  de  l'Etat  dans  les  frais  des 
travaux  ju-ojetés.  Ceux  de  ces  travaux  dont  la  promjite 
exécution  est  désirable  sont  :  1"  la  réjjaration  de  la  partie 
supérieure  des  contre-forts  et  tous  les  autres  ouvrages  qui 
sont  de  nature  à  empêcher  les  infiltrations  pluviales;  '2"  le 
])la(*ement  de  chéneaux  )»arlouf  où  il  n'en  existe  pas  actuel- 


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lement;  5"  le  dcgageiiiciil  du  pied  de  leddice  vers  le  midi, 
ainsi  que  cela  a  déjà  été  lait  vers  le  nord,  alin  de  faire  dis- 
paraître les  traces  d'humidité;  4"  le  placement  d'un  })ara- 
tonnerre  sur  la  tour,  dont  la  toiture  renferme  une  charpente 
formée  d'une  masse  considérable  de  bois.  Le  conseil  de 
fabrique  a  l'intention  de  rétablir  le  monument  dans  son 
état  primitif.  Ce  but  est  louable,  mais  toutes  les  réparations 
faites  depuis  quinze  ans  dans  cet  ordre  d'idées  ne  sont  pas 
également  exemptes  de  reproches.  A  cette  occasion ,  le 
Collège  croit  devoir  insister  pour  qu'il  soit  donné  suite 
à  sa  proposition  du  29  novembre  1862,  et  que,  par  consé- 
quent, un  architecte  caj)ablc  reçoive  la  mission  de  présenter 
un  projet  comprenant  tous  les  travaux  qu'il  importe  d'exé- 
cuter à  l'église  de  Bastogne. 

M.  l'architecte  provincial  ayant  exprimé  le  désir  d'être^ 
déchargé  de  la  direction  des  travaux  de  restauration  qui 
s'exécutent